Pêche du gros brochet au big bait : la méthode de Tom Morand pour sélectionner les métrés
Tom Morand, crafteur et spécialiste des brochets métrés, définit le big bait par sa capacité à sélectionner les gros poissons plutôt que par sa taille. Il détaille sa technique du passage haut et lent, sa rotation des zones et un matériel qui ne lâche jamais.
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La pêche du gros brochet au big bait a une réputation de loterie : des leurres de 200 g lancés toute la journée, une touche par semaine, et jamais la certitude de savoir pourquoi elle est tombée à ce moment-là. Tom Morand en a fait sa spécialité. Crafteur, fondateur de la marque Splinter, connu pour ses brochets de plus d’un mètre, il est venu passer une heure sur La Grange de Tom Sawyer pour expliquer comment il sélectionne les gros poissons.
L’épisode (la vidéo ci-dessus) a été enregistré en direct avec les questions des spectateurs. Tom y donne une définition du big bait qui ne tient pas à la taille, explique pourquoi il fait passer le leurre très haut, et déroule tout son matériel. Il dit aussi ce qui ne sert à rien, et la liste est longue.
Si vous débutez, lisez d’abord le guide pour débuter la pêche au big bait ; si vous pêchez surtout à pied, l’article sur le brochet au big bait du bord complète celui-ci.
Pêche du gros brochet au big bait : un big bait, c’est un leurre qui sélectionne
Pour Tom, la définition habituelle (« un leurre de plus de 25 cm ») est incomplète. Un big bait se définit par sa capacité à sélectionner les gros poissons, pas par sa longueur.
Ses critères : un leurre qui déplace beaucoup d’eau, avec une vibration faible, un gros volume, et une récupération lente. Pour poser une norme, il retient tout de même 25 cm et plus de 150 g. Le leurre qui coche toutes les cases est la souris à bucktail, la famille popularisée par la Miuras Mouse et que Tom fabrique lui aussi. Celle qu’il montre fait 30 cm dépliée pour 200 g mouillée. « C’est le leurre de loin qui sélectionne le plus les gros brochets. » Si vous découvrez cette famille, l’article sur la pêche du brochet à la souris en explique le fonctionnement.

Pourquoi les leurres durs ne sélectionnent pas
Tom ne pêche quasiment plus au leurre dur. Un gros swimbait déplace moins d’eau qu’une souris et prend des poissons de toutes tailles : on voit régulièrement des brochets de 60 ou 70 cm pris sur des leurres durs de 40 cm. Avec une grosse souris, un brochet de 50 cm est quasiment impossible à prendre. Son explication : le nez plat et le volume s’assimilent à une proie tellement grosse que le petit brochet renonce.
Un seul leurre toute la journée, en attendant le pic d’activité
Tom ne change presque jamais de leurre. Les gros brochets ont des pics d’activité très courts, et quand ils se mettent à mordre, ils peuvent attaquer à peu près n’importe quoi. C’est pendant ce créneau qu’un leurre qui sélectionne fait la différence. D’où sa stratégie : lancer toute la journée un leurre qui sélectionne, et attendre. « Quand j’ai pas de touche, c’est qu’il mord pas. Quand j’ai une touche, c’est que c’est gros. »
Un jour donné, un shad de 15 cm peut sortir deux métrés quand la souris reste muette. Mais sur l’année, le big bait adapté prend selon lui dix fois plus de gros brochets. C’est une pêche de statistiques, pas de coups d’éclat.
Passer haut et lentement : la technique qui change tout
Tom fait passer son leurre très haut au-dessus des poissons. Dans les lacs landais où il pêche, avec 3 à 5 m d’eau sur des herbiers, il ramène dès que le leurre touche l’eau, avec très peu de plomb, et sa souris évolue à moins d’un mètre sous la surface. Dans la plupart des milieux, il passe au minimum 3 m au-dessus des poissons.
