Pêcher le black-bass au pré-spawn : la méthode de Tanguy Marlin
Tanguy Marlin détaille sa pêche du black-bass au pré-spawn : photopériode, seuils de 5 et 10 degrés, femelles près du bord, jig et texan à 80 %. Un épisode technique pour viser le poisson le plus lourd de l'année, et un rappel : au 1er avril, on raccroche.
Certains liens de cet article sont affiliés : si tu achètes via ces liens, Pesketaer touche une petite commission, sans surcoût pour toi. Ça participe à la vie des chaînes.
Pêcher le black-bass au pré-spawn, c’est sortir les cannes quand l’eau est encore froide, pour une seule bonne raison : c’est la période où les femelles pèsent le plus lourd de l’année. Entre janvier et début avril, les poissons sortent de léthargie, font le tour du plan d’eau et se gavent avant la fraie. Celui qui comprend ce qui se passe sous la surface a toutes les chances de prendre le bass de sa vie. Celui qui débarque avec sa boîte d’été et un fil en 20 centièmes va surtout prendre une leçon.
Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer (la vidéo ci-dessus), Yann reçoit Tanguy Marlin, concepteur de leurres chez Sakura et fou de black-bass, pour qui le pré-spawn est tout simplement « la pêche favorite ». Il explique quand ça commence, où se tiennent les femelles, pourquoi la pluie est une alliée, et pourquoi le jig et le montage texan représentent 80 % de sa pêche à cette saison.
Le pré-spawn du black-bass : quand ça commence vraiment
Le pré-spawn, c’est la phase qui précède la reproduction. Selon Tanguy, elle démarre dès le 1er janvier et s’arrête réellement la première semaine d’avril. Beaucoup de pêcheurs attendent que l’eau atteigne 18 degrés, chiffre répété partout comme seuil de fraie, et repoussent leur reprise au mois de mai. C’est une erreur de lecture : la température influence le métabolisme du poisson, mais le déclencheur que tout le monde oublie est la photopériode, la durée de lumière dans la journée, calée sur la saison et pas sur la météo. Tanguy fait le parallèle avec les degrés-jours en agriculture. Le signal qui pousse le bass vers la fraie, c’est l’allongement des jours, il n’attend pas 18 degrés.
Les seuils à retenir : 5 degrés, 10 degrés
En dessous de 5 degrés, un black-bass ne bouge plus et ne s’alimente plus, quelle que soit sa taille. Entre 5 et 10 degrés, seuls les très gros individus, les plus âgés, se remettent à bouger. Au-delà de 10 degrés, la fenêtre s’ouvre et des poissons de toutes tailles sortent d’hibernation.
Dans le Sud-Ouest où il pêche, l’eau tourne autour de 5 à 7 degrés en janvier et février, puis dépasse 11 ou 12 degrés en mars. C’est pour ça que la plupart des basseux reprennent début mars. La fenêtre 5 à 10 degrés, elle, est celle où seuls les trophées bougent, pour qui supporte le froid.
Pourquoi pêcher le black-bass avant la fraie
Au-delà du plaisir de la reprise, la raison qui intéresse tout le monde est simple : c’est le moment où les poissons sont les plus lourds. Les gonades sont gonflées, œufs chez les femelles, laitance chez les mâles, et un même poisson pèse plus qu’à n’importe quel autre moment. « C’est la période pour les poissons records. »
Le revers : l’eau est froide, les poissons n’ont « pas le démon », ils mangent mal en surface et le combat manque d’explosivité. On échange le spectacle contre une chance, à chaque lancer, de sortir le bass le plus gros de sa vie.
La question éthique, posée sans détour
Yann pose la question qui fâche : sortir de l’eau un poisson qui accumule de l’énergie pour frayer, est-ce une atteinte à son intégrité ? La réponse tient en un mot, la bienveillance. Les poissons sont vulnérables, la manipulation doit être douce, les chocs sont le vrai problème. Hors compétition, aucune raison de garder des poissons dans une épuisette pour une photo de groupe : on décroche, on relâche.
Choisir son plan d’eau : on ne choisit pas vraiment
Première douche froide : au pré-spawn, on ne choisit pas son plan d’eau, parce que la pêche du carnassier au leurre est fermée sur le domaine public à cette période, hormis des cas particuliers comme la Gironde, où le black-bass se pêche toute l’année avec une imitation de ver, cadre très restrictif. Restent les plans d’eau privés, payants ou prêtés par un copain, et l’étranger : Espagne, Portugal, Italie. Le reste relève du « gangsta fishing », et chacun se positionne selon sa gestion locale et son éthique.
