Le BBZ fait partie de ces leurres que tout le monde reconnaît au premier coup d’œil. Arrivé en France au début des années 2000 sous la forme d’un 8 pouces massif, il a longtemps incarné le swimbait de spécialiste, celui qu’on regardait nager dans les bassins des salons sans forcément oser l’acheter. Avec le BBZ 5 pouces, Spro prend volontairement le chemin inverse de la course au gros leurre et propose une version compacte, plus légère, pensée pour être lancée avec un ensemble carnassier classique. Voici tout ce qu’il faut savoir avant d’en glisser un ou deux dans la boîte.
BBZ ou Spro Swimbait : pourquoi le nom a changé
Petite précision avant d’entrer dans le vif du sujet : en Europe, le leurre ne s’appelle officiellement plus BBZ mais Spro Swimbait. Le nom BBZ, pour Big Bass Zone, appartient à son créateur américain Bill Siemantel, dont la collaboration avec la marque s’est arrêtée. Le moule, la nage et l’ADN du leurre sont bien les mêmes, seule l’étiquette a évolué. Dans la pratique, tous les pêcheurs continuent de dire BBZ, et c’est sous ce nom que le 5 pouces est attendu.
L’histoire du modèle vaut le détour. Bill Siemantel pêchait un lac américain peuplé de grosses truites arc-en-ciel dont se nourrissaient les plus beaux black bass. Faute de leurre correspondant à ce besoin sur le marché, il a développé avec Spro un swimbait articulé de 8 pouces, soit 21 cm pour environ 140 grammes. Le succès a entraîné la sortie du 6 pouces, puis de versions à profil shad plus petites. En France, c’est surtout le 6 pouces qui a démocratisé la pêche du brochet au swimbait, le 8 pouces restant longtemps réservé à ceux qui possédaient déjà une canne capable de l’envoyer.

Pourquoi une taille 5 pouces
L’idée du BBZ 5 pouces vient d’un constat simple, remonté par les pêcheurs eux-mêmes : le swimbait prend beaucoup plus d’espèces que le seul brochet, mais les tailles supérieures effraient encore une partie des pêcheurs, autant par leur encombrement que par le matériel qu’elles imposent. Le 5 pouces répond à ça. Il mesure environ 12,5 cm pour 24 grammes, ce qui le place dans la fenêtre de puissance de la grande majorité des cannes carnassiers déjà présentes dans les fourreaux.
L’autre motivation est saisonnière. Quand l’eau se réchauffe et que les phases d’alimentation se raréfient, les grosses tailles décrochent nettement moins de touches. Le 5 pouces vient combler ce trou, avec des résultats obtenus en prototype sur trois saisons de test : brochets, mais aussi perches, et globalement tout ce qui traîne dans les herbiers. C’est aussi un excellent leurre d’apprentissage, dans le sens où sa nage se lit facilement et donne rapidement confiance à un débutant, ce qui est loin d’être anodin sur ce type de pêche.
Une nage plus lente et une densité pensée pour les herbiers
Le BBZ classique existe historiquement en plusieurs densités : flottant, slow sinking, fast sinking et même une version océan très lourde destinée aux bars rayés américains. Sur les 6 et 8 pouces, le slow sinking descend à environ 10 cm par seconde et le fast sinking à environ 30 cm par seconde.
Le 5 pouces est bien un slow sinking, mais nettement plus lent que ses grands frères. Ce choix est assumé : sur des plans d’eau et des rivières où la végétation gagne du terrain d’année en année, une descente à 10 cm par seconde accrochait trop vite. Avec une coulée ralentie, le leurre passe juste au-dessus des herbiers et reste pêchant beaucoup plus longtemps sur une même bordure.
Côté animation, le BBZ a toujours joué sur deux registres. La nage linéaire suffit à faire du poisson, la jointure venant claquer de façon légèrement mécanique, ce qui fait partie de sa signature sonore. Mais un coup de scion sec en début de récupération, puis un ou deux au milieu, permet de le faire pivoter jusqu’à 180 degrés et de déclencher les suiveurs. C’est cette possibilité de le pêcher aussi bien bêtement qu’avec beaucoup de finesse qui explique sa longévité.