Les raisons : un gros brochet voit de loin et monte « pour de vrai » quand il décide d’attaquer. Le cône de visibilité d’un leurre qui passe haut est bien plus large que celui d’un leurre qui passe bas, donc on bat plus de terrain à chaque lancer et on effraie moins les poissons qu’en leur passant au ras du nez.
La vitesse va avec la hauteur. Il faut ramener très lentement pour que le poisson ait le temps de voir, de monter, de suivre et de déclencher ; les gros suivent parfois sur 15 m avant d’attaquer. Tom insiste aussi sur la tenue du leurre : une bannière légèrement molle, une tension sans tirer dessus, pour que la souris « plane » plutôt que d’être traînée.
Lester selon la hauteur de passage
Tom raisonne en hauteur au-dessus des poissons, pas en grammes. En lac alpin, dans 15 à 20 m d’eau, il leste pour passer dans 6 à 8 m ; sur ses herbiers landais, entre 0 et 10 g maximum. Plombée ventrale sur les souples pour qu’ils nagent droit, plomb grenade clipsé en tête sur les souris.
Animation : du linéaire, pas de pause, des irrégularités quand ça suit
La base est un linéaire lent, et « il faut vraiment pas faire de pause au big bait ». Quand les suivis s’accumulent, Tom pêche encore plus décollé, change de couleur, et introduit des irrégularités : un coup de canne sec, une accélération. Il décrit des poissons pris au moment où il s’arrache d’un herbier d’un coup de scion. Le figure 8 ? Une fois sur cent, mais ça ne coûte rien.
Tourner les zones plutôt que s’acharner sur un spot
Yann évoque ces pêcheurs qui martèlent une baie toute la journée à l’ancre. Tom n’est « pas du tout d’accord ». Les pics d’activité sont courts et ne tombent pas au même moment sur toutes les zones d’un lac : faire quinze fois la même dérive, c’est risquer de rater le créneau sur le spot d’à côté. Il préfère trois à cinq zones propices qu’il tourne dans la journée, quitte à repasser sur chacune à des créneaux différents.
Le live lui a appris une chose décisive : un brochet qu’on pêche suit quasiment systématiquement, et soit il attaque direct, soit il n’attaque jamais. Ce n’est pas au quatrième passage qu’il se décide. Mieux vaut le laisser tranquille et revenir une heure plus tard. Il pêche donc en dérive, lancers longs, en s’ancrant seulement pour quelques lancers sur un herbier bien localisé.
Les biotopes à gros brochets
Trois constantes. De la profondeur ou une arrivée d’eau fraîche, car un plan d’eau de 2 m à 28 degrés l’été arrête la croissance des brochets, qui cessent de se nourrir. De la nourriture grasse : truite, anguille, mulet. Et peu de pression de pêche, car les captures répétées freinent la croissance ; les monstres sont souvent des poissons vierges.
Sur les postes, les herbiers d’abord, partout, puis les arbres morts et les cassures. Une zone bonne pendant quinze jours peut s’éteindre le lendemain. Il préfère de loin les grands lacs aux rivières. Pour un milieu à forte densité, l’article sur les leurres à brochet pour les polders hollandais donne un autre angle.
Saisons, météo, lune
Printemps et automne sont ses meilleures saisons, mais il nuance par milieu : en lac alpin ou aux Pays-Bas, l’été est très bon, et dans ses lacs landais qui chauffent fort, ses plus grosses pêches tombent à l’automne, quand l’eau rafraîchit. L’hiver ne l’enthousiasme pas, les poissons se déplacent moins ; pour ce créneau, les leurres à brochet de janvier sont un meilleur sujet.
Il contredit l’idée reçue du gros vent : à 50 km/h, il pêche moins bien. Son idéal est un ciel voilé, 0 à 25 ou 30 km/h de vent d’ouest, et les coups du matin et du soir. Pression atmosphérique et lune ? « Absolument pas. » Il cumule plus de 200 sessions par an : sur une pêche où l’on cherche une touche dans la journée, la variable qui compte est le nombre de sorties.
