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Pêche à Madagascar : préparer son voyage à Nosy Be avec Julien Lajournade

Julien Lajournade, rédacteur en chef de Voyages de Pêche, détaille comment préparer un voyage de pêche à Madagascar depuis Nosy Be : cannes, poppers, speed et slow jigging, traîne, saisons et camps. Le guide complet pour un premier séjour exotique réussi.

13 min de lecture

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La pêche à Madagascar est souvent le premier grand voyage exotique d’un pêcheur français. On y parle français, Nosy Be a son aéroport international et la densité de poisson y est encore, par endroits, de celles qui laissent sans voix. Mais entre les cinq cannes à prévoir, le choix des poppers, le speed ou le slow jigging et les camps, préparer ce séjour demande de la méthode.

Dans la vidéo ci-dessus, enregistrée pour La Grange de Tom Sawyer, Yann reçoit Julien Lajournade, rédacteur en chef du magazine Voyages de Pêche, qui fréquente le nord-ouest malgache depuis le début des années 90. Pendant plus de deux heures, il déroule la région à viser, la journée type, le matériel de chaque technique, les saisons et les camps.

Cet article en reprend l’essentiel, avec le pourquoi derrière chaque conseil, en guise de check-list avant de boucler les cannes.

Pourquoi la pêche à Madagascar reste la porte d’entrée de l’exotique

Dans l’épisode, Julien Lajournade restreint d’emblée le sujet : Madagascar est plus grande que la France, avec des milliers de kilomètres de côte peu exploités par les pêcheurs sportifs. La région qu’il décrit est celle de Nosy Be, au nord-ouest, côté canal du Mozambique : la plus visitée, la mieux équipée en lodges et en bateaux, celle où la météo est la plus favorable sur l’année.

Nosy Be est la porte d’entrée, mais rester sur l’île convient pour quelques sorties de vacances, pas pour une vraie expérience de pêche. Pour ça, il faut rejoindre les petits camps disséminés le long de la côte ou embarquer sur un catamaran. Le succès de la destination tient en trois points selon Julien : une variété d’espèces incroyable (une équipe de sept ou huit pêcheurs a recensé plus de 71 espèces en six jours), des gens adorables qui parlent français, et de nombreuses organisations tenues par des Français.

Une autre dimension que l’Afrique de l’Ouest

Face au Sénégal ou au Gabon, où l’on reste les pieds dans le sable, l’océan Indien est un autre monde : eau profonde très vite, claire, récifs coralliens, grands tombants et large. On passe en quelques milles des récifs à carangues au grand bleu des marlins. Cela impose de plus gros bateaux, mais ouvre bien plus de techniques et d’espèces. Si vous hésitez entre plusieurs destinations, notre tour des meilleurs spots de pêche de la carangue complète l’épisode.

Venir avec son matériel : la règle numéro un

C’est le message le plus répété de la vidéo. Un camp ne peut pas fournir tout le matériel : si vous perdez quinze jigs dans la journée, le prestataire coule sa boîte. La première chose que fait un guide, raconte Julien, c’est vous faire déballer votre matériel sur la table pour décider de ce qu’on va pouvoir pêcher.

Sa recommandation fait sursauter : au moins cinq cannes, une par technique. Plus de 98 % de la pêche se fait en bateau, de gros bateaux avec des porte-cannes à foison, donc le volume n’est pas un problème. Et si l’une de vos deux cannes casse le premier jour, le séjour est plombé. Le voyage coûte cher, il faut mettre le budget dans le matériel. Pour ceux qui organisent eux-mêmes, notre guide pour préparer un voyage de pêche sans agence aborde ce point.

Autre avertissement : le matériel milieu de gamme ne tient pas. On touche beaucoup de poissons de deux à vingt kilos, et de temps en temps une GT de trente kilos surgit au milieu des carangues bleues : sans matériel adéquat, c’est réglé en trois secondes. Cannes premium, tresse, bas de ligne et hameçons neufs.

La journée type et la canne légère pour les chasses

Le matin, le guide repère des oiseaux et propose d’attraper des bonites, qui serviront d’appâts. Il faut donc une canne à lancer léger de 2,50 à 2,60 m, tresse de 50 livres (PE3), bas de ligne de 60 à 80 livres. Sous les chasses d’oiseaux se tiennent les bonites et les thons jaunes de dix à vingt kilos qui, sur ce matériel, « ça dépote ».

Le point clé : sur une chasse, vous aurez droit à un ou deux lancers. Il faut lancer vite, droit et loin, avec un petit leurre lesté de sept à neuf centimètres, car les oiseaux mangent du petit poisson ; la cuiller Halco Twisty est l’exemple qu’il cite. Cette canne a une seconde vie : quand les gros poppers ne donnent rien, passer sur de petits stickbaits avec elle réveille le récif.

Speed jigging ou slow jigging ?

Le speed jigging, pour les sportifs

Canne spinning courte de 1,60 à 1,80 m, puissance jusqu’à 300 g, moulinet 10000 en tresse de 60 à 80 livres, pour pêcher entre 60 et 100 m de fond. Le jig touche le fond, on le remonte doucement d’abord, parce que les mérous attaquent sur les premiers mètres, puis on met de la vitesse : c’est ce qui déclenche le thon à dents de chien.

