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Carnassier

Pêcher la perche à la lame : la méthode complète de David Dubreuil

Choix de la lame, poids, coloris, agrafe, animation et matériel : David Dubreuil livre sa méthode pour pêcher la perche à la lame, du bord comme en bateau.

11 min de lecture

La lame fait partie de ces leurres que tout le monde a croisés et que presque personne n’utilise vraiment. Pourtant, bien choisie et bien animée, c’est l’une des armes les plus efficaces pour pêcher la perche, toute l’année, du bord comme en bateau. Pour en faire le tour, il fallait un vrai spécialiste : David Dubreuil, ancien détaillant en Gironde, concepteur d’une lame primée et pêcheur qui la garde en permanence sur une de ses cannes. Dans cette vidéo de La Grange de Tom Sawyer, il livre toute sa méthode, du rayon du magasin jusqu’à la touche.

Ce que vous allez apprendre

David explique comment choisir une lame adaptée à la perche, pourquoi la densité compte plus que tout le reste, quel poids utiliser selon la profondeur, le vent et le courant, et quels coloris garder dans sa boîte. Il détaille ensuite les points techniques qui font la différence au quotidien (agrafe, hameçons, trou d’attache), puis l’animation de base qu’il pratique sur chaque lancer. Enfin, il revient sur le matériel adapté et sur les raisons pour lesquelles ce leurre reste, selon lui, largement sous-coté en France.

La lame, un leurre arrivé par le black-bass

La pêche à la lame n’est pas née en France. Les premiers modèles sont arrivés avec la vague des leurres japonais importés au milieu des années 2000 : une lame Lucky Craft, puis la Flapping Sonic et sa petite queue, ou encore la Little Max d’Evergreen, plus compactes que les lames américaines et nettement plus efficaces sur la perche. David se souvient aussi des Cicada Blade qu’il faisait venir des États-Unis, fabriquées à partir d’une palette de spinnerbait surmontée d’une tête en plomb.

À l’époque, il tient un magasin de pêche en Gironde, au bord de grands lacs à pentes douces peuplés de très grosses perches. Les lames partent si vite que les clients se servent directement dans les cartons, avant même la mise en rayon. Personne ne ciblait vraiment la perche à ce moment-là : tout le monde était sur le black-bass, un peu sur le brochet. Et justement, les brochets coupaient les lames. Avec un bas de ligne en fluorocarbone de 80 centièmes, les pêcheurs se mettent à les sortir, petits, moyens et gros, plus quelques sandres et black-bass. La conclusion s’impose : la lame ramasse tout.

David concevra ensuite sa propre lame pour un distributeur français, récompensée par un prix du meilleur leurre métallique. Il y ajoute un petit crantage sur le dos pour couper les filaments d’herbe qui s’accrochent au fil et étouffent la vibration. Il l’admet volontiers : c’était aussi un argument de vente.

Choisir une lame pour la perche

La densité avant tout

C’est le premier conseil de David, et le plus important. On peut prendre des perches avec n’importe quelle lame, mais les modèles pensés pour le black-bass manquent souvent de densité et descendent trop lentement. Pour la perche, il faut regarder le rapport taille-poids et privilégier les lames les plus denses possible, sans tomber dans le simple bout de plomb. Sa propre lame pesait 10 g pour 4,5 cm et 18 g pour 6,2 cm, là où d’autres modèles de même taille tournaient autour de 14 g.

Une lame dense présente quatre avantages : elle se lance loin, elle descend vite, elle reste attractive dès qu’on rend la main, et surtout elle descend droit. Une lame qui tombe droit ne boucle pas, c’est-à-dire que l’hameçon de queue ne vient pas se prendre dans le fil. Pour la perche, des modèles compacts de 4 à 5 cm font parfaitement l’affaire.

Quel poids selon la profondeur, le vent et le courant

David ne suit pas de règle stricte. Dans 4 à 5 mètres d’eau, il pêche avec une 10 g ; dès qu’il descend plus profond, il passe à 18 ou 20 g. On pourrait parler de 2 g par mètre, mais c’est une cote mal taillée, car le vent pèse beaucoup : on lance loin, la ligne prend le vent et freine la descente. En rivière, le courant joue le même rôle. Sa méthode est simple : commencer avec la lame la plus légère, et si l’on ne sent pas le petit toc du fond en accompagnant la descente, passer à un modèle plus lourd.

Les coloris à avoir dans sa boîte

La lame imite un petit poisson blanc, et dans plus de 80 % des cas on pêche avec un modèle brillant. Pour un pêcheur qui ne veut pas acheter dix lames, David conseille de penser au poisson fourrage. En eau claire à dominante verte, un coloris ayu un peu métallisé fonctionne très bien. En plein hiver, quand les perches sont collées aux bancs de poissons blancs, le tout blanc devient intéressant, tout comme certains coloris non brillants. S’il ne devait en garder que trois : un doré, un blanc et un ayu. Et quand on pêche à deux sur un bateau, varier les coloris permet de voir très vite lequel fonctionne le mieux ce jour-là.