Conséquence : on pêche surtout des petites pièces d’eau, étangs, gravières, ballastières, et l’on va vers celles où l’on sait qu’il y a du bass.
Pêche à vue : les poissons font le tour du propriétaire
Contre toute attente, le pré-spawn est une période de pêche à vue. Les poissons sortent de léthargie et réexaminent leur territoire : ils longent les bords, inspectent les zones où ils frayeront début avril sans encore s’y installer, souvent près de la surface quand l’eau est claire.
Chercher les gros, c’est chercher les plus vieux, ceux qui se cachent le mieux. Mais ils sortent de l’hiver, encore léthargiques, sans avoir vu personne au bord de l’eau depuis des mois : ils sont plus faciles d’approche qu’au cœur de la saison.
Où et quand pêcher sur le plan d’eau
Sur les horaires, Tanguy est radical : il a arrêté de croire à la lune. On n’est pas en mer, il n’y a pas de marée, on y va quand on peut, et c’est en pêchant à toutes les heures que l’on apprend ce qui marche vraiment.
Sur les postes, un facteur est sûr : les poissons sont toujours très près du bord, sur le tout premier étage de la bordure, parfois dans 20 ou 30 cm d’eau. Ils s’y cachent ou y prennent le soleil. L’idéal est donc de faire le tour du plan d’eau et de pêcher tous les postes accessibles.
Mâles sur les banques, femelles en périphérie
C’est l’un des enseignements les plus précieux de l’épisode. Les grandes plages peu profondes (les « banques », les fonds de baie) sont occupées en premier par les mâles, qui repèrent leur futur nid et observent. Plus petits, exposés aux oiseaux, ils se planquent sous les branches. Tanguy pêche ces zones, mais avec moins d’attention.
Les femelles, les gros poissons qu’il cherche, zonent autour de ces banques, là où le fond redescend, et observent de loin. Face à une baie peu profonde, il ne pêche donc pas forcément la bordure : il va chercher le profond juste au large.
Une fraie étalée dans le temps
Une femelle va convoiter plusieurs nids : elle pond sur l’un, repart, en cherche un autre, jusqu’à quatre ou cinq nids sur deux à quatre jours. La fraie est aussi étalée selon la taille : les gros d’abord, puis « la masse », puis les jeunes. Entre les premières pontes, l’incubation et la garde des alevins, Tanguy considère la période sensible du 1er avril au 15 juin.
Rester mobile, aimer la pluie, faire le tour
Les poissons bougent, donc le pêcheur bouge aussi : à cette saison les bass ne se déplacent pas vite, mieux vaut aller les chercher que les attendre.
La pluie est l’allié sous-estimé du pré-spawn. Elle trouble la bordure des plans d’eau clairs, et après deux ou trois jours doux, le ruissellement sur une terre réchauffée apporte de l’eau plus chaude dans le plan d’eau. Les poissons voient moins bien et sont collés au bord. L’effet est court, pendant la pluie et le lendemain.
Sur l’exposition au soleil, pas de règle toute faite. La veille de l’enregistrement, sur un plan d’eau inconnu à l’eau sale, tous les poissons pris sauf un se tenaient du côté le moins ensoleillé. Il faut faire le tour et établir un pattern pour la journée, en sachant que celui d’un étang ne sera pas celui de l’étang voisin.
Ne pêchez pas fin : le matériel du pré-spawn
C’est le conseil le plus direct de l’épisode. On est là pour chercher son plus gros poisson, donc un fil en 20 centièmes est « une hérésie ». En spinning, Tanguy met du 10 lb, soit du 28 centièmes, 25 au minimum. En casting, du 35 ou du 40, jamais en dessous : à tout moment le géant de votre vie peut être derrière un bois mort.
80 % de jig et de montage texan
Si Tanguy a trois cannes, deux sont montées en jig ou en montage texan, la troisième reçoit un chatterbait, un spinnerbait ou une frog. Deux approches pour battre du terrain : la rapide, avec crankbait, spinnerbait ou chatterbait, pour prospecter un peu plus au large ; et le « peigne », avec jig ou texan, vite mais serré, un lancer tous les 20 ou 30 cm, sans gratter le fond lentement.
