Jean-Pierre Piam, de la nymphe jurassienne aux taïmens de Mongolie
Pionnier de la nymphe dans le Jura, ex-équipe de France, fondateur de PAC Voyages : Jean-Pierre Piam raconte sa vie de pêcheur, de l'ombre au taïmen.
Si vous avez feuilleté des magazines de pêche dans les années 80 et 90, vous avez forcément croisé Jean-Pierre Piam. Musicien aux cheveux longs devenu figure de la pêche à la mouche, pionnier de la nymphe sur les rivières du Jura, vice-champion du monde avec l’équipe de France, concepteur de cannes, puis patron de l’agence PAC Voyages qui a ouvert la Mongolie aux pêcheurs européens : rares sont les parcours aussi riches. Dans cet épisode de Tous des Tom Sawyer, il raconte tout, sans langue de bois.
Ce que vous allez découvrir dans cet épisode
Pendant plus de deux heures, Piam revient sur ses débuts dans les fossés de la Bresse, sur la naissance d’une pêche à la nymphe « à la française » bien avant qu’elle ne soit acceptée par les puristes, et sur ses années de compétition. Il parle aussi de son combat contre les barrages de la basse rivière d’Ain, de son écloserie d’ombres de souche sauvage et de la façon dont il construit, encore aujourd’hui, ses destinations de pêche à l’autre bout du monde. Enfin, il livre une vision très tranchée de la gestion des rivières à truites et du métier de guide.
Des grenouilles de la Bresse à la canne à mouche
Comme beaucoup, Piam a commencé avec un bout de bambou. À quatre ans, il pêche les grenouilles dans les mares autour de la maison familiale, et sa mère les lui fait cuire à la poêle. Viennent ensuite les goujons, les vairons, les perches et surtout le brochet. À l’époque, les petits fossés reliés à la Saône abritaient plusieurs brochets dans chaque trou. Aujourd’hui, ces cours d’eau ont été recalibrés, rectifiés entre deux champs, et il n’y reste presque plus d’eau ni de poissons.
Son père l’emmène pêcher à l’aube, une heure ou deux, le temps du coup du matin. Mais le déclic vient d’une vieille canne à mouche dénichée par sa bande de copains dans le grenier d’une maison bourgeoise du village. Ils pêchent d’abord la carpe avec, comprennent peu à peu à quoi elle sert, et découvrent le geste. Pour Piam, la pêche à la mouche, c’est le moment où la manière de prendre un poisson devient plus importante que le nombre de poissons pris.
Complexé de lancer moins loin que des copains plus costauds, il part apprendre auprès des lanceurs de casting lyonnais, au parc de la Tête d’Or. C’est là qu’il découvre la double traction, la technique qui permet de gagner plusieurs mètres en quelques leçons sans forcer du poignet.
La pêche à la nymphe, née au bord des rivières jurassiennes
C’est sans doute le passage le plus marquant de l’épisode. Avec un ami peintre, Piam passe ses journées au bord de l’eau pendant que les autres sont au bureau. Le matin, sur la Valouse, la Bienne ou la rivière d’Ain, il n’y a pas d’éclosion et la mouche sèche ne donne rien. Pourtant, ils voient des truites qui se nourrissent sous la surface.

Cracher sur ses mouches sèches
Leur première idée est simple : cracher sur leurs mouches sèches pour les faire couler. Cela fonctionne de temps en temps. Comme ils montent eux-mêmes leurs mouches, ils fabriquent rapidement des modèles qui coulent vraiment, avec du cuivre, puis du plomb. Pendant plusieurs années, ils pêchent ainsi seuls, sans savoir que la technique porte un nom. Ce n’est qu’en tombant sur la traduction du livre de Frank Sawyer, le garde-rivière anglais qui a formalisé la pêche à la nymphe, qu’ils réalisent qu’ils pêchent « à la nymphe » depuis longtemps. Ils adoptent alors la pheasant tail et les nymphes en oreille de lièvre.
Goumois et la querelle des puristes
Sur les parcours réputés comme Goumois, sur le Doubs, l’arrivée de ce musicien à boucles d’oreilles qui ramène chaque matin ses six plus belles truites ne passe pas inaperçue. Une partie des grands noms de la mouche sèche de l’époque refuse d’y voir de la pêche à la mouche et parle de braconnage. Certaines sociétés de pêche vont jusqu’à interdire les nymphes peintes, alors que Piam est quasiment le seul à les utiliser. Il raconte aussi comment un ancien président de club farouchement opposé à la nymphe lui demande discrètement de le regarder pêcher, avant de s’y essayer en cachette.
