À partir de 2026, la pêche récréative en mer évolue avec la mise en place d’une déclaration obligatoire et de nouveaux quotas. Alain Scriban, vice-président de la FNPP, nous explique concrètement ce qui vous attend et comment vous y préparer.
La déclaration obligatoire : qui, quoi, comment ?
Vous êtes concerné si…
- Vous pêchez en bateau (kayak inclus)
- Vous pratiquez la pêche sous-marine
- Vous ciblez des espèces réglementées : bar, lieu jaune, daurade rose, maquereau
Bonne nouvelle : la pêche à pied n’est pas concernée pour l’instant. Vous pouvez continuer à ramasser vos coquillages et crabes sans déclaration.
Les deux étapes obligatoires
Étape 1 : L’enregistrement annuel Une seule fois par an, vous devez vous enregistrer comme pêcheur. C’est gratuit et cela remplace l’idée du permis payant qui avait été évoquée il y a 10 ans.
Étape 2 : La déclaration des captures Après chaque sortie où vous avez capturé une espèce sensible, vous avez 24 heures pour déclarer :
- La zone de pêche (pas votre spot précis !)
- Les espèces capturées
- Les quantités
« Si j’ai pêché au nord de Bréhat, que je sois près de Bréhat ou aux Roches d’Ouvre à 12 miles, c’est la zone, ça suffit », précise Alain Scriban. Vos spots secrets restent secrets.

L’application : un lancement compliqué
L’application développée avec Recfishing connaît des problèmes techniques. Le lancement initialement prévu début 2026 est repoussé. Les fédérations profitent de ce délai pour demander des améliorations :
- Accès centralisé à toutes les réglementations locales
- Carte interactive des zones
- Guides de bonnes pratiques
- Moins de répression, plus de pédagogie
Astuce : Si vous n’êtes pas à l’aise avec le numérique, votre association peut faire la déclaration à votre place. C’est désormais officiellement autorisé.
Quotas par espèce : ce que vous avez le droit de prélever
Le bar : enfin une augmentation
La ressource se porte mieux. Les quotas 2026 devraient être relevés :
Au sud du 48e parallèle (approximativement au sud de la pointe bretonne)
- Quota actuel : 1 bar par jour et par pêcheur
- Quota 2026 probable : 2 bars par jour
Au nord du 48e parallèle
- Quota actuel : 1 bar par jour
- Quota 2026 espéré : 3 bars par jour (négocié dans le cadre du Brexit)
Attention : ces augmentations dépendent de décisions nationales encore en cours. Si la France décide d’être plus restrictive que l’Europe, vous pourriez rester à 2 bars au nord.
La taille minimale reste à 42 cm, que vous soyez plaisancier ou professionnel.
Le lieu jaune : toujours 42 cm et des périodes de repos
- Taille minimale : 42 cm (contre 30 cm pour les professionnels… oui, c’est incohérent)
- Périodes de repos biologique maintenues
- Pas de quota chiffré mais respect des tailles et périodes
Le problème ? Pendant que vous ne pouvez pas pêcher le lieu, vous en trouvez sur les marchés. Les professionnels le prélèvent « accessoirement » en pêchant autre chose. Cette inégalité de traitement reste un combat des fédérations.
Le maquereau : du zéro au (presque) raisonnable
Situation de crise : en décembre 2025, l’administration proposait un quota de zéro maquereau. Aberrant pour un poisson qui vient de Norvège et d’Islande, et que les enfants pêchent en premier.
Après bataille des fédérations, le quota 2026 devrait être :
- 8 à 10 maquereaux par jour et par pêcheur
- Respectant le principe de « consommation familiale »
« On a fait des études scientifiques qui montrent que jusqu’à 10-12 maquereaux, on ne tape pas dans le stock », explique Alain Scriban.
La daurade rose : dans la liste des espèces à déclarer
Moins médiatique que le bar, la daurade rose rejoint la liste des espèces sensibles à déclarer. Informez-vous sur les tailles et périodes dans votre zone.
