Mathieu Cabar est l’une des références françaises de la pêche à l’ondulante. Quadruple vainqueur de la Salmo Trek avec son binôme Morgan, il nous livre ici tous ses secrets pour réussir à l’ondulante en lac de montagne, du choix du leurre à l’animation, en passant par le matériel et la lecture des spots.
L’ondulante : un leurre polyvalent mais souvent mal exploité
L’ondulante (ou cuillère ondulante) est un leurre métallique qui peut être utilisé aussi bien en rivière qu’en lac. Si beaucoup de pêcheurs connaissent la mythique Cyclops de Mepps et ses galbes en S, le monde de l’ondulante est en réalité extrêmement riche. Le Japon propose une multitude de références avec des galbes très travaillés. Le Canada et les États-Unis offrent des profils plus larges, avec des coloris souvent moins sophistiqués.
Mais attention : toutes les ondulantes ne se valent pas, et surtout, on ne pêche pas de la même façon en rivière et en lac.
Rivière vs lac : deux approches radicalement différentes
En rivière : le courant fait le travail
En rivière, l’animation reste simple et principalement linéaire. Le principe : lancer trois-quarts amont, laisser l’ondulante se faire porter par le courant et balayer vers l’aval, pour qu’elle se présente naturellement devant les poissons. L’idée est d’envoyer sur la berge d’en face, puis de récupérer la bannière en permanence pour rester tendu et laisser l’ondulante virevolter.
Les galbes larges sont particulièrement adaptés à la rivière : ils s’appuient dans le courant, planent bien et permettent de laisser le leurre dévaler tranquillement. La cuillère tournante reste d’ailleurs un excellent complément en rivière pour balayer les courants et les pools.
Point clé : en rivière, bannière toujours tendue.
En lac : tout change
En lac de montagne, l’absence de courant oblige à repenser totalement son approche. Mathieu est catégorique : le linéaire pur est à éviter. Dans un milieu clos, les poissons ont tendance à suivre l’ondulante sans déclencher l’attaque. On les voit venir jusqu’au bord, marquer un refus, et disparaître. Le pêcheur a sollicité le poisson, l’a fait venir, mais n’a jamais créé ce moment de rupture qui provoque la touche.
Le linéaire peut servir pour un ou deux lancers rapides en prospection, histoire de prendre la tendance sur un plateau ou une bordure, mais ce n’est clairement pas l’animation principale.

Les 3 animations en lac de montagne
1. Le linéaire (usage très limité)
Un lancer à droite, un à gauche, un au fond — juste pour sentir la tendance rapidement. À réserver pour scanner un secteur, pas plus.
2. Les tractions amples et souples (début de saison)
Quand l’eau est encore froide et les poissons léthargiques, Mathieu privilégie des tractions assez amples. L’ondulante revient doucement vers le fond entre chaque traction, et c’est à la descente qu’elle travaille. Cette animation lente et souple est aussi celle qu’il utilise pour cibler les cristivomers et les ombles chevaliers, des poissons de fond qui n’attaquent pas de manière agressive.
3. Le jigging rapide (de fin juin à la fermeture)
C’est l’animation signature de Mathieu en compétition. Le principe : 4 à 5 animations très rapides, façon pêche à la sèche, puis laisser l’ondulante redescendre librement. Cette technique agressive est celle qui fait la différence car elle déclenche l’agressivité des truites.
Le secret de la Salmo Trek ? Là où la plupart des compétiteurs pêchent tout doucement en 14-16 centièmes, Mathieu et Morgan montent en 22-24 et animent très vite. Résultat : ils déclenchent l’agressivité là où les autres sollicitent les poissons sans jamais provoquer la touche.
Le point crucial : la bannière semi-détendue
Contrairement à la rivière où la bannière doit rester tendue, en lac, la bannière doit être semi-détendue à la descente. C’est fondamental.
Si vous maintenez une pression quand l’ondulante retombe, elle va descendre de façon trop verticale, sans papillonner. Or c’est précisément ce papillonnement libre qui déclenche les touches. C’est un phénomène que connaissent bien les pêcheurs en mer au jig : maintenir la tension empêche le leurre de travailler correctement.
Mathieu est formel : 90 % des touches à l’ondulante en lac interviennent à la descente. Il faut rendre la main pour laisser le métal travailler seul, tout en gardant juste assez de contact pour sentir la touche et envoyer le ferrage.
Trouver la bonne couche d’eau
Un des facteurs les plus déterminants en lac de montagne. Mathieu commence toujours par pêcher le haut de la couche d’eau, sans laisser l’ondulante descendre trop profondément. Si rien ne se passe, il descend progressivement. En début de saison, les poissons longent davantage le fond.
L’objectif : déterminer rapidement dans quelle couche les premières touches interviennent, puis dupliquer cette profondeur. Il vaut mieux être au-dessus du poisson qu’en dessous : la truite monte volontiers intercepter un leurre, mais ne descendra pas pour le chercher.
Les galbes : fins pour le lac, larges pour la rivière
En lac, Mathieu met totalement de côté les profils larges. Il privilégie des galbes fins qui offrent plus de distance de lancer (essentiel sur les grands lacs), une descente plus rapide pour atteindre les couches profondes, et une compatibilité avec le jigging.
Il a aussi développé un modèle à lestage arrière qui permet un effet « backslide » : l’ondulante repart en arrière à la descente, ce qui permet d’insister sur une zone quand on a localisé les poissons.
Poids recommandé : 10 à 15 grammes — le grammage passe-partout pour la grande majorité des lacs.
Les coloris : or, bleu, noir… et les bases ternes
Les tendances générales
Base or plutôt que base argent dans la majorité des conditions. Par beau soleil en été, les reflets de l’or deviennent trop agressifs : c’est le moment de passer à l’argent.