Agrafe et hameçons : les vrais points faibles

Une lame se pêche toujours avec une agrafe, jamais avec un nœud directement dans le trou. Comme pour un chatterbait, c’est le contact métal contre métal qui produit la vibration. Le problème, c’est que beaucoup de bonnes lames sont vendues avec des agrafes trop fines ou trop tendres, et des hameçons doubles qui s’ouvrent : c’est souvent là que les fabricants économisent. Le réflexe à prendre est donc de vérifier l’agrafe et les hameçons dès l’achat, et de les remplacer si besoin. Yann ajoute que, même avec une bonne agrafe, la vibration répétée use vite le revêtement : il faut la surveiller régulièrement.

Côté hameçons, David préfère deux doubles à deux triples. Les premières lames étaient vendues avec des triples, mais les versions modifiées par des pros sont vite passées aux doubles, et la plupart des modèles ont suivi. Avec des doubles, la lame boucle moins et accroche moins le fond, sans perdre de touches. Si votre modèle ne boucle pas avec ses triples, rien n’oblige à les changer ; sinon, l’essai vaut le coup.

Quel trou d’attache choisir ?

La plupart des lames proposent deux ou trois trous. Changer de trou modifie l’équilibre, la vibration et la façon de nager du leurre, mais David ne s’en préoccupe pas outre mesure : il se place généralement sur le trou du milieu, souvent celui d’origine, et ne change que si quelque chose cloche. Trouver le trou qui ferait vraiment plus de touches demanderait de tout noter et de faire des statistiques, ce qu’il ne fait pas.

Où et quand pêcher la perche à la lame

La lame se pêche parfaitement du bord. Elle brille sur les plans d’eau à pentes douces comme sur les lacs de barrage encaissés, où l’on peut lancer, laisser descendre, pêcher verticalement ou animer à distance. Le fond idéal est le sable, sur lequel on n’accroche jamais. Sur les cailloux, la lame reste efficace, mais il faut éviter de la planter. Dans l’herbe, en revanche, David préfère un lipless, qui descend moins vite et touche la cime des herbes au lieu de se planter dans leur base.

Elle fonctionne aussi très bien en rivière. David l’a beaucoup utilisée en eau claire et cristalline, et la recommande sur les postes classiques comme les piles de pont. Côté saison, elle devient redoutable à partir de l’automne, quand les poissons blancs se regroupent, et reste très efficace en eau froide. Quand les poissons sont vraiment profonds au cœur de l’hiver, on prend encore du poisson, même si ce n’est pas son moment le plus fort. En début de saison, il se tourne plutôt vers le lipless.

Lame ou lipless : quelle différence ?

Certains pêcheurs rangent les deux leurres dans la même boîte et les pêchent de la même façon. Pour David, la différence est nette. Le lipless est plus volumineux, plein d’air, bruyant : il se pêche plutôt à l’horizontale, en moulinant et en alternant avec des chutes, et remonte vite si l’on mouline fort. La lame, beaucoup plus dense, est un leurre de pêche verticale : on vient taper le fond, et neuf touches sur dix arrivent pendant la descente. Sa règle est simple : quand le fond est propre et que toutes les touches au lipless se font sur la chute, il faut passer à la lame.

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L’animation de base, étape par étape

Voici le lancer type de David, qu’il fait varier ensuite selon les réactions du poisson. Il lance le plus loin possible et, juste avant que la lame ne touche l’eau, bloque le fil sur la bobine pour tendre la ligne. La lame entre ainsi dans l’eau bien droite, ce qui limite le bouclage. Toute la descente se fait ensuite fil tendu, sans donner de mou. À mi-parcours, un petit coup de canne permet de vérifier que la lame vibre et n’a pas bouclé. Quand la tresse se détend, la lame est au fond.

Sur des poissons actifs, en eau plutôt chaude, il mouline puis relâche, canne fixe à 10 heures, en reprenant contact avec le fond à chaque fois. Cette position n’a rien d’anodin : elle permet de ferrer immédiatement. Si l’on anime canne derrière soi au moment de la touche, on ferre à contretemps. La touche se reconnaît facilement : on a la sensation de toucher un fond plus dur que d’habitude, un petit « tac » au lieu du « pouf » du sable ou du « toc » des cailloux.

Quand l’eau est très froide et que les poissons sont posés au fond sans bouger, il change de registre : la lame reste sur le fond et ne fait que deux ou trois petites vibrations, juste sous le nez des perches. Pour le reste, chaque lancer peut varier : moulinage plus long, animation plus sèche, certains pêcheurs la travaillant même comme un plomb palette à distance. La seule règle à ne jamais oublier, c’est de garder le fil tendu pendant la chute. Une animation un peu moins attractive mais qui permet de sentir chaque touche vaut mieux qu’une animation parfaite où l’on boucle un lancer sur deux et où l’on rate les trois quarts des poissons.

