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Black-bass

Pêche au tube : le guide complet pour prendre des perches

8 min de lecture

Le tube fait partie de ces leurres que presque tout le monde a croisés, que beaucoup ont achetés un jour, et que très peu savent vraiment utiliser. Pourtant, bien monté et bien animé, c’est une arme redoutable sur la perche, capable de faire réagir des poissons blasés par les shads et les finesses classiques. Pour comprendre comment en tirer le meilleur, nous avons reçu Tanguy Marlin, chef produit chez Sakura, compétiteur reconnu et concepteur d’un tube et de sa tête plombée dédiée. Voici ce qu’il faut retenir.

D’où vient le tube ?

Comme beaucoup de leurres souples, le tube est né aux États-Unis. Sa fabrication d’origine était très artisanale : on trempait une simple pique en bois dans du plastique liquide, on obtenait un tube creux, puis on découpait des lanières à l’arrière pour former la jupe.

Deux usages se sont ensuite développés, avec deux produits bien différents. Le premier est un tube épais, pensé pour le Texas lourd et le punching sur le black-bass à grande bouche. Sa forme filiforme, sans appendice sur les côtés, lui permet de se faufiler au cœur des roselières ou de traverser les tapis végétaux sans accrocher.

Le second usage, plus fin, s’est popularisé sur le black-bass à petite bouche dans les grands lacs et les rivières du nord des États-Unis. Là, le tube est monté sur une tête plombée insérée à l’intérieur et pêché en spinning. Plutôt court, il imite un gobie ou une écrevisse posé sur le fond. C’est cette approche qui nous intéresse en France.

Précision utile : pour Tanguy, un leurre plein, même de forme tubulaire, n’est pas un tube. Tout l’intérêt de la technique vient justement du fait que le corps est creux.

Pourquoi le tube fonctionne si bien sur la perche

La perche a beaucoup de points communs avec le black-bass à petite bouche : une petite bouche, une vie en bancs, une sensibilité aux mêmes fréquences de vibrations. Tout ce qui fonctionne sur l’un a de bonnes chances de fonctionner sur l’autre.

Le tube reste pourtant un leurre sous-coté, et Tanguy le reconnaît volontiers : ce n’est pas un leurre à pêcher toute l’année ni en toutes circonstances. Utilisé sur les bons postes et au bon moment, il prend surtout des perches, mais aussi des sandres et des brochets. À l’inverse, si les carnassiers chassent de grosses proies dans les herbiers, il ne se passera rien.

Dans quelles conditions sortir un tube

Tanguy l’utilise principalement quand l’eau est chaude à tiède, en fin d’été et à l’arrière-saison, avec quelques conditions bien précises.

Une eau claire. L’attrait du tube repose sur sa descente en spirale et ses départs imprévisibles. Une perche qui voit le leurre réagit beaucoup mieux qu’une perche qui doit le localiser uniquement aux vibrations, d’autant qu’il vibre très peu.

Peu ou pas de courant. Il pêche davantage en lac qu’en rivière. Un courant soutenu contrarie la descente en spirale, qui perd alors tout son intérêt. Les rivières lentes, notamment en fin d’étiage, restent en revanche d’excellents terrains.

Peu de vent. On pêche en spinning léger avec un leurre creux, rempli d’air, qui ne vole pas très loin. Au-delà de 20 à 30 km/h de vent, mieux vaut passer à autre chose.

Un fond adapté. Galets, cailloux, amas de roches, herbiers peu denses. Sur des obstacles plus lourds, le tube à tête plombée interne n’a pas sa place : il faut passer au Texas ou à une autre technique. Le tube n’a pas de protection anti-herbe et sa descente planante le rend sensible aux accrochages.

Ce n’est pas un leurre pour battre de grandes étendues d’eau, mais il n’est pas non plus réservé aux postes isolés. Comme il part à droite, à gauche, monte et redescend quand on l’anime, son champ d’action est très large, ce qui permet une prospection ciblée.