L’ombre au fond : longs bas de ligne et nymphes moulées
Sur l’ombre, Piam pousse la technique plus loin. Pour atteindre des poissons postés dans deux mètres d’eau, il met au point avec son ami des bas de ligne d’environ sept mètres, à une époque où l’on dépassait rarement un mètre trente. Le principe : une pointe très fine, une nymphe la plus petite possible mais très dense, lancée deux ou trois mètres en amont du poisson, avec un maximum de mou pour que la nymphe plonge directement dans la veine d’eau. Pour obtenir cette densité, il crée des nymphes moulées dans le plomb, bien plus lourdes à volume égal qu’un corps enroulé. Il y voit l’ancêtre des perdigones actuelles, même si la pêche moderne au fil, plus proche de la pêche au toc, a pris une autre direction.
La compétition, un hasard plus qu’une ambition
Piam se retrouve dans l’équipe de France pour les premiers championnats du monde de pêche à la mouche, en Italie, un peu par hasard et beaucoup pour les bons repas promis. L’équipe termine deuxième. Il finira lui-même vice-champion du monde, sans jamais avoir eu, dit-il, la hargne de gagner. Il deviendra ensuite capitaine de l’équipe de France, puis sera sollicité pour encadrer l’équipe de Mongolie.
Son analyse de la domination française actuelle est intéressante : les truites et les ombres de nos rivières sont devenus si éduqués que les pêcheurs français ont dû développer les techniques les plus fines du monde. À l’inverse, les Mongols, qui pêchent des poissons n’ayant jamais vu un pêcheur, sont perdus dès qu’ils affrontent des eaux difficiles. Il pose aussi un regard critique sur la compétition, où le tirage des secteurs a longtemps pesé plus lourd que le talent.
Président d’AAPPMA face aux barrages
À la demande de ses amis, Piam prend la présidence d’une association de pêche sur la basse rivière d’Ain. Le constat est sans appel : les barrages hydroélectriques baissent le niveau en pleine période de fraie, notamment l’hiver pour les ombres. En une nuit, les œufs déposés dans les faibles profondeurs se retrouvent à sec et toute une génération disparaît. Il lance alors un mouvement baptisé SOS Basse Rivière et engage le bras de fer avec EDF. Sous sa présidence, l’association passe d’environ 700 à plus de 4 000 adhérents.
Pour compenser la reproduction perdue, il crée une écloserie : des géniteurs prélevés dans la rivière, une souche authentifiée par un généticien, et des alevins de première génération remis à l’eau. L’idée n’est pas de déverser n’importe quel poisson, mais de faire passer aux œufs sauvages la période la plus dangereuse de leur vie dans une sorte de maternité. Des ombres issus de cette écloserie peuplent encore aujourd’hui plusieurs rivières, notamment en Savoie. Le programme a pourtant été arrêté après son départ, pour des raisons qu’il juge davantage humaines qu’écologiques.
De la musique au métier : les cannes Piam Concept
À quarante ans, Piam arrête la musique. Il écrit dans la presse pêche et sort des cassettes vidéo qui se vendent très bien. Il travaille d’abord avec Ragot sur des nymphes moulées et des bas de ligne, puis refuse une canne conçue sans lui par Daiwa. C’est finalement avec Sert qu’il développe la marque Piam Concept : cannes, moulinets, soies et accessoires, vendus pendant une dizaine d’années dans les magasins de pêche français. Quand la vente en ligne bouleverse le marché, il préfère tout arrêter.
La Mongolie, Cuba et l’art de construire une destination
Il rachète alors une agence de voyages de pêche ancienne, spécialisée dans l’Alaska, sans savoir qu’elle traîne une mauvaise réputation. Il lui faudra trois ans pour la redresser et changer de clientèle, à une époque où certains voyageurs revenaient avec des caisses entières de poissons. Puis vient la Mongolie, découverte grâce à une invitation qu’un rédacteur en chef de magazine ne pouvait pas honorer. Il y trouve des rivières que personne ne pêchait, des truites et des ombres partout, et le taïmen, ce salmonidé qui peut dépasser le mètre vingt. Il reconnaît avoir mis une dizaine d’années à oser le popper, une pêche qu’il juge aujourd’hui extraordinaire.
Depuis, il a formé des guides mongols, éleveurs à cheval qui ne savaient pas nager, à conduire les bateaux. Il prospecte toujours de nouvelles rivières, parfois à dix heures de route, car le climat a rendu certaines eaux troubles toute l’année. La gamme s’est élargie à Cuba, où il pêche le tarpon à la mouche, à l’Argentine, au Chili, à la Terre de Feu, ainsi qu’à des destinations de pêche exotique comme le Panama, les Bijagos, le Gabon ou Madagascar.