Le thon rouge : la galère des bagues
Le scandale du 1% : Sur le quota total de thon alloué à la France par l’Europe, seulement 1% va aux pêcheurs plaisanciers. Le reste ? Aux professionnels qui l’épuisent en quelques jours.
Les fédérations attaquent cette répartition en justice chaque année. Elles gagnent systématiquement… mais deux ans trop tard.
Comment ça marche concrètement ?
- Le quota est attribué en kilos à votre association (pas à vous personnellement)
- Quand vous pêchez un thon, vous bagez immédiatement le poisson
- Vous prévenez votre association qui gère le quota collectif
- Si le quota est atteint, vous devez relâcher vos prises suivantes
Le problème des tailles : Officiellement, les thons déclarés font en moyenne 35-38 kg. En Manche et Mer du Nord, le plus petit thon pris fait… 80-120 kg. Cherchez l’erreur.
Nouveauté no-kill : Vous êtes censé déclarer même les thons relâchés. Mais comment mesurer un poisson que vous n’avez pas remonté à bord ? Cette règle pose encore beaucoup de questions.
Les interdictions et restrictions à venir
Le plomb : vers une interdiction totale ?
Une interdiction du plomb dans le matériel de pêche est en discussion, sur le modèle de la chasse. Les fédérations demandent un moratoire de 10 ans pour :
Problèmes scientifiques :
- Aucune étude sérieuse sur l’impact réel du plomb en eau de mer
- Le plomb se dégrade-t-il de la même façon en mer qu’en eau douce ?
- Les études administratives parlent d’oiseaux ingérant 50g de plomb… avez-vous déjà vu un oiseau avaler un lest de 50g ?
Problèmes de substitution :
- Tungstène, cuivre, zinc : sont-ils moins toxiques ?
- Coût 2 à 4 fois supérieur au plomb
- Efficacité non prouvée
- Risque de tuer économiquement la pêche de loisir
Les plombs enrobés (peints) pourraient être une solution intermédiaire, mais l’administration ne se prononce pas.
Alain Scriban résume : « Si on remplace par des substituts encore plus nocifs, où est la logique ? On veut des études scientifiques, pas du dogmatisme. »

La pompe à verre : victoire !
Bonne nouvelle, l’interdiction envisagée de la pompe à verre a été levée après mobilisation. Vous pouvez continuer à prélever vos vers de vase de façon raisonnable.
Zone par zone : des règles différentes
Un casse-tête pour les pêcheurs : les réglementations varient énormément selon votre zone de pêche.
Parcs marins et parcs éoliens
Les fédérations se battent pour être présentes dès la conception de ces parcs. Résultat :
- Parc de Guérande : accès négocié pour les plaisanciers avec concertation professionnels/plaisanciers
- Parc de Saint-Brieuc : même démarche réussie
Mais chaque parc marin a ses propres règles. Ce qui est autorisé dans le golfe du Lion ne l’est pas forcément ailleurs. Les fédérations demandent une harmonisation nationale.
La pêche du bord dans le Nord : problème réglé
En été 2024, des pêcheurs du bord entre l’Atlantique et Dunkerque ont été verbalisés pour pêche du bar, sur la base d’une interprétation douteuse du code rural.
Après intervention des fédérations, le code rural a été modifié. Cette distinction illégale entre plaisanciers et professionnels n’existe plus. Vous pouvez pêcher du bord dans le Nord.
Engins dormants : marquage simplifié
Une idée géniale d’un bureaucrate : obliger à marquer vos casiers et filets non seulement à la bouée mais aussi au fond.
Après bataille, un marquage clair sur la bouée suffit. Mais cela montre le niveau de sur-réglementation auquel les fédérations doivent faire face quotidiennement.
Contrôles : le grand n’importe quoi
Des services de contrôle qui dérapent
Les témoignages s’accumulent :
- Contrôles multiples le même jour (jusqu’à 4 fois en 3 heures !)
- Verbalisations pour 1 millimètre sur un homard
- Une grand-mère et sa petite-fille convoquées au tribunal pour une crevette pêchée à l’épuisette
- Des agents qui assument le terme « harcèlement »
Pendant ce temps, des retraités marins-pêcheurs vendent des dizaines de homards devant les cales sans être inquiétés.
