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Pêche du bar à la mouche : la méthode complète de Pierre Rigalleau

Pierre Rigalleau détaille sa pêche du bar à la mouche en estuaire, du bord et en bateau : saison, marées, lecture des postes, mouches et matériel complet. Un guide pour passer de la truite ou du leurre au bar à la mouche sans se frustrer.

13 min de lecture

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La pêche du bar à la mouche a longtemps traîné une image de discipline réservée à une poignée d’initiés bretons. Pourtant, les photos de bars pris au streamer ou à l’imitation de crabe se multiplient sur les réseaux, et de plus en plus de pêcheurs se posent la même question : par où commencer, avec quel matériel, sur quels postes, à quelle saison ?

Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer (la vidéo ci-dessus), Yann reçoit Pierre Rigalleau, moucheur quimpérois qui pêche le bar à la mouche pratiquement toute l’année, en estuaire, du bord et en bateau, et dont les prises régulières ont fini par agacer tout le monde, Yann le premier. Il détaille sa saisonnalité, sa lecture des marées, ses quatre familles de mouches, son bas de ligne et le matériel pour débuter.

Pourquoi le bar est un poisson taillé pour la mouche

Pierre explique d’abord ce qui rend le bar si intéressant pour un moucheur. Il occupe une immensité d’habitats, du large jusqu’à des dizaines de kilomètres en amont dans les estuaires, et il est très présent en bordure, donc atteignable avec une soie et une mouche. Il chasse une grande variété de proies qui s’imitent très bien. Et quand le poisson est piqué, le combat sur une canne à mouche est, selon lui, un vrai bonus.

Saison, profondeur et conditions : le cadre de la pêche du bar à la mouche

Il y a quelques années, Pierre réservait le bar à l’été. Aujourd’hui, il le pêche quasiment toute l’année : premiers poissons début mars en estuaire, derniers autour de Noël selon les conditions. Cette amplitude vaut surtout pour le bord et l’estuaire, moins dépendants de la météo. En bateau, la fenêtre se resserre de la mi-avril à octobre, les dépressions automnales rendant les sorties compliquées.

Côté profondeur, au-delà d’une dizaine de mètres la mouche devient compliquée en bateau, sauf sur des poissons en chasse. Sur la côte, il ne s’éloigne pas de 5 ou 6 mètres de fond : au-delà, vent et dérive font chuter l’efficacité.

En pêche à vue, une eau sale ou trop de vent compliquent les choses. En estuaire, la température joue peu, c’est la présence des proies qui compte. En bateau, elle détermine davantage les postes tenus et la propension des poissons à monter en surface.

La marée, paramètre numéro un

Pierre est catégorique : la marée est primordiale. Il reprend ce que Nicolas Cadiou expliquait dans l’épisode consacré à la pêche du bar à vue : la hauteur d’eau conditionne l’habitat disponible et donc les postes où les poissons se tiennent à un instant donné. Le second paramètre est le coefficient. Plus il est élevé, plus le courant est fort. Certains postes pêchent mieux par petits coefficients parce que la mer se retire moins loin, d’autres s’allument par gros coefficients grâce au courant qui s’installe. Comme au leurre, il faut connaître ses postes sous toutes les hauteurs d’eau.

Les trois approches : à vue, du bord, embarquée

La première est la pêche à vue en estuaire : on cherche des poissons postés dans très peu d’eau et on les pêche individuellement, souvent au crabe ou à la crevette. C’est l’approche la plus exigeante en discrétion. Notre guide de la pêche du bar en estuaire pose les bases de ce terrain.

La deuxième est la pêche du bord à l’aveugle, en estuaire ou sur la côte, avec des streamers imitant de petits poissons. On ne voit pas le poisson, on pêche des postes que l’on maîtrise, où l’on sait que les bars passent ou chassent.

La troisième est la pêche embarquée, en bateau ou, avec de grandes précautions, en float tube dans des baies abritées. On reparle de sécurité plus loin.

Connaître son spot avant de se lancer

C’est sans doute le conseil le plus important de l’épisode. L’effort de prospection est beaucoup plus faible à la mouche qu’au leurre : on lance moins loin, moins souvent, et les mouches ne font pas de bruit. Partir « au petit bonheur la chance » sur un poste qui semble joli est le meilleur moyen de se frustrer.

Pierre recommande de capitaliser sur une expérience préalable. Un leuriste qui prend des poissons à tel endroit à tel moment de marée n’a plus qu’à y revenir avec une canne à mouche : le poisson est là, il ne reste qu’à changer la manière de l’attaquer. L’autre option est la pêche à vue : même si le poisson refuse, on sait qu’il est là et on peut travailler sa présentation.