La « pêchabilité » d’une rivière
Piam a forgé un mot pour son critère numéro un : la pêchabilité. Une rivière peut être magnifique en photo et tourner au jaune dès les premières pluies, ce qui ruine un voyage économisé pendant des années. Son travail d’organisateur consiste donc à éviter les rivières sujettes aux crues et à prévoir des solutions de repli : en Mongolie, une rivière qui sort d’un lac reste claire même après plusieurs jours de pluie, et des camps proches les uns des autres permettent de changer de secteur si besoin. Autre règle : il ne met jamais un pêcheur à la mouche et un pêcheur au lancer dans le même bateau, car le second couvre la zone bien plus vite.
Une agence volontairement artisanale
Pas de course au chiffre : l’agence reste familiale, avec ses filles au bureau, et une grande partie de la clientèle est devenue amie. Piam refuse de vendre des lodges qu’il ne connaît pas, même quand on lui propose une commission. Il ne se considère pas comme un guide, mais comme celui qui veille à l’ambiance du groupe, quitte à aller pêcher avec le participant resté dans son coin.
Voyage de pêche : vérifier la licence de l’agence
Piam lance un avertissement qui concerne directement les pêcheurs voyageurs. Selon lui, une grande partie des voyages de pêche vendus en France le sont en dehors du cadre légal : guides qui organisent des séjours à l’étranger, numéros de licence prêtés, montages via d’autres pays. Or une agence en règle dispose d’une immatriculation et d’une garantie financière, qui permettent au client d’être remboursé si la société fait faillite. Son conseil est simple : avant de payer un voyage, vérifier que l’organisateur affiche bien ces informations.
Repenser la gestion des rivières à truites
Lui qui a défendu pendant des années la gestion patrimoniale et les souches sauvages tient aujourd’hui un discours qui surprendra. Pour lui, il faut reprendre la première catégorie rivière par rivière : protéger le milieu là où les poissons peuvent encore vivre, et assumer une gestion artificielle là où il n’y a plus ni nourriture ni reproduction. Il ne s’agit pas de déverser des truites pour qu’elles finissent à la poêle, mais de créer des parcours en no-kill, surveillés par des gardes et payants, pour que les jeunes prennent du poisson et gardent l’envie de pêcher. Il rappelle aussi la disparition massive des éclosions d’insectes, la pression des cormorans et l’exemple du saumon de l’Allier, dont la pêche est fermée depuis des décennies sans que les poissons ne reviennent.
Ses conseils pour un premier voyage de pêche
À la question du premier voyage à conseiller, sa réponse fuse : l’Irlande. Abordable, poissonneuse, elle permet de prendre beaucoup de brochets et des truites pour un budget raisonnable. Il recommande de réserver longtemps à l’avance, car les places partent vite. Quant à son plus beau souvenir, il le situe en Norvège : trois saumons pris d’affilée sur un coin découvert par hasard en suivant un chemin, et que ses clients n’ont jamais cru tombé du ciel.
Questions fréquentes
Jean-Pierre Piam est un pêcheur à la mouche français, ancien musicien, pionnier de la pêche à la nymphe sur les rivières du Jura, vice-champion du monde de pêche à la mouche et ancien capitaine de l’équipe de France. Il a conçu les cannes Piam Concept et dirige l’agence de voyages de pêche PAC Voyages, spécialiste de la Mongolie.
Non, et il le dit lui-même : c’est l’Anglais Frank Sawyer qui a formalisé la pêche à la nymphe. Piam et son ami ont en revanche développé leurs propres techniques de façon indépendante sur les rivières franc-comtoises et jurassiennes, avant de découvrir le livre de Sawyer, puis ont largement contribué à diffuser la nymphe en France.
La technique décrite par Piam repose sur un très long bas de ligne terminé par une pointe fine, une nymphe petite mais très dense, un lancer deux à trois mètres en amont du poisson et beaucoup de mou pour que la nymphe descende directement au niveau de l’ombre. La touche se lit au moindre mouvement du poisson.
Une agence légale dispose d’une immatriculation et d’une garantie financière, qui protègent le client en cas de faillite. Ces informations doivent figurer sur ses documents commerciaux. En leur absence, mieux vaut demander des précisions avant de payer.
Jean-Pierre Piam recommande l’Irlande : une destination abordable, proche, où l’on prend facilement des brochets et des truites, idéale pour découvrir le voyage de pêche avant de viser plus loin.
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Le matériel cité dans l'épisode
- PAC Voyages (agence de Jean-Pierre Piam) : [lien]
- La Mouche qui sème, concours caritatif de montage de mouches : [lien]
- Épisode Julien Lajournade (Voyages de Pêche) : [lien]
- Épisode Patrick Sébile : [lien]
- Épisode métier de guide de pêche (Jean-Baptiste Vidal, Pierre Monjarret) : [lien]
