Il a des dreadlocks jusqu’aux genoux, crée des leurres sans plastique et assume ses contradictions. Rencontre avec Matthias Lothy, fondateur de Bim Tackle et créateur du fameux Chacha Bait, un personnage aussi authentique qu’inclassable dans l’univers de la pêche française.
Un pêcheur depuis l’enfance
À 42 ans, Matthias Lothy traîne ses guêtres dans la pêche « depuis qu’il sait marcher ». Comme il le dit lui-même avec son franc-parler habituel : « C’est l’héritage familial, mon père est pêcheur, grand-père pêcheur, cousin pêcheur, champigneur… C’est dans les gènes. »
Élevé entre la France et l’Allemagne grâce à sa double nationalité, il a eu une enfance de rêve pour tout passionné de pêche : « On nous larguait à la ferme chez les grands-parents pour deux mois et demi, on faisait notre vie. On partait en vélo avec des petits wagonnets et nos cannes, et on se barrait pêcher partout. »
Une liberté impensable aujourd’hui, qui lui a forgé cette relation viscérale avec l’eau et la nature qui ne l’a jamais quitté.

Un parcours professionnel en zigzag
L’échec formateur du guidage
Diplômé BP JEPS parmi les premiers de la formation, Matthias a d’abord tenté l’aventure du guidage de pêche en Alsace, en Irlande et sur le Delta de l’Èbre en Espagne. Mais comme beaucoup de sa promotion (« il ne reste plus que deux personnes de ma formation »), il a fini par abandonner.
« Finalement, comme beaucoup de guides, j’ai lâché l’affaire parce que c’est compliqué… marre de trimer et pas réussir à remplir son frigo. »
Son analyse du métier de guide est sans concession : « C’est bien quand t’es jeune, jusqu’à 30 ans c’est bien d’être guide, mais au-delà il faut vraiment être un warrior. Quand tu commences à attaquer ton activité de guide le matin et que le mec qui arrive, tu n’as pas envie de le voir et lui parler, c’est fini pour toi. »
Le designer textile de l’ombre
Ce que peu de gens savent, c’est que Matthias est aussi styliste et a créé des vêtements pour de nombreuses marques de pêche pendant des années. « Il y a plein de vêtements dans la pêche qui sont mes vêtements à moi, que moi je dessine et que je réalise. »
Navicom, Garbolino, Pezon & Michel… ses créations habillent les pêcheurs depuis très longtemps. « Mon dernier client le plus fidèle, c’est Navicom. Les fringues Navicom, c’est moi depuis très très longtemps, ça a commencé à l’époque de Guillaume Martino. »
L’artiste aux mille facettes
Car Matthias ne se contente pas de la pêche. Sculpteur, peintre, photographe, il mène une vie artistique parallèle intense. « Je fais de la sculpture, de la peinture, beaucoup de photos. J’ai vraiment un lien avec la photo depuis tout petit. »
Ses créations actuelles ? Des faux vitraux réalisés avec des bouteilles recyclées : « Je prends des bouteilles recyclées qu’on découpe, qu’on aplatit pour faire des carreaux de plastique et après je soude pour faire des grands vitraux comme dans les églises mais avec du recyclé. »
Cette démarche artistique n’est pas déconnectée de sa passion pour la pêche : « Quoi qu’on en dise, je travaille des leurres recyclés dans mes dessins, dans mes univers, il y a toujours, toujours, toujours un poisson qui revient. »
La naissance de Bim Tackle
Une création à contrecœur
Paradoxalement, celui qui allait révolutionner la pêche au chatterbait n’avait pas envie de se lancer dans l’industrie. « Honnêtement, j’y suis allé à contrecœur. Je ne voulais pas que ça soit une activité complète pour ne pas me pourrir le délire. »
C’est son associé Bo DAI, de retour de Chine en plein Covid, qui l’a convaincu : « Il me dit : ‘Matthias, je comprends pas, depuis tout le temps tu es dans la pêche, pourquoi tu n’as jamais bossé dans la pêche ? Viens, j’ai le côté contacts en Chine, toi tu sais faire, tu as plein d’idées. Viens on fait un truc.' »
Une philosophie écologique assumée
Dès le départ, Matthias pose ses conditions : « Je lui ai dit : c’est très simple, s’il n’y a rien qui retourne dans le milieu, je ne le ferai pas. Il faut que ça soit vertueux. »
Cette exigence se traduit concrètement : leurres sans plastique, emballages carton recyclé, fabrication main… « Moi la marge que je ne gagne pas, elle est là-dedans. Elle est dans le fait qu’on se questionne en permanence sur comment on fabrique le leurre. »
Une démarche qui le rend « fou » ses associés : « Le petit cordon pour attacher le leurre, on s’en bat les steaks. Non, non, on s’en bat pas les steaks les mecs, c’est du plastique, j’en veux pas, tu me trouves une solution ! »

