Aminiakk, de son vrai prénom Amin, 41 ans, est l’un des tout premiers youtubeurs pêche français. Avec plus de 170 000 abonnés sur YouTube et 12 ans d’ancienneté sur la plateforme, ce Rennais d’origine incarne la première génération de créateurs de contenu dans l’univers de la pêche aux leurres.
Spécialisé dans la pêche du brochet, du sandre et de la perche, Aminiakk s’est fait connaître par ses vidéos de street fishing, cette pratique urbaine qui consiste à pêcher en ville, dans les canaux et rivières des centres-villes. Son approche ? Partager son expérience et aider les pêcheurs à prendre plus de poissons, sans prétention ni mise en scène excessive.
Des jeux vidéo à la canne à pêche
L’histoire d’Aminiakk sur YouTube commence de manière inattendue. Avant de filmer ses sessions de pêche, Amin créait du contenu gaming, principalement sur Black Ops et Call of Duty. Il y a 12 ans, après une pause de 3-4 ans dans la pêche, un voyage chez son frère sur le bassin d’Arcachon rallume la flamme.
De retour chez lui, il emprunte une caméra d’action à un ami et se lance. L’époque est propice : YouTube pêche en est à ses balbutiements en France, la concurrence est quasi inexistante. Ses premières vidéos sont simples, de la musique et des images de pêche, sans commentaire. Mais ça fonctionne. L’algorithme pousse ses contenus, une communauté se forme.
L’âge d’or avec Feeling Fishing
La chaîne décolle vraiment quand Aminiakk commence à collaborer avec d’autres pionniers comme Feeling Fishing et Aquabidule35. Ces collaborations, ces tutoriels communs créent une dynamique. Puis vient le déménagement à Toulouse, qui apporte du sang neuf : de nouveaux spots, du black bass, des vidéos en bateau. La chaîne évolue, le public suit.
À cette époque, Amin travaille encore à côté. D’abord chez Fisherbox en tant que chargé de communication, puis dans une autre entreprise de pêche. Il enchaîne les journées : travail la semaine, tournage le weekend, montage le soir. Un rythme effréné qu’il tiendra plusieurs années avant de franchir le cap.

Vivre de YouTube : les coulisses
Depuis deux ans et demi, Aminiakk vit à 100% de sa chaîne YouTube. Mais contrairement aux idées reçues, ce n’est pas le jackpot. Ses revenus YouTube tournent autour de 800€ par mois en moyenne, avec des variations entre 600€ et 1500€ selon les périodes. La saisonnalité joue énormément : septembre-octobre-novembre sont difficiles, tandis qu’avril-mai voient les vues exploser.
Le vrai revenu vient des partenariats avec les marques de pêche. Fidèle depuis cinq ans à Abu Garcia et Berkley, Amin privilégie la stabilité. Un partenariat mensuel fixe plutôt que de jongler entre plusieurs marques. Au total, entre YouTube et partenariats, il génère entre 1800€ et 3000€ de chiffre d’affaires par mois via sa micro-entreprise. Pas de quoi rouler sur l’or, mais de quoi vivre sa passion.
Le syndrome du vendeur de pêche
Cette expression, Aminiakk la connaît bien pour l’avoir vécue. Quand on travaille toute la semaine dans la pêche, entouré de pêcheurs, à parler matériel et techniques, le weekend on n’a plus envie de pêcher. C’est exactement ce qu’il a ressenti en tant que chargé de communication dans l’industrie.
Aujourd’hui, même si YouTube est devenu son métier, il garde cette frontière floue entre passion et travail. Deux jours de pêche par semaine pour filmer, trois jours de montage. Et parfois, il s’autorise à ne pas filmer, juste pour le plaisir de pêcher. Pour retrouver cette connexion pure avec la nature, sans la pression du contenu.
« Nous sommes des pêcheurs qui font des vidéos »
Cette phrase résume parfaitement la différence générationnelle qu’Aminiakk observe. Lui et sa génération (Scarna, Feeling Fishing) sont des pêcheurs qui ont commencé à filmer leur passion. La nouvelle génération ? Des vidéastes qui font de la pêche. La nuance est subtile mais fondamentale.
Les jeunes youtubeurs comme Constantin ou Tristan sont nés avec YouTube, ont grandi en regardant des créateurs de contenu. Ils maîtrisent les codes, le montage dynamique, les drones. Aminiakk, lui, a tout appris en autodidacte, sans formation. Son approche reste celle du partage d’expérience avant le divertissement pur.
Le brochet de 121cm : un rêve devenu réalité
Derrière lui, posé fièrement sur son mur, trône une réplique de son record personnel : un brochet de 121cm. Quand on lui demande son meilleur souvenir de pêche, c’est celui-ci qu’il cite sans hésiter.
« J’en ai rêvé toute ma vie. Vraiment rêvé. Voir un énorme poisson venir attraper mon leurre tout doucement, revoir l’action au ralenti. Ça m’est arrivé et c’est fou. »
Cette vidéo a cartonné, dépassant le million de vues. Mais au-delà des statistiques, c’est l’émotion qui compte. À la fin de la vidéo, on l’entend dire « alhamdulillah » (Dieu merci en arabe). Un détail qui lui a valu quelques commentaires déplacés, révélateurs d’une certaine ambiance sur les réseaux sociaux.
