Les dessous du fishing club (Avec David VENGERDER)

Carnassier

Dans une interview fleuve de plus de deux heures, David Vengerder, créateur et animateur de la chaîne youtube Fishing Club, lève le voile sur l’envers du décor de l’une des chaînes pêche françaises les plus influentes. Entre révélations économiques, polémiques assumées et vision critique du milieu, le journaliste reconverti dévoile une réalité bien éloignée des paillettes YouTube.

Un empire bâti sur 5000€ par épisode

Contrairement aux apparences, produire un épisode du talk-show Fishing Club coûte environ 5000 à 6000 euros selon Vengerder. « Il y a une maquilleuse, un ingénieur son, deux caméramans pour la journée », détaille-t-il. Pour rentabiliser ces coûts, l’équipe tourne plusieurs émissions dans la même journée, obligeant parfois les invités à parcourir des centaines de kilomètres.

Le business model repose quasi-exclusivement sur les marques partenaires : « 99% du business, c’est des marques« . Sakura, Ultimate Fishing, Illex… Ces noms reviennent régulièrement, mais Vengerder revendique une indépendance éditoriale : « C’est nous qui disons voilà, nous on a envie d’aborder ces thèmes-là, est-ce que vous avez des gens pertinents pour en parler ? »

Des audiences en baisse assumée

Loin de nier la réalité, David Vengerder reconnaît ouvertement la baisse d’audience de sa chaîne. Là où certains épisodes dépassaient les 100 000 vues, les récents plafonnent à 30-50 000. Sa théorie : « L’audience, elle est forcément morcelée. Tu passes de 5 chaînes YouTube référentes à 50, les audiences se fracturent. »

Pour autant, il revendique cette situation : « Si tu mets 30 000 personnes dans une salle géante devant un écran, tu vas te rendre compte que c’est monstrueux. » Sa cible ? Les 25-45 ans, « une audience mature, passionnée », construite autour d’un contenu exigeant.

FC Fight : vraie compétition ou opération marketing ?

L’un des sujets les plus sensibles abordés concerne le FC Fight, accusé par certains d’être plus une opération marketing qu’une vraie compétition. David Vengerder monte au créneau : « 100% des mecs qui font le FC Fight, ils le font pour gagner. Il n’y a écrit nulle part dans le règlement que tu ne peux pas pêcher avec les leurres que tu veux. »

Il concède néanmoins que la présence des caméras peut influencer les choix : « Le gars, il est sur le bateau, je sais bien qu’un Rémi ne va pas sortir un Dunkle ou un Vision 110 même si… » Une réalité qu’il défend en rappelant que « tu t’engages en connaissance de cause, tu connais ta gamme ».

L’affaire William Bordignon : « J’ai halluciné »

La polémique autour de la victoire de William Bordignon au FC Fight Brochet grâce au live scope reste visiblement un sujet douloureux. Vengerder assume son erreur : « Ma faute, c’est que j’aurais dû me mettre au point techniquement. Jamais de ma vie j’aurais imaginé que la pêche au live allait permettre de gagner le FC Fight Brochet. »

Il pointe du doigt l’hypocrisie ambiante : « Il y en a un qui pêche au live sans le dire, sans le montrer, et c’est le héros. Il y en a un qui pêche au live de manière totalement assumée, et c’est le méchant de l’histoire. »

david vengerder

Les dérives du milieu passées au crible

Au-delà des polémiques de sa chaîne, David Vengerder dénonce ouvertement les dérives du milieu. Repositionnement de leurres, tournages sur plusieurs jours présentés comme une session, poissons pêchés au live sans le mentionner… « Un pote qui loue chez nous a vu des scènes de malade : un poisson qui est sorti, filmé avec un leurre, qui est raccroché, le poisson retourne dans l’épuisette, il ressort dans les mains de l’autre gars et on lui replante un autre leurre. »

Sa philosophie reste claire : « On ne ment jamais. On fait une vidéo, si on doit mettre deux jours pour la faire, on te dira qu’on a mis deux jours. »

Vision d’avenir : le grand film

Malgré les difficultés, David Vengerder garde ses ambitions. Son rêve ? Produire « un gros film » sur le modèle des productions de sports de glisse : « Se donner le temps d’attraper un très gros poisson, différents pays, différentes ambiances. Il faudrait y investir des moyens importants sans la garantie du résultat. »

Un projet qui nécessiterait un budget conséquent et la confiance des marques pour « prendre des risques, prendre le temps et raconter une histoire en long cours ».

L’état de la pêche française inquiète

Au-delà des considérations business, David Vengerder tire la sonnette d’alarme sur l’état de la pêche en France : « On a quand même un gros problème en France globalement sur la pêche. C’est multifactoriel. » Il pointe la difficulté croissante pour les jeunes pêcheurs de prendre du poisson, dans un contexte où « il y a énormément de pêcheurs avec un niveau global correct, voire bon ».

Cette interview-fleuve révèle un David Vengerder lucide sur les défis de son secteur, assumant ses erreurs tout en défendant ses choix éditoriaux. Entre business sous pression et passion intacte, le créateur du Fishing Club navigue dans un milieu en pleine transformation, gardant le cap de l’authenticité dans un océan de contenus formatés.

Le gagnant du concours :

  • Bassatak16