Samir Kerdjou : d’Ultimate Fishing à Westin, le parcours d’un pêcheur du Sud

Interview

À 55 ans, Samir Kerdjou vient de réaliser ce que beaucoup ont appelé le transfert de l’année dans la pêche française. Après près de quatorze ans passés chez Ultimate Fishing, il a rejoint les Danois de Westin comme commercial sur tout le sud de la France. Mais réduire Samir Kerdjou à un changement de casquette serait passer à côté de l’essentiel. Derrière le commercial, il y a d’abord un pêcheur qui a presque tout connu de la pêche française des cinquante dernières années. Voici son parcours, du Gardon à la Méditerranée, et les raisons de son arrivée chez Westin.

De six ans au bord du Grabieux à la passion du carnassier

Tout commence à six ans, au bord du Grabieux, un affluent du Gardon dans le Gard. C’est son grand frère, aujourd’hui disparu, qui lui transmet le virus. Le soir, ce frère ramenait discrètement son seau de vifs pour partir pêcher le brochet à cinq heures du matin, et le petit Samir passait ses soirées à observer ces poissons, fasciné.

Les vrais débuts se font aux insectes : une mouche vivante, une sauterelle glissée dans le courant, du poisson blanc pris sur des hameçons de 18 ou 20. Puis vient l’obsession du brochet, ce roi de rivière qu’il fallait traquer à vélo sur plusieurs kilomètres dans une eau claire où l’on en croisait un tous les trois kilomètres. Le jour où il en capture un au vif, à dix ans, le souvenir se grave pour toujours. Le virus du carnassier vient de prendre tout son sens.

Le sandre du Gardon, l’école de la finesse

À quatorze ans, le vrai grand départ a lieu. Samir Kerdjou découvre une zone plus large et plus profonde du Gardon où vivait un poisson qu’il ne connaissait pas encore : le sandre. C’était la grande époque de ce poisson sur la rivière, et les anciens partaient la veille pour réserver les places.

C’est là qu’il développe une approche qui le démarque de tous. Quand les autres pêchent lourd, en 35 centièmes, lui comprend qu’il faut de la finesse. Il passe en 18 centièmes, sur des cannes à truite aux scions très fins, et pêche presque au toucher, à l’aspiration. Cette logique du diamètre adapté, qui change tout sur un poisson aussi méfiant, reste d’actualité aujourd’hui, comme le rappelle notre guide pour bien choisir son fil de pêche. Les résultats sont immédiats, et la piqûre du carnassier devient totale. Pour qui veut aller plus loin sur ce poisson, nos conseils pour bien choisir ses leurres à sandre prolongent naturellement cette philosophie d’approche fine.

Vient ensuite l’arrivée des premiers leurres, à une époque où le choix était maigre. Samir Kerdjou se souvient de ses premiers poppers et d’un vieux lipless qui lui ramenait des poissons de quatre-vingt-dix centimètres. Tout ce vocabulaire du leurre, souvent anglais, qui décourage encore les débutants, est décrypté dans notre lexique des leurres et de leurs termes anglais.

La pêche de nuit du loup, l’école des émotions

Pendant que la pêche aux leurres prenait de l’ampleur, son frère ne pêchait que le loup, et uniquement de nuit. Samir Kerdjou le suit sur le domaine maritime et y prend goût au point de pêcher quatre-vingts pour cent de son temps de nuit pendant plusieurs années. La majorité de ses plus gros sandres, dont trois de ses quatre poissons de plus d’un mètre, ont été pris la nuit, souvent au leurre dur.

C’est aussi une leçon de comportement qu’aucune autre pêche ne lui aurait donnée. En observant ces poissons chasseurs qui suivent leur circuit et reviennent sur les mêmes postes toutes les deux ou trois heures, il comprend qu’il faut des nageurs très discrets, presque sans wobbling, ramenés lentement et tendus dans le courant. Tout ce qu’il a appris ensuite sur les leurres souples et le manié, il dit l’avoir compris la nuit.

De la Coupe de France au choc de la verticale hollandaise

La compétition démarre presque par hasard, avec un ami qui n’était pas pêcheur mais préparait d’excellents sandwichs sur le bateau. Premières Coupes de France à Grandval, qualifications, et une superstition tenace : refuser l’épuisette dans le bateau, ce qui lui a sans doute coûté quelques brochets décrochés.

Le vrai choc arrive à la Coupe du monde de Carcans, en 2002. Les sondeurs étaient interdits en France, mais les Hollandais sont invités avec leurs gros bateaux et leur maîtrise de la verticale. Samir Kerdjou les voit dérouler un véritable carnage : un marqueur de zone posé sur l’indication d’un Français, puis des dérives au moteur électrique qui alignent les poissons. Ce jour-là, tout un mythe s’effondre, et la leçon est immédiate. Cette technique de la verticale, devenue incontournable sur le sandre, repose sur des détails de matériel que nous détaillons dans notre guide des têtes plombées pour la pêche du sandre.

