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Brochet

Brochet : comment lire la transition entre l’été et l’automne

7 min de lecture

Chaque année, c’est la même excitation : les nuits fraîchissent, les premières pluies arrivent et les pêcheurs de carnassiers ressortent les boîtes. Cette bascule entre l’été et l’automne est l’un des moments les plus productifs pour le brochet, à condition de comprendre ce qui se passe sous la surface. Pour en parler, nous avons reçu Arnaud Brière, guide de pêche depuis 1999 en Irlande, en Hollande et sur la Seine, membre du team Rapala depuis près de vingt-cinq ans. Voici ce qu’il faut retenir de notre échange.

Pourquoi l’été est une période difficile pour le brochet

Après un été chaud et sec, les rivières et les plans d’eau sont souvent dans un état critique : niveaux bas, eau qui dépasse les 25 °C, très peu de courant. Le problème n’est pas tant la chaleur elle-même que ce qu’elle entraîne. Plus l’eau se réchauffe, plus le taux d’oxygène dissous chute. Un brochet se porte très bien dans une eau à 20 ou 22 °C tant qu’elle reste oxygénée ; c’est quand l’oxygène manque que les choses se gâtent.

Arnaud rappelle d’ailleurs qu’en pleine canicule, il vaut mieux lever le pied sur le brochet. Un poisson combattu puis relâché dans une eau à 28 °C pauvre en oxygène récupère mal, et la mortalité après remise à l’eau grimpe fortement. Ces périodes sont plutôt l’occasion de se tourner vers des espèces qui encaissent mieux la chaleur, comme le chevesne ou le black-bass.

Les poissons ne cessent pas de s’alimenter pour autant, mais leurs fenêtres d’activité deviennent très courtes et se déplacent vers la nuit, le tout petit matin ou la fin de soirée. Autant dire qu’elles sont difficiles à trouver pour le pêcheur du dimanche.

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Les premières pluies : un vrai déclencheur

Quand la pluie revient après une longue sécheresse, c’est presque toujours une bonne nouvelle. Au-delà de l’eau qui se trouble, elle réoxygène, rafraîchit et remet du courant dans le réseau. Tout ce qui va dans le sens du confort des poissons relance leur activité.

Attention cependant : un orage fait monter puis redescendre une rivière très vite. Sur des sols durcis par la sécheresse, il faut une vraie période de pluie, douce et prolongée, pour que les nappes se rechargent et que la rivière retrouve un débit régulier. Les moments qui encadrent un orage restent souvent très productifs, à condition de rentrer dès les premiers éclairs.

Pression atmosphérique, lune, vent : que faut-il vraiment regarder ?

Arnaud regarde la pression, mais surtout sa tendance (montante ou descendante) plutôt que sa valeur. Il insiste surtout sur un paramètre que tout le monde oublie : ce qui s’est passé avant. À conditions identiques, avec la même lune, le même vent et la même pression, des poissons qui ont crevé de faim pendant deux mois ne se comporteront pas comme des poissons qui se sont gavés. Une rivière abîmée par des semaines de chaleur restera décevante même avec une « bonne lune ».

Au quotidien, il se concentre sur deux facteurs : le vent et la température. Le vent conditionne d’abord la sécurité en bateau et le choix du plan d’eau (un grand lac se pêche bien par 20 km/h, beaucoup moins par 80), ainsi que le sens des dérives. Pour le brochet, il a aussi un effet direct : il oxygène l’eau, crée du bruit et camoufle les défauts de présentation du leurre. Ciel gris, pluie fine et vent restent des conditions bien plus favorables qu’un grand soleil sur une eau miroir.

Choisir la bonne berge selon les conditions

Pour les pêcheurs qui n’ont pas le luxe de choisir leur jour, le vrai levier est le choix du poste. La règle est simple : chercher ce qui améliore le confort des poissons.

Par eau chaude, privilégiez la berge battue par le vent. C’est la plus oxygénée, et le vent y pousse insectes et particules de surface. Le poisson blanc suit cette nourriture, et les carnassiers suivent le poisson blanc. À l’inverse, par eau froide, ce sont les anses abritées, là où l’eau chauffe le plus vite au soleil, qui concentreront l’activité.

Tant que l’eau reste chaude avec des niveaux bas, orientez-vous vers les zones de courant, les arrivées et sorties de rivière, les plateaux exposés au vent. Quand l’eau a déjà bien refroidi, vous pouvez pêcher davantage en pleine eau, au milieu des plateaux, sur des postes moins marqués.

Quand l’eau est encore chaude : pêches d’herbiers et de surface

Tant que l’eau reste autour de 16 à 18 °C, le poisson blanc est encore sur les plateaux et dans les herbiers, et les brochets avec lui. C’est le moment des pêches de bordure, de plateau et d’herbier : swimbaits souples non plombés passés dans la végétation, spinnerbaits, chatterbaits, et pêche à la souris.

C’est aussi, selon Arnaud, l’une des meilleures périodes de l’année pour pêcher le brochet en surface. Stickbaits et frogs ont encore toute leur place tant que l’eau n’a pas basculé.

À ce stade, Arnaud pêche « à l’aveugle » : il enchaîne les dérives sur les herbiers et les postes connus, et n’utilise son sondeur que pour la cartographie, afin de passer au bon endroit du plateau ou du tombant.

