« Les gens souvent changent de leurre quand ça ne mord pas et une fois que ça mord ils n’en changent plus. » Cette réflexion de Gaël Even résume parfaitement l’une des erreurs les plus courantes en pêche. Et c’est exactement pour cette raison que le rubber jig reste l’une des techniques les plus sous-estimées de l’arsenal moderne, malgré son efficacité redoutable.
Lors d’une longue discussion dans sa maison normande, ce développeur chez Gunki et figure emblématique de la pêche française m’a ouvert les portes de sa philosophie du rubber jig. Entre anecdotes personnelles et révélations techniques, voici tout ce qu’il faut savoir sur cette technique qui lui permet de « prendre des poissons presque partout ».
« J’en ai un, j’ai jamais rien pris » : le syndrome du rubber jig
Gaël Even sourit quand il évoque cette phrase qu’il entend régulièrement en magasin : « J’en ai un, j’ai jamais rien pris avec ». Et pour cause, cette réaction illustre parfaitement le problème. « C’est le principe des rubber jigs dans les boîtes où les mecs te disent ‘j’en ai un, j’ai jamais rien pris’. Et finalement, non, c’est quand c’est mort qu’il faut sortir des leurres qu’on ne connaît pas. »
Cette approche à rebours de l’instinct naturel du pêcheur est pourtant la clé du succès. Combien d’entre nous ont testé ce fameux jig noir et rouge au fond de la boîte uniquement lors des journées difficiles, pour finalement le ranger en se disant « décidément, ça ne marche pas » ?

Une révélation progressive
L’expertise de Gaël avec le rubber jig ne s’est pas construite du jour au lendemain. « Moi c’est une pêche que je pratique énormément, le brochet au rubber jig », confie-t-il. Cette pratique intensive lui a permis de développer une compréhension fine de cette technique, qu’il a ensuite partagée dans des vidéos tutoriels qui ont ouvert les yeux de nombreux pêcheurs.
« Pour le coup, j’ai de plus en plus de gars qui s’y mettent et qui me disent ‘non mais ça marche vraiment’ et ça me fait plaisir », raconte-t-il avec cette satisfaction du pédagogue qui voit ses élèves progresser.
La révolution de l’approche périphérique
Changer de paradigme
Si Gaël Even obtient des résultats exceptionnels au rubber jig, c’est qu’il a révolutionné l’approche traditionnelle. Là où la plupart des pêcheurs lancent « plein dans le milieu des obstacles », lui privilégie une stratégie diamétralement opposée.
« Il y en a beaucoup qui pêchent jig au broc en lançant plein dans le milieu des obstacles. Il y a des fois, c’est ce qu’il faut faire. Moi je pêche beaucoup la périphérie », explique-t-il. Cette approche lui permet plusieurs avantages décisifs : « J’aime pas faire de bruit quand ça se pose et j’anime énormément entre deux eaux pour déclencher une réaction. »
L’art de la discrétion
Cette recherche de discrétion n’est pas un simple caprice technique. Elle s’appuie sur une observation fine du comportement des carnassiers. « Et dans ces cas-là, régulièrement, je mets un bas de ligne en 40 ou 44, et au bout, je vais mettre un tout petit choc de 75 pour éviter de me faire couper au ferrage. »
L’utilisation d’un bas de ligne aussi fin témoigne de cette volonté de discrétion maximale. « L’avantage du 40, c’est que ça permet d’avoir quand même une descente un peu rapide du jig », précise-t-il, montrant comment chaque détail du montage est pensé pour optimiser la présentation.
Le secret le mieux gardé : comprendre la vitesse de descente
Au-delà des grammes : une physique subtile
La révélation la plus marquante de Gaël Even concerne la compréhension de ce qui fait vraiment l’efficacité d’un jig. « Le grammage de ton jig, en fait, il veut rien dire si t’as pas associé le trailer avec et que t’as pas le diamètre de ta tresse. Ce qui compte dans le jig, c’est la vitesse de descente. »
Cette approche bouleverse complètement la vision traditionnelle. Combien de pêcheurs se limitent à choisir entre du 7, 10 ou 14 grammes sans considérer l’ensemble du système ? Gaël pousse la réflexion plus loin avec des exemples concrets qui parlent à tous les pratiquants.
