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Carnassier

Pêcher à la lame vibrante et au ned rig : le duo du bord à petit budget de Matthias Lothy

Matthias Lothy prospecte à la lame vibrante puis insiste au ned rig : deux leurres, une canne et une petite boîte pour pêcher perches, sandres, barbeaux et aspes du bord. Familles de lames, erreur à éviter, astuces en rivière et clés du ned.

13 min de lecture

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Pêcher à la lame vibrante, puis finir le poste au ned rig : c’est ce que Matthias Lothy appelle son duo infernal. Deux leurres, une canne, une petite boîte, et de quoi prendre perches, sandres, black-bass, barbeaux, aspes et chevesnes, en lac comme en rivière. Après l’épisode sur la perche à la lame avec David Dubreuil, les questions ont afflué, et Matthias, fondateur de Bim Tackle et habitué des compétitions, avait d’autres angles à apporter : la pêche du bord, la rivière, et ce second leurre qui ramasse ce que la lame a laissé derrière elle.

Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, visible ci-dessus, il détaille les familles de lames, l’erreur que presque tout le monde commet, pourquoi il a rangé son drop shot au profit du ned, et la canne qui fait les deux. Voici l’essentiel, pour monter votre petite boîte sans y laisser un salaire.

Lame vibrante et ned rig : pourquoi les deux se complètent

Le raisonnement tient en une phrase : la lame sert à prospecter et à nettoyer les poissons actifs, le ned sert à insister sur ceux qui restent. Matthias scanne d’abord le poste à la lame, ce qui lui donne des touches, des suivis et une lecture du fond. S’il prend une perche ou deux, il sait qu’il y en a d’autres, une perche se balade rarement seule. Quand les touches s’arrêtent, soit les poissons ont bougé, soit il faut changer de technique : il passe au ned.

Et il va plus loin : un ned posé devant des poissons dont on sait qu’ils sont là finit toujours par déclencher quelque chose, ce n’est qu’une question de patience. Si rien ne se passe, vous êtes dans le faux ou les poissons sont partis. Une vision presque caricaturale, il l’admet, mais qui donne un cadre simple. L’autre intérêt, c’est le format : une boîte qui tient dans la poche et une seule canne pour le coup du soir. Si cette logique du minimum efficace vous parle, la boîte de pêche de radin montée par Yann va dans le même sens.

Les familles de lames vibrantes et ce qu’on en attend

Matthias distingue quatre familles, plus une cinquième qui n’en est pas vraiment une, et prend ses propres lames en exemple parce que ses trois modèles illustrent trois comportements différents.

La lame standard, compacte et trapue

C’est la lame dont David Dubreuil parlait : un profil court, dense, qui vibre large et ample et tape fort dans la canne, comme un crankbait. On s’en sert pour taper le fond, mais aussi en lancer-ramener. En lac ou en gravière, Matthias fait surtout de grandes tractions : la lame vibre fort à la montée puis retombe un peu n’importe comment, et ce mélange de signaux lui permet de repérer les poissons actifs. Pas de touche ? Les poissons sont peut-être suspendus : il prend alors une slim et la mouline tout doucement entre deux eaux.

La lame slim, fine et plus discrète

Deuxième famille, les lames allongées, dont la plus connue reste la Runner Blade, que Matthias aime en 70 et en 90. La vibration est plus fine, plus serrée. Conçues au Japon pour le bar, elles marchent logiquement en mer, mais Matthias les utilise surtout en eau douce et il est catégorique : c’est sa lame préférée pour le sandre, la vibration fine plaît davantage à ce poisson. C’est aussi celle qu’il sort en rivière, sur les aspes, les chevesnes et les pêches de courant, le plus souvent en linéaire ras du fond.

Lame vibrante Illex Runner Blade, profil allongé et fin, vue de côté
La Runner Blade, l’exemple type de la lame slim : vibration fine, parfaite pour le sandre et le linéaire en rivière selon Matthias.

Tail spinners et lames à palette : flap ou rotation

Troisième catégorie, qu’il n’utilise pas : les tail spinners, un lest devant et une palette qui tourne derrière. Beaucoup confondent les deux ; pour Matthias, aucun lien, la lame vibre de tout son corps, le tail spinner nage droit. La quatrième famille, sa préférée, est une lame avec une petite palette à l’arrière. Comme la lame vibre devant, la palette n’a pas l’amplitude pour tourner proprement : elle flappe, virevolte, tourne par moments et flashe de façon erratique. Deux lancers ne donneront jamais la même nage, surtout dans le courant, et c’est ce côté imprévisible qui rend les perches folles.