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La bascule : quand le poisson blanc se regroupe

Le vrai tournant arrive quand les nuits se rapprochent de zéro. Les journées peuvent encore être douces, mais la température de l’eau chute nettement. À un point d’équilibre, une grande partie du poisson blanc quitte les zones dispersées pour se regrouper en boules de fourrage, plus près des zones profondes, en prévision de l’hiver.

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C’est un moment clé : le fourrage change de place, donc les brochets aussi, et votre pêche doit changer avec eux. Les plateaux se vident, et le poisson se retrouve dans les fosses, par 7 à 12 mètres. Quand le froid s’installe franchement, toute la biomasse peut se retrouver collée au fond, en une seule masse.

Arnaud allume alors son sondeur (un simple sondeur 2D, pas besoin de live) pour chercher ces rassemblements de fourrage. Une fois une boule trouvée, il la marque et pêche autour.

La théorie de la brebis égarée

Beaucoup de pêcheurs « cassent » les boules de fourrage en y envoyant un shad en traction. Arnaud reconnaît que ça fonctionne, et qu’une cuillère ondulante qui descend en papillonnant dans la boule est même redoutable, souvent plus efficace qu’un shad.

Mais son approche favorite est différente, et il l’appelle la théorie de la brebis égarée. Les brochets sont dans le troupeau de gardons. Si une proie s’isole quelques mètres au-dessus du banc, un prédateur sort pour la sanctionner. Il fait donc passer un swimbait 3 ou 4 mètres au-dessus de la boule, et insiste. Très souvent, ce sont les plus gros poissons qui sortent du banc pour attaquer.

Dans cette pêche, la couleur compte peu. C’est la profondeur, la vitesse de récupération et la vibration qui déclenchent l’attaque. Il faut simplement un leurre qui ressemble à un vrai poisson (gardon, truite, petit brochet) ; pas besoin de coloris fantaisistes. On retrouve ici le triptyque qu’Arnaud applique à tous ses leurres plombés : grammage, angle de canne et vitesse de récupération.

Le retour des jerkbaits et des gros leurres

Quand les eaux refroidissent, les jerkbaits agressifs de type Buster Jerk ou Twitchin’ Rap refont leur apparition. Pour Arnaud, reprendre des poissons avec ces leurres est souvent le signe que les regroupements commencent.

C’est aussi le moment de tenter plus gros. Aux premiers froids, les brochets apprécient les grosses bouchées, qui apportent beaucoup d’énergie pour peu d’effort. Pas besoin d’aller vers des leurres de 300 ou 400 grammes : pour Arnaud, un leurre de 25 cm ou de 150 grammes est déjà un vrai big bait. Les souris plombées plus lourdement, pour descendre à la bonne profondeur, trouvent aussi leur place.

[Lien interne : notre article sur la pêche du brochet à la souris avec Arnaud Brière]

Et depuis le bord ?

Sans bateau ni sondeur, la mobilité est bien plus réduite, et il faut davantage prospecter. Les mêmes principes s’appliquent pourtant : choisir la berge au vent ou à l’abri selon la température, et surtout chercher les signes de vie. Une berge où le poisson blanc marsouille, où l’on voit de la nourriture, est un indicateur précieux : là où il y a de la nourriture, les carnassiers ne sont jamais loin.

Les trois leurres à mettre dans sa boîte

Si Arnaud ne devait garder que trois leurres pour cette période, ce serait :

Un cranking shad (shad pêché en récupération linéaire) pour couvrir beaucoup de terrain et localiser les poissons actifs.

Un swimbait pour pêcher au-dessus des boules de fourrage et viser les gros poissons en pleine eau.

Une souris, comme la Moustache de VMC ou la Miuras Mouse, pour aller chercher les plus beaux spécimens.

Ne pas rater la bascule

L’été est rarement la saison des plus gros brochets. Le retour d’une eau plus fraîche et plus oxygénée provoque au contraire un vrai regain d’activité, avec souvent de très beaux poissons à la clé. Le conseil d’Arnaud est simple : surveillez la température, les premières nuits froides et le comportement du poisson blanc, et gardez du temps pour aller au bord de l’eau quand ça bascule.

Le matériel cité dans l'épisode

  • ▸ Miuras Mouse : https://tidd.ly/49YKfSR
  • ▸ Mustache rig : https://tidd.ly/4dBj57b
  • ▸ Shallow Cruiser : https://tidd.ly/4eaHjX8
  • ▸ Swimbaits plombés : https://tidd.ly/4Ab5qNV
  • ▸ Shads pour le cranking : https://tidd.ly/4xidmu1
  • ▸ Spinnerbaits : https://tidd.ly/46mYIa8
  • ▸ Chatterbaits : https://tidd.ly/49MT4QJ
  • ▸ Frogs et leurres de surface : https://tidd.ly/3Q7rjLO
  • ▸ Jerkbaits type Buster Jerk : https://tidd.ly/4uZ3Mwr
  • ▸ Rapala Twitchin' Rap : https://tidd.ly/3T7sRqO
  • ▸ Cuillères ondulantes : https://tidd.ly/4iyxdBL
  • ▸ Balam 300 : https://tidd.ly/4veb3ao
  • ▸ Fox rage Replicant : https://tidd.ly/4d4mUT8
  • ▸ Cannes big bait : https://tidd.ly/4h6SL5S

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Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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