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Carnassier

Pêcher les grosses perches : la méthode de Jean Martin sur les lacs de l’Est

Jean Martin, guide sur les lacs de la forêt d'Orient et du Der, explique où se tiennent les perches de plus de 45 cm selon la saison et comment les faire mordre. Pause immobile, gros cranks, lames posées au fond et lignes très fines : tout ce qui sépare la grosse du tout-venant.

13 min de lecture

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Pêcher les grosses perches, ce n’est pas pêcher la perche en plus grand. Vous pouvez enchaîner les poissons de 25 cm sur un banc actif toute la journée sans jamais croiser une 45 : les grosses ne vivent pas au même étage, ne mangent pas aux mêmes heures et ne tolèrent pas les mêmes présentations. Pour comprendre ce qui les sépare du tout-venant, Yann a invité dans La Grange de Tom Sawyer un pêcheur qui passe l’essentiel de son année sur l’eau à les chercher.

Jean Martin est guide de pêche sur les lacs de la forêt d’Orient (Orient, Temple, Amance) et sur le lac du Der. Dans la vidéo ci-dessus, il déroule saison par saison où se tiennent les gros sujets, pourquoi la pause immobile fait plus de différence que n’importe quelle animation, quand sortir des cranks qu’on réserverait au brochet, et comment régler ses diamètres quand deux poissons de 45 mordent en même temps.

Pour une méthode générale, voyez le guide pour pêcher la perche du bord en finesse ou les secrets de Thomas Vogels. Ici, on ne parle que des grosses.

C’est quoi, une grosse perche ?

Jean recadre d’abord la question, parce que la réponse dépend du plan d’eau. Il y a des endroits où une 40 est le poisson de la saison. Sur ses lacs, la barre est à 45 cm, et une 53 est le poisson de l’année. Les lacs de l’Est sont calcaires et très poissonneux, les perches y grandissent vite : les 40 à 45 sont hautes, bossues, en pleine forme. Des poissons gavés, sans aucune raison de se jeter sur le premier leurre qui passe. C’est ce qui rend la pêche sélective.

Où trouver les grosses perches selon la saison

Début de saison : des nomades au milieu des brochetons

Sur ses lacs, les perches réapparaissent à partir de juin. Les grosses s’alimentent alors sur les alevins de brochet, montent et descendent dans la couche d’eau, se reposent au fond, repartent, et vous les retrouvez cinquante mètres plus loin. Selon Jean, il n’y a aucun spot à cette période : elles se promènent le long des herbiers, partout.

C’est une loterie : une 49, une 50 et une 51 la veille, plus une touche le lendemain. Jean la pratique en opportuniste, avec une canne toujours montée, un petit shad ou un finesse sur 4 g sans vent, 7 ou 10 g quand ça souffle. Vous attaquez vingt poissons, les vingt viennent regarder. De temps en temps, une prend.

Mi-août : les premiers vrais bancs

Ça commence à se jouer dans la deuxième quinzaine d’août, quand les bancs se forment, sur le Der notamment. En étant régulier, deux à quatre grosses par jour deviennent réalistes. Mais c’est une pêche de poursuite : les poissons font des passages éclairs le long des herbiers, et ancré sur un bord d’herbier vous pêcheriez dans le vide 90 % du temps.

En rivière, Jean ferait tout autre chose : surface, petits spinners, jerkbaits au-dessus des herbiers. Chez lui, les perches ne sont pas dans peu d’eau et mordent en surface quelques heures par an, et les clients qui insistent pour un topwater repartent déçus.

L’automne : le Temple et la sortie des herbiers

Pour la perche, le Temple est selon Jean la mecque des trois lacs d’Orient : un fond vallonné, « un vrai terrain de motocross », avec des dizaines de spots. Le déclencheur, c’est la baisse du niveau : une partie des herbiers à sec, la fin des herbiers encore en eau. Les grosses se tiennent alors juste à la sortie de l’herbe.

L’hypothèse de Jean, qu’il présente comme personnelle, est qu’une bonne partie d’entre elles se nourrit des poissons que les petites perches ont chassés et qui gisent étourdis sur le fond. D’où une approche sans animation : vous posez votre leurre au fond, vous ne bougez plus, et la touche arrive au bout de 10 ou 15 secondes d’immobilité. Les bons postes se résument à de l’herbe et de la vase, avec quelques zones plus dures comme d’anciennes routes ou chemins forestiers. Un spot en particulier : un dôme traversé par un chemin. Trop à droite, vous êtes dans l’herbe. Trop à gauche, pareil. Juste au bon endroit, si elles sont là, vous vous faites ramasser.

