Tony Accart, portrait du siluriste du Rhône aux 55 millions de vues
Tony Accart, siluriste ardéchois connu pour une vidéo en crue vue 55 millions de fois, raconte son parcours et livre une masterclass du silure au leurre du bord. Matériel, leurres, règle des 15 minutes, pellet et accident en float tube : tout est là.
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Si vous avez tapé « Tony Accart » dans un moteur de recherche, c’est probablement à cause d’une vidéo : un pêcheur en short, de l’eau marron jusqu’à la taille, une canne pliée en deux dans les vagues d’un Rhône en crue. Quatre minutes vues 55 millions de fois dans le monde, sans rapporter un centime à leur auteur. Derrière le buzz, il y a un siluriste ardéchois de 44 ans qui documente depuis quinze ans la pêche du silure au leurre du bord sur un fleuve qu’il connaît par cœur.
Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer (la vidéo ci-dessus, près de trois heures de live), Tony Accart raconte ses débuts, ses rencontres, ses sponsors, l’accident en float tube qui a failli lui coûter la vie, et livre une vraie masterclass sur le silure au leurre du bord. En voici l’essentiel.
Tony Accart, un brochetier qui ne voulait pas du silure
Tony Accart vit au Teil, en Ardèche, face à Montélimar, à 300 mètres du Rhône. Il y pêche depuis qu’à 7 ou 8 ans il a sorti de la cave de son arrière-grand-mère un vieux Mitchell 300 et attrapé ses premiers chevesnes à la sortie d’un égout. Une Mepps à points rouges a pris un premier brochet, puis un premier métré à 14 ans, promené dans tout le village pour la photo. Le silure, lui, il n’en voulait pas : son ami d’enfance le pêchait déjà aux King Delalande dans les amortis du Rhône en crue, et Tony l’envoyait balader. « Que j’étais bête », dit-il aujourd’hui, car il a perdu des années.
2007, la bascule : une canne à carpe et un vernis qui craque
Une grosse crue en 2007, une première touche sur l’amorti, et Tony comprend que ça se bagarre. Il ressort ses cannes à carpe et prend un silure de 1,70 m dans les rapides : une heure de combat, le vernis qui craque, les copains qui s’écartent de peur que la canne explose. Il range tout son matériel brochet, s’inscrit sur les forums Silure Club Rhodanien et Silurus Glanis, et se met à rédiger des récits de sortie, y compris quand ce sont ses potes qui prennent les poissons : pour lui, la pêche du silure est une pêche d’équipe.
Au salon de Clermont-Ferrand en 2010, Tony, pas très sociable, reste à l’écart du stand Silurus Glanis avec sur le dos un sweat Black Cat commandé en Allemagne. Xavier Vella, sponsorisé par la marque, vient lui demander où il l’a trouvé, puis reconnaît « Tony 2605 », l’auteur des récits du forum, un gars qui met ses copains en avant dans un milieu où c’est souvent « moi, moi, moi ». Il l’emmène en verticale sur son bateau à Lyon et lui conseille un stage avec Jean-Claude Tanzilli : trois jours de guidage début 2011, résultat maigre, jusqu’au moment où Tony lâche la verticale, monte un leurre devant un massif de nénuphars et prend un silure d’entrée. Au même salon, le caméraman de Silurus Glanis lui suggère de se filmer : une première vidéo fait 5 000 vues avec trois abonnés.
Le silure au popper et le revers de la médaille
Juillet 2011, mini-crue d’été, les silures chassent le poisson blanc à 60 ou 70 mètres, hors de portée. Tony rentre chez lui chercher un popper de 120 g, entre dans l’eau en short et un silure de 1,60 m prend le leurre à l’instant où il touche l’eau. Son cri, « c’est qui le patron ? », est resté des années sur les forums, et la vidéo a fait 300 000 vues avec une centaine d’abonnés. Le revers : le soir où il publie sa première vidéo, sept voitures et 22 cannes l’attendent sur un poste qu’il ponçait seul depuis l’enfance. Ceux qui ont copié ses postes n’attrapaient pourtant rien, parce qu’ils y allaient à midi : son coup d’avance, c’est la lecture du poste et le choix du moment.