Lire les postes : roche, sable, laminaires et vase

Les ronciers et falaises sans dégagement arrière restent inaccessibles au moucheur. Pour le reste, Pierre adapte ses mouches à l’habitat. En estuaire, il cherche la roche, les laminaires et les zones de vase en contre-courant où les crevettes se stockent. Côté mer, l’habitat idéal en Bretagne reste les zones de sable ponctuées de taches d’algues, qui tiennent très bien les poissons en pleine eau.

Ces tenues bougent : au moment de l’enregistrement, lui et Jean-Baptiste Vidal prenaient surtout des poissons isolés au ras du bord, dans la roche, et quelques mois plus tard la configuration peut être totalement différente.

Mouche à bar : les quatre familles à avoir

L’atout majeur du moucheur, selon Pierre, est d’imiter des proies que le bar adore et que les leuristes utilisent peu, à commencer par la crevette et le crabe. Il résume sa boîte en quatre familles.

Les imitations de crabe

Les bars gardés pour la table ont souvent l’estomac rempli de crabes verts calibrés. Pierre reste volontairement sur des petits modèles, de la taille d’une pièce de deux euros, pour la facilité de lancer et pour limiter le bruit à l’impact. Ses crabes tombent hameçon vers le bas et coulent lentement, pour une présentation très naturelle.

Les crevettes

Des imitations simples mais redoutables quand les poissons sont calés sur les bouquets, dans les algues ou les contre-courants. Pierre cite Franck Ripaud, pionnier de la mouche à bar en France, qui pousse la logique jusqu’à imiter les micro-crustacés de l’estran, mysis et puces de mer comprises. Observer ce que mangent les bars, monter l’imitation à l’étau, puis les prendre avec : c’est la mouche dans ce qu’elle a de plus satisfaisant.

Le streamer bar en coloris lançon

S’il ne devait garder qu’un coloris, ce serait celui-là : dos sombre et ventre clair, celui qu’on retrouve sur la plupart des leurres à bar. Le modèle qu’il montre mesure entre 10 et 12 centimètres. Il est monté en fibres naturelles de nayat, très mobiles : à chaque strip, la mouche part légèrement à gauche puis à droite grâce au volume en tête, et surtout elle reste statique à la pause au lieu de couler comme un leurre. L’été précédent, Pierre et Jean-Baptiste Vidal ont découvert que les poissons prenaient précisément sur ces pauses marquées après des strips énergiques, à mi-hauteur. Une animation qu’un leurre souple ne peut pas reproduire.

Les poppers de surface

Obtenir une nage de stickbait en walking the dog avec une mouche est très compliqué. En revanche, un popper qui projette de belles gerbes d’eau est tout à fait réalisable et les bars y répondent très bien.

Les mouches présentées sont montées par Bruno, alias LB Mouches, monteur professionnel et ami de Pierre : une bonne porte d’entrée pour celui qui n’a pas d’étau.

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Soie pour le bar et canne : le matériel pour débuter

La canne : 9 pieds, soie de 8

Le moucheur truite ne pourra pas recycler sa canne de soie 4 ou 5, trop légère. Pierre pêche avec des cannes de 9 pieds pour soie de 8, et situe la fourchette raisonnable entre les soies 7 et 9. Il utilise une Redington Predator Salt, conçue pour les poissons marins. Une 9 pieds soie 7/8 de brochet ou de saumon qui traîne au garage fait largement le travail pour débuter, comme celle que Yann ressort en direct : il suffit d’y mettre une soie neuve. Notre guide de la canne à mouche pour pêcher le bar détaille les critères.

Bobine de soie à mouche flottante WF conçue pour la pêche en mer en eau froide ou tempérée
Une soie flottante WF typée mer, le premier investissement à faire quand on recycle une canne existante.

Soie flottante, intermédiaire, plongeante

Pierre utilise des soies WF, dont le poids concentré en tête permet de lancer des mouches volumineuses. En bateau, il embarque trois cannes montées : une flottante pour les poppers et les streamers sous la surface, une intermédiaire qui pêche entre 1,50 et 2,50 mètres (celle qu’il utilise le plus), et une plongeante pour aller chercher les poissons dans 4 ou 5 mètres. Mais pour débuter, une seule : la flottante.

Derrière les 25 à 30 mètres de soie, un backing standard suffit, mais il en faut : un beau bar de 55 à 65 centimètres pris dans le courant depuis le bateau peut tout à fait vous mettre sur le backing et plier la canne en U.