Fin de saison : étages de poissons et arbres morts

Quand tout l’herbier est à sec, les perches se replient sur une couche basse percée de trous, puis se rassemblent en très gros bancs, surtout sur le Temple. Jean décrit un empilement : beaucoup de gardons, un étage de perches, et en dessous les grosses, qui décollent pour des chasses qui ne concernent qu’elles. Comme petites et grosses se mélangent, il monte en taille de leurre pour arrêter de subir les fausses touches, en Carolina ou en souple plus gros. Et il rappelle une animation qu’on oublie : le linéaire. Vous lancez, vous laissez toucher le fond, vous ramenez tout droit. Les grosses sont très peu attaquées comme ça.

Reste un cas à part, sur le Temple et le Der : les bois morts. À la mise en eau, des haies et des arbres n’ont pas été coupés, et certaines grosses ignorent la zone de regroupement pour rester dans leur tête d’arbre. Jean raconte avoir repéré des buissons isolés, un tous les 500 mètres, la veille d’une fermeture temporaire. Deux ou trois poissons pris, tous au-dessus de 45. Un mois plus tard, elles n’avaient pas bougé d’un mètre, et ça lui a tenu trois ou quatre jours de guidage. Sa conclusion : pour pêcher les grosses, il faut connaître le milieu, ses spots de tenue et ses spots de passage où elles s’arrêtent un jour ou deux quand le lac baisse.

Lire les grosses au sondeur, avec ou sans live

Les grosses qui naviguent le long des herbiers avancent à 3 ou 4 km/h et tournent en boucle sur un circuit, sans horaire fixe. Si vous ne les trouvez pas, vous vous replacez sur le circuit.

Le point clé, c’est l’après-chasse. Au live, Jean a suivi un banc pendant quatre heures pour deux fenêtres de vingt secondes, souvent déclenchées par la rencontre de deux bancs. Ensuite, une partie repart en navigation et quelques individus se posent au fond, immobiles, à un mètre de l’herbe. Au 2D ou au side, ça fait des gros points ou de petits dômes posés au fond, détectables sans live. Pour Jean, ce sont des poissons repus en digestion, et ils restent prenables.

Il raconte une 52 prise comme ça : attaquée au live, elle ne prend pas, le bateau tourne, il la perd de l’écran. Il secoue sur place, sans déplacer le leurre, et au bout d’une quinzaine de secondes elle le ramasse au fond. Sa règle : un leurre qui ne bouge pas est toujours en action de pêche.

Grosse perche au leurre : quand grossir et quand ralentir

Jean a vu le scénario sur ses têtes d’arbre : au premier passage, elles croquent franchement à la lame vibrante, au spin tail ou au souple ramené vite. Au deuxième, la touche est moins nette. Au troisième, elles sont toujours là mais ont compris, et il faut gratter en animant à peine. Un phénomène qu’il trouve encore plus marqué que chez les brochets.

Les cranks, plus gros qu’on ne l’imagine

En fin d’été, sur Amance et le Temple, il pratique une pêche rapide au crank et à la lame vibrante avec un teaser au-dessus (un petit shad de 6,5 cm, plus petit encore en début de saison). Ce n’est pas sélectif, mais il y a des grosses au milieu, parce qu’elles ne sont pas toujours en bande de grosses.

Plus tard, quand les perches sont sur la couche basse d’herbier, le crank devient une vraie arme sur le Temple. Jean cite le Spro Hide Up HU-400, qu’il catapulte avec une canne longue et une tresse très fine pour qu’il descende dans 4,5 à 5 m, et le Gold Digger d’Evergreen, un crank qu’on ne mettrait pas spontanément pour une perche et qui marche très bien quand il y a du vent. Il utilise aussi un crank Megabass rond à grosse bavette, intermédiaire entre les deux, quand il pêche brochets et perches en même temps. Ces pêches de réaction se font sans live : une belle boule de vifs au 2D ou au side, quelques échos derrière, et vous passez vite dessus.