La lame vibre fort, on la sent en permanence dans la canne. Si elle cesse de vibrer, c’est qu’une herbe s’est prise dessus ; si elle tire trop fort, c’est qu’elle a bouclé.

Le matériel adapté

La canne est un point sur lequel David insiste. Les cannes à drop shot européennes, de plus en plus molles, sont faites pour les petits leurres, pas pour la lame. Il conseille un spinning d’environ 2,10 m, plutôt dans une puissance de 5 à 20 g, avec un peu de nerf et une pointe assez souple pour lancer. Du bord, une 2,20 m ou une 2,30 m peut aider, surtout s’il y a un peu d’herbe. La canne doit amortir sans être une nouille : on pêche en tresse, avec une agrafe et des hameçons doubles, et une canne trop raide ouvre les hameçons et use l’agrafe.

Pour la tresse, il utilise une 4 brins de 17 à 18 centièmes, plus résistante à l’abrasion dans l’herbe. Une 8 ou 12 brins se justifie si l’on pêche vraiment profond, car elle coule plus vite. Inutile en revanche de descendre en diamètre pour gagner quelques mètres : la lame part déjà comme un missile, même face au vent, et une perche piquée à 25 ou 30 mètres se décroche souvent avant d’arriver au bord. En bas de ligne, il met environ un mètre de fluorocarbone de 25 centièmes, et passe en 80 centièmes seulement s’il y a du brochet.

Parmi les modèles actuels, David pêche notamment avec la Nokinjo d’Illex : une vraie agrafe, deux hameçons doubles solides, une lame qui ne boucle pas et se lance loin. Seul bémol, elle n’est pas toujours facile à trouver.

Pourquoi la lame est devenue un leurre sous-coté

Après l’engouement des débuts, la lame a perdu en popularité. Pour David, la pêche française s’est polarisée : d’un côté le gros leurre, de l’autre le microleurre, avec des compétitions jeunes où chaque centimètre compte et où l’on enchaîne les perchettes. Le cœur de gamme a été délaissé, alors que c’est là que se trouve la pêche. La perche est probablement le carnassier le plus abondant en France, et avec une lame, le poids moyen des prises grimpe nettement. Yann résume l’idée : c’est un peu le big bait à perche.

C’est aussi un leurre accessible. On trouve des lames autour de 6 euros, elles passent sur la plupart des cannes polyvalentes, et elles ne demandent pas un rythme d’animation aussi précis qu’un jerkbait ou qu’un leurre de surface. Yann les met d’ailleurs au bout de la ligne de ses enfants. Pour David, c’est même un leurre qui lui a permis de pêcher profond et vite pendant des années, sans se prendre la tête avec les têtes plombées et les tailles de shads.

Le défi Lame November

Le conseil de David pour s’y mettre est radical : laisser toutes ses boîtes à la maison, partir avec une petite boîte contenant quatre ou cinq lames, et ne pêcher qu’avec ça pendant une matinée, une journée ou même une semaine. Yann en a fait un défi, le « Lame November ». Essayez, et racontez-nous vos prises en commentaire de la vidéo. Pour compléter votre arsenal perche, retrouvez aussi la pêche de la perche du bord en finesse avec Tom Bontempelli.

Questions fréquentes

Quelle lame choisir pour pêcher la perche ?

Une lame compacte, de 4 à 5 cm environ, la plus dense possible pour sa taille. Elle descend droit et vite, se lance loin et boucle peu. Vérifiez aussi la qualité de l’agrafe et des hameçons.

Quel poids de lame utiliser ?

Autour de 10 g pour 4 à 5 mètres d’eau, 18 à 20 g plus profond. Le vent et le courant obligent souvent à monter en poids. Commencez léger et alourdissez si vous ne sentez pas le fond.

Peut-on pêcher la perche à la lame du bord ?

Oui, sans aucun problème. La lame se lance très loin, même face au vent, et fonctionne aussi bien en lac qu’en rivière. Sur fond très encombré ou herbeux, un lipless sera plus adapté.

Faut-il remplacer les hameçons triples par des doubles ?

Ce n’est pas obligatoire, mais deux hameçons doubles limitent le bouclage et les accrochages au fond. Si votre lame boucle avec ses triples, le changement vaut la peine.

Quelle canne pour pêcher à la lame ?

Un spinning d’environ 2,10 m, dans une puissance de 5 à 20 g, avec une pointe souple pour lancer mais un talon suffisamment ferme. Évitez les cannes à drop shot trop molles.

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Leurre Technique

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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