Il en profite pour donner une règle valable pour toutes les lames du commerce : plus vous accrochez votre ligne vers l’arrière, plus la vibration est ample et forte ; plus vous vous rapprochez de la tête, plus elle est serrée. Sur une lame à palette, l’attache avant fait travailler la palette comme un tail spinner, l’attache arrière fait dominer la vibration de la lame. Un seul leurre, deux comportements.

Jigging Rap et lames à dandiner

La cinquième famille regroupe les leurres métalliques à dandiner comme le Jigging Rap, qu’on peut aussi pêcher en lancer-ramener avec de grandes tirées. Matthias cite au passage la JB61 de sa marque, lestée à l’arrière : on la dandine le long d’une pile de pont, et en changeant de point d’attache elle vibre comme une lame classique au ramener.

Pêcher à la lame vibrante du bord : triple ventral, brochets et bas de ligne

Première astuce pour la rivière : retirer le triple ventral quand on gratte le fond dans les veines de courant, par exemple sous les barrages là où c’est autorisé. On pêche sur les cailloux avec le seul triple arrière, et on perd beaucoup moins de lames.

Deuxième point, les brochets. En fin d’été, les carnassiers sont focalisés sur du petit fretin et la lame devient redoutable y compris sur le brochet ; Matthias raconte un brochet géant pris ainsi en compétition. Le revers, c’est que la lame ne trie pas, et les petits brochets coupent la ligne : quand il y a une chance sur deux d’en croiser un dans les perches, le bas de ligne acier est obligatoire. Message au passage à ceux qui enchaînent les dizaines de petits brochets à la lame : passez à autre chose, les abîmer pour rien n’a pas grand intérêt.

La lame en rivière : barbeaux, aspes et chevesnes

C’est là que Matthias apporte le plus par rapport à l’épisode précédent. Sur les barbeaux, la lame est selon lui terrifiante à partir de la fin de l’été. Ce poisson est capricieux, certaines rivières n’en donnent jamais au leurre, d’autres les voient se jeter dessus. Il raconte une compétition sur la Seine où rien d’autre ne fonctionnait, petits jigs et écrevisses compris, et où les barbeaux se prenaient pleine bouche, pas accrochés par les bretelles.

L’animation est contre-intuitive : on ne fait pas vibrer la lame. On la décolle à peine, comme une tête plombée, et on la laisse balayer par le courant ; elle virevolte un peu et se repose. Les barbeaux n’aiment pas trop la vibration, sauf quand le rythme de touches monte et que les poissons s’excitent. Cette présentation ramasse aussi un sandre, une perche, un gros chevesne ou un aspe au passage. Sur l’aspe justement, une grosse partie de l’année on les attrape sur le fond, en tapant les cailloux, surtout dans les secteurs envahis de gobies où ces poissons ont changé de régime, comme en Belgique ou en Hollande.

L’erreur que tout le monde fait : trop faire vibrer la lame

Si vous ne retenez qu’une chose de l’épisode, c’est celle-là : l’erreur commune à tous les pêcheurs de lame est de vouloir trop la faire vibrer. Matthias prend l’exemple du black-bass en hiver : on mouline à deux à l’heure, la lame traîne sur le fond et virevolte à peine quand on la décolle un peu trop. Aucune vibration, et les poissons viennent taper très fort dedans.

Il admet se faire prendre au piège lui-même : il discute avec des copains, pêche un peu vite, ne prend rien, puis réalise qu’il pêche trop vite. Il ralentit, fait moins vibrer, et les touches reviennent. C’est aussi pour cela qu’il va de plus en plus vers la slim : avec une lame qui vibrote moins, il a moins ce réflexe de la secouer.

Quand passer au ned rig

Le signal, c’est la baisse du rythme : des touches qu’il ne pique plus, des perches identifiées qui suivent sans prendre. Matthias relâche ses perches, parfois un peu plus loin, mais elles finissent par transmettre leur stress au banc. Quand le rythme baisse, il passe au ned. L’autre raison, ce sont les grosses : rien ne dit que les plus belles perches se capturent à la lame, elles se tiennent souvent un peu derrière, à l’écart de la bataille, et ce sont les techniques finesse qui vont les chercher. La méthode complète pour la perche du bord en finesse complète l’épisode sur ce point. Là où Matthias mettait un drop shot il y a quelques années, il met aujourd’hui un ned.