Coloris : une gamme volontairement resserrée
Huit coloris, pas plus. C’est le parti pris de la gamme, à contre-courant des catalogues à rallonge. L’idée est d’avoir une base qui couvre l’immense majorité des situations, quitte à sortir ponctuellement des séries limitées pour les pêcheurs qui recherchent une nuance très précise liée à leur milieu.
Trois valeurs sûres se détachent. Le gold perch, imitation perche dorée, reste un coup de cœur récurrent. Le roach, autrement dit le gardon, coche la case naturelle avec ce qu’il faut de brillance pour accrocher les rayons du soleil. Et le fire tiger joue son rôle habituel de coloris de contraste. Si vous ne devez en prendre que deux, partez sur une teinte naturelle correspondant à la couleur dominante de vos eaux, et une teinte agressive pour les jours sans.

Tuning : plomber son BBZ 5 pouces
Le gros avantage du BBZ, c’est un équilibrage placé à l’avant et assez bas, ce qui le rend facile à modifier sans détruire sa nage. Deux écoles cohabitent. Un peu de plomb adhésif sous la tête accentue le côté planant horizontal, idéal pour prospecter des faibles profondeurs et longer une bordure. Un lest fixé sur le nez, ou une clé de plomb sur l’anneau d’attache, le fait au contraire descendre nettement plus vite quand il faut aller chercher une couche d’eau plus profonde.
C’est typiquement le genre de réglage qui transforme un leurre polyvalent en leurre adapté à votre plan d’eau. Testez toujours la nage au bord avant de partir sur une session complète.
Armement et hameçons
Bonne nouvelle sur le 5 pouces : l’armement d’origine est calibré pour la pêche du brochet, ce qui n’a pas toujours été le cas des grandes tailles, équipées d’hameçons dimensionnés pour le black bass. Sur le 6 pouces, l’armement de série passe correctement dans la plupart des situations. Sur le 8 pouces en revanche, mieux vaut monter d’une taille d’hameçon, ajouter un anneau brisé supplémentaire, voire les deux, si vous visez des poissons métrés.
Les hameçons proviennent de chez Gamakatsu, maison du même groupe. Les prochaines productions doivent basculer vers la gamme haut de gamme du fabricant, avec un fil d’acier plus fin mais nettement plus résistant et un revêtement hydrophobe qui améliore la pénétration tout en protégeant l’hameçon de la corrosion. Détail intéressant pour ceux qui pêchent en mer : ce type de revêtement tient remarquablement bien au sel, à condition de ne pas l’entamer en réaffûtant les pointes.

Quand sortir le BBZ 5 pouces
Le swimbait se pêche toute l’année, mais certaines fenêtres lui vont mieux que d’autres. Les grosses tailles brillent lors des phases d’alimentation marquées, quand les poissons sortent de fraie et que l’eau se réchauffe doucement, puis quand l’automne s’installe vraiment et que les brochets font du gras avant l’hiver.
Le 5 pouces, lui, prend tout son sens dans la fenêtre où les autres décrochent : eaux chaudes, végétation dense, poissons méfiants. C’est là qu’il fait la différence, sur des sessions où le 6 pouces ne récolte presque plus de touches. Il reste évidemment redoutable en prospection rapide le reste de l’année, entre les herbiers ou le long des roselières.
Une remarque sur la météo qui vaut pour toutes les tailles : le swimbait s’exprime mieux par temps calme, sans vent fort ni forte agitation de surface. Quand l’eau bouge beaucoup, un leurre plus vibrant ou plus bruyant se démarquera davantage.