Le secret du tube : la tête plombée

Le tube lui-même est un leurre très simple. Toute la technicité se joue sur la tête plombée et sur sa position à l’intérieur du corps.

Les têtes à lest concentré vers l’avant, en forme de goutte, font couler le leurre vite et droit, avec très peu de spirale. Elles permettent de pêcher creux, de tenir dans le courant et de racler le fond entre les galets. Elles sont efficaces, mais moins polyvalentes.

Les têtes allongées, dont le plomb est réparti sur une grande partie de la hampe, donnent au contraire un tube planant, qui descend en spirale et part en dart à chaque impulsion. C’est ce type de tête que Tanguy privilégie.

Comment monter son tube pour qu’il darte

On glisse la tête plombée à l’intérieur du tube, puis on appuie pour faire ressortir l’œillet à travers le corps. Tout se joue à cet endroit.

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Si la tête est poussée en butée tout au bout du leurre, le poids se concentre à l’avant : moins d’effet planant, moins de dart. L’astuce consiste à ne pas aller en butée et à faire sortir l’œillet légèrement en retrait de la tête du leurre. La portion de corps située devant l’œillet offre alors une surface d’appui à l’eau. À chaque traction, cette résistance empêche le leurre d’avancer droit et l’oblige à partir d’un côté ou de l’autre. C’est aussi cette répartition des masses qui produit la descente en spirale.

Certains pêcheurs vont plus loin et transpercent l’avant du leurre avec la pointe métallique de la tête. Le tube coule alors plus vite, avec une spirale beaucoup plus serrée, ce qui peut se justifier au-delà de 5 mètres de profondeur, en lac de barrage par exemple. Tanguy préfère rester en butée légère : le contact avec le fond est plus discret, sans ce choc sonore d’une tête qui cogne les pierres.

L’animation en trois phases

Tanguy anime son tube de manière assez rigide, avec des tirées sèches, un peu comme une tête à darter classique. Des tirées longues le font moins darter mais vibrer davantage ; des coups secs le font travailler de droite à gauche.

Sa séquence type se déroule en trois temps. D’abord, la descente : on lance et on laisse tomber jusqu’au fond, une phase essentielle, car les perches viennent souvent intercepter le leurre pendant sa chute. Tanguy l’a constaté à de nombreuses reprises au sondeur live, avec des poissons qui montent chercher le tube avant même qu’il touche le fond. Ensuite, le grattage : il fait racler doucement le leurre sur 50 cm à 1 mètre. Enfin, l’animation : sans touche, il donne une série d’impulsions qui font remonter le tube haut dans la couche d’eau, puis le laisse repartir en spirale se poser 2 à 4 mètres plus loin. Et le cycle recommence.

Le vrai travail consiste ensuite à observer. Si les touches arrivent surtout à la descente, le tube est clairement le bon outil. Si elles viennent en animation, un leurre qui coule plus vite et darte davantage peut faire mieux. Si c’est au grattage, un leurre de faible densité aux vibrations différentes peut être une piste. Un poisson isolé ne prouve rien ; ce sont les touches qui s’enchaînent qui valident une couleur et une animation.

Quel grammage choisir

Le grammage détermine la vitesse de descente, et c’est tout l’enjeu : il faut que le tube coule à la bonne vitesse pour rester pêchant pendant la chute. Les têtes de la gamme Sakura vont de 3,5 à 14 grammes, toutes montées sur le même hameçon BKK pour s’adapter au tube de 9,2 cm. Seules la largeur et l’épaisseur du plomb changent. Avec 14 grammes, on pêche facilement vers 10 mètres de fond.

Un détail pratique que beaucoup apprécieront : le grammage est gravé sur chaque tête. Fini le casse-tête des têtes mélangées dans la boîte.

Attention au poids total du montage

Tanguy insiste sur une erreur très répandue : raisonner uniquement en poids de tête plombée. Une tête de 7 grammes associée à un leurre souple de 7 grammes, c’est 14 grammes au bout de la ligne, soit bien au-delà de ce qu’accepte une canne medium light prévue pour 10 ou 12 grammes. C’est pour cette raison que le poids du leurre nu est désormais indiqué sur les sachets : additionnez toujours les deux.