Sponsors : la canne compte, pas le t-shirt
Après un passage par la compétition en float tube (une manche gagnée avec mille points d’avance, cinquième au général d’un championnat régional, puis plus jamais), son premier sponsor est Saro, un fabricant français de float tubes dont il teste les prototypes. Suivent Hearty Rise, dont il était fan au point d’avoir 17 cannes dans son garage, Navicom (sa onzième année), cinq ans « dans l’ombre » avec Robert Berlioux chez Sensas, puis Black Cat de 2021 à fin 2024, un contrat qu’il explique avoir refusé de renouveler après deux ans de remarques sur la couleur de ses casquettes, avant de revenir chez Hearty Rise. Sa leçon : les marques qui marchent avec lui ont compris que ce qui compte, c’est la canne et le moulinet qu’il a dans les mains.
La vidéo à 55 millions de vues, sans stratégie et sans un centime
En 2014, pendant une crue monumentale, Tony pêche un amorti en pleine veine d’eau et filme le combat avec une des premières GoPro HD, sous la pluie. Une capture d’écran en couverture Facebook récolte deux mille likes et des commentaires « lunaires » (il aurait accroché un tronc), et la vidéo reste un an dans un tiroir. « Zéro stratégie », répète-t-il.
Elle sort fin 2015, puis des pages étrangères la reprennent : près de 20 millions de vues sur une page chinoise, 18 millions sur la page italienne Catfish World de Yuri Grisendi, le seul à avoir demandé la permission et crédité son nom. Total cumulé : 55 millions. Comme la musique n’était pas libre de droits, la monétisation est allée à l’ayant droit, et la page italienne, qui avait changé la bande-son, a selon lui empoché l’argent. Neuf ans plus tard, YouTube a remis la vidéo en avant et elle est passée de 115 000 à près de 600 000 vues. L’extrait de l’interview consacré à cette histoire est ici.
Pêche du silure au leurre du bord : la masterclass de Tony Accart
Canne, moulinet, tresse : léger et fin
Une canne de 2,40 m minimum, jusqu’à 3 m si les postes sont loin, en puissance 50-150 g, 180 g au maximum : au-delà, la canne devient trop raide pour propulser des leurres moyens. Un moulinet taille 6000 à 8000 selon les marques, de moins de 600 g. Et une tresse de 0,35 ou 0,38, pas plus. Beaucoup pêchent en 45 ou 50 centièmes et on entend la tresse frotter dans les anneaux au lancer : on perd beaucoup de distance, et sur une canne de 180 g, une tresse de 50 qui tient tout fera casser la canne avant le fil.
Bas de ligne et nœuds : pourquoi il a banni l’agrafe
Il monte 1 m à 1,50 m de fluorocarbone en 70 centièmes, jusqu’à 90 en crue, par un nœud Albright, et noue le leurre en direct avec un nœud de type pendu qui se resserre à la traction. Pas d’agrafe, et il raconte pourquoi : les mains dans la gueule d’un silure tenu par son pote, il a vu l’agrafe se coincer contre la paroi dure du palais, se pincer sous la tension et s’ouvrir. Kevin Hernandez est arrivé à la même conclusion sur le brochet avec un rolling et un anneau brisé ; Tony a essayé, s’est lassé de la pince, et est revenu au nœud.
La cuillère Mepps n°7 et les autres leurres
S’il ne devait garder qu’un leurre pour son vieux Rhône, ce serait une cuillère tournante Mepps Aglia n°7. Dans les 2 mètres d’eau courante du vieux Rhône, elle ne descend pas, n’accroche jamais le fond et « ramasse tout » : silures, brochets, sandres, grosses perches. Il change l’anneau brisé et le triple d’origine, trop faibles, et visse sur le triple un bout de King Delalande coupé, une idée venue de la cuillère Silax de Tanzilli.

Pour le reste, un seul critère, la profondeur. Au barrage en crue, au milieu des pêcheurs coude à coude, un leurre souple Savage Gear imitation anguille en rouge et jaune lui a pris « tous les silures » à une époque. Il garde aussi le Sandra Delalande en 23 cm, des gros poissons nageurs et les chatterbaits Black Cat avec une grosse écrevisse en trailer. En crue, il pêche surtout au leurre souple sur tête plombée, de 20-30 g jusqu’à 100 g si la veine d’eau l’empêche de toucher le fond.