Pourquoi ça marche ? Les bass font le plein de protéines avant une reproduction pendant laquelle ils ne s’alimenteront plus : ils sont opportunistes et agressifs. Pour creuser la technique, la masterclass rubber jig de Gaël Even complète bien cet épisode.
L’écrevisse, proie numéro un : le rouge est roi
Au pré-spawn, les perches-soleil ne sont pas sorties, les gardons ne sont pas regroupés, mais les écrevisses quittent leurs terriers, encore lentes : une source de protéines facile, et les bass leur font la course. D’où la domination des craws et des créatures, et de tout ce qui est rouge ou évoque une écrevisse qui fuit.

Pas besoin de pêcher lourd pour autant. Les poissons sont peu profonds, collés au bord pour capter la chaleur, et il n’y a que des bourgeons sur les branches : la descente rapide qui sert plus tard pour traverser les feuillages n’a pas encore sa place. On pêche plutôt léger, ou avec des trailers qui freinent la descente.
Grosses créatures, appendices qui flappent, et le Bofu
Tanguy n’a pas de modèle fétiche, mais un principe : des appendices qui freinent la descente, pinces vibrantes qui « flappent » ou pattes qui retiennent l’eau. C’est là qu’il présente le Bofu 55 de Baum, un leurre en élastomère d’une marque japonaise distribuée par Sakura, qui ressemble à une grosse araignée pleine de pattes. Il vibre très peu, mais la matière est flottante : sur un jig de 14 g, le montage descend lentement.

Les mini-jigs pour la pêche à vue
Les jigs classiques, Tanguy les réserve aux poissons pêchés « en blind », à l’aveugle. Sur un poisson repéré à vue, le mini-jig de 2,5 à 5 g est très bien : peu de bruit à l’impact, descente planante, le bon outil sur des poissons déjà sollicités. Son seul défaut, l’absence de garde, qui ne passe pas partout dans les branches.
Spinnerbait et crankbait : palettes Colorado, palettes rouges
Les leurres de prospection prennent tout leur sens dans les eaux sales ou très froides, quand les poissons ne réagissent pas à la discrétion d’un jig. Tanguy les utilise comme un jig : des lancers précis tous les 50 cm au ras des obstacles.
Sur le spinnerbait, il privilégie les palettes rondes de type Colorado : elles tournent moins vite qu’une feuille de saule, vibrent fort et flashent peu, jusqu’aux palettes mates. Et un pattern vérifié la veille : les palettes rouges. Crank rouge, palette rouge, écrevisse, tout se recoupe. Chez Sakura, le coloris String Red combine palettes rouges et orange fluo, et un coloris noir du Cajun Spinnerbait de Sakura porte une palette noire d’un côté, rouge de l’autre, redoutable en début de saison. Pour approfondir, lisez notre guide du spinnerbait pour le black-bass.

Swimbaits en dead walking et pêche précise
Autre arme de saison : les glidebaits travaillés en « dead walking », un walking the dog subaquatique en plus lent, sur un leurre qui avance très peu. Tanguy cite le Muon, sorti récemment chez Sakura, et rappelle que DRT a révolutionné ce style avec le Tiny Klash. L’intérêt est le même que pour le jig : on anime sur le mètre où l’on pense que le poisson se tient, et s’il ne se passe rien, on relance.
D’où l’idée des angles : face à un arbre mort, un lancer le long de l’arbre, puis un second sur un axe différent, pour offrir au poisson deux points de vue. Les très gros swimbaits de plus de 20 cm, en revanche, Tanguy les réserve au brochet.
Surface, weightless dense et Senko
La surface n’est pas à éliminer, à condition de pêcher précis et lent, poppers et frogs au fin fond des obstacles. Notre guide de la pêche du black-bass à la frog détaille le matériel.
Autre famille qui fonctionne un peu comme le jig : les leurres souples weightless mais denses, lourds et gros, qui se lancent loin et précis sans tomber comme des pierres. Tanguy cite le Fatica, « le truc iconique », la Dynagone d’Imakatsu et la Cover Craw d’Illex. Ils descendent légèrement en spirale, un peu plus vite qu’un stickbait. Le Senko, lui, coule encore moins vite : Tanguy préfère le monter en texan avec une petite balle de 5, 7 ou 10 g maximum, qui lui permet de se faufiler partout. En wacky, il reste un bon complément du micro-jig pour la pêche à vue. Le Fat Ika de Gary Yamamoto, à mi-chemin entre stickbait et tube, se range dans la même logique de leurre dense qui se lance bien.