Des exemples qui changent tout
« Tu peux très bien avoir la même vitesse de descente, par exemple, avec un 10 grammes et une écrevisse qui flappent pas, avec un 14 grammes et une écrevisse qui flappent, ou un 21 grammes avec un shad, une grosse tresse qui te le retient. »
Cette compréhension ouvre des perspectives infinies. Elle explique pourquoi certains jours, un montage fonctionne mieux qu’un autre, indépendamment du poids apparent. « Tu peux très bien pêcher des bass dans 40 cm d’eau avec 21 g et avoir des touches qu’avec le 21 parce que ça descend très vite », illustre-t-il.
Une comparaison éclairante
Pour rendre cette notion accessible, Gaël fait un parallèle avec la pêche de la truite : « C’est un peu comme quand tu pêches les truites en nymphe, c’est juste la vitesse de descente. » Cette comparaison avec une technique que beaucoup maîtrisent permet de saisir immédiatement l’enjeu.
Les trailers : l’art de l’adaptation selon les espèces
Une philosophie coloriste révolutionnaire
L’approche de Gaël Even concernant les couleurs de trailers brise les codes établis. « Si je pêche le basse, la perche et le broc, j’ai tendance à matcher tout le temps mes trailers avec le jig. Ça va être, par exemple, foncé et foncé. »
Cette recherche d’harmonie chromatique pour certaines espèces contraste radicalement avec son approche pour le sandre : « Et pour les sandres, c’est tout l’inverse. C’est-à-dire que j’aime bien avoir quelque chose de très fluo avec un autre quelque chose de fluo derrière mais qui contraste vraiment. »

Trois trailers pour toutes les situations
Gaël a simplifié son approche en se concentrant sur trois familles de trailers, chacune ayant sa spécificité :
1. La grenouille : l’arme secrète du printemps
« J’ai grenouilles au printemps pour les brocs, là. Ça dure trois semaines, un mois, mais ça me permet d’avoir un jig plus gros qui plane davantage, qui se pose sans bruit. »
Cette spécialisation saisonnière témoigne de sa connaissance fine des cycles naturels. Quand utilise-t-il cette combinaison ? « Quand j’entends beaucoup de grenouilles chanter dans les bordures, j’ai des bordures un peu encombrées, et que l’eau n’a pas encore chauffé trop, si elle est encore entre 15 et 18. »
2. L’écrevisse : la polyvalence incarnée
« Plus souvent, c’est écrevisse mon trailer. Écrevisse ski flap pour tout ce qui est broc. » Mais Gaël va plus loin dans la subtilité : « Ce qui est sandre et perche, pas forcément des pinces ski flap. Ça va dépendre. »
Il adapte même le type de pinces selon l’humeur des poissons : « Sur les bass, s’ils sont agressifs ou s’ils voient les troubles, je vais mettre des pinces ski flap. Par contre, sur de l’eau claire et des poissons un peu plus méfiants, j’aurais plus tendance à mettre des pinces flottantes et à l’animer un peu plus sur le fond. »
3. Le shad : pour les situations spéciales
« Après, ça va être du shad. Des shad un peu toniques, un peu balèzes pour ralentir la descente de mon jig et provoquer les poissons. »
Cette utilisation du shad révèle une approche sophistiquée : « Notamment quand ils s’embusquaient dans des bordures qui tombent pas mal ou si je veux pêcher un peu ce qu’on appelle un swimming jig là, peu vite, sur des herbiers. »
Le matériel de l’expert : choix raisonnés et compromis assumés
Une canne sur mesure
Gaël Even n’utilise pas n’importe quelle canne pour le rubber jig. « Là, je me suis fait une canne en night shadow qui me convenait très bien. On l’a rechangée pour l’année prochaine, mais ça fait quatre ans que je pêche avec ça. On l’a appelée Jungle Blast. »
Chaque caractéristique de cette canne a été pensée : « Elle est faite pour aller dedans. Une canne très conique, un talon très court, 2 mètres 20. C’est les longueurs que j’aime bien pour pouvoir pitcher facilement. »
La douceur au scion : un choix technique crucial
« Par contre, j’aime bien avoir un peu de douceur au scion. Ça permet d’une, quand tu as les touches, qu’il faut rendre la main, d’éviter que le poisson sente tout de suite le blanc. Et de deux, ça permet, quand tu passes les herbes ou les bois, d’avoir un petit peu de douceur pour le passer sans trop planter ton truc. »
Cette recherche d’équilibre entre fermeté et souplesse illustre parfaitement la subtilité requise pour cette pêche.
