Carna Woman : Alicia Godard, la pêche aux leurres au féminin

Brochet,Interview

Elle a commencé avec un bout de bambou, un fil et un morceau de viande qui sentait fort, au fond d’un ruisseau de trente centimètres de profondeur. Quinze ans plus tard, Alicia Godard pêche le thon au popper, signe avec des marques de leurres et rassemble près de vingt mille abonnés sur Instagram sous le nom de Carna Woman. Entre les deux : une passion née en famille, un métier dans la pêche, et un milieu qui n’a pas toujours su quoi faire d’une femme au rayon des leurres. Portrait d’une pêcheuse qui avance sans filtre, et qui incarne mieux que personne la place grandissante des femmes dans la pêche aux leurres.

Une passion née au bord d’un ruisseau

Tout part d’une après-midi de colonie, au collège, où l’on emmène les enfants attraper des écrevisses au bambou. Le soir même, Alicia rentre chez elle et annonce à son père qu’il faut absolument qu’il l’emmène pêcher. Lui pratique alors une pêche traditionnelle, au vif et au bouchon, mais il avait largement levé le pied depuis la naissance de sa fille. C’est donc Alicia, gamine, qui le remet dans le bain.

Les débuts se font à la carpe, dans un petit lac en bas de chez elle : un cheveu, trois grains de maïs, et l’attente. Une entrée en matière idéale, ludique et accessible, à laquelle on prend goût vite — exactement la logique de la pêche de la carpe au maïs qui a converti tant de débutants. Le premier poisson confirme l’envie née avec les écrevisses. Suivront le vif, un premier silure minuscule pris au bord d’un étang, des sandres, un premier brochet, une première perche. Tout le week-end, toute l’enfance, c’est ça : la pêche, les magazines achetés au bureau de tabac, les premiers tutos YouTube. Une histoire entre un père et sa fille, sans copains de pêche, parce qu’Alicia est de famille avant tout.

De la pêche au vif à la pêche aux leurres

L’adolescence marque un tournant. À force de regarder des vidéos, Alicia comprend que la pêche aux leurres a de l’avenir et entreprend de convertir son père, viandard de la vieille école attaché à ses tridents et à ses bas de ligne acier. Le déclic vient le jour où il prend son premier poisson au leurre. À partir de là, les cannes au vif finissent au cabanon. Aujourd’hui, dit-elle en riant, il n’en touche plus une seule.

C’est aussi l’âge où l’on apprend le vocabulaire du leurre, ce jargon majoritairement anglais qui décourage tant de débutants — un cap que ce petit lexique des leurres et de leurs termes anglais permet de franchir sans complexe. Le vrai saut, Alicia le fait en quittant le cocon familial à vingt-cinq ans pour s’installer dans les Landes. Seule, sans son père, sans connaître personne, elle continue de pêcher, modernise ses boîtes, et c’est elle désormais qui monte ses bas de ligne — un sujet qui paraît anodin mais qui change tout, comme le rappelle ce guide pour bien choisir son fil de pêche. C’est là qu’elle devient pleinement pêcheuse à part entière, et plus seulement la fille d’un pêcheur.

Vendeuse au rayon pêche : faire sa place

Faute de trouver autre chose dans la pêche, Alicia devient vendeuse au rayon pêche d’un grand magasin de sport à Dax. Elle y reste trois ans, et l’expérience est riche, polyvalente, formatrice. Mais elle révèle aussi la part la moins reluisante du milieu.

Au début, elle se fait littéralement ignorer. Un client entre, demande à voir « quelqu’un de la pêche » alors qu’elle se tient juste devant lui. Quand un collègue masculin la rejoint, la clientèle va systématiquement le voir en premier. Il y a les regards insistants, les commentaires déplacés, le septuagénaire qui lui demande son numéro, et ce client qui débarque un jour pour lui faire passer un « petit questionnaire » afin de vérifier si elle est vraiment compétente. Elle répond sans faute. Le plus triste, raconte-t-elle, c’est que c’est précisément ce genre de test réussi qui finit par lui valoir la confiance et la fidélité de ses clients. Une crédibilité à reconquérir en permanence, simplement parce qu’elle est une femme dans un univers à très large dominante masculine.

