Dans le milieu de la pêche française, il y a des noms qui reviennent sans cesse dès qu’on parle d’électronique marine. Nikita Viandier en fait partie. Responsable du service client, de la gestion des ambassadeurs et désormais de la marque HPA chez Navicom — le distributeur français des marques Humminbird, Minn Kota, Deeper ou encore BSR — elle est devenue en quelques années une figure incontournable du secteur. Mais derrière la professionnelle que beaucoup croisent sur les salons se cache un parcours de vie hors du commun, que j’ai eu le plaisir de découvrir lors d’un épisode particulièrement atypique de Tous des Tom Sawyer.
De l’Ardèche à la Bretagne, un parcours à contre-courant
Petite-fille de marin-pêcheur, Nikita a passé quinze ans en Ardèche avant que ses parents ne décident, un beau jour, de retourner en Bretagne. C’est là que tout bascule. Attirée par le bois et le milieu marin, elle enchaîne les formations avec une détermination rare : BEP menuiserie, CAP charpente marine (la construction de bateaux en bois), CAP mécanique marine, bac pro maintenance nautique, puis CQP en mécanique hors-bord. Six diplômes, tous dans le secteur nautique. Dans son lycée de Plouhinec, dans le Finistère, ils étaient 90 élèves et deux filles seulement. Autant dire qu’elle n’a pas choisi la facilité.
C’est d’ailleurs pendant son apprentissage en mécanique marine, dans un chantier naval de Vannes, qu’elle rencontre Kevin, son futur mari, lui-même pêcheur passionné. Leur histoire d’amour va se construire autour de l’eau, des bateaux et de la pêche. Et elle dure encore aujourd’hui.
La pêche comme exutoire
En 2016, Nikita perd son père. Un coup dur qui va tout remettre en question. Elle lâche la mécanique, s’accroche à son mari et surtout à la pêche, qui devient un véritable exutoire. « Tu pars du port le matin, tu navigues, tu ressasses, tu chiales, et puis une fois arrivé sur le spot, tu choisis ton leurre, tu lances, et ça te fait un bien fou », raconte-t-elle avec la sincérité qui la caractérise.

C’est à cette époque qu’elle enchaîne les compétitions avec Kevin, remportant notamment à deux reprises le Grand Pavois Fishing. Les salons, les rencontres, la médiatisation… et puis cette fameuse conversation avec Christophe Soares, patron de Navicom, au retour du salon de Clermont-Ferrand. Quelques heures de route, une discussion à cœur ouvert, et une création de poste à la clé. Voilà comment on devient, presque par hasard, une pièce maîtresse d’une société spécialisée dans l’électronique marine.
Dans les coulisses de Navicom
Navicom, pour rappel, c’est une société qui travaille exclusivement en B2B — autrement dit, de professionnel à professionnel. Elle importe et distribue du matériel auprès de ses revendeurs : détaillants, chantiers, sites spécialisés. Au-delà de l’électronique pure (sondeurs, GPS, Live), le catalogue couvre aussi la sécurité en mer, l’énergie à bord, la sono marine avec Fusion, et bien d’autres choses encore.
Le rôle de Nikita a beaucoup évolué depuis son arrivée. Elle a commencé au service client, répondant aux mails des particuliers (avec parfois son lot de questions absurdes, forcément), avant de se voir confier la gestion des ambassadeurs Navicom. Aujourd’hui, ils sont 67 — contre 140 à son arrivée — répartis en plusieurs catégories : les pro staff (pêcheurs passionnés qui testent le matériel sur leur temps libre), les guides de pêche, et cinq ambassadeurs terrain qui, eux, achètent leur matériel en direct.