Bobine de soie à mouche intermédiaire WF pour la pêche en mer en eau froide
La soie intermédiaire, celle que Pierre monte le plus souvent en bateau.

Le bas de ligne en queue de rat, expliqué au centimètre

Pierre utilise des queues de rat en fluorocarbone toutes faites : pour le bar en mer, c’est le plus simple et le plus discret. En estuaire à vue, il cherche la discrétion maximale avec un modèle dégressif de 9 ou 10 pieds, soit environ une longueur de canne. En bateau au streamer, il passe sur 6 pieds.

Dans les deux cas, il n’utilise pas la pointe du bas de ligne tel quel. Ses queues de rat se terminent autour de 30 centièmes et sont munies de micro-boucles aux deux extrémités : une pour la soie, l’autre pour ajouter une pointe boucle dans boucle, changée à chaque sortie ou dès qu’elle est abîmée. On ne consomme ainsi pas sa queue de rat à chaque changement de mouche. Côté diamètres, il pêche en 28 centièmes au streamer, et descend à 25 voire 22 ou 23 centièmes en pêche à vue, sans aller plus fin. Tout en fluorocarbone.

Moulinet, panier de lancer et accessoires

Pour le moulinet, un seul impératif : qu’il supporte l’eau de mer. Pierre utilise un Redington Behemoth qui encaisse vase et eau salée depuis des années. Son conseil budgétaire : à la mouche, mieux vaut mettre son argent dans la canne et la soie que dans le moulinet.

Le panier de lancer est l’accessoire qu’il juge indispensable au streamer. Fixé à la taille et garni de picots, il reçoit la soie au fur et à mesure des strips. Il évite que la soie traîne dans la vase ou sur les huîtres, ce qui la détruit en une session, et surtout il permet d’être réactif : la soie n’est ni en paquet ni emmêlée, et sur deux ou trois faux lancers tout se déroule d’un coup. Pierre utilise un modèle en mousse qui flotte, toujours à hauteur de surface en wading.

Panier de lancer à picots porté à la ceinture pour ranger la soie entre les lancers
Le panier de lancer à picots : la soie reste propre et se déroule d’un coup au lancer.

Il emporte toujours un sac à dos et une sacoche de taille étanches, et insiste sur les lunettes polarisantes, après des années de maux de crâne à scruter la surface avec des verres médiocres. Notre guide des lunettes polarisantes de pêche aide à choisir.

Guide, sécurité et pêche de nuit

Pierre estime qu’un guidage avec un professionnel spécialisé fait gagner beaucoup de temps sur le lancer et l’approche des spots. Il cite Jean-Baptiste Vidal, référence de la pêche à vue qui guide aussi en bateau sur la côte de Bénodet (retrouvez son portrait sur pesketaer). Pour ceux qui découvrent la mouche tout court, nos 10 conseils pour débuter la pêche à la mouche évitent les premières erreurs.

Côté sécurité, à l’intention des moucheurs d’eau douce peu familiers des marées, Yann conseille de pêcher le descendant et de quitter les lieux à marée basse quand on ne connaît pas, et de ne jamais surestimer ses repères, le courant pouvant changer de direction plusieurs fois pendant la marée. Pierre ajoute le gilet autogonflant, porté en permanence en bateau comme en float tube, ce dernier étant réellement dangereux en mer hors zones parfaitement connues et météo idéale.

Et la nuit ? Pierre a essayé sans grand succès pour l’instant, mais ne voit pas pourquoi cela ne fonctionnerait pas : il lui manque le bon poste. Yann lui livre une piste : par gros coefficient, la dernière heure de marée basse et le début du montant, de nuit, voient les bars venir dans les algues attraper bouquets et crabes dans 10 à 20 centimètres d’eau. Un terrain idéal pour une imitation de crevette posée tout près. Ce comportement est aussi au cœur de notre sélection de leurres souples pour le bar de nuit.

Trois anecdotes qui en disent long sur le bar

Pierre habite Quimper, où les bars remontent l’Odet jusqu’en zone à truites. Un jour, il relâche une truite de 25 centimètres : trois bars descendent en meute, l’un la tape à la tête comme un brochet, revient deux fois et l’avale. Un autre été, des ligneurs remontent des bars gavés de fourmis volantes tombées en mer par vent d’est, et d’autres ont vu des bars gober des mouches de mai à l’embouchure d’un ruisseau. Le bar est un opportuniste absolu.

