Théophile Gonnet, The French Fisherman : la quête du thon géant en toute transparence
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À 25 ans, Théophile Gonnet est devenu l’un des visages les plus suivis de la pêche en mer francophone. Sur Instagram comme sur YouTube, ses films tournés avec le réalisateur Romain Blot montrent des thons rouges au lancer, des destinations rarement filmées et une exigence d’image peu commune dans le milieu. Dans cet épisode de plus de deux heures, il revient sur son parcours, sur la manière dont il a convaincu ses sponsors et sur l’économie réelle de ses vidéos, sans rien cacher des doutes qui vont avec.
Ce que vous allez apprendre dans cet épisode
L’échange couvre trois grands sujets. D’abord, la construction d’un pêcheur : une passion transmise par un père fou de pêche en mer, des années de carpe en Garonne et un premier thon perdu qui a tout déclenché. Ensuite, la mécanique des réseaux sociaux et des partenariats : comment on passe de quelques milliers d’abonnés à plusieurs dizaines de milliers, comment on attire l’attention d’une marque, et ce qu’un contrat d’ambassadeur rapporte vraiment. Enfin, les questions qui fâchent : le coût d’un film, le passage de la chaîne à l’anglais, et l’impact climatique d’une vie rythmée par les voyages de pêche.

Une enfance entre la Garonne et le bassin d’Arcachon
Théophile a grandi au sud de Bordeaux, dans une famille de viticulteurs. Il ne se souvient pas de sa première partie de pêche, tant elle a toujours fait partie du décor. Son premier souvenir marquant est une perche d’environ 35 centimètres prise à la cuillère, qui lui semblait alors gigantesque. Très vite, il se tourne seul vers les grosses carpes de la Garonne, avec un matériel bricolé et du maïs enfilé sur l’hameçon, au point de ne plus dormir la nuit en pensant à ces poissons.
Le déclic arrive en 2011. Après un voyage au Mexique où il découvre la pêche des thonidés au jig en lançant dans les chasses, la famille décide de tenter la même approche au large du bassin d’Arcachon. Équipés en 30 livres, ils tombent sur des chasses de thons rouges de 50 à plus de 100 kilos. Théophile, 10 ans, pique un poisson qui le vide à la verticale avant de casser au niveau de l’émerillon. Cette défaite fondatrice lance toute la famille dans la pêche du thon au lancer.
Comment il a attiré Shimano et BKK
Son compte Instagram est né comme un simple album de ses plus belles prises. C’est Shimano qui le contacte la première, alors qu’il ne compte qu’environ 2 000 abonnés mais publie déjà des poissons qui sortent de l’ordinaire grâce à ses voyages.
Pour BKK, la démarche est plus volontaire. Pendant un an, Théophile pêche avec leurs hameçons, tague la marque sur chacune de ses publications et soigne ses photos pour faire mieux que les ambassadeurs officiels. Sa règle, qu’il partage dans l’épisode, est simple : utiliser déjà les produits de la marque visée, observer le contenu qu’elle publie, et proposer quelque chose de supérieur, que ce soit en qualité d’image, en diversité de plans ou en taille de poissons. Il a fini par recevoir un message de la marque.
Il explique aussi ce que représente une dotation d’ambassadeur : du matériel, de l’ordre de 1 000 à 2 000 euros par an selon les marques. Ce n’est pas un salaire, mais cela libère du budget pour pêcher et voyager davantage.
L’art de la photo et du réel qui fonctionne
Une bonne partie de l’échange porte sur la fabrication du contenu. Pour les photos, Théophile a appris à repérer ce qui fait la différence : un horizon droit, pas de sang, une belle réflexion de la lumière sur le poisson, un poisson présenté sous le bon angle et un décor soigné.
Pour les réels, qu’il monte toujours lui-même directement sur Instagram, sa méthode est précise. Il visionne ses rushs, repère les moments forts, les découpe en séquences de quelques secondes puis élimine les doublons. Surtout, il cale le moment clé, souvent le ferrage, sur le drop de la musique, idéalement dans les premières secondes. S’il ne trouve pas le bon morceau, il préfère attendre plutôt que publier.
Deux vidéos ont changé sa trajectoire. Un réel où il casse une canne en combat dépasse le million de vues. Puis, en 2024, un requin-marteau pris en Floride atteint environ 40 millions de vues et lui fait gagner 30 000 abonnés en une semaine.