Moulinet et ligne : la simplicité efficace
Pour le moulinet, Gaël ne se complique pas la vie : « Après, niveau des moulinets, j’ai des THG Gunki en 200. Je cherche même pas dessus. Je mets des 200. Il n’y a pas de piège. De toute façon, le frein est serré quasiment un bloc. »
Concernant la tresse, il privilégie un compromis : « Et derrière, je ne mets pas trop de stress. Enfin, pas trop de stress pour du jig. Je mets en général du 22, 24 centièmes. Ça me va bien. Je veux qu’elle ait un peu de portance, mais je veux un peu de souplesse. »

Conditions d’utilisation : savoir quand sortir le rubber jig
Le printemps des brochets : un timing millimétré
Gaël Even a développé une expertise remarquable pour identifier les conditions optimales. Pour le brochet au printemps, ses indicateurs sont précis : « Pêche de printemps, j’entends beaucoup de grenouilles chanter dans les bordures, j’ai des bordures un peu encombrées, et que l’eau n’a pas encore chauffé trop, si elle est encore entre 15 et 18, je sais que je vais faire quelque chose avec ça. »
Cette approche multi-factorielle montre l’importance de l’observation globale de l’environnement, pas seulement de la température.
L’été des sandres : adaptation comportementale
Pour les sandres, la période change : « Après, par exemple, sur les sandres, sur de l’eau… Quand elle a atteint 20° au mois de juin, quand ils se suspendent un peu dans les arbres, je sais que je vais faire quelque chose avec aussi sur les gros sandres. »
Cette différenciation saisonnière et comportementale témoigne d’une compréhension fine de l’éthologie des carnassiers.
Les montages selon les conditions
Eau claire et structures molles : la finesse avant tout
« Soit l’eau est claire et c’est des structures molles comme des herbiers. J’ai envie de pêcher un peu entre deux eaux en falling. Il y a beaucoup de pêche que je fais au broc. »
Dans ces conditions, Gaël opte pour la discrétion maximale : « Dans ces cas-là, régulièrement, je mets un bas de ligne en 40 ou 44, et au bout, je vais mettre un tout petit choc de 75 pour éviter de me faire couper au ferrage. »
Eau trouble et obstacles durs : la force prime
« Après, s’il doit aller trouble, clairement, les poissons sont au cœur des obstacles. Je mets direct du 75 au bout, j’en mets 40, 50 cm, et ça suffit largement. »
Cette adaptation pragmatique montre comment un bon pêcheur ajuste son matériel aux contraintes du milieu.
Techniques d’animation : l’art du falling contrôlé
La philosophie du « falling jig »
L’animation préférée de Gaël Even révèle toute sa subtilité : « Il y a beaucoup de pêche que je fais au broc. Il y en a beaucoup qui pêchent jig au broc en lançant plein dans le milieu des obstacles. Il y a des fois, c’est ce qu’il faut faire. Moi je pêche beaucoup la périphérie. »
Cette approche périphérique s’accompagne d’une animation spécifique : « J’anime énormément entre deux eaux pour déclencher une réaction. »
Le « swimming jig » : polyvalence et efficacité
Pour certaines situations, Gaël adapte sa technique : « Notamment quand ils s’embusquaient dans des bordures qui tombent pas mal ou si je veux pêcher un peu ce qu’on appelle un swimming jig là, peu vite, sur des herbiers et de temps en temps la frontière de l’herbier je le laisse redescendre vraiment ce qu’on appelle un falling là, avec un shad ralentissant. »
Psychologie du changement : quand et pourquoi changer
La leçon du timing
Gaël Even a développé une philosophie du changement qui va à l’encontre des réflexes naturels : « Et finalement, non, c’est quand c’est mort qu’il faut sortir des leurres qu’on ne connaît pas. Parce que c’est le meilleur moyen d’apprendre à les connaître et à en faire devenir des bons leurres. »
Cette approche contre-intuitive s’appuie sur une logique imparable : si on ne teste jamais un leurre dans de bonnes conditions, comment peut-on apprendre à l’utiliser efficacement ?