Sa taille ouvre aussi la porte à la mer. Là où peu de pêcheurs oseront lancer un 8 pouces sur du bar, un swimbait de 12,5 cm passe sans complexe sur des tables à vitres ou juste sous une chasse qui ne monte pas franchement en surface. C’est également le format à glisser dans un sac à dos avec une canne quatre brins pour un voyage.
Le matériel pour pêcher le BBZ 5 pouces
Sur le bas de ligne, le fluorocarbone fait l’unanimité chez les utilisateurs réguliers du BBZ, avec un plancher autour du 60 centièmes pour ne pas se faire couper au brochet. Une longueur de 80 cm à 1 mètre suffit largement, sans arraché intermédiaire qui multiplie les points de faiblesse. Le fluorocarbone présente un avantage inattendu ici : son diamètre apporte un peu de portance et ralentit encore la descente du leurre. À l’inverse, un avançon acier ou titane a tendance à pendre de façon disgracieuse dès qu’on marque une pause. Beaucoup de pêcheurs se passent d’agrafe pour laisser un maximum de liberté à la nage.
Côté tresse, une quatre brins reste un excellent choix, en particulier pour ceux qui pêchent en casting et qui débutent : elle encaisse mieux les perruques qu’une huit ou une douze brins, qui devient inutilisable dès qu’un brin casse. Les tresses quatre brins modernes avec un bon revêtement compensent aujourd’hui largement leur retard en distance de lancer.
Pour la canne, le 5 pouces n’impose rien de spécifique. Une canne polyvalente de 2,10 m à 2,20 m, du type de celles utilisées pour le chatterbait, avec un scion un peu souple pour absorber les vibrations et accompagner le ferrage, fait parfaitement le travail. Cela change des 6 et 8 pouces, qui réclament plutôt 2,30 m minimum, essentiellement pour une question de confort avec des leurres lourds.
Le débat du ratio de moulinet reste ouvert et légitime. Un ratio lent, de l’ordre de 6.4 ou en dessous, facilite le maintien d’une couche d’eau précise une fois le tempo trouvé, ce que font très bien les pêcheurs japonais même sans électronique. À l’inverse, un ratio rapide permet de reprendre du fil vite entre deux zones et laisse le pêcheur adapter lui-même sa vitesse de récupération. Les deux écoles prennent du poisson, à chacun de choisir selon son style.
Prix et disponibilité
Le BBZ 5 pouces est annoncé à 21,95 € en prix public conseillé, un tarif contraint par le coût du moule mais qui reste cohérent avec le positionnement historique de la gamme. Pour rappel, les grandes tailles évoluent autour de 38 €, ce qui place le BBZ dans la fourchette basse du marché du big bait, une position acquise depuis que la marque distribue en direct en Europe.
Faut-il en avoir un dans sa boîte
Oui, et pour une raison simple : c’est un des rares swimbaits qui fonctionne aussi bien entre les mains d’un débutant qu’entre celles d’un pêcheur expérimenté. Lancez, ramenez droit, vous ferez du poisson. Ajoutez des changements de vitesse, des coups de scion et un peu de plomb, et vous en ferez un leurre adapté à votre secteur. Le format 5 pouces enlève la dernière barrière qui restait, celle du poids et du matériel spécifique.
Questions fréquentes sur le BBZ 5 pouces
Environ 12,5 cm pour 24 grammes, ce qui le rend lançable avec une canne carnassier classique.
Oui, il s’agit d’un slow sinking, mais avec une vitesse de coulée volontairement plus lente que celle des 6 et 8 pouces afin de rester au-dessus des herbiers.
Largement. La perche répond très bien à ce format, et sa taille le rend utilisable en mer, notamment sur le bar.
Ce n’est pas l’usage majoritaire sur ce leurre. Un fluorocarbone d’au moins 60 centièmes sur 80 cm à 1 mètre est le montage le plus courant, mais l’acier ou le titane restent une sécurité si vous acceptez une présentation moins naturelle.
Parce que le nom BBZ, pour Big Bass Zone, est resté la propriété de son créateur américain après la fin de la collaboration avec la marque.