Couleurs, hameçons, attractants : ce qui compte vraiment
Sur les couleurs, trois contrastes suffisent : une base claire à ventre blanc, un fluo bien pétard (orange, jaune, vert), et un sombre (noir, marron, violet). En faible luminosité, Tom tend vers le flashy ou les forts contrastes, une souris sombre avec un trailer blanc par exemple.
Sur les hameçons, il est intransigeant. Quand on prend si peu de touches, perdre le poisson de l’année sur un triple médiocre serait absurde. Il demande une taille adaptée, du piquant qui dure, et un fort de fer qui encaisse un ferrage violent. Il n’utilise que du BKK, en 3/0 sur ses souris, parfois en 2/0. Les hameçons UV sont de l’esthétique. Les attractants ? Sur le big bait, « c’est même pas envisageable ».
Le matériel utilisé dans l’épisode
Le fil conducteur : lancer des leurres de 150 à 300 g des milliers de fois sans casser, et ferrer fort.
Tresse et bas de ligne
La tresse est là pour ne pas casser au lancer : minimum PE5, soit 35 à 40 centièmes, en huit brins. Sa référence est une Varivas Avani Casting SMP, très onéreuse, avec laquelle il n’a jamais cassé ; elle n’est pas distribuée par notre marchand. Le guide pour choisir son fil remet les notions de PE et de résistance à plat.
Le bas de ligne est en fluorocarbone 100/100, sur environ 1 m, coupé dès qu’il raccourcit. Il se fait couper trois ou quatre fois par an et pense qu’en 120/100 ce serait pareil : la coupe arrive à la touche. L’acier serait équivalent, mais il a plus confiance dans ses nœuds sur fluoro. Un fluorocarbone LMAB 100 Pro en 100/100 correspond à ce qu’il décrit ; l’article sur le bas de ligne brochet aide à trancher entre fluoro et acier.
Nœuds, anneaux et montage
Raccord au nœud FG, pour toutes ses pêches : aucune boucle sur le fluoro, donc rien qui puisse le cisailler. Côté leurre, pas d’agrafe, et pas de nœud du briquet non plus, avec lequel il a déjà cassé. Sa solution : un anneau soudé noué sur le fluoro avec un nœud en huit, relié au leurre par un anneau brisé de qualité. « Jamais cassé de ma vie » avec ce système. Notre top 5 des nœuds couvre les bases.
Sur ses leurres souples, il monte des shallow rigs à deux triples en câble Carbon 49 de 70 centièmes, serti au sleeve. Le montage 360 lui convient jusqu’à 25 cm ; au-delà, l’armement est mal réparti. Ses triples sont des BKK 3/0 ; le modèle précis qu’il cite n’est pas référencé chez notre marchand, mais le BKK Raptor X, disponible en 3/0, répond au même cahier des charges : fort de fer, pointe redressée, piquant durable.
Moulinet et canne
Une seule référence de moulinet : le Shimano Tranx, casting rond. Le 301 jusqu’à 200 ou 250 g de leurre, le 401 au-delà. Le Shimano Tranx B existe en 301 (5.8:1, 78 cm par tour, 10 kg de frein) et en 401.

La canne a été le sujet le plus discuté. Les cannes souples décrochent trop de poissons : au ferrage, elles font ressort et n’ancrent pas l’hameçon. Il veut une action de pointe sèche, un peu raide sans excès, légère et tactile, pour que le ferrage parte « direct ». La sienne est une Toulala Monstruo 711, handmade japonaise ; il cite les cannes de Saint Croix dans le même esprit. Longueur : 2,40 à 2,45 m, pas plus, avec un talon qui dépasse de 5 à 10 cm du coude. Il ne cale pas la canne sous le bras : il la tient sous le moulinet, et le talon vient s’appuyer contre les côtes au ferrage. Notre sélection de cannes à brochet comporte des références big bait.
Les leurres
Tom pêche avec ses propres souris et ses propres shads, non distribués par notre marchand. Dans la même famille, la CWC Miuras Mouse Big 23 cm (95 g) est la souris d’origine, dans des coloris qui couvrent ses trois contrastes, et la CWC Miuras Magnum 30 cm (120 g, trois triples 2/0) se rapproche du volume de ce qu’il montre dans la vidéo, même si la sienne pèse nettement plus lourd mouillée.

