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Pêcher le sandre en rivière : les secrets de Samir Kerdjou pour les gros sandres de fleuve

Samir Kerdjou, spécialiste des gros sandres du Rhône, explique comment pêcher le sandre en rivière et en fleuve quand l'eau monte et se trouble. Débit, turbidité, taille des leurres, têtes plombées et présentation : tout ce qui sépare le chiffre des poissons de 80 et plus.

13 min de lecture

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Pêcher le sandre en rivière, c’est une chose. Sortir un vrai gros sandre, 80 centimètres et plus, d’un fleuve qui monte, se trouble et pousse, c’en est une autre. La réponse tient en quelques variables : le débit, la turbidité, la taille du leurre et la façon de le présenter.

Dans la vidéo ci-dessus, Yann reçoit Samir Kerdjou sur La Grange de Tom Sawyer. Samir est un spécialiste des gros sandres du Rhône, plus de cinquante ans de pêche et une collection de poissons qui frôlent le mètre. Vous retrouverez son parcours dans son portrait sur pesketaer. Ici, l’objectif est de lui tirer ses secrets sur les gros sandres de fleuve en hiver.

Pêcher le sandre en rivière : à partir de quand parle-t-on d’un gros ?

Pour Samir, un gros sandre commence à 80 centimètres. Un 75 reste un très beau poisson, mais la barre est à 80, et au-delà on change de catégorie. Un sandre de 80 vaut un brochet d’un mètre, Yann et Samir sont d’accord là-dessus.

Toute la suite repose sur une idée simple : on ne pêche pas les gros comme on pêche le chiffre. Ce qui fait prendre dix poissons de 50 à 60 ne sort pas un 80, et ce sont toujours les mêmes pêcheurs qui prennent les gros. Ce n’est pas un hasard.

La période clé : de la mi-novembre à la fermeture

Pour le poisson le plus lourd, une seule période domine selon Samir : du 15 novembre à la fermeture fin janvier. Les sandres se gavent en vue de la reproduction du printemps, rassemblés devant les bancs de brèmes. Le calendrier glisse avec la latitude : sur la Seine, ça démarre dès novembre, sur le Rhône plutôt en décembre ou janvier. Suivez la température et le débit plutôt qu’une date.

Le plus lourd n’est pas le plus long

Nuance importante : le sandre le plus lourd se prend en hiver, le ventre plein. Le plus long se prend plutôt en été, de juillet à septembre, quand les sandres mangent beaucoup et bougent d’un poste à l’autre, mais ils sont alors maigres et peu photogéniques. Samir a plusieurs poissons à 96 centimètres, jamais le mètre, et pense qu’il l’aurait passé plus facilement en été ou en automne qu’en hiver.

Où trouver les gros sandres selon le débit

En rivière et en fleuve, un seul paramètre décide de la position des poissons : le débit. Plus l’eau monte et plus le courant est fort, plus les sandres se collent aux bordures. Plus l’eau baisse, plus ils se rapprochent des fosses, en attendant de pouvoir remonter se caler le long des berges.

En conditions stables, les poissons gravitent autour des fosses, voire dedans si l’eau est froide. Dès qu’un coup d’eau arrive, tout part sur les côtés, partout où le courant ralentit : murets, arbres, contre-courants, décrochés de berge.

En crue, cherchez ce qui arrête le courant

La crue amplifie tout. Les poissons se plaquent contre les berges et il leur faut un obstacle franc pour se stabiliser : un virage avec un angle, une petite pointe, un muret. Yann confirme depuis la Seine : au pic de crue, il les pêchait sous la canne, à trois mètres du bord, entre les péniches et contre les murs. Si vous pêchez sans bateau, c’est une excellente nouvelle, détaillée dans cet article sur les gros sandres du bord en crue.

Les brèmes comme indicateur

Quand vous sentez les brèmes dans la ligne, les sandres sont là, Samir ne pose même pas la question. Mais ils sont dans leur garde-manger, souvent déjà repus. Ces zones se pêchent tôt le matin, et les poissons qu’on y prend sont surtout des poissons de réaction. Pendant un coup d’eau, en revanche, les brèmes sont ailleurs, collées contre les murs, et c’est là qu’il faut pêcher.

