Pêcher les gros sandres du bord en crue : la méthode qui fait tomber les records

Sandre

Il y a une pêche qui m’a valu d’être identifié dans le milieu il y a quelques années, et c’est celle-là : les gros sandres du bord, en fleuve et en rivière, quand l’eau monte et devient franchement sale. Une approche à l’opposé de ce qu’on entend habituellement sur le sandre. Pas de finesse, pas de 20 centièmes, pas de bateau, pas de live. Des cannes longues, des leurres de 11 à 20 centimètres et parfois plus, des têtes plombées de 10 à 32 grammes, et des bordures peignées centimètre par centimètre.

C’est une pêche de besogneux, avec de vraies traversées du désert. C’est aussi, selon moi, la meilleure fenêtre de l’année pour battre son record. Je l’ai beaucoup pratiquée dans la Seine, mais aussi dans la Vilaine et ailleurs, et elle fonctionne un peu partout dès qu’un cours d’eau se met à charrier. Voilà comment je m’y prenais, du choix du poste jusqu’à l’animation.

Pourquoi la crue change tout

Le sandre, on en parle surtout comme d’une pêche légère, pratiquée en bateau, avec des leurres discrets qui ne vibrent pas. Sauf que quand les grosses pluies arrivent et que le niveau grimpe, tout se déplace. Les poissons blancs viennent se coller à la bordure pour fuir le courant, et les carnassiers suivent.

Vous vous retrouvez alors à pêcher des zones mortes le reste de l’année. Des herbiers où il y avait 30 centimètres d’eau et où vous en trouvez maintenant deux ou trois mètres. Des retours, des contre-courants, des dépressions derrière une grosse pierre. Personnellement, je n’ai jamais pratiqué cette pêche en eau basse. Elle n’a d’intérêt qu’en crue, et elle est encore plus lisible sur des rivières peu régulées, là où les mouvements d’eau ne sont pas lissés par des ouvrages.

Un détail qui compte : ce n’est pas au pic de la montée que ça se déclenche le mieux. Quand l’eau monte et charrie tout, c’est souvent compliqué. En revanche, après deux ou trois jours de pluie, quand ça commence à se stabiliser et que l’eau est bien teintée, au point de ne plus voir son leurre à 20 centimètres, là les gros s’activent. Et vous arrivez à leurrer des poissons méfiants sur des secteurs pourtant très pêchés.

Lire l’eau : débits, sites de suivi et carnet de notes

Premier conseil, et probablement le plus rentable : surveillez le débit. Des services comme Vigicrue donnent la hauteur et le débit de la plupart des grands cours d’eau. Si vous êtes assez attentif pour tenir un carnet et noter vos sorties, vous allez vite comprendre que selon les débits, les poissons se tiennent à des endroits très précis. C’est presque mécanique.

J’ai des copains qui pêchaient aussi la Seine et qui avaient identifié un secteur en aval de Paris où, derrière des pylônes, les poissons passaient entre midi et 14 heures. On n’a jamais vraiment su pourquoi ce créneau. Mais c’est typiquement une pêche où un poste éteint peut s’allumer et se refermer très vite. Un endroit qui vous donne des petits sandres à un moment peut devenir un poste à gros quelques heures plus tard, probablement parce que les poissons tournent et arrivent par vagues, un banc de petits puis un banc de gros.

Autre indicateur que j’utilisais beaucoup : les brèmes. Quand vous passez dans un banc de brèmes et que vous le sentez dans la canne, il y a très souvent des sandres pas loin. À investiguer systématiquement.

Les postes à chercher

L’essentiel de cette pêche se joue à quelques mètres du bord. Les péniches d’abord, qui sont mes postes préférés. Ce n’est pas très propre visuellement, mais sur 100 mètres de berge, vous pouvez sortir cinq à dix poissons dans une soirée, presque tous au-dessus de 70, avec régulièrement des poissons qui passent les 90. J’avais tendance à envoyer quelques mètres derrière la péniche et à laisser le leurre se caler le plus loin possible dessous, parce que le courant creuse en dessous et que ces creux sont des postes d’affût redoutables.

Cherchez aussi les zones de contre-courant, les sorties de darse, les embouchures, les avancées créées par la canalisation d’un fleuve avec cette petite zone morte derrière. Et les pointes de deal, là où deux courants se rejoignent et forment un triangle plus calme. Les poissons s’y abritent, et quand ils se déclenchent, ils se tiennent pile à la limite entre le courant et la zone morte. C’est là qu’il faut peigner.

Ça marche aussi dans les canaux, dès qu’une hausse d’eau crée du mouvement et regroupe les poissons blancs. Si vous localisez une concentration de fourrage, il y a des sandres autour : un peu plus loin, un peu plus au centre, ou sur la berge d’en face.