Les accessoires obligatoires
Une pince à anneaux brisés solide, puisqu’il change de leurre par l’anneau brisé : la pince à anneaux brisés HPA est faite pour ces tailles. Une pince à décrocher vraiment longue, 30 cm facilement, parce qu’avec deux triples et des poissons qui engament tout, il faut parfois passer par l’ouïe ; une pince trop courte est « le meilleur moyen de tuer un poisson ». La pince brochet HPA de 30 cm correspond à cette longueur, et on vous avait déjà parlé de cette marque française. Ajoutez une pince coupante, une toise et un gant épais.

Les erreurs qui coûtent un poisson métré
Le ferrage d’abord. Un gros brochet prend le leurre et ferme la gueule : il faut faire avancer le leurre dans la bouche, donc ferrer très fort, canne basse, sans angle dans la ligne, prêt à chaque instant.
Ensuite, l’obsession du leurre géant. Tom a passé une période à lancer les plus gros leurres possibles, 350 à 400 g. Résultat : moins de touches, plus de ratés, et une moyenne de poissons pas plus élevée, même aux Pays-Bas. Il s’est fixé une barrière : 150 à 200 g, un leurre qui sélectionne un 110 comme un 125 et se lance toute la journée.
Enfin, le bon spot. Cibler un lac où l’on sait qu’il y a des gros, vraiment, car les milieux français qui en abritent en quantité sont rares. Du bord, même principe : une arrivée d’eau, un herbier, une cassure, et des lancers longs. Les poissons bougent beaucoup (Tom a repris un même brochet à 10 km d’écart, un an plus tard). Quant au moteur électrique, il voit au live les brochets venir se poster à un mètre de l’hélice par curiosité.
Questions fréquentes
Quelle taille de leurre pour un gros brochet ?
Tom Morand pose un seuil pratique à 25 cm et 150 g, mais insiste sur le volume et le déplacement d’eau plus que sur la longueur. Il a abandonné les leurres de 350 à 400 g, qui prennent moins de touches et en ratent davantage. Sa zone de confort se situe entre 150 et 200 g.
Quel moulinet pour pêcher au big bait ?
Un casting rond solide, car l’usure sur des milliers de lancers avec 200 g au bout élimine la plupart des modèles. Tom n’utilise que le Shimano Tranx : 301 jusqu’à 200 ou 250 g de leurre, 401 au-delà, avec une tresse PE5 minimum en huit brins.
Faut-il un bas de ligne acier pour le big bait ?
Pas forcément. Tom pêche en fluorocarbone 100/100 sur environ un mètre, avec un nœud FG côté tresse et un anneau soudé plus anneau brisé côté leurre, sans agrafe. Il se fait couper trois ou quatre fois par an et estime que l’acier ne changerait rien à ces coupes à la touche.
À quelle profondeur faire passer un big bait ?
Haut, bien plus haut qu’on ne le pense. Tom passe au minimum 3 m au-dessus des poissons, souvent à moins d’un mètre sous la surface dans 5 m d’eau. Le cône de visibilité est plus large, le poisson monte franchement et on bat davantage de terrain. Le lestage se règle sur cette hauteur de passage.
Quelle est la meilleure saison pour le gros brochet au big bait ?
Printemps et automne dans la plupart des milieux. L’été reste excellent dans les eaux qui restent fraîches, lacs alpins ou polders, et l’automne est souvent le pic dans les lacs qui chauffent fort l’été. L’hiver est la saison que Tom apprécie le moins pour cette pêche.
Pour aller plus loin
La méthode de Tom tient en une phrase : un leurre qui sélectionne, lancé loin, ramené haut et lentement, sur des zones qu’on tourne, avec un matériel qui ne lâche jamais. Pour compléter, les 10 big baits légendaires de Lionel Laporte dressent le panorama des leurres de cette famille.
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