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Pourquoi le ned a remplacé le drop shot dans sa boîte

Il ne prétend pas en connaître la raison, mais l’observation est nette : les poissons qu’il capturait au drop shot, il les capture aussi au ned. Les deux techniques pêchent statique et servent à insister à un endroit précis ; le ned n’est donc pas un leurre de prospection, la prospection, c’est le travail de la lame. La différence, c’est la mise en œuvre. Un drop shot, c’est dix minutes de montage, une canne monopolisée, des emmêlages, un plomb qu’on perd, et une voix dans la tête qui dit « mets un drop » pendant que la flemme gagne. Un ned, c’est une tête champignon, un nœud, un worm. Quand il a fini, Matthias coupe le fil et range le montage dans sa pochette, tête déjà montée, et ça pêche encore des mois plus tard. Le guide complet du ned rig publié sur le site détaille le montage si vous partez de zéro.

Il y a aussi une question de contact. En drop shot, il faut des phases de latence fil détendu ; en ned, on est fil tendu en permanence, et les grains de gravier que la tête vient taper se transmettent au worm, le simple fait de le faire traîner l’anime déjà. Ensuite, des petits shakings et de longues pauses. Quand une perche s’approche et freine, elle pousse de l’eau, et cela suffit à faire bouger le ned : plus les perches s’excitent, plus elles animent le leurre à votre place.

Tête champignon et TPE : les deux clés du ned rig

Si Matthias ne devait dire que deux choses sur le ned, ce seraient celles-ci. D’abord la forme de la tête : une tête champignon, ou une variante, qui tient debout toute seule quand on la pose. Si elle ne tient pas debout, laissez tomber, ce n’est pas ce qu’il faut.

Ensuite la matière : du TPE, obligatoire. Elastique, flottant, très résonnant. Posé sur le fond, le worm se redresse et met la tête droite ; c’est ce qui fait toute la différence du ned. La forme originelle, celle que Matthias appelle la base du ned, est une frite neutre sans flagelle ni pince, comme le Finesse TRD de Z-Man. Une précaution : le TPE ne se mélange pas avec les autres leurres souples, qui le font fondre, d’où les pochettes séparées. Détail de montage, il place le côté strié du worm vers la tête, puis le retourne quand il est abîmé.

Worm finesse en matière TPE flottante pour montage ned rig, posé à plat
Un worm en TPE, la forme la plus simple possible : c’est cette neutralité que Matthias recherche pour lire un pattern.

Pourquoi cette forme nue ? Parce qu’elle enlève des variables : il ne reste que la taille, la couleur, l’attractant et l’animation, et quand vous trouvez ce qui marche, vous avez un pattern. Avec un leurre à flagelles et pinces, vous ne saurez plus pourquoi le poisson a pris. Matthias compare ça à sa fameuse patate, déjà évoquée dans la boîte Bim Tackle qu’il a présentée.

Les origines du ned rig

Le ned doit son nom à Ned Kehde, un Américain du Midwest qui coupait des worms finesse aux ciseaux et en montait un morceau sur une petite tête. Z-Man l’a commercialisé dans les années 2000, Bim Tackle en vendait déjà à ses débuts, trop tôt, et Matthias se réjouit de le voir exploser aujourd’hui. Le budget y est pour beaucoup : une lame et une pochette de worms ne coûtent pas grand-chose, et un worm en TPE peut faire des dizaines de perches.

Les variantes : écrevisse et worm plus gros

Bim Tackle propose une petite écrevisse en TPE, la Lethal Tusk, conçue pour le ned et le trailer de jig. C’est en réalité plutôt une imitation de petite crevette d’eau douce, avec de longues mandibules qui bougent toutes seules dès qu’une perche s’approche ou que le courant passe. Matthias préfère la monter en trailer sur ses petits rubber jigs et rester sur le worm pur pour le ned. Il évoque aussi son worm Jaguar, décliné en plusieurs tailles.

Leurre souple Bim Tackle Lethal Tusk, imitation de petite écrevisse en TPE avec longues mandibules
La Lethal Tusk en TPE : à monter en ned pour une présentation qui bouge toute seule, ou en trailer de jig.

