Si vous suivez la pêche française depuis quelques années, vous connaissez forcément Jean-Baptiste Morel, même sans le savoir. Sa voix a longtemps accompagné les épisodes de Mission Impossible sans qu’on voie jamais son visage, il tient aujourd’hui le micro d’un podcast national, il gère le marketing de plusieurs marques à l’échelle européenne et il continue de bricoler sa petite APPMA du Pas-de-Calais le week-end. Portrait d’un pêcheur qui fait tout, et qui le fait à fond.
Un pêcheur avant tout, depuis l’âge de trois ans
L’histoire de Jean-Baptiste Morel commence sur un trottoir, quand un gamin de trois ou quatre ans traverse la route pour rejoindre le mari de sa nourrice, un ancien pêcheur qui ne savait pas nager et qui l’attachait à un arbre avec une corde autour de la taille pour qu’il pêche au coup en toute sécurité. Le décor est planté. Très vite viennent la pêche à la mouche, le montage de ses propres modèles avec des plumes de faisans élevés à la maison, et même des concours de montage dès douze ou treize ans.
L’adolescence l’éloigne un temps du bord de l’eau, entre musique et accordéon, avant que la carpe ne le rattrape au milieu des années 90. Suivront plus de vingt ans de sessions à travers le monde, d’Afrique du Sud en Angleterre en passant par l’Allemagne, à raison de plus de deux cents nuits par an. Un rythme de full timer qu’il finira par abandonner pour le carnassier, plus compatible avec une vie de famille et un emploi du temps chargé.
Le journaliste devenu responsable média
Ce qui distingue Jean-Baptiste Morel de beaucoup d’autres figures de la pêche, c’est un vrai métier derrière la passion. Formé comme journaliste reporter d’images, il a travaillé pour la télévision, réalisé des montages et des interviews, y compris à l’étranger. À une époque où les caméras pesaient encore treize kilos, il a eu l’idée d’emporter du matériel professionnel au bord de l’eau le week-end. De là sont nés le premier JT de la pêche à la carpe, tourné avant même l’arrivée de YouTube, puis les premiers DVD distribués dans les magasins.
Cette double casquette de passionné et de professionnel de l’image le conduit chez Fox International en 2009. D’abord consultant, il devient salarié en 2015, puis grimpe les échelons jusqu’à piloter aujourd’hui le marketing de plusieurs marques du pôle Predator, dont Fox Rage et Salmo, à l’échelle de toute l’Europe. Il encadre une équipe de media managers répartis dans plusieurs pays, jongle avec les spécificités de chaque marché et raconte volontiers à quel point les goûts diffèrent d’un pays à l’autre. Le réplicant, best-seller absolu en France, se vend presque exclusivement dans l’Hexagone. Les Allemands veulent des cannes à anneaux SiC et des coloris sombres, les Français réclament des teintes réalistes, chaque région a ses codes. Un casse-tête permanent qu’il assume avec le sourire.

Mission Impossible et une voix reconnaissable entre mille
Impossible d’évoquer Jean-Baptiste Morel sans parler de Mission Impossible, la série tournée avec Sylvain qui a marqué toute une génération de pêcheurs. Le tour de force était d’être présent sans jamais apparaître à l’écran. Il aura fallu attendre le quinzième épisode pour découvrir son visage, et sa voix est restée si identifiable que des gens le reconnaissent encore aujourd’hui à la mise à l’eau, sur un salon ou même la nuit au bout d’un rocher en pêchant le bar.
Le format s’est arrêté pour un mélange de raisons humaines et pratiques, notamment le temps considérable que réclame ce genre de tournage. Sans jamais fermer la porte à un éventuel retour.
Champion de France et passages en équipe de France
Venu tard à la compétition carnassier, Jean-Baptiste Morel a pourtant décroché un titre de champion de France avec son binôme Nico Noël, grâce à une technique de verticale lourde sous la sonde live rodée depuis plusieurs années avant que tout le monde ne s’y mette. Ce titre lui a ouvert les portes de l’équipe de France, avec deux sélections à la clé, en Irlande puis en Estonie. Il en parle sans langue de bois, y compris quand il s’agit d’évoquer les calendriers de compétitions qui se chevauchent et les choix de sélection qu’il ne partage pas toujours.
L’engagement associatif, sa vraie fierté
Derrière le professionnel du marketing, il y a un bénévole. Arrivé dans le Pas-de-Calais avec un a priori vite démenti, il découvre un territoire d’une richesse halieutique folle et se fait draper dans une petite APPMA moribonde, dix-neuf papis présents le seul jour de l’ouverture. En une dizaine d’années, une gestion patrimoniale assumée, la fario et l’ombre en no-kill total, l’arrêt des déversements d’arcs-en-ciel, une action pour le milieu chaque mois, l’association passe de dix-neuf à deux cent cinquante cartes vendues. Il y a même ouvert une école de pêche dont les premiers élèves deviennent aujourd’hui bénévoles et administrateurs. Pour lui, râler sur les réseaux n’a jamais fait avancer le loisir pêche, il faut mettre les mains dedans.
La voix de la pêche sur RMC
L’actualité de Jean-Baptiste Morel, c’est aussi et surtout le podcast pêche de RMC, produit par Jérémie Cervin au sein de la galaxie RMC et soutenu par la FNPF en tant que partenaire. Aux côtés d’Arnaud Brière et de Gaël, il y reçoit des pêcheurs de toutes les disciplines, des chefs étoilés et des invités venus d’horizons très divers, avec cette liberté de ton qui fait sa marque. L’objectif affiché est de parler de pêche au sens large, de la mouche au feeder en passant par le bar et le thon, de recruter de nouveaux pêcheurs et de tordre le cou aux idées reçues sur le prix du permis, le cormoran ou le rôle des fédérations. Le format a même été récompensé d’un Cazard d’or du meilleur podcast de l’année, face à une concurrence relevée. La force de frappe de RMC offre à la pêche une visibilité nationale qu’elle n’avait pas, et Jean-Baptiste Morel en est devenu l’un des porte-voix les plus reconnaissables.

Le pêcheur qu’il reste au fond
Passé tout ce parcours, Jean-Baptiste Morel revendique une identité simple, celle d’un amoureux de toutes les pêches. Ses espèces de prédilection restent le bar, la perche et le sandre, qu’il considère comme des cousines. Son leurre à emporter sur une île déserte serait un chatterbait, polyvalent et increvable. Sa canne préférée, sans hésiter, reste une canne à mouche, pour le plaisir des sensations quand la soie gratte les cailloux. Et son terrain de rêve dans l’hémisphère nord, ce serait la Seine, un milieu qu’il juge magique pour le carnassier comme pour le poisson blanc.
Un touche-à-tout, un grande gueule assumée, un passionné qui court après le temps de pêcher entre deux projets. Voilà Jean-Baptiste Morel, à retrouver en intégralité dans son interview sur le podcast Tous des Tom Sawyer.