Turbidité et niveau d’eau : les deux facteurs qui décident de tout

Pour Samir, les deux éléments essentiels sont le niveau d’eau et la turbidité. Une eau légèrement trouble, « piquée » comme il dit, c’est la fête : on prend des gros, on prend des petits. Une eau totalement piquée, marron, épaisse comme du ciment, c’est fini. Les sandres sont là, vous sentez les brèmes par la ligne, mais vous ne déclenchez plus rien. Ce n’est pas que le poisson refuse de manger, c’est qu’il ne capte plus votre leurre dans ce bruit ambiant. Yann partage ce constat depuis la Seine, et ajoute que c’est en stabilisation de crue, quand l’eau se désépaissit, que sortent les très gros.

Ce que le live a révélé : des sandres décollés en pleine eau

C’est le passage le plus marquant de la vidéo. Samir raconte comment ses amis Jérémy Janin et Marion lui ont montré, grâce au sondeur live, ce que les anciens du Sud disaient sans pouvoir le voir : les sandres n’aiment pas avoir du sable dans les ouïes. Quand l’eau est vraiment pourrie et sablonneuse au fond, les gros se décollent. Des poissons postés dans 6 ou 7 mètres d’eau se retrouvent à 2 mètres ou 2,50 mètres sous la surface.

Voilà pourquoi on ne les prend plus au pic d’une crue sale : on gratte le fond et les poissons sont au-dessus. Vous pouvez les voir des heures sans les prendre, puis en sortir trois ou quatre à la suite, et plus rien pendant trois jours. Tant que la crue dure, ils restent là. Dès que l’eau s’éclaircit, ils retombent au fond et redeviennent prenables. Pour comprendre ce que ces outils changent dans notre lecture du poisson, lisez ce dossier sur le live, le sharp shooting et le mid-strolling.

Les leurres pour le gros sandre de novembre à janvier

Rien en dessous de 15 centimètres

De novembre à la fermeture, Samir n’a plus un seul leurre de moins de 15 centimètres dans sa boîte. On prend des poissons en 4 ou 5 pouces, bien sûr, mais pour provoquer les gros, il faut pêcher gros. Sa plage va de 15 à 22 ou 23 centimètres. Yann appuie avec une anecdote : un 75 gardé sur la Seine avait dans l’estomac une brème d’au moins 30 centimètres et un gardon d’au moins 25. Un gros leurre ne sélectionne d’ailleurs pas tant que ça : un sandre de 40 attaque un 16 sans hésiter.

Pourquoi ne pas monter à 30 ? Parce qu’en fleuve, le vrai problème des grands leurres est de les tenir dans le courant : une finesse de 30 passe encore, un shad de 30 à grosse caudale part n’importe où.

Des leurres ventrus qui nagent droit

Deux familles sortent du lot en hiver. Les leurres ventrus, qui rappellent la silhouette des brèmes dont les sandres se gavent. Et les finesses ou grubs à caudale, qui nagent droit et tapent l’eau. Dans les deux cas, la règle est la même : le leurre doit nager droit, sans roulis marqué. Pour le sandre, selon Samir, un leurre qui roule n’est pas bon. Il y a des moments où il faut brasser de l’eau pour que le poisson capte le leurre, et d’autres où il faut une nage rectiligne et discrète. C’est la clarté de l’eau qui tranche.

Charger la tête pour redresser la nage

Un même shad nage différemment selon la tête plombée qu’on lui met. Un leurre qui roule avec 10 grammes nagera droit avec 20. Samir surcharge donc sans états d’âme : dans 4 mètres d’eau, 20 grammes ne le dérangent pas. Le but est de faire nager le leurre stable, juste au-dessus de la première couche d’eau pourrie quand elle existe. Pour affiner poids et forme, ce guide sur les têtes plombées pour le sandre complète le sujet.

Le coup de la montée des eaux

Celui qui arrive au bord de l’eau quand le niveau commence à monter, entre novembre et janvier, a gagné au loto selon Samir. Quel que soit son niveau, il prendra des poissons, et des gros. Les premiers qui viennent se coller aux berges sont faciles ; c’est quand la crue s’installe que ça se complique. Le vrai pêcheur de sandre suit donc le débit toute l’année : il voit la pluie tomber sur l’amont et sait que l’eau arrive le lendemain.