Quelle canne pour pêcher la lame et le ned avec le même ensemble

Une seule canne fait les deux. Matthias pêche avec une Black Hole, une M un peu puissante, entre M et MH, qui a de la résonance mais aussi de la souplesse. La pointe un peu souple évite de décrocher les poissons et permet d’animer le ned, et elle ne gêne pas la lame parce qu’elle casse un peu sa vibration. Pour monsieur tout le monde, une MH un peu molle ou une M un peu puissante en sept pieds est parfaite. Et pas besoin d’une canne à trois cents euros : une canne à quatre-vingts euros fait le travail, les perches prennent le ned fond de gorge et le fil part. Pêchez avec votre canne de tous les jours.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Les lames de Matthias s’appellent Francis (standard, Slim et Blade-It pour la version à palette), et la JB61 est réservée à une enseigne : demandez-les à votre détaillant. Pour une lame slim, la Illex Runner Blade est la référence qu’il cite lui-même, de préférence en 70 ou 90. Pour la famille à dandiner, le Rapala Jigging Rap 5 cm reste le modèle de base. Côté ned, il faut une tête champignon Z-Man NedlockZ HD qui tient debout sur le fond et un Z-Man Finesse TRD en ElaZtech, le worm flottant à l’origine de la technique. Les variantes Bim Tackle en TPE, la Lethal Tusk 5,6 cm et le Jaguar Performance 2,2″, se montent sur la même tête.

  • Z-Man Finesse TRD : 2,75 pouces, soit environ 7 cm, ElaZtech flottant, à ranger séparément des autres souples.
  • Lethal Tusk : 5,6 cm ou 7,6 cm, TPE flottant, ned ou trailer de jig.
  • Jaguar Performance : 2,2 pouces (5,5 cm) et 2,75 pouces (6,9 cm).
  • Canne : spinning M à MH, sept pieds, pointe souple et blank résonnant.

Le collector sorti des placards en fin d’épisode, un Cymbal Vibe à double lame qui claque sur le ramener, n’existe plus. Si vous en croisez un, achetez-le, dit Matthias.

Questions fréquentes

Comment pêcher à la lame vibrante du bord ?

Lancez, laissez couler jusqu’au fond, puis alternez grandes tractions et phases de descente pour repérer les poissons actifs, ou ramenez en linéaire ras du fond avec une lame slim. En rivière, retirez le triple ventral pour gratter les cailloux sans tout perdre. Et ne faites pas trop vibrer la lame : les touches viennent souvent quand elle traîne presque sans vibrer.

Quelle différence entre une lame vibrante et un tail spinner ?

Aucune parenté selon Matthias Lothy. La lame vibre de tout son corps, le tail spinner nage droit avec un lest devant et une palette qui tourne derrière. Les lames à palette existent, mais la palette y flappe de façon erratique au lieu de tourner, parce que la lame vibre devant elle.

Quelle tête plombée et quel leurre pour le ned rig ?

Une tête champignon qui tient debout toute seule quand on la pose, et un worm en TPE flottant qui se redresse sur le fond. Si la tête ne tient pas debout ou si le leurre n’est pas en TPE, ce n’est pas un vrai ned. Rangez les worms en TPE dans des pochettes séparées, ils fondent au contact des autres leurres souples.

Le ned rig remplace-t-il le drop shot ?

Pour Matthias, oui : il prend les mêmes poissons, se monte en quelques secondes, se range avec la tête déjà montée et se pêche fil tendu, sans les phases de latence du drop. Les deux techniques servent à insister sur un poste précis, pas à prospecter.

Faut-il une canne spéciale pour pêcher la lame et le ned ?

Non. Une canne spinning M un peu puissante ou MH un peu molle, en sept pieds, fait les deux. Une pointe souple aide à animer le ned et à ne pas décrocher, et casse un peu la vibration de la lame sans gêner la pêche. Une canne abordable suffit, les perches prennent le ned fond de gorge.

À vous de monter votre duo

Une lame pour nettoyer, un ned pour insister, une canne pour les deux, et une boîte qui tient dans la poche : le duo de Matthias résume des années de pêche en compétition et au bord de l’eau. Pour mieux connaître le personnage, son portrait raconte comment il en est arrivé là. Et pour recevoir chaque semaine ce genre de leçons, la newsletter Friture sur la Ligne arrive le jeudi soir, juste à temps pour préparer la sortie du week-end, et nettement moins cher qu’une pochette de worms. Inscrivez-vous : les perches ne vous diront jamais merci, mais nous si.

Le matériel cité dans l'épisode

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Leurre Technique

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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