Harmonisation des contraventions : en attente
Les fédérations demandent une harmonisation interministérielle :
- Mêmes règles de verbalisation pour tous les services
- Stop aux délits systématiques pour des broutilles
- Contraventions plutôt que tribunaux pour les petites infractions
« On ne peut pas faire du cadre réglementaire un instrument uniquement répressif », martèle Alain Scriban.
Comment s’adapter et se protéger
Adhérez à une fédération
Les cinq principales fédérations (FNPP, FFPM, FFPSM, FFPS, FNANP) sont regroupées dans la Confédération Mer et Liberté. Elles sont composées uniquement de bénévoles qui négocient à tous les niveaux :
- Local (mairies, ports)
- Régional (préfectures)
- National (ministères, Sénat, Assemblée)
- Européen (réseau EFTA)
Plus vous êtes nombreux, plus les fédérations ont de poids dans les négociations. Un adhérent = un électeur = un argument politique.

Documentez les abus
Si vous subissez un contrôle abusif ou une verbalisation disproportionnée :
- Restez calme et courtois
- Demandez l’identité et le service de l’agent
- Notez précisément l’heure, le lieu, les circonstances
- Prenez des témoins si possible
- Contactez votre fédération avec ces informations
C’est comme ça que les choses peuvent bouger.
Participez aux actions locales
Les associations organisent régulièrement :
- Nettoyages de plages et de grèves
- Opérations d’alvinage sous les pontons
- Réunions avec les élus locaux
- Actions pédagogiques auprès des jeunes
Ces actions montrent que les pêcheurs ne sont pas des « dévastateurs » mais des acteurs responsables de la protection du milieu marin.
Les bonnes pratiques dès maintenant
En attendant la mise en place officielle de la réglementation 2026, adoptez les bons réflexes :
Pour vos sorties :
- Notez la zone de pêche (pas besoin du spot exact)
- Comptez vos prises d’espèces sensibles
- Mesurez correctement (prenez 1-2 cm de marge de sécurité)
- Photographiez vos plus belles prises avec un mètre visible
Pour la ressource :
- Respectez les tailles, même si elles vous semblent excessives
- Relâchez proprement (hameçons sans ardillon, manipulation rapide)
- Évitez de pêcher sur les frayères en période de reproduction
- Pratiquez le no-kill quand votre quota est atteint
Pour la communauté :
- Partagez les infos réglementaires avec les autres pêcheurs
- Signalez les abus de tous bords (plaisanciers ou professionnels)
- Transmettez votre passion aux jeunes générations
Ce qu’il faut retenir pour 2026
✅ Enregistrement annuel obligatoire – gratuit, une fois par an
✅ Déclaration dans les 24h – espèces sensibles uniquement
✅ Quotas en évolution – bar à 2-3, maquereau 8-10, lieu maintenu
✅ Votre association peut déclarer pour vous – si vous n’êtes pas à l’aise avec le numérique
✅ Gardez vos spots secrets – seule la zone est demandée
✅ Adhérez à une fédération – pour peser dans les négociations
✅ Documentez les abus – pour faire remonter les dysfonctionnements
Questions fréquentes
La déclaration est-elle payante ? Non, c’est gratuit. Ce n’est pas un permis.
Dois-je déclarer chaque sortie ? Seulement si vous avez capturé une espèce sensible (bar, lieu, daurade rose, maquereau).
Et si je ne pêche que du bord ? Vous êtes concerné par la déclaration si vous ciblez les espèces réglementées.
Que risque-t-on en cas d’oubli de déclaration ? La réglementation sur les sanctions n’est pas encore claire. Les fédérations demandent de la pédagogie plutôt que de la répression la première année.
Les professionnels ont-ils les mêmes contraintes ? Non, et c’est justement un des combats des fédérations. Les tailles, les périodes, les quotas sont souvent différents.
Peut-on encore pratiquer le no-kill ? Oui, mais vous devrez déclarer les thons relâchés (règle encore floue sur l’application pratique).