Lames, spin tails et durs posés au fond

La pêche immobile n’est pas réservée au souple. Jean pose aussi lames vibrantes et spin tails au fond : ça brille, ça a du volume, et les perches ne voient jamais ça dans cette position. Son geste à la lame : couchée sur le flanc, une micro-traction juste pour qu’elle se redresse et vibre, elle oscille, se repose, puis plus rien. La touche arrive au fond ou, très souvent, au moment où il relève pour relancer.

Côté durs, il évoque les pêches au long bill minnow suspending et au DD Squirrel 79 de ses collègues en novembre, quand les blancs restent sur l’herbe : petites saccades, grande pause au-dessus des poissons. Le principe reste le même, la pause interminable.

Le souple, du Ned rig au Carolina

Pour la pêche posée en sortie d’herbiers, la base est un petit souple très léger sur une tête Ned rig, une tête plombée classique ou un Carolina. Jean aime les souples flottants sur le Ned, qui décollent légèrement du fond ; en Carolina, le leurre décolle parfois trop. Sur le Temple en début de saison, ça se pêche dans quatre mètres et une petite vous cueille souvent avant d’arriver au fond.

Quand le vent interdit la finesse, il passe en heavy Carolina, 28 g au lieu de 10 : moins discret, mais ça passe.

Conditions, vent et jour à grosses

Pas de température idéale : on peut faire une 50 dans une eau à 23 degrés comme à 3 degrés. Jean raconte une fermeture sur le Der, 3 degrés sur le bateau, une quinzaine de poissons de plus de 45 dont des 50, 51 et 52 pris au crank en trois quarts d’heure dans quatre mètres d’eau. La température ne change pas la faisabilité, elle change les spots et la manière de les pêcher.

Sur le vent, Jean distingue par technique : pour gratter au fond, peu de vent et grand soleil ; pour le crank, que ça brasse. Et une remarque qu’on entend rarement : la berge battue n’est la bonne que si vous êtes à l’aise dans votre bateau. Avec 80 cm de vague et une dérive mal gérée, vous pêcherez dix fois moins bien que sur la berge abritée. Quant au jour à grosses, il a arrêté de se prendre la tête avec les coups du matin et du soir : pour prendre des poissons, il faut être à la pêche.

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Le déroulé d’une journée : réduire la vitesse

Jean n’a pas de rotation figée mais une logique : passer vite, puis ralentir par paliers. Crank d’abord. Puis spin tail et lame vibrante en linéaire un peu vite, puis les mêmes avec moins d’animation. Puis un petit souple en linéaire au ras du fond, puis gratté. Et si rien ne marche, le Carolina. À deux dans le bateau, il fait toujours lancer le second derrière un poisson piqué : le live lui a montré jusqu’à quarante poissons de 50 dans le sillage d’une grosse.

Ligne et bas de ligne : le plus fin possible, sauf au teaser

La règle est sans nuance : s’il faut pêcher en 16 centièmes, vous pêchez en 16. Jean l’a appris auprès de Bertrand Mas, guide qui l’a pris en stage pendant sa formation. Sur une pointe d’Amance, avec des perches suspendues dans sept mètres, Bertrand pêchait en 16 ou 14 centièmes avec 1 à 1,5 g, canne immobile, et se faisait ramasser régulièrement. Jean pêchait en 22 centièmes avec 3 g et prenait des fessées : moins de poissons, et des plus petits. Plus tard, montages affinés, il a vu un ami pêcher comme lui pêchait avant et prendre dix fois moins.

Deux exceptions. Le teaser : quand les grosses montent en activité, les doublés de 40 et plus arrivent, et deux 45 au bout de la ligne cassent un 25 centièmes à tous les coups. Avec teaser, Jean garde donc des diamètres plus gros. Et les brochets : avec un spin tail ou un crank onéreux, il ajoute un petit bout de 50 centièmes pour ne pas se faire couper à la touche.

Les attractants : une vraie différence, parfois dans l’autre sens

Jean en met beaucoup, sur les souples comme sur une lame vibrante, quitte à salir ses boîtes. Il parle d’un ratio de dix sur les touches certains jours, mais a aussi vu des journées où l’attractant les réduisait. Un paramètre à tester, pas une vérité. Ses références : le Smell Gel de Spro et les Nitro Booster d’Illex, tous parfums sauf le blanc transparent, avec une préférence pour le crustacé et le rose.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Pour la pêche rapide des jours de vent, le Evergreen Gold Digger 600 est un gros crank de 11 cm et 32,5 g annoncé pour plonger jusqu’à 6 m : le leurre qu’on ne mettrait pas au premier abord pour une perche, et qui marche. Le Spro Hide Up HU-400 n’est pas disponible chez notre partenaire au moment où nous écrivons.