Coloris : naturels ou tranchés

La gamme se partage entre des teintes translucides et naturelles, et des couleurs très marquées : un blanc nacré classique, un chartreuse citron vert qui peut rendre les perches folles certains jours, et un green pumpkin laminé, sombre sur le dos, plus clair et très pailleté sur le ventre, qui peut évoquer une écrevisse. Le tube reste un leurre alimentaire mais agressif ; ne vous interdisez aucune piste.

Rattle et attractant : deux options pour booster le tube

Le corps creux se prête à deux personnalisations. La première consiste à le remplir d’attractant en gel (le liquide ressort au premier lancer), qui ajoute un peu de poids et se libère quand le poisson saisit le leurre. Les tubes Sakura sont déjà aromatisés dans la masse.

La seconde, que Tanguy préfère, est l’ajout d’un rattle. Les têtes plombées disposent d’une gouttière sous le plomb, pensée pour loger un rattle standard de 3 mm de diamètre, fixé à la colle cyanoacrylate. Quand les perches sont actives et agressives sur les animations en dart, cet effet sonore peut vraiment faire la différence. Et comme le rattle est fixé à la tête, on ne le perd pas avec le leurre souple.

Le matériel pour pêcher au tube

La canne. Une spinning d’au moins 6 pieds et demi à 7 pieds, jusqu’à 8 pieds selon les préférences, avec une action fast ou extra fast. Le scion doit être nerveux pour transmettre les impulsions et rester sensible, car le tube glisse sans aucune résistance et la moindre traction le fait avancer. En puissance, une medium light pour les têtes de 3,5 à 7 grammes, une medium de 7 à 14 grammes.

La pêche en casting. Avec 14 grammes, le tube se pêche aussi en bait finesse. Le casting offre un vrai avantage sur la descente : la ligne défile sous le doigt, et un tour de manivelle suffit pour être en tension dès la touche. En spinning, il faut voir la ligne s’arrêter ou sursauter, puis fermer le pick-up avant de ferrer, ce qui coûte des poissons. C’est d’ailleurs pour cela que l’hameçon est volontairement un peu fort de fer : il doit fonctionner dans les deux configurations.

La ligne. Une tresse autour de 10/100e (entre 8 et 12/100e) et un bas de ligne en fluorocarbone de 23 à 25/100e, soit environ 8 à 10 livres. Tanguy descend rarement sous les 20/100e : une perche à qui l’on présente le bon leurre regarde le leurre, pas le bas de ligne, et le tube réserve souvent des surprises, sandre ou brochet compris. Si le brochet est présent, un bas de ligne fin en titane supporte bien le leurre sans le brider.

Faut-il un tube dans sa boîte ?

Pour Tanguy, la réponse est oui si vous aimez pêcher la perche en techniques fines. Le tube ne se comporte comme aucun autre leurre : plus planant, capable d’être agressif, discret et complet. C’est aussi l’occasion d’apprendre une nouvelle technique, et c’est un peu tout l’intérêt de la pêche au leurre.

Le matériel cité dans l'épisode

  • ▶ Leurre souple Sakura Tubflow 9,2 cm : https://tidd.ly/4bxybtm
  • ▶ Tête plombée Sakura Tubflow Jighead (3,5 à 14 g, hameçon BKK, gouttière à rattle) : https://tidd.ly/4xXBB1e
  • ▶ Rattles 3 mm : https://tidd.ly/3VAOGzL
  • ▶ Attractant en gel : https://tidd.ly/46NkDr7
  • ▶ Tresse 10/100 : https://tidd.ly/4yiSyEg
  • ▶ Fluorocarbone 23-25/100 (8-10 lb) : https://tidd.ly/4hrgsGq
  • ▶ Bas de ligne titane fin (brochet) : https://tidd.ly/4iPzys7
  • ▶ Canne spinning ML/M action fast, 7 pieds : https://tidd.ly/3TT1Ibt

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Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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