Vous serez surpris. J’ai été le premier étonné de faire des poissons de 90 à deux mètres du bord dans un mètre d’eau, sans les voir, simplement en pêchant précisément.

Les créneaux et le coup du soir

Il y a des jours où c’est mort sans raison, et trois jours d’affilée où c’est la folie. L’idée n’est pas de faire 40 poissons. Quand vous faites un coup du soir de deux heures avec sept ou huit sandres dont cinq de plus de 70, vous avez passé une très bonne soirée.

Mon meilleur créneau reste l’heure qui précède la nuit. Vous pouvez passer sur un spot, ne rien faire, revenir un peu plus tard et les trouver. Ils n’étaient pas absents, ils n’étaient simplement pas activés.

La canne : longue, puissante, avec un vrai talon

Comme on pêche sous la canne, la longueur prime. Ma première canne sur cette pêche était une Draschko Prestige de 3 mètres, et je l’ai souvent trouvée un peu courte. Je serais aujourd’hui plus à l’aise avec du 3,30 mètres. Les péniches sont souvent à trois ou quatre mètres du bord, et il faut de l’angle pour lancer, accompagner le leurre et aller le caler sous la coque. Avec une canne trop courte, l’angle est mauvais et le leurre revient beaucoup trop vite, alors que tout l’enjeu est de rester longtemps dans la zone de tenue du poisson.

Côté puissance, ma plage idéale est un 20-50 grammes en action fast. Pour deux raisons. On emploie des leurres lourds qu’il faut pouvoir animer, et sur ces grands axes vous croisez régulièrement des silures. Quand un poisson d’1,80 mètre fait le zouave dans les péniches, mieux vaut ne pas être sous-armé.

Dernier point souvent négligé : la longueur du talon. Vous allez passer des heures leurre sous la canne, et tout faire au poignet devient vite épuisant, surtout quand il gèle dans les anneaux. Prenez une canne dont le talon est adapté à votre avant-bras, vous le sentirez sur les journées difficiles.

On est évidemment en spinning. Le casting n’a pas d’intérêt ici, les cannes sont trop courtes et l’animation ne s’y prête pas.

Si vous cherchez l’équivalent moderne de ce que j’utilisais, regardez du côté des cannes de 3 à 3,30 mètres en 20-50 grammes, y compris dans les gammes de pêche du bar en mer où les modèles longs sont fréquents. Vous pouvez les retrouver ici.

Moulinet, tresse et bas de ligne

Le moulinet doit d’abord brider. Un frein efficace, capable de faire monter vite un poisson de 80 ou 90 qui a de l’énergie dans le courant. Je suis passé de moulinets bon marché à des modèles plus sérieux, et j’ai gardé deux références. Le Penn Spinfisher d’abord, lourd mais très costaud, conçu pour la mer et donc parfaitement à l’aise face à un silure, pour un prix contenu. Et le Shimano Twin Power, plus cher, plus gros, quand on veut du haut de gamme. Je tourne globalement entre les tailles 3000 et 5000, et le poids du moulinet n’est pas un problème puisqu’on ne passe pas la journée à faire de grosses animations.

Sur la tresse, je ne me suis jamais fait aux PE, donc je parle en centièmes. J’ai toujours pêché autour du 20 centièmes, en descendant à 17 quand je voulais jouer la finesse et en montant à 23 quand les silures devenaient pénibles. On pourrait descendre en 15 ou en 12, mais on perd la portance qui ralentit la descente du leurre et permet de le laisser partir un peu plus loin sous une péniche. Et dans des zones encombrées de cailloux, de vélos et de panneaux publicitaires, un diamètre trop fin finit par frotter et casser. J’y ai laissé un ou deux silures.

Pour le bas de ligne, du fluorocarbone en 1,50 à 2 mètres, entre 35 et 40 centièmes. Un bon 40 fait largement le job et résiste à l’abrasion. Il m’est même arrivé de pêcher sans fluoro, directement attaché, et de faire du poisson. Ce n’est ni propre ni recommandé, mais ça passe.

Pourquoi de gros leurres en eau sale

L’eau est chargée. Il faut compenser le manque de visuel par de la vibration, pour activer la ligne latérale et signaler la présence du leurre dans une zone parfois large de 50 centimètres. Quand la visibilité tombe à 20 centimètres, le poisson doit savoir que vous êtes là.

Historiquement, on entendait que passer 10 ou 11 centimètres n’était pas bon pour le sandre. C’est une bêtise, et beaucoup s’en sont rendu compte depuis. Pour moi, 11 centimètres, c’est le début de la gamme. Le bon gabarit se situe entre 11 et 20 centimètres, avec 13 et 15 en tailles passe-partout, 18 très bien et 20 sans complexe. Sur certains modèles, on peut même monter à 30.