Les débuts difficiles des youtubeurs pêche
Aminiakk se souvient avec amusement de l’accueil que leur génération a reçu. Les youtubeurs pêche étaient mal vus : par les marques, par les anciens présents dans les magazines, par les pêcheurs traditionnels. « C’est qui ceux-là qui prétendent donner des conseils alors qu’ils n’y connaissent rien ? »
Il l’admet volontiers : ils ont dit des conneries. L’expertise n’était pas toujours au rendez-vous. Mais ils ont insufflé un nouvel élan à la pêche, rendu accessible une pratique qui pouvait sembler élitiste. Aujourd’hui, quand il voit tout le monde se tourner vers YouTube, ça le fait sourire. Ceux qui les critiquaient au début sont maintenant sur la plateforme.
TikTok : un autre univers
Contrairement à beaucoup de youtubeurs qui restent sur leur plateforme, Aminiakk a exploré TikTok. Il a même collaboré avec des tiktokers pêche comme Sombre ou Zébril. Mais pour lui, c’est clair : TikTok et YouTube ne sont pas le même métier.
Le rythme des tiktokers l’impressionne. Sombre avec ses lives quotidiens, Zébril avec ses trois vidéos par jour. « Moi je peux pas le faire. Vraiment. Je leur tire mon chapeau. » Sur TikTok, la proximité avec la communauté est différente. Les lives créent une intimité que YouTube n’a pas. Mais la charge de travail est colossale.
Le parcours géographique : de Rennes à Rennes
Né à Rennes, Amin a longtemps vécu en Bretagne avant de partir à Toulouse, puis sur le bassin d’Arcachon. Chaque déménagement a apporté son lot de nouveaux contenus : du black bass à Toulouse, de la pêche en mer à Arcachon. Mais il y a un an, il est revenu à ses racines bretonnes.
Les raisons ? Sa mère toujours présente, ses repères, l’envie que son fils voie où il a grandi. Et puis la pêche bretonne lui manquait. Le street fishing en rivière, les waters dans les petits lacs. En Bretagne, pas besoin de float tube ou de bateau pour s’éclater. Le bord suffit, et c’est exactement ce qu’il recherche.
La philosophie Aminiakk
Quand des jeunes lui demandent comment devenir youtubeur, sa réponse est toujours la même : « Arrêtez d’idéaliser les réseaux sociaux. Apprenez un vrai métier. Ébéniste, cuisinier, ce que vous voulez. YouTubeur, ça vient naturellement si vous êtes fait pour ça. »
Pour lui, les réseaux sociaux sont d’abord du privé. On partage ce qu’on aime, et si ça marche, tant mieux. Mais il ne faut pas partir avec l’objectif de devenir influenceur. La pêche d’abord, le contenu ensuite. Le plaisir au bord de l’eau, les moments avec les copains, l’apprentissage. Le reste suivra peut-être.
Cette philosophie transparaît dans ses vidéos. Quand il teste des concepts comme « pêcher avec l’aide d’une IA », ce n’est pas pour faire le buzz. C’est parce que ça l’amuse, parce qu’il a envie d’essayer. Même si la vidéo ne fera pas beaucoup de vues, il s’est kiffé à la faire. Et ça, pour lui, c’est l’essentiel.

L’homme derrière la caméra
Sociable, accessible, Aminiakk n’a jamais eu de problème avec la reconnaissance sur les spots. Au contraire, il apprécie ces rencontres avec ses abonnés. « C’est grâce à eux qu’on est là. Si tu fais la gueule quand tu les vois, c’est pas bien. T’es un personnage public. »
Il n’a jamais caché de spots secrets, estimant que « la rivière est à tout le monde ». Google Maps dévoile tout de toute façon. Et puis les poissons bougent, se déplacent. Ce qui marche aujourd’hui ne marchera peut-être pas demain. Cette transparence fait partie de son ADN de créateur.
Les projets futurs
Pour 2025, Aminiakk veut continuer à explorer. Plus de carpe, avec son ami Gaëtan qui lui transmet son expérience de 20 ans. Des collaborations avec de jeunes youtubeurs comme Tim Fish. Peut-être emmener d’autres sportifs à la pêche, comme il l’a fait avec Romain Delcastieux, joueur du Stade Brestois.
Mais surtout, il veut continuer à prendre du plaisir. Parce que comme il le dit si bien : « Plus je prends du plaisir, plus les abonnés vont prendre du plaisir. »
Aminiakk, c’est 12 ans de YouTube pêche, 170 000 abonnés, un brochet de 121cm, et surtout une authenticité qui ne se dément pas. Pionnier d’une époque où YouTube pêche n’existait pas en France, il continue aujourd’hui à partager sa passion, loin du tape-à-l’œil, fidèle à cette philosophie simple : pêcher d’abord pour soi, partager ensuite avec les autres.
Retrouvez Aminiakk sur YouTube et suivez ses aventures de pêche en Bretagne et ailleurs.