La règle des 15 minutes
Parce qu’il se filme depuis treize ans et analyse ses images, Tony a établi une règle : si rien ne s’est passé dans les 15 premières minutes, il change de secteur. La plupart de ses touches arrivent dans les trois premiers lancers, et au-delà du quart d’heure il n’a eu qu’une exception en toutes ces années. Sur les postes très fréquentés, nos conseils pour pêcher un spot surpêché complètent cette approche.
Coup du soir, température et crue
Tony est un pêcheur du coup du soir, entre chien et loup. En début de saison, dès que l’eau atteint 10-11 degrés, il prospecte des plateaux avec un retour de courant et une zone calme de 1 m à 1,50 m où le poisson blanc se réveille. Les gros se prennent avant la fraie et en automne quand l’eau redescend vers 11-12 degrés, même s’il a pris d’énormes silures en plein été dans une eau à 26-27 degrés au teaser.
En crue, pendant la montée, les poissons cherchent encore leur position. Une fois la crue stable, ça peut mordre toute la journée dans les amortis, ces zones de calme en retrait de la veine principale : lancer et ramener direct une dizaine de fois, puis compter trois secondes à l’impact, puis chercher le fond en linéaire. Plus la crue dure, moins le leurre fonctionne, les poissons sont pleins et on les prend au posé. Pour la lecture des veines d’eau, l’article sur les gros sandres du bord en crue décrit des postes très proches.
Le pellet, un an et demi pour comprendre
Tony pêche aussi au pellet depuis un an et demi, à la manière des carpistes : rod pod, détecteurs, bouillette pellet de 32 mm montée avec une pop-up, hameçon Korda XX en taille 10, sac PVA au lancer, puis des seaux d’amorce jetés à la pelle. Avec des montages à silure trop grossiers, il ne prenait presque rien. Après deux mois à vide, il observe Kevin Hernandez sur un tournage à Avignon : clips plomb minuscules de carpiste, bas de ligne court de 50-60 cm, petit hameçon, et des cannes paraboliques, parce qu’un petit hameçon se déchire si on tire avec une canne à bouée. Une fois tout affiné : cinq à quinze départs par soir et près de 130 silures en quatre ou cinq mois, avec une tresse en 40 centièmes, 20 mètres de nylon en tête de ligne et un plomb de 150 g minimum pour tenir dans le débit du Rhône.
L’accident en float tube sur le Rhône à 5 000 m³
Tony le raconte pour que personne ne l’imite. L’année qui suit la vidéo virale, en quête de sensations plus fortes, il embarque deux amis pour une dérive en float tube sur le Rhône à 5 000 m³ par seconde, sans gilet. À une digue noyée, le courant le plaque dans une branche en travers, la vague retourne le float tube, et il se retrouve sous l’eau, coincé dans les débris, obligé d’ouvrir les yeux pour trouver le tronc au-dessus de lui et sortir la tête. Ses amis le récupèrent, mais les crampes arrivent vite et il supplie qu’on le ramène au bord. Le float tube et 5 000 euros de matériel sont partis vers l’aval.
Quatre mois plus tard, une pelade apparaît, diagnostiquée comme un choc émotionnel, qu’il a traînée près de cinq ans. Des jeunes du village voulaient faire pareil, et le patron de Saro a refusé de lui renvoyer un float tube tant qu’il n’aurait pas fait une vidéo de prévention : faite à contrecœur, elle est devenue la plus vue de sa chaîne cette année-là. Sur le gilet, il reconnaît ne le porter que sur les tournages, et Yann lui rappelle qu’à son niveau d’exposition, des jeunes regardent et copient.
Un record à 2,54 m et un Rhône qui a changé
Son record est à 2,54 m, pris au flotteur du bord avec un vif laissé dériver à 100 mètres, un combat de 47 minutes assis par terre. Entre 2007 et 2010, le silure explosait sur son secteur : dix touches dans une soirée, des poissons de 1 m à 1,80 m tous les dix lancers. En 2012, une grosse chasse d’eau dépose de la boue partout et la pêche bascule : une touche par semaine, mais un gros. Les 2,20 ou 2,30 m de 2010 peuvent aujourd’hui mesurer 2,60, 2,80 voire 3 mètres : pour lui, un géant peut désormais se trouver n’importe où.