Le bleu fonctionne remarquablement bien en zones profondes — c’est l’une des couleurs qui reste visible le plus longtemps sous l’eau. Les verts et rouges sont des valeurs sûres.
Le secret des lacs pressurés : les bases ternes
Sur les vallées très pêchées (Pyrénées notamment), Mathieu utilise des ondulantes à base terne — sans reflet or ni argent. Lors d’une session, la différence avec les mêmes modèles en gold a été flagrante. À animations identiques, les bases ternes ont largement dominé.
Le noir, ce coloris oublié
Le noir est absent des catalogues parce que les pêcheurs ne l’achètent pas. Un leurre séduit d’abord l’acheteur avant de séduire le poisson. Pourtant, le noir fonctionne remarquablement — en eau laiteuse comme en eau claire. Ce n’est pas un coloris du quotidien, mais en avoir un ou deux dans sa boîte peut changer une session. Comme le dit Mathias LOTHY de Bim Tackle : « Black is Magic ».
Mon expérience perso : ma femme a insisté pour pêcher le bar avec des leurres noirs à paillettes. Le guide était sceptique. Elle a sorti 2 poissons de 3 et 3,5 kilos en deux dérives et a mis tout le monde au pas.
Le montage : tresse, fluoro et pas d’agrafe
La tresse
Tresse 8 brins en 8-10 centièmes exclusivement. Le 8 brins apporte la sensibilité pour détecter les touches à la descente, et le diamètre fin permet de gagner en distance de lancer.
👉 Retrouvez une sélection de tresses 8 brins sur leurredelapeche.fr
Le bas de ligne fluorocarbone
Mathieu monte plus épais que la majorité : fluorocarbone en 22-24 centièmes, bas de ligne d’au moins une longueur de canne. En dessous de 20 centièmes, le moindre rocher peut couper le fil. Et la tresse directe ? Le gain en nage ne compense pas la perte en discrétion sur ces eaux ultra-claires.
👉 Fluorocarbone qualité sur leurredelapeche.fr
Agrafe ou pas ?
Nœud direct sur anneau brisé, sans agrafe. Si pas d’anneau brisé, un nœud Rapala fait l’affaire. Exception : un petit émerillon baril si votre tresse vrille.

La canne idéale pour l’ondulante en lac
Il n’existe pas de canne dédiée à l’ondulante sur le marché, c’est ce qui a poussé Mathieu à développer ses modèles avec Morpho.
La canne idéale fait 2,30-2,40 m (1,10 m pour les petits laquets), avec une action medium à medium-fast : du nerf pour les animations, de la souplesse pour le ferrage.
Recommandations matériel
Haut de gamme spécialisé :
- Morpho Papayona 212 (259 €) et Mountain (329 €) — conçues par Mathieu pour cette pêche
- Série Dragonbait chez Smith (distribuée par Ultimate) — excellente qualité, tarif élevé (tu peux la trouver ici 👉 Dragonbait trout 83)
Alternatives accessibles :
- Cannes truite Decathlon (Caperlan) pour débuter
- Chez Gunki, des modèles en action pas trop fast (et notamment la 👉 D.O.T.S Fast)
- Toute canne carnassier light 2,30-2,40 m en action medium fera l’affaire pour commencer
Comment lire un lac de montagne
Les spots prioritaires
Les arrivées d’eau (les truites gravitent systématiquement autour), les éboulis rocheux en bordure (ils se prolongent sous l’eau et abritent vairons et invertébrés), et les zones de sable au fond (secteurs de nourrissage).
L’astuce Google Maps
Avant de monter, consultez Google Maps ou Earth pour repérer arrivées d’eau, changements de substrat et hauts-fonds. Un gain de temps énorme sur place.
L’exposition au soleil
La règle de Mathieu : privilégier les zones qui restent le plus longtemps à l’ombre, surtout le matin. L’exposition peut créer plusieurs heures de décalage entre les deux rives d’un lac.
Et les leurres alternatifs ?
Le stickbait coulant prend du poisson en couche haute mais nage moins erratiquement. Les lames vibrantes sont complémentaires en début de saison pour des tractions lentes. Mais aucun ne remplace le papillonnement unique de l’ondulante à la descente.
Les 10 commandements de l’ondulante en lac
- Oubliez le linéaire — variez vos animations
- Laissez papillonner à la descente — 90 % des touches s’y produisent
- Bannière semi-détendue en lac (tendue en rivière)
- Galbes fins pour le lac, larges pour la rivière
- Commencez par le haut de la couche d’eau, puis descendez
- Animez plus vite en été pour déclencher l’agressivité
- Base or en priorité, argent par grand soleil, terne sur les lacs pressurés
- 22-24 centièmes en fluoro — ne sous-dimensionnez pas
- Pas d’agrafe — nœud direct sur anneau brisé
- Prospectez à l’ombre en début de journée
Le matériel recommandé pour débuter
| Élément | Recommandation | Budget |
|---|---|---|
| Ondulantes | Morpho Tandza 10-15 g (or, bleu, terne, noir) | ~10-15 € |
| Canne | Morpho Papallona 212 / Mountain ou carnassier light 2,30-2,40 m | 50-329 € |
| Tresse | 8 brins, PE 0.8 (8-10 centièmes) | ~20-30 € |
| Fluoro | 22-24 centièmes, min. longueur de canne | ~10-15 € |
| Accessoires | Anneaux brisés, pince à anneaux | ~5-10 € |
Cet article est issu d’un échange avec Mathieu Cabar pour le podcast Tous des Tom Sawyer. Retrouvez l’interview complète en vidéo sur notre chaîne YouTube.
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