Une anecdote qui m’a définitivement convaincu : mon premier gros sandre, un poisson de 78, avait deux brèmes dans le ventre, une de 25 centimètres et une de plus de 30. Ils n’ont peur de rien. On ne vient pas chercher des sandres de 40, on vient chercher des poissons de 80 ou 90, et comme les touches sont rares, il faut que celle qui arrive soit la bonne.

Ma sélection de leurres

Le Delalande Sandra en 16 centimètres est un incontournable, plutôt quand l’eau commence à s’éclaircir et que vous retrouvez 50 centimètres de visibilité. La première fois que je l’ai eu en main, je l’ai trouvé beaucoup trop gros pour le sandre. Au deuxième lancer je faisais un poisson de 75. Deux coloris suffisent : le noir pailleté, celui avec lequel ma femme Eva a fait énormément de gros sandres et de silures, et le blanc, tête rouge ou non.

Dans le même registre de virgule, le Pro Grub de chez Fox Rage a une queue beaucoup plus épaisse, orientée dans l’autre sens que le Sandra. On sent nettement dans la canne qu’il émet davantage de vibrations, ce qui en fait une bonne option quand il reste encore des sédiments en suspension.

Vient ensuite une catégorie que peu de pêcheurs de sandre utilisent : les imitations d’anguilles. En fleuve, il y a toujours des lamproies et des anguilles près du fond, et les sandres en sont fous. Trois références valent le détour. Le Mother Worm de chez Madness en 8 pouces, vendu à l’origine pour le bar et longtemps échangé sous le manteau entre pêcheurs de sandre, redoutable sur des animations très lentes malgré une matière glissante qui tient mal sur la tête plombée. Le Fiiish Crazy Paddle Tail, que j’utilise beaucoup au bar et dont le profil d’anguille couplé à une petite queue de shad coche toutes les cases, également disponible en 180. Et le Berkley Gulp Alive Swimming Eel en 20 centimètres, dont j’avais racheté tout le stock d’un détaillant italien qui fermait, et qui reste pour moi une arme absolue sur le sandre comme sur le silure.

Pour les shads à forte vibration, le Nitro Shad d’Illex en 150 est un tracteur. Prenez le 15 directement, on ne finasse pas ici. Le Breizh Shad de Sakura, conçu pour le brochet et le bar, a exactement la vibration qu’il faut et mérite une place dans le sac même si personne ne vous en parlera pour le sandre. Le Nays VNM en 8 pouces est la bonne taille pour ce type de pêche, et il existe aussi en 16,5 centimètres. Avec le Sawamura One Up Shad, également disponible en 12,4 centimètres, c’est l’un des deux leurres que je monte volontiers en texan quand le fond est encombré.

Enfin, mes deux valeurs sûres bon marché. Le Shad GT de Delalande, en 13 ou en 18 centimètres, vibre très fort, ne coûte rien et encaisse. Mes coloris préférés : blanc tête rouge, dos noir et dos bleu. Je n’ai aucune explication rationnelle pour le dos bleu, mais en eau sale, ce sont souvent les bleus qui sortent.

Et surtout le Berkley Pulse Shad en 11 centimètres, disponible aussi en 14. C’est le leurre qui m’a valu le plus de gros sandres. Créé par Sylvain Legendre, il est rudimentaire, ce n’est pas le plus beau du marché, mais sa vibration désordonnée et très puissante fait la différence en crue. Un blanc, un noir, et vous avez de quoi travailler.

Un mot sur les petits modèles : le Miss Shad de chez Delalande, autour de 10 centimètres, est le plus petit leurre avec lequel j’ai pêché sur ce type de poste. Il vibre comme un tracteur et dépanne bien sous les péniches quand les poissons font les difficiles.

Le leurre dur que personne ne sort

Mes premiers poissons de 90, je les ai faits au Sébile Flatt Shad 96 en Blood Red. Ce qui compte ici, ce n’est pas la marque mais le principe : une vibration sans billes. La plupart des lipless crankbaits sont bourrés de billes et font un raffut d’enfer, et ça n’a jamais été payant pour moi. Un modèle silencieux, qui se contente de vibrer comme un gros shad, change la donne les jours où l’eau est vraiment dégueulasse.

L’animation est simple : vous le laissez toucher le fond, vous décollez, et dès que vous sentez trois ou quatre vibrations vous le reposez. Vous finissez par les rendre fous. S’il ne vient pas pour manger, il vient pour vous déglinguer parce que vous l’avez agacé pendant dix minutes à côté de son nez.