Le créateur du Chacha Bait
L’innovation par la contrainte
Le Chacha Bait, son leurre phare, est né d’une double volonté : sortir des sentiers battus et respecter l’environnement. « Je voulais vraiment pas faire comme les autres. Si je te fais attraper un poisson, je vais kiffer 10 fois plus que si je l’attrape moi-même. »
Le processus de création révèle un perfectionniste maniaque : « Si le mec il me fait une oui et qu’il me change de 2 mm le trait de oui, moi je peux passer 4 échanges de mail sur une courbe. Je vais lui dire : ‘la courbe elle n’est pas comme la mienne’. »
La réalité économique brutale
Contrairement aux idées reçues, créer des leurres ne fait pas fortune. Sur un Chacha Bait vendu 44€ en magasin, Matthias touche… « vraiment des bricoles ».
« Les mecs réveillez-vous. Vous dites que les leurres sont chers en magasin, mais si tu savais ce qui va dans ma poche à la fin… C’est des pièces. Vraiment, honnêtement, c’est des pièces. »
Au point qu’après 4 ans d’activité, il ne se verse toujours pas de salaire : « Au jour d’aujourd’hui, j’ai pas de salaire. Je réinvestis plutôt que de me payer dans ma société. »
Une philosophie de vie
L’authenticité avant tout
Ce qui frappe chez Matthias, c’est son refus des compromis. Végétarien depuis plus de 20 ans, militant écologique à sa façon, il assume ses contradictions : « Tu n’es jamais parfait. Par contre, si tu essaies de faire quelque chose, c’est là que ça change tout. »
Sa philosophie ? « Ce n’est pas parce que tu es au fond du trou qu’il faut continuer à creuser. »
La mer comme refuge
Quand on lui demande où il se sent le mieux pour pêcher, sa réponse fuse : « En mer. Partout, partout en mer. »
« Il y a un côté où tu quittes le monde des humains. Tu pars du port, il y a une espèce de nostalgie. Je quitte le monde des vivants, je pars vers autre chose et très rapidement en mer tu te fais aspirer. »

Un personnage entier
Matthias Lothy n’est pas un homme de compromis. Cash, direct, parfois rugueux, il dit ce qu’il pense : « Je suis comme un chien. Je vais grogner, après je vais te montrer les dents et après je vais mordre très fort. Mais entre temps, j’aurais grogné et montré les dents. »
Cette intransigeance s’exprime particulièrement quand il s’agit du respect des poissons : « Des mecs qui respectent pas les poissons, ça me fait péter un plomb. Si un jour tu entends un mec crier ‘tu sais que les poissons s’asphyxient dans l’eau’, tu sais que c’est moi. »
Matthias Lothy incarne une certaine idée de la pêche : authentique, passionnée, respectueuse. Entre art et technique, business et militantisme, il trace sa route sans concession, créant des leurres différents pour une pêche qui a du sens. Un personnage attachant et nécessaire dans notre petit monde parfois trop formaté.
Résultats du concours BIM TACKLE :
- Fisheuselyonnaise
- Bilbo0472
- Michaelgourdon6642
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