L’erreur classique
« Les gens souvent changent de leurre quand ça ne mord pas et une fois que ça mord ils n’en changent plus », observe-t-il avec justesse. Cette attitude prive le pêcheur d’apprentissages précieux et maintient certains leurres dans un statut de « roues de secours » inefficaces.
Anecdotes et retours d’expérience
Les retours du terrain
L’efficacité de la méthode Gaël Even se mesure aux retours qu’il reçoit : « J’ai de plus en plus de gars qui s’y mettent et qui me disent ‘non mais ça marche vraiment’ et ça me fait plaisir. D’avoir fait des vrais jigs pour le broc chez nous avec les couleurs qui vont bien, les âmes qui vont bien, tout de A à Z. »
Cette satisfaction du développeur qui voit sa création adoptée par les pêcheurs illustre parfaitement l’objectif de tout innovateur dans le domaine.
L’expérience des compétitions
Son expérience en compétition avec Sylvain Acharier a enrichi sa compréhension : « On a fait les vidéos, tutoriels. Je l’ai pratiquée aussi pendant les épreuves du fight, là, à pêcher avec. »
Ces conditions de stress et de performance maximale ont permis de valider l’efficacité de la technique dans toutes les situations.
Les erreurs à éviter absolument
L’erreur du grammage unique
Beaucoup de pêcheurs restent fixés sur un seul grammage. Gaël Even brise cette habitude : « Et souvent, un des critères, c’est un peu comme quand tu pêches les truites en nymphe, c’est juste la vitesse de descente. »
L’animation trop rapide
Le rubber jig n’est pas un leurre de prospection rapide : « Tu peux très bien pêcher des bass dans 40 cm d’eau avec 21 g et avoir des touches qu’avec le 21 parce que ça descend très vite et c’est pareil sur les brocs. »
Le mauvais moment pour tester

« C’est le principe des rubber jigs dans les boîtes où les mecs te disent ‘j’en ai un, j’ai jamais rien pris’. Et finalement, non, c’est quand c’est mort qu’il faut sortir des leurres qu’on ne connaît pas. »
Variantes selon les saisons
Printemps : la période grenouille
« J’ai grenouilles au printemps pour les brocs, là. Ça dure trois semaines, un mois, mais ça me permet d’avoir un jig plus gros qui plane davantage, qui se pose sans bruit. »
Été : adaptation au comportement
« Quand elle a atteint 20° au mois de juin, quand ils se suspendent un peu dans les arbres, je sais que je vais faire quelque chose avec aussi sur les gros sandres. »
Le rubber jig dans l’avenir
Une technique en expansion
L’expertise de Gaël Even contribue à démocratiser cette technique longtemps confidentielle. « Pour le coup, j’ai de plus en plus de gars qui s’y mettent et qui me disent ‘non mais ça marche vraiment’. »
L’importance du partage
Son approche pédagogique, à travers vidéos et conseils en magasin, participe à l’évolution des mentalités. Cette transmission de savoir illustre parfaitement sa philosophie du partage, constante dans son approche de la pêche.
Conclusion : une révolution accessible à tous
Le rubber jig selon Gaël Even n’est plus cette technique mystérieuse réservée aux initiés. Grâce à sa compréhension des mécanismes physiques (vitesse de descente), comportementaux (adaptation saisonnière) et techniques (choix des trailers), cette pêche devient accessible à tous les niveaux.
« C’est rare de ne pas réussir à en prendre avec », affirme-t-il avec cette confiance tranquille de celui qui maîtrise son sujet. Cette assurance n’est pas de l’arrogance, mais le fruit d’années d’observation, d’expérimentation et de partage.
Le message est clair : sortez ce rubber jig du fond de votre boîte, mais sortez-le quand ça mord, pas quand ça ne mord pas. Comprenez que le grammage n’est qu’une partie de l’équation. Adaptez vos trailers aux espèces et aux saisons. Pêchez la périphérie plutôt que le cœur des obstacles.
Et surtout, gardez en tête cette philosophie de Gaël Even : « Ma philosophie elle est là. » Une philosophie basée sur l’observation, l’adaptation et cette curiosité permanente qui fait les grands pêcheurs.
Le rubber jig vous attend. À vous de jouer maintenant.
Gaël Even développe actuellement de nouveaux jigs pour Gunki, toujours dans cette philosophie d’adaptation aux conditions françaises et de respect de l’éthique du développement. Son travail continue de révolutionner notre approche des carnassiers, un leurre après l’autre.