Sur ces leurres, coupez la branche inférieure du triple avant et remplacez-le par un hameçon surdimensionné dont les deux branches remontent. Il se posera au fond sans s’accrocher.

Têtes plombées, hameçon voleur et grammages

C’est ici qu’on perd des poissons, alors ne lésinez pas. Je suis très tête plombée sur cette pêche, parce que l’hameçon est sur le dessus et que les sandres tapent vite. Le montage texan reste une bonne alternative sur les spots très encombrés, avec une balle un peu lourde devant. Vous trouverez les balles, plombs et accessoires ici.

Pour la tête plombée elle-même, un seul critère prime : le fer de l’hameçon. Vous avez trouvé le bon spot, le bon leurre et le bon jour, et vous vous faites ouvrir parce que l’hameçon est trop fin. J’ai longtemps utilisé les têtes plombées GT de Delalande, qui font partie des plus épaisses, et il existe aussi une version hameçon long. Une tête ronde basique avec un gros hameçon vaut mille fois mieux qu’une tête bien dessinée avec un fin de fer. L’hameçon, l’hameçon, l’hameçon.

Le sandre a une manie à cette période : il tape presque toujours au même endroit, vers l’arrière du leurre, à hauteur de ce qui serait l’adipeuse chez une truite. Mon interprétation, qui n’engage que moi, c’est qu’il assomme sa proie pour la reprendre ensuite, sauf qu’avec un leurre on n’a pas le loisir d’attendre. D’où l’hameçon voleur. J’ai tout essayé, les hameçons simples de spinnerbait qui se désaxent, le triple monté sur le simple qui ne vaut rien. Le plus rudimentaire reste le meilleur : cinq à dix centimètres de fluorocarbone selon la taille du leurre, un petit triple au bout, et une boucle sertie que vous passez autour de l’anneau de la tête plombée. Préparez-en une vingtaine à l’avance, vous ne le ferez jamais au bord de l’eau.

Côté grammages, on pêche lourd. Mes têtes les plus légères pour deux mètres d’eau font 10 grammes, et je montais jusqu’à 28 voire 32 grammes pour tomber exactement où il faut. Le 21-28 grammes était ma plage la plus utilisée. Trop léger, un courant de fond vous fait passer au-dessus de la cassure que vous vouliez fouiller, ou emporte le leurre trop loin sous la péniche où il finit par frotter.

L’animation : je décolle, je laisse revenir, je ne baisse pas la canne

Soit vous pêchez parallèlement au quai, canne devant vous et fil qui longe la berge, soit vous envoyez à trois quarts amont dans le courant, un peu comme on pêcherait le saumon, pour prendre appui sur le débit.

Ensuite, vous décollez le leurre d’une vingtaine de centimètres. Vous devez sentir la vibration. Si vous ne la sentez pas, votre plombée est mauvaise. Et voilà le point clé : une fois que vous avez tiré, vous ne rendez pas la main. Vous laissez la canne au même niveau et vous attendez que le leurre revienne en cloche se poser un peu plus près. Vous ne récupérez la bannière avec le moulinet qu’une fois le leurre au sol.

Pourquoi c’est crucial : les touches arrivent presque toujours juste avant que le leurre ne se pose. Si vous baissez la canne, il redescend trop vite et le poisson n’a pas le temps de se positionner. En phase planante, il a tout le loisir de venir le coffrer. Et quand ils ont décidé d’y aller, vous retrouvez un leurre de 20 centimètres plein palais.

Ce qu’il faut retenir

Cette pêche demande de l’insistance et beaucoup de repassages sur les mêmes zones. Vous aurez des traversées du désert. Mais quand la température baisse, qu’il a plu et que les débits augmentent, n’ayez pas peur de pêcher très près du bord, même si la rivière a pris un mètre cinquante. Le petit mètre entre le vrai courant et la berge est souvent l’endroit où les poissons sont empilés les uns sur les autres.

Une canne longue et puissante, un moulinet qui bride, une tresse qui ne casse pas, de gros leurres qui vibrent, une tête plombée à gros hameçon avec un voleur derrière, et une animation qui laisse le leurre planer. C’est tout. C’est accessible, ça se fait avec du matériel de brochet ou de mer que vous avez probablement déjà, et c’est le meilleur moment de la saison pour aller chercher les vrais gros pendant que tout le monde a rangé les cannes au vestiaire.

Quand vous taperez vos premiers poissons de 80, vous comprendrez.

Introuvables aujourd’hui. Le Madness Mother Worm 8 pouces, le Berkley Gulp Alive Swimming Eel 20 centimètres, le Sébile Flatt Shad 96 Blood Red et le Miss Shad Delalande ne sont plus fabriqués. Si vous avez des stocks de Swimming Eel, je suis preneur.