Crankbait Evergreen Gold Digger 600, corps trapu et grande bavette plongeante
Le Gold Digger 600, un crank de brochet que Jean n’hésite pas à lancer sur les grosses perches motivées

Pour les passages rapides puis la pêche posée, il alterne lame vibrante et spin tail. La lame vibrante Spro Carbon TG Blade 11 g est compacte, en carbone et tungstène, et coule vite pour rejoindre le fond, exactement ce qu’il faut pour la micro-traction qui redresse la lame avant la pause. Le Spro ASP Speed Spinner UV 16 g est le spin tail à palette willow qu’il passe en linéaire quand les perches réagissent encore.

Lame vibrante Spro Carbon TG Blade 11 g avec ses deux triples
Posée sur le flanc au fond, la lame vibrante ne demande qu’une micro-traction pour se redresser et vibrer

En dur de fin de saison, le Illex DD Squirrel 79 SP est le long bill minnow suspending des pauses interminables au-dessus des bancs en novembre. En souple, un petit shad finesse type Spro Iris V-Power 8 cm (3 g) sert de teaser au-dessus du crank comme de leurre posé au fond sur une tête Ned rig ou en Carolina. Pour les attractants, le Spro Smell Gel et la crème Illex Nitro Booster sont les deux références qu’il garde dans le bateau.

Poisson nageur Illex DD Squirrel 79 SP à longue bavette
Le DD Squirrel 79, un long bill minnow suspending pour les pauses au-dessus de l’herbe en novembre

Pour le reste de la boîte de Jean, brochet compris, l’épisode compagnon est ici : la boîte de leurres de Jean Martin pour la forêt d’Orient et le Der. Et pour une autre vision de la perche sélective, celle de Baptiste Verger est détaillée dans ses dix secrets.

Questions fréquentes

Quelle est la meilleure saison pour pêcher les grosses perches ?

Dans l’épisode, Jean Martin situe le vrai début à la deuxième quinzaine d’août, quand les bancs se forment, puis l’automne avec la baisse des niveaux, et jusqu’en décembre et janvier sur les gros rassemblements. Le début de saison donne des grosses de façon opportuniste au milieu des alevins de brochet, sans spot ni régularité.

Quel leurre pour une grosse perche ?

Il n’y a pas un leurre mais une vitesse. Jean démarre vite au crank, à la lame vibrante et au spin tail, puis ralentit jusqu’au petit souple immobile au fond sur Ned rig ou Carolina. Les gros cranks de brochet fonctionnent les jours de vent, et un leurre posé 10 à 15 secondes sans bouger reste, selon lui, en action de pêche.

Faut-il un sondeur live pour prendre des grosses perches ?

Non. Le live aide à suivre les bancs mobiles et à comprendre les comportements, mais les grosses posées au fond après une chasse se repèrent au 2D ou au side, et les pêches au crank sur une boule de vifs se font sans live. La connaissance des spots de tenue et de passage compte autant.

Quel diamètre de fluorocarbone pour la perche ?

Le plus fin possible : Jean descend en 16 ou 18 centièmes et sort des 50 avec un frein bien réglé. Il remonte en diamètre dans deux cas, avec un teaser (risque de doublé de gros poissons) et en présence de brochets, où il ajoute un bout de 50 centièmes.

Les grosses perches mordent-elles en surface ?

Sur les grands lacs profonds de l’Est, très rarement : Jean estime que ses perches mordent en surface quelques heures par an, sur des créneaux très courts. En rivière ou dans peu d’eau, c’est une autre histoire, mais sur ses lacs la pêche se joue au fond.

Ne rien faire, mais le faire bien

Jean le résume en fin d’épisode : pêcher le plus fin possible, s’adapter à l’humeur des poissons, et ne pas hésiter à ne pas bouger très longtemps. Pour un pêcheur habitué à animer, c’est contre-intuitif, et c’est sans doute pour ça que si peu de gens sortent des 50 régulièrement. La vidéo vaut le détour pour les anecdotes que l’article ne rend pas, jusqu’aux tanches qui montent de neuf mètres.

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Le matériel cité dans l'épisode

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Leurre Technique

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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