Le silure est-il nuisible ? Le point de vue de Tony Accart
Président de l’AAPPMA de son village depuis 2016, Tony suit les études sur l’impact du silure, un sujet déjà abordé dans l’article le silure est-il nuisible ?. Il cite une étude menée dans le Lot où l’analyse d’un tronçon ordinaire a placé le sandre, et non le silure, en haut de la chaîne alimentaire, puis une seconde sur des zones enclavées en aval de barrages qui a conclu à un impact sur les migrateurs. Selon lui, ces conclusions dépendent beaucoup du lieu choisi et des commanditaires.
Ce qui ne fait aucun doute pour lui, c’est l’intelligence du poisson : un suivi GPS montrerait des silures qui font des kilomètres pour se remplir le ventre dans une passe à poissons avant de rentrer chez eux. Il met en garde contre les campagnes aux engins subventionnées : dans les filets, selon lui, sandres, brochets, brèmes et carpes pourrissent avec les silures visés. Il cite le championnat du monde de pêche au coup sur un secteur farci de silures, raconté par Claude Valette, où les compétiteurs ont battu leurs records de bourriche. Sa conclusion est nuancée : pas question de relâcher un silure dans un lac d’un hectare ou une rivière à truites, mais sur la rivière Ardèche, truites, carpes, brochets, sandres et silures monstrueux cohabitent sans problème visible.
Ce qu’on retient de Tony Accart
L’harmonie du montage compte plus que la puissance : tresse de 35, fluoro de 70 à 90 et canne de 50-150 g forment un ensemble cohérent, et au pellet, un petit hameçon impose une canne souple.
Le moment et le poste pèsent plus que le leurre : coup du soir à la bonne température, et en crue, niveau stabilisé et amortis.
Supprimez les points faibles, agrafe, anneau brisé d’origine, triple prévu pour le brochet : ce sont ces détails qui perdent les gros poissons.
La sécurité n’est pas négociable sur un fleuve en crue ; un gilet auto-gonflable coûte moins cher que 5 000 euros de matériel et cinq ans de pelade.
Questions fréquentes
Qui est Tony Accart ?
Tony Accart est un pêcheur de silure ardéchois installé au Teil, face à Montélimar, qui pêche le Rhône depuis l’enfance et le silure depuis 2007. Il s’est fait connaître par ses vidéos de pêche du bord au leurre, dont une séquence en crue vue 55 millions de fois, et préside l’AAPPMA de son village. Il a été soutenu par Saro, Hearty Rise, Navicom, Sensas et Black Cat.
Quel matériel pour pêcher le silure au leurre du bord ?
Selon Tony Accart, une canne de 2,40 m à 3 m en puissance 50-150 g, un moulinet taille 6000 à 8000 de moins de 600 g, une tresse de 0,35 à 0,38 et un bas de ligne de 1 m à 1,50 m en fluorocarbone de 70 à 90 centièmes. Il noue le leurre en direct, sans agrafe, et remplace les anneaux brisés et les triples d’origine.
Quel est le meilleur moment pour pêcher le silure au leurre ?
Le coup du soir, entre chien et loup, dès que l’eau dépasse 10-11 degrés au printemps, puis en automne quand elle redescend vers 11-12 degrés. En crue, une fois le niveau stabilisé, les silures se nourrissent toute la journée dans les amortis et prennent bien les leurres souples sur tête plombée.
Quel est le record de Tony Accart ?
Son plus gros silure mesure 2,54 m, pris au flotteur du bord avec un vif laissé dériver à 100 mètres dans une veine d’eau, au terme d’un combat de 47 minutes. Il compte aussi un 2,50 m au leurre et de nombreux poissons entre 2,40 et 2,50 m.
Le silure se pêche-t-il au pellet en France ?
Oui. Tony Accart le pratique à la manière des carpistes : rod pod, détecteurs, bouillette pellet de 32 mm montée en pop-up sur un petit hameçon, plomb de 150 g pour tenir dans le courant du Rhône et amorçage copieux. Après des réglages inspirés de Kevin Hernandez, il a pris près de 130 silures en quatre ou cinq mois.
Pour aller plus loin
Trois heures de live ne tiennent pas dans un article : il reste dans la vidéo les silures albinos de Camargue et le poisson de 1,20 m plié en deux par un 2,50 m. Tony Accart était déjà apparu sur la chaîne dans l’épisode consacré au Humminbird Mega Live 2, et si les grands parcours de pêcheurs vous plaisent, celui de Kevin Hernandez sur le Léman est du même tonneau.
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