William Bordignon : « Mbappé du live », géantes truites lacustres et 30 ans de pêche – l’interview sans filtre

Brochet,Carnassier

Il est arrivé sur le devant de la scène avec une phrase devenue virale lors du dernier FC Fight : « T’as déjà vu Mbappé du live ? ». Mais derrière le personnage se cache un pêcheur de 46 ans, artisan électricien à Annecy, qui traque le brochet, la carpe et les salmonidés depuis plus de 30 ans. Rencontre avec William Bordignon, alias Will Sportfishing.

Un parcours de pêcheur passionné, de la truite au toc au live scan

Quand William parle de pêche, on sent immédiatement qu’il s’agit bien plus qu’un loisir. C’est une addiction, il le reconnaît lui-même. Tout commence à l’âge de 10 ans, pour son anniversaire, avec une canne à pêche achetée chez Decathlon et une partie de perches soleil avec son père, son frère et sa sœur. « J’ai pris une volée par ma frangine ce jour-là », se souvient-il. Le déclic est immédiat.

S’ensuivent des années de pêche à la truite au toc dans les rivières de Haute-Savoie, avec de petites cannes à l’anglaise de 3 mètres, en 9/100 et 10/100. Puis direction Dijon où ses parents sont mutés : c’est là, sur les bords de la Tille, qu’il découvre la pêche à la carpe aux côtés de Fred Tiber. Une passion qui ne le quittera pas pendant plus de 15 ans et qui le conduira à sillonner la France, du Nord à l’Est, à la recherche des plus grosses carpes.

La rencontre qui change tout : Totoff et le lac d’Annecy

De retour en Haute-Savoie à 21 ans, William croise la route d’un certain Christophe « Totoff » Pêcheur sur les bords du lac d’Annecy. Leur première rencontre ? Une engueulade sur un poste de carpiste. Vingt ans plus tard, les deux compères ne se sont plus quittés, enchaînant les pêches et les aventures rocambolesques – comme cette fameuse nuit où la remorque a perdu sa roue sur le trajet du Léman, obligeant les deux compères à rentrer avec la barque sur le toit du fourgon, tenue à la main par la fenêtre.

C’est en 2009, avec Totoff, que William bascule définitivement dans la pêche au leurre. Les premières années sont marquées par des cartons mémorables de brochets dans les flotte-tubes jaunes Pacific Pêche (les ancêtres qui laissaient le pêcheur à moitié dans l’eau), puis par l’évolution de tout un écosystème de leurres : les Sébile Magic Swimmer, Flat Shad, les premiers shad Ripple, l’arrivée des AT MINNOW…

De Pure Fishing à Daiwa : une trajectoire dans l’industrie

William a traversé plusieurs générations de matériel et de sponsors. D’abord chez JRC à l’époque carpe avec Pascal Grillo et Laurent Checo, puis chez Mitchell quand Laurent prend la direction France. Après une période off, il rejoint Amiaud pour les float tubes, puis Daiwa où il est aujourd’hui field tester aux côtés de Christophe. Cannes, moulinets, leurres : il teste l’ensemble du matériel, parfois des prototypes qui ne sortiront qu’un ou deux ans plus tard.

Le FC Fight et la phrase qui a fait polémique

L’édition du FC Fight a propulsé William sous le feu des projecteurs. Sa victoire en finale contre Arnaud, arrachée grâce à une maîtrise totale du live scan, restera dans les mémoires. Tout comme cette phrase, lâchée dans l’excitation du moment : « T’as déjà vu Mbappé du live ? ». Une punchline qui lui vaudra une volée de bois vert sur les réseaux sociaux.

Avec le recul, il assume : « J’étais tellement dans mon truc, tellement excité, tout sortait. Quelque part je savais que j’étais en train de gagner, et c’était la première fois que je le faisais. » Un moment d’excès de confiance qu’il transforme aujourd’hui en autodérision, reprenant lui-même la musique de Mbappé sur ses stories.

Les leurres qui ont fait sa victoire

Dans cet épisode, William revient en détail sur le matériel qui lui a permis de remporter la compétition. Pour la finale, c’est un Daiwa Prorex Duckfin Live Shad – un leurre aujourd’hui quasi introuvable – qui a fait le travail en linéaire dans les bordures, lui rapportant deux gros brochets de 92 et 82 cm. Le matin de la finale, c’est le Daiwa Prorex Slim Shady qui a enchaîné les poissons au live scan. Un leurre qu’il considère aujourd’hui comme le meilleur leurre à brochet de la gamme Daiwa.

Pour les nostalgiques des Sébile et autres leurres cultes, une bonne nouvelle : Berkley a ressorti le mythique Atemino, désormais disponible sous l’appellation Berkley AT Minnow. William confirme l’efficacité redoutable de ce leurre qui a fait les grandes heures de la pêche au brochet en France.

L’obsession des truites lacustres géantes

Depuis 2023, William a développé une véritable expertise sur les truites lacustres d’Annecy. L’an dernier, il a sorti plus de 60 poissons de plus de 70 cm, dont une quinzaine dépassant les 80 cm, et une magnifique truite de 98. Son objectif ultime ? Décrocher une géante de plus d’un mètre.

Pour cette pêche très technique, il utilise exclusivement le Daiwa Prorex Tight Wave Shad en coloris perchette sur les poissons sous la surface jusqu’à 75 cm. « Je le pêche en jerking, comme si j’avais un gros jerk. Je mets des grands coups dedans pour les rendre folles. Elles ne résistent pas en principe. » Pour les très grosses, en revanche, il passe au shad souple, mieux adapté à leur comportement de frappe par l’arrière.

L’évolution du live et les nouveaux défis

L’épisode aborde aussi en profondeur les débats qui animent la communauté des pêcheurs de carnassiers : le live scan a-t-il nivelé le niveau ? Les jeunes vont-ils pousser dehors les anciens ? William, qui a été parmi les premiers à maîtriser cette technologie en France aux côtés de Rémi Seigler, livre une analyse lucide et nuancée. Il évoque aussi l’évolution des comportements de poissons, notamment au Léman où les eaux cristallines rendent la pêche bien plus exigeante qu’on ne le croit.

Ses nouveaux projets : la mouche, le streamer et les ombles géants

Fait suffisamment rare pour être souligné : William s’est mis à la pêche du brochet au streamer l’hiver dernier. Un coup de cœur qui lui a valu un brochet de 110 cm dès ses premières sorties à Annecy. Formé par Christian Roulanié, spécialiste reconnu de cette technique, il traque désormais les truites lacustres à la mouche et rêve de les grosses ombles chevaliers au leurre, une pêche encore largement inexplorée sur les lacs alpins.

Il nous dévoile également son projet de leurre personnel : un corégone de 30 cm ultra-réaliste, développé avec Guillaume de chez Best Book Leurres, qu’il teste depuis plus d’un an sur les lacs alpins.

Une anecdote inoubliable : la liche en Camargue

Comme souvent, l’épisode se termine par une belle histoire de pêche. William nous raconte sa première rencontre avec les liches dans le delta du Rhône, une journée mémorable où, après des heures de galère à voir des poissons monstrueux suivre leurs leurres sans attaquer, c’est Totoff qui décoche un stick Sébile blanc animé en « flapper » à la tombée du jour pour déclencher une touche monstrueuse : une liche de 25 kg. Ce jour-là, ils croiseront également Cyril Gressot, le spécialiste français de cette pêche, sans le reconnaître immédiatement.