Le matériel utilisé dans l’épisode
Pour la base jig, des rubber jigs de flipping comme le Spro CJ Flip Jig, conçu pour entrer et ressortir des obstacles denses en eau peu profonde, des modèles compacts comme le Nays DLT Type 1 en tungstène, et le Spro FS Skirted Jig pour le registre finesse.
Côté trailers, la Zarigani Craw de Sakura est une écrevisse dense qui se lance sans lest, la Cover Craw et le Fat Ika couvrent le weightless, le Bofu 55 l’élastomère flottant. Pour la prospection, le Cajun Spinnerbait à palette rouge et le Muon pour le dead walking.
- Zarigani Craw : 9,5 cm, 11 g, dix appendices et deux pinces vibrantes
- Cover Craw Grande : 11,6 cm, forte densité, destinée au texan weightless
- Fat Ika : 10 cm, 14 g, texan plombé ou non plombé
- Mini-jigs de pêche à vue : 2,5 à 5 g maximum
- Fil : 25 à 28 centièmes en spinning, 35 à 40 centièmes en casting

Pour aller plus loin, le guide pour débuter la pêche du black-bass de Jean-Christophe David pose les bases, et l’épisode de David Dubreuil sur le black-bass en été et en post-spawn prend le relais exactement là où celui-ci s’arrête.
Questions fréquentes
Quand commence le pré-spawn du black-bass ?
Selon Tanguy Marlin, le pré-spawn s’étend du 1er janvier à la première semaine d’avril. L’activité réelle reprend entre 5 et 10 degrés pour les très gros sujets, et au-delà de 10 degrés pour l’ensemble des poissons. Le signal principal est la photopériode, l’allongement des jours, pas uniquement la température de l’eau.
Quel leurre pour le black-bass au printemps ?
Le jig et le montage texan représentent 80 % de la pêche au pré-spawn, avec des trailers imitation d’écrevisse et des créatures à appendices qui freinent la descente. En complément : spinnerbait à palette Colorado ou rouge, crankbait, glidebait en dead walking, et quelques leurres de surface au ras des obstacles.
Où se tiennent les black-bass avant la fraie ?
Très près du bord, parfois dans 20 à 30 cm d’eau. Les mâles occupent les plages peu profondes et les fonds de baie, les grosses femelles zonent autour, sur les cassures et le profond adjacent. Elles se déplacent beaucoup pour inspecter le plan d’eau, d’où l’intérêt de rester mobile.
Peut-on pêcher le black-bass en France au printemps ?
Sur le domaine public, la pêche du carnassier au leurre est fermée à cette période, sauf cas particuliers comme la Gironde avec une réglementation spécifique. Le pré-spawn se pratique donc surtout en plans d’eau privés ou à l’étranger (Espagne, Portugal, Italie). Renseignez-vous sur votre réglementation locale avant toute sortie.
Pourquoi arrêter de pêcher le black-bass au 1er avril ?
Parce que la fraie s’étale d’avril à mai selon la taille des poissons, suivie de l’incubation et de la garde des alevins jusqu’à la mi-juin. Déranger les poissons pendant cette phase compromet la reproduction. Moins il y a de pêcheurs sur les nids, mieux les populations se portent.
Le mot de la fin : au 1er avril, on raccroche
Tanguy termine sans nuance : « arrêtez de pêcher au 1er avril ». Il ne jette la pierre à personne, mais moins on sera nombreux sur les nids, mieux les poissons se porteront. En avril il y a la truite, en mai le brochet, et quand on retrouve les bass en juin, dans une eau à plus de 20 degrés, ils sautent, chassent du poisson blanc, des écrevisses et des grenouilles, et là seulement commence la crème de la saison. Le pré-spawn, c’est le prologue : une chance de poisson record, à condition de le manipuler avec la douceur qu’il mérite.
Si vous aimez qu’on vous explique le pourquoi avant le comment, sans vous vendre une boîte entière de leurres, inscrivez-vous à Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés. Un e-mail le jeudi soir, le temps de digérer avant le week-end, et aucune femelle en pré-spawn n’a été dérangée pour l’écrire.