Yann glisse une mise en garde : il n’existe pas de débit universel en mètres cubes. Chaque rivière, et même chaque bief, s’allume à des débits différents. Et un débit « confortable » peut donner dix poissons de 50 à 60 sans aucun 80.

Un poisson manqué ne bouge pas

Si vous manquez un poisson pendant une montée d’eau, il y est encore. Tant que l’eau monte ou reste haute un jour ou deux, il ne quittera pas son poste. Revenez, changez de présentation, passez plus haut, plus lentement, un peu plus agressif. Samir passe une fois, va pêcher ailleurs, revient, et à un moment donné le poisson se déclenche.

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Animation, coloris et attractants pour le gros sandre

Passer et repasser devant la gueule

L’animation secrète de Samir n’en est pas une : c’est de la présentation. Passer devant la gueule d’une manière, puis d’une autre, un peu plus haut, puis laisser le poisson tranquille avant de revenir. Les animations les plus agressives ne lui ont pas pris ses plus gros. Ceux-là, il les a pris en linéaire et surtout en diagonale, derrière le bateau, avec une traction constante, en ralentissant ou en accélérant. Des poissons qu’il a fait suivre et déclenchés, pas des poissons « animés ». Cette logique de présentation rejoint, avec des leurres très différents, la méthode de Camille Desfossez au jerk minnow.

Quatre coloris pour pêcher partout

S’il ne devait partir qu’avec quatre couleurs, Samir prendrait un blanc, un chartreuse « pétard », un marron brillant pailleté et un bicolore orange et vert. Nuance : la couleur fait une vraie différence sur le nombre de poissons, mais il n’a jamais vu de règle qui ressorte sur les gros.

Les attractants, la touche en plus

Samir se décrit comme un fervent pêcheur à l’attractant, naturel, gel ou pot : la touche supplémentaire, surtout de novembre à janvier, jusqu’à tenir les poissons sur une zone. Il garde son vrai secret pour un prochain épisode, « pour la préservation de l’espèce ». Vous savez au moins qu’il faut en mettre.

Bas de ligne, têtes plombées et rattles : ce qui compte vraiment

Discrétion ou présentation ?

Yann pêchait la Seine en 40 ou 50 centièmes à cause des silures. Samir n’a jamais dépassé 35, et seulement dans les zones encombrées. Son argument n’est pas la discrétion : plus le bas de ligne est gros, plus il ramasse les dépôts que charrie une eau chargée. Sa formule résume l’épisode : on n’est pas dans la discrétion, on est dans la présentation. Si le leurre passe où est le poisson, le bas de ligne compte peu. Pour choisir votre fil en connaissance de cause, ce guide pour choisir son fil pose les bases.

Une seule forme de tête : la ronde

Les têtes préférées de Samir sont les rondes, parce qu’elles tranchent l’eau le mieux. Le seul avantage qu’il concède à la football : elle pose mieux le leurre sur les pêches en ramasse. Côté couleur, il peint ses têtes en chartreuse, orange ou UV quand l’eau se pique, et cela améliore le nombre de prises. Sur les gros, rien de constaté.

Rattle ou pas rattle

Un petit rattle en verre, monté sur le fil plutôt que dans le shad, sert à provoquer quand on est passé deux fois sur une zone sans rien faire bouger. Là encore, un outil pour le chiffre : sur les très gros, Samir ne l’a pas vu faire la différence.

Prendre les poissons décollés du bord : le long bill suspending

Comment prendre ces sandres suspendus pendant une crue sale quand on pêche du bord ? Avec une tête de 10 grammes, vous passez sous les poissons. La seule option selon Samir : un long bill minnow suspending, ramené en linéaire avec des pauses. On les prendra alors un jour sur deux ou sur trois, pas à chaque sortie.

Ce conseil rejoint ce qu’il observe en été, quand les grands sandres se tiennent à 80 centimètres ou un mètre sous la surface, sur les pointes et dans les arrivées d’eau, au coup du matin et du soir. Des poissons nageurs peu animés, en linéaire, sont alors la clé. Pour explorer cette famille, cet article sur les leurres durs pour le sandre est un bon point de départ.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Samir refuse de parler de marques dans l’épisode. Ce qui suit est donc la traduction concrète de ses principes.

Pour les shads ventrus qui nagent droit entre 15 et 23 centimètres, le Westin Shad Teez 19 cm coche les cases : silhouette pleine façon brème, queue qui tape l’eau, matière résistante. Sa déclinaison Shad Teez 16 cm correspond à la limite basse de la boîte d’hiver de Samir.