L’esturgeon blanc et les conseils d’Yves Bisson
Pendant un stage de six mois aux États-Unis, Théophile consacre une grosse partie de ses économies à deux jours de pêche de l’esturgeon blanc sur le Fraser, en Colombie-Britannique, avec le guide Yves Bisson. Il en parle comme l’un des plus beaux voyages de sa vie. Le guide participe au suivi scientifique de l’espèce : chaque esturgeon pris est mesuré, scanné et marqué, et il dit en avoir identifié 21 000 différents au fil de sa carrière.
Yves Bisson, très suivi sur les réseaux, lui donne aussi une série de conseils sur la publication de contenu. Théophile en tire une liste d’une trentaine de points qu’il relit avant chaque mise en ligne.
Des films de pêche, et ce qu’ils coûtent vraiment
Après le succès du requin-marteau, Théophile prend une décision : faire de la pêche son activité, alors qu’une voie toute tracée l’attendait dans l’entreprise familiale. Il contacte Romain Blot, dont il admirait le travail en carpe. Leur première collaboration est une vidéo tournée en Bretagne et financée par Shimano et BKK, sauvée de justesse après une première journée sans un seul thon.
Le vrai point de départ est le film tourné à Socotra. Romain accepte de payer son billet et son temps de montage, en pariant sur le projet. Cette vidéo sert ensuite de carte de visite auprès des marques et des structures de pêche.
Théophile détaille sans détour l’économie d’un projet : billets d’avion, cadreur, monteur, matériel. Il estime le coût d’une vidéo entre 15 000 et 25 000 euros. Les revenus YouTube sont loin de couvrir ces sommes, il conserve un emploi à mi-temps et réinvestit tout ce qu’il gagne dans le projet. Son ambition affichée est de produire des films assez aboutis pour être un jour diffusés par une grande plateforme.
Le passage à l’anglais et les questions qui dérangent
Le nom The French Fisherman vient d’un guide américain qui ne parvenait pas à prononcer son vrai nom. La chaîne a démarré en français pour roder le format, avant de basculer en anglais pour viser une audience internationale. Théophile assume ce choix tout en reconnaissant qu’il a déçu une partie de son public francophone.
Interrogé sur l’impact climatique de ses nombreux voyages, il ne se défausse pas. Il parle d’une forme de culpabilité, d’une période de sa vie qu’il voit comme temporaire, et d’un choix qu’il qualifie lui-même d’égoïste. Il évoque aussi son refus de montrer des scènes inutilement sanglantes à bord, et sa volonté de rester honnête dans ses descriptions, y compris quand une casse est de sa faute.

Ce qui l’attend
Théophile annonce un rythme ambitieux d’un gros projet par mois, avec une part importante de pêche en eau douce, plus d’un tiers des tournages selon lui, et quelques collaborations. Son poisson préféré reste le thon rouge, son terrain de cœur la Bretagne, et il rêve encore de prendre lui-même un requin mako ou un marlin noir, et de pêcher en Polynésie française.
Le matériel évoqué dans l’épisode
Théophile ne détaille pas son équipement poste par poste. Il revient en revanche plusieurs fois sur une idée centrale : sur le thon, tout doit être irréprochable. Il garde même un ensemble réservé aux poissons potentiellement records, auquel personne d’autre ne touche. Il préfère ainsi changer une tresse au moindre doute plutôt que de risquer une casse en combat.
Pour la pêche du thon au lancer, la base passe par une canne puissante de type Shimano Ocea Plugger, qu’il cite en exemple. Elle s’associe à un moulinet Shimano de taille 10000 et à une tresse de forte résistance. Pour les montages, ses fidèles restent les hameçons BKK, qu’il utilisait bien avant d’être ambassadeur.
Questions fréquentes
Théophile Gonnet est un pêcheur girondin d’environ 25 ans, connu sous le nom The French Fisherman. Spécialiste du thon rouge au lancer, il réalise des films de pêche en voyage avec le réalisateur Romain Blot.
Selon lui, entre 15 000 et 25 000 euros par projet, en comptant les vols, le cadrage, le montage et le matériel. Les revenus de YouTube ne suffisent pas à couvrir ce budget, qui repose surtout sur les partenaires.
Sa recommandation : utiliser déjà les produits de la marque, étudier son contenu, faire mieux que ses ambassadeurs en qualité d’image et la mentionner régulièrement, sans la harceler de messages.
Pour toucher un public international et rendre possibles des projets plus ambitieux, que le seul marché francophone ne permettrait pas de financer.