Son système pour les évaluer ? Une notation par couleur : vert, orange, rouge. Rouge signifiant, en général, la dernière chance avant séparation. Mais Nikita tient à garder une approche humaine : naissance d’un enfant, travaux, deuil… elle sait que la pêche n’est pas toujours la priorité, et elle respecte cela. « Je ne veux pas que ce soit une contrainte. Je veux qu’ils le fassent parce qu’ils ont envie, parce qu’ils pensent à nous. Sinon, c’est contre-productif. »
« La connasse de la pêche »
Nikita n’a pas sa langue dans sa poche, et elle l’assume pleinement. Un jour, Christophe Soares rentre d’un salon en lui racontant, amusé, qu’on l’a traitée de « connasse ». Sa réponse ? « En même temps, c’est mon boulot. » Être la police des ambassadeurs, c’est accepter de ne pas plaire à tout le monde. Et c’est aussi, paradoxalement, le signe qu’on fait correctement son travail.
Ce qui la frappe en revanche, c’est le nombre de délations qu’elle reçoit. Des pêcheurs qui décortiquent des reels Instagram pour signaler qu’un ambassadeur Navicom a été aperçu avec une sonde concurrente sur son bateau. Les joies du net.
Live, quotas, et évolution du marché
On a aussi abordé les sujets qui fâchent : le Live Sonar, les quotas, l’impact sur le business de l’électronique marine. Pour Nikita, la technologie Live est « épatante », mais le vrai sujet n’est pas la technologie en elle-même : c’est l’éducation du pêcheur. Si tu sais qu’au-delà d’une certaine température ou d’une certaine profondeur, un brochet ne doit pas être pêché, ça reste vrai avec ou sans Live. Le respect du poisson d’abord.
Autre constat intéressant : les pêcheurs en mer ont toujours environ cinq ans de retard sur les pêcheurs en eau douce en matière d’adoption des technologies. Le Live commence tout juste à se démocratiser en mer, et encore, principalement pour des pêches très spécifiques comme celle du thon.
À propos de thon, justement, Nikita nous a raconté son premier thon rouge — une sortie où ils étaient mal équipés, stressés, excités, et où elle a suivi le poisson à la barre à 8 ou 10 nœuds. L’euphorie, les engueulades à bord, le nœud de raccord qui arrive, le poisson qui plonge et repart comme un TGV… Une histoire racontée avec une telle passion qu’on a presque envie de tout plaquer pour monter un quota de bagues.
Une vie pas comme les autres
Au fil de l’échange, on a aussi parlé de choses plus personnelles : la vie sur un trawler pendant plusieurs années avec Kevin et leurs deux chiens (dont une terre-neuve), le combat pour avoir un enfant via la PMA, la maison en Bretagne construite pierre par pierre, et puis cette révélation complètement inattendue : son passage par le monde du striptease. Danseuse d’abord, puis gérante de club, en parallèle de son apprentissage en mécanique. De la mécanique le jour, des talons-hauts la nuit — le tout en gardant les mains de mécano. Un grand écart que peu de personnes assument, et qu’elle raconte avec une franchise désarmante.
Cerise sur le gâteau : en plein enregistrement, son patron Christophe Soares l’a appelée. On l’a mis en haut-parleur, et il a accepté de venir lui aussi sur le podcast très prochainement. De quoi prolonger le plaisir.

Un épisode à part
Cet épisode de Tous des Tom Sawyer est probablement l’un des plus atypiques que j’ai réalisés jusqu’à présent. On a parlé de pêche, bien sûr, mais aussi de nautisme, de mécanique, d’entrepreneuriat, de deuil, de maternité, et même de striptease. On a beaucoup ri, il y a eu quelques séquences émotion, et on est parti dans tous les sens.
Nikita est une femme entière, qui ne mâche pas ses mots, qui ne triche pas, et qui assume chaque partie de son parcours. C’est ce qui rend l’échange si rafraîchissant. Elle incarne parfaitement ce que je cherche à faire avec TDTS : donner la parole à des personnalités du monde de la pêche française qu’on croit connaître, et révéler tout ce qu’il y a derrière.
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