L’aventure se poursuit sur le circuit AFCPL, aux côtés notamment de Fred Jullian, dont vous pouvez relire le portrait complet sur Pesketaer, et de Sylvain Legendre. Samir Kerdjou y enchaîne les titres au général et par catégorie jusqu’en 2009, sous les couleurs de Rapala. S’il a depuis levé le pied, c’est par cohérence : il ne sait pas faire les choses à moitié, et préparer sérieusement une date demande un temps qu’il n’a plus. Une dernière expérience en compétition moderne, et un carton rouge qu’il juge injustifié, ont fini de l’en éloigner. Il ne garde aujourd’hui que les formats filmés, où chacun pêche réellement avec les produits de sa marque.

Pourquoi Samir Kerdjou a quitté Ultimate Fishing pour Westin

Samir Kerdjou garde un profond respect pour Ultimate Fishing et pour les gens qu’il y a côtoyés. Son départ n’a rien d’un règlement de comptes. Ce qui l’a séduit chez Westin, c’est d’abord la nature de la marque. Westin fabrique au lieu de simplement acheter et revendre, ce qui lui donne une réactivité qu’il réclamait depuis longtemps. Si un modèle manque sur sa zone méditerranéenne, on l’écoute, et le produit peut arriver en moins d’un an, parfois en cours d’année, sans attendre le catalogue suivant. La taille du groupe l’a lui-même bluffé, sans commune mesure avec ce qu’il connaissait.

Sa philosophie de commercial éclaire ce choix. À la différence de beaucoup, Samir Kerdjou va réellement sur l’eau. Quand il recommande un produit, c’est parce qu’il l’a testé. Sa méthode préférée n’a rien d’un argumentaire : il emmène les détaillants et leurs meilleurs clients pêcher, leur fait sentir les différences et prendre du poisson. Une marque réactive, capable d’ajouter vite ce qui manque dans une gamme, colle parfaitement à cette manière de travailler.

Le cap sur la pêche en mer

Le projet Westin vise clairement la mer. La marque arrive avec des cannes du bord et en bateau, des moulinets du 2000 au 10000, et déjà plusieurs modèles pensés pour la liche, l’un des poissons favoris de Samir Kerdjou en été. Lui qui se définit comme un homme de l’eau douce passe désormais l’essentiel de son temps en mer de juin à octobre, à courir la liche et les grosses sérioles.

Le brochet, le sandre et surtout le black bass restent dans son cœur. Interrogé sur le poisson qu’il choisirait s’il ne devait en garder qu’un, c’est le black bass qui l’emporte, parce qu’on peut le pêcher presque toute l’année de mille manières. Ceux qui veulent s’y mettre trouveront de quoi démarrer dans notre article sur la pêche du black bass au popper, un leurre de surface qui rappellera de bons souvenirs à Samir.

Le live, le respect du poisson et les vrais débats

Sur le débat qui agite le milieu, Samir Kerdjou tranche sans détour. Pour lui, être pour ou contre le live n’a aucun sens : c’est une technique moderne, et chacun pêche pour se faire plaisir comme il l’entend, dans la légalité. Lui n’accroche pas à l’idée de rester huit heures devant un écran et préfère lancer un spinnerbait ou glisser un jig sous les branches, mais il s’y mettrait sans scrupule si toutes ses techniques favorites échouaient.

Là où il s’agace, c’est sur l’argument des géniteurs prétendument décimés par le live. Il rappelle qu’avant, dans tous les grands lacs du centre de la France, ces mêmes gros poissons étaient pris au vif l’été à un mètre du fond, et qu’ils ne repartaient pas à l’eau. Le vrai sujet, selon lui, n’est pas la technique mais le respect du poisson, et la seule chose qui le dérange vraiment, c’est de sortir un poisson de l’eau trop longtemps pour la photo. Une mise au point à l’image du personnage : directe, vécue, nourrie de toute une vie passée au bord de l’eau.

Questions fréquentes

Qui est Samir Kerdjou ?

Samir Kerdjou est un pêcheur et commercial français de 55 ans, originaire du Gard, spécialiste des carnassiers et des pêches en mer méditerranéennes. Ancien compétiteur titré sur le circuit AFCPL, il est aujourd’hui commercial pour Westin France sur tout le sud du pays.

Pourquoi Samir Kerdjou est-il passé d’Ultimate Fishing à Westin ?

Après près de quatorze ans chez Ultimate Fishing, il a rejoint Westin séduit par le statut de fabricant de la marque, sa réactivité pour faire évoluer les gammes et son ambition affichée sur la pêche en mer, un terrain qui correspond à sa pratique actuelle.

Quelle est la pêche de prédilection de Samir Kerdjou ?

S’il passe désormais beaucoup de temps en mer à traquer la liche et les sérioles, le poisson qu’il choisirait avant tout reste le black bass, parce qu’il se pêche presque toute l’année et de multiples façons.


Bon plan matériel Westin. Samir pêche notamment au Westin Swim pour le brochet et au Sandy Andy pour le bar. Pour équiper vos boîtes, profitez de 10 % de remise sur le matériel Westin chez notre partenaire leurredelapeche.fr avec le code TDTS10. Attention, l’offre n’est valable qu’une semaine, ne tardez pas.