Carna Woman : percer sur les réseaux

Le compte Instagram naît presque par défi, un soir entre amis. Les abonnés affluent vite, plus de six mille la première année. Très tôt, Alicia assume une question qu’elle s’est posée d’emblée : jouer ou non de son image. Elle pose une limite claire, contextuelle, et s’y tient. On la verra en maillot de bain un jour de canicule sur son float tube, parce qu’il fait quarante degrés, mais jamais dans une mise en scène racoleuse. La pêche reste le sujet.

Le revers, ce sont les messages. La première année, des DM par dizaines, des photos qu’on préférerait ne jamais recevoir, des inconnus prêts à payer pour une vidéo. Aujourd’hui elle bloque, point. Les sponsors, eux, sont arrivés rapidement, dès six mille abonnés. Le statut d’ambassadrice a ses contraintes, des clauses qui l’empêchent parfois de tester ce qu’elle voudrait, mais aussi sa logique : quand une marque met du matériel à disposition, il est normal qu’elle attende du contenu en retour.

Black-bass, popper et grands lacs landais

Côté pêche, Alicia ne s’en cache pas : son poisson de cœur, c’est le black bass, et son leurre fétiche, le popper. Rien d’étonnant pour qui connaît la violence d’une attaque en surface, ce moment d’adrénaline pure que décrit bien notre article sur la pêche du black bass au popper en été. Ceux qui veulent débuter sur ce poisson sans se ruiner ni se décourager trouveront d’ailleurs des bases solides dans nos conseils pour débuter la pêche du black bass.

Son terrain de jeu préféré, ce sont les grands lacs naturels landais, parcourus en float tube, sur des étendues d’eau qui se comptent en kilomètres. Une pêche fine et mobile qu’elle pratique aussi sur les autres carnassiers, à commencer par la perche, dont l’approche méfiante et technique est détaillée dans notre guide de la pêche de la perche aux leurres.

La vraie question : quelle place pour les femmes dans la pêche ?

C’est le cœur du sujet. Alicia plaide pour qu’on encourage les femmes qui pêchent déjà à oser partager leurs sessions, sans craindre le regard des hommes. Le contre-argument est connu : les dispositifs artificiels, comme un permis moins cher réservé aux femmes, ne font venir personne. Ce qui change vraiment les choses, ce sont les modèles, les rôles auxquels une petite fille peut s’identifier.

Et c’est sans doute là toute l’utilité du parcours d’Alicia Godard. Pas dans un slogan, mais dans l’exemple concret d’une jeune femme qui pêche le black bass au float tube sur les grands lacs landais, qui assume ses choix, encaisse les bêtises sans se renier, et continue d’avancer. La meilleure réponse à la question n’est pas un quota. C’est une image au bord de l’eau, qui dit simplement que c’est possible.

Questions fréquentes

Qui est Carna Woman ?

Carna Woman est le pseudonyme d’Alicia Godard, une pêcheuse aux leurres originaire des Landes, suivie par près de vingt mille abonnés sur Instagram. Spécialiste des carnassiers en float tube, elle est devenue l’une des figures féminines montantes de la pêche aux leurres en France.

Comment Alicia Godard a-t-elle commencé la pêche ?

Elle a commencé enfant, en pêchant l’écrevisse au bambou lors d’une sortie scolaire, puis la carpe au maïs avec son père. Elle est ensuite passée à la pêche au vif, avant de basculer à l’adolescence vers la pêche aux leurres, qu’elle a elle-même fait découvrir à son père.

Quelle est sa pêche de prédilection ?

Alicia affectionne particulièrement le black bass au popper, en surface, qu’elle traque en float tube sur les grands lacs naturels des Landes. Elle pratique aussi les autres carnassiers comme la perche et le brochet.


Retrouvez Alicia Godard sur Instagram : @carna_woman. Vous avez aimé ce portrait ? Découvrez nos autres rencontres et guides techniques sur Pesketaer.