Son plus beau bar à la mouche, 71 centimètres, a été pris en cruising sous la surface, à 15 ou 20 mètres du bord, alors qu’il le prenait pour un énorme mulet. Rien de logique à lancer un crabe sur un poisson en pleine eau, mais le crabe a coulé doucement et le bar est venu le prendre. Sa morale : ne pas se décourager aux premiers échecs, car à force d’y aller, on tombe un jour sur le poisson qui vous donne définitivement le virus.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Pierre pêche avec une canne Redington Predator Salt 9 pieds soie 8 et un moulinet Redington Behemoth. Côté soies : RIO Premier Outbound Short, RIO Striper flottante et intermédiaire, et RIO Mainstream en premier prix. Ses queues de rat fluorocarbone sont les RIO Striped Bass (6 pieds, bateau) et RIO Bonefish (plus longue, pêche à vue), complétées d’une pointe de 22 à 28 centièmes. Il range sa soie dans un panier flottant Swingard et porte des lunettes Costa ou Wiley X.

Pour s’équiper dans le même esprit, voici des équivalents disponibles. En soie flottante typée mer, la soie Orvis Pro Saltwater Coldwater Horizon WF existe de la soie 6 à la 10. En intermédiaire, la soie Orvis Hydros Coldwater Intermediate WF en soie 8 descend à 4 centimètres par seconde, la couche d’eau que Pierre travaille le plus. Pour le panier, le panier de lancer Loon Flexistripper reprend le principe de la ceinture à picots, et le panier de lancer JMC Atom est une option plus légère. Enfin, les lunettes polarisantes JMC TAC Stream font le travail pour débuter sans se ruiner.

  • Canne : 9 pieds, soie 7 à 9, idéalement 8
  • Soie : WF flottante pour débuter, puis intermédiaire et plongeante
  • Queue de rat fluorocarbone 6 à 10 pieds terminée en 30 centièmes, plus pointe de 22 à 28 centièmes
  • Moulinet résistant à l’eau de mer, backing standard
  • Panier de lancer, lunettes polarisantes, gilet autogonflant

Questions fréquentes

Quelle canne à mouche pour pêcher le bar ?

Une canne de 9 pieds pour soie de 8 est le standard conseillé par Pierre Rigalleau, avec une fourchette acceptable de la soie 7 à la soie 9. Une canne à brochet ou à saumon de ce calibre convient pour débuter. Les cannes truite en soie 4 ou 5 sont trop légères pour lancer des streamers et tenir un bar dans le courant.

Quelle soie pour la pêche du bar à la mouche ?

Une soie WF flottante est le meilleur point de départ : elle permet de pêcher au popper et au streamer sous la surface. L’intermédiaire, qui pêche entre 1,50 et 2,50 mètres, est la plus utilisée en bateau, et une plongeante complète la panoplie pour atteindre 4 ou 5 mètres.

Quelles mouches pour le bar ?

Quatre familles couvrent l’essentiel : imitations de crabe de la taille d’une pièce de deux euros, crevettes, streamers de 10 à 12 centimètres en coloris lançon, et poppers de surface. Les crabes et crevettes servent surtout en estuaire et à vue, les streamers et poppers plutôt à l’aveugle sur la côte ou en bateau.

Quand pêcher le bar à la mouche ?

Du bord et en estuaire, la saison s’étend de mars à décembre selon les conditions. En bateau, la fenêtre va plutôt de la mi-avril à octobre. Dans tous les cas, la hauteur d’eau et le coefficient de marée comptent plus que le calendrier pour choisir le bon poste au bon moment.

Peut-on pêcher le bar à la mouche du bord ?

Oui, c’est même l’une des trois approches principales, en estuaire ou sur la côte, au streamer à l’aveugle sur des postes connus. Il faut un dégagement suffisant derrière soi pour lancer, un panier de lancer pour gérer la soie, et une connaissance préalable du poste pour ne pas pêcher au hasard.

Pour aller plus loin

La pêche du bar à la mouche n’a rien d’élitiste : une canne de 9 pieds soie 8, une soie flottante, une queue de rat fluoro, quatre familles de mouches et surtout un poste que l’on connaît déjà suffisent pour se lancer. Le reste, Pierre le répète, se gagne au bord de l’eau, marée après marée. Si vous aimez ce genre de retours de terrain sans filtre, inscrivez-vous à Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés : un e-mail le jeudi soir, le temps de le lire avant que le coefficient ne change. Les bars qui gobent des fourmis n’ont qu’à bien se tenir.

Le matériel cité dans l'épisode

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Mer Mouche

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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