Pour le registre finesse, le Westin Shad Teez Slim 18 cm est la version fine du précédent, qui nage à toutes les vitesses.

Leurre souple Westin Shad Teez Slim de 18 centimètres, corps fin et queue de type shad
Le Shad Teez Slim 18 cm, une finesse qui nage droit, dans la plage de tailles recommandée par Samir

Pour les têtes rondes, la Westin Roundup Natural est exactement la forme que Samir défend, prévue pour des leurres de 12 à 18 cm.

  • Poids disponibles : 10, 15, 25, 30 et 35 g (le 20 g était en rupture au moment de la rédaction)
  • Vendue par 3, hameçon Mustad, anneau pour stinger et système anti-décrochage
Tête plombée ronde Westin Roundup Natural avec hameçon et anneau pour stinger
La tête ronde, seule forme que Samir garderait s’il ne devait en avoir qu’une

Pour l’attractant, Samir ne livre pas sa recette. Un gel qui adhère au leurre et se dissout lentement, comme le Pro Cure Super Gel, correspond à ce qu’il décrit, avec plusieurs parfums dont un Walleye et un Predator.

Enfin, pour les poissons décollés du bord, le long bill suspending trouve une traduction dans l’Illex DD Squirrel 79 SP, 7,9 cm pour 11,5 g, qui évolue entre 1 et 2,50 mètres, précisément la couche où le live montre les sandres suspendus en crue.

Poisson nageur Illex DD Squirrel 79 SP à longue bavette
Un long bill suspending, l’option de Samir pour les sandres suspendus quand on pêche du bord

Questions fréquentes

Quelle est la meilleure période pour pêcher un gros sandre en rivière ?

Pour le poisson le plus lourd, Samir Kerdjou retient la période de la mi-novembre à la fermeture fin janvier. Les sandres se gavent de brèmes avant la reproduction et atteignent leur poids maximal. Les plus longs se prennent plutôt en été, mais ils sont moins épais.

Où se trouvent les sandres quand la rivière est en crue ?

Collés aux berges, partout où un obstacle casse le courant : murets, pointes, virages, arbres, contre-courants. Quand l’eau est vraiment sale et sablonneuse au fond, ils se décollent et se suspendent en pleine eau, parfois à 2 mètres sous la surface, ce qui explique les journées sans touche en grattant le fond.

Quelle taille de leurre pour le sandre en hiver ?

Samir n’utilise rien en dessous de 15 centimètres de novembre à janvier, et monte jusqu’à 22 ou 23. Les sandres se nourrissent alors de brèmes et de gardons de belle taille, et un gros leurre ne sélectionne pas autant qu’on le croit : un poisson de 40 attaque sans problème un shad de 16.

Peut-on pêcher le sandre quand l’eau est très trouble ?

Légèrement trouble, oui, c’est même idéal. Quand l’eau devient épaisse comme du ciment et qu’on ne voit plus le leurre à 5 centimètres, les sandres ne le captent plus. Il faut alors pêcher très lentement, provoquer avec un rattle en verre, ou viser les poissons suspendus avec un long bill suspending, en acceptant des résultats irréguliers.

Quelle tête plombée choisir pour le sandre en fleuve ?

Une tête ronde, assez lourde pour que le leurre nage droit dans le courant. Samir n’hésite pas à surcharger, 20 grammes dans 4 mètres d’eau, pour obtenir une nage stable. Les têtes peintes en chartreuse ou orange améliorent le nombre de prises quand l’eau se trouble, sans effet constaté sur les gros.

Conclusion

Pêcher le sandre en rivière pour le chiffre et pêcher le gros sandre sont deux disciplines. La seconde demande de suivre le débit toute l’année, de ne pas rater le premier coup d’eau, de pêcher gros avec des leurres qui nagent droit sur des têtes rondes bien chargées, et de repasser sans relâche devant un poisson qu’on sait posté. Le live a confirmé ce que les anciens savaient : quand l’eau devient trop sale, les gros se décollent, et il faut aller les chercher plus haut. Le reste, c’est de la patience, des doigts gelés et un attractant dont Samir ne vous dira rien pour l’instant.

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Le matériel cité dans l'épisode

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Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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