Sur le bas de ligne, Julien surprend : 100 à 130 livres de fluorocarbone, pas plus. Le poisson est piqué sur l’assist et ne frotte pas le bas de ligne, et surtout il faut rester à la verticale : plus la ligne est grosse, plus le courant l’emporte. Côté grammages, 150 g est le minimum, 200 g le bon poids pour la majorité des spots, en jigs trapus (CB One Quick 200, River2Sea, Orion). La technique reste très physique : à neuf heures il fait déjà 35 degrés.

Le slow jigging, la technique qui a tout changé

Le slow jigging est aujourd’hui la technique que tout le monde veut pratiquer là-bas. Le matériel surprend par sa légèreté : des cannes fines comme des roseaux, en casting, car on ne travaille pas bien un slow jig en spinning. Julien conseille environ sept pieds pour avoir de l’amplitude. La canne sert à animer, pas à pomper : on travaille sur le frein. Les jigs plats partent en zigzag à la descente comme un poisson blessé ; on remonte par coups de canne, on stoppe, on relâche, et la majorité des attaques arrivent au relâcher. Assist hooks fins en tandem, tresse de 50 livres, bas de ligne de 60 à 80 livres, pour conserver la mobilité du jig dans une eau claire.

Pour illustrer l’efficacité, Julien raconte un client italien de 78 ans qui, sur le banc du Leven, a pris certains jours plus de cent poissons au slow jig, 95 relâchés. La technique est presque trop efficace : sur les grands fonds, les poissons subissent la décompression, et il faut savoir se retenir.

Le lancer lourd : la carangue GT au popper et au stickbait

On la pratique sur les hauts-fonds, par moins de 30 m. Pour Nosy Be, Julien tempère : pas besoin de tresse de 130 livres ni de poppers de 300 g, surtout pour un premier voyage. Sa canne à tout faire : 2,30 à 2,50 m, puissance 200 à 250 g, tresse de 80 livres (PE5), moulinet 14000, Saltiga XH pour sa récupération rapide ou Stella.

Le bas de ligne, cette fois, est gros : 200 livres de fluorocarbone sur un mètre à 1,20 m. Et il faut maîtriser le nœud PR ou FG : au jig les bas de ligne font cinq ou six mètres et passent dans les anneaux à chaque remontée, un émerillon de jonction casse l’anneau de tête. Pour le leurre, pas d’agrafe, une grosse carangue mordille tout et l’agrafe s’ouvre : on monte un anneau brisé en tête avec un émerillon à billes.

Popper Halco Roosta Pop 160 vu de profil
Le Roosta Pop, le grand classique cité dans l’épisode pour démarrer un séjour au popper

Quels poppers emporter

Avec une canne de 80 livres, on est limité à des leurres de 100 à 160 g. Le Halco Roosta Pop 160 et le Roosta Pop 195 sont les classiques que Julien sort en premier, avec le Rapala X-Rap Magnum Xplode, « très bon modèle, très costaud », le Heru Cubera ou le T-Rex d’Orion. Des leurres de 130 à 140 g, c’est bien pour démarrer, car manier de gros poppers toute la journée est sportif. Deux conseils tranchés : oubliez les petits poppers de 14 cm, on démarre à 17 ou 18 cm, et oubliez les poissons nageurs, un stickbait coulant fait le même travail. Les couleurs de poppers n’ont pas d’importance, c’est l’animation, le bruit et la vitesse qui déclenchent.

Les stickbaits coulants quand la surface ne donne rien

Quand le popper ne donne rien, il faut pêcher sous la surface, plus discrètement. Le modèle que Julien qualifie d’extraordinaire est le Tackle House Britt 145 en version coulante, 98 g : il se lance loin, coule, puis s’anime par petits coups de scion. Ne le confondez pas avec la version flottante, bien plus légère, à laisser à la maison.

Stickbait coulant Tackle House Britt CBP 145 Sinking Works
Le Britt 145 coulant, le stickbait de subsurface recommandé dans l’épisode

Pour les stickbaits, les couleurs comptent un peu plus : rose, blanc, bleu, et le coloris « fusilier », du nom de ces petits poissons en bancs énormes. Quand un banc de fusiliers frémit en surface, les prédateurs sont dessous : là, Julien repasse au popper pour faire du bruit.

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Hameçons, anneaux, pince : les détails qui sauvent le séjour

Sur un popper d’origine, il faut souvent changer les triples : en tresse de 80 livres, une GT ou un mérou vous les ouvre. Julien monte ses poppers en simples inline Decoy ou en triples forts Owner, deux marques japonaises de référence pour la GT. Prévoyez cinq ou six hameçons de secours pour dix leurres, et autant d’anneaux brisés : 100 à 150 livres pour le lancer léger, 200 à 250 livres pour les gros poppers.

Il met en garde sur les assist hooks courts des leurres de surface, qui se baladent une fois le poisson à bord, et il a vu beaucoup d’accidents avec. D’où un conseil non négociable : écraser les ardillons. Un hameçon planté dans la main à quatre heures de bateau de Nosy Be, c’est le voyage de tout le monde qui s’arrête. La pince à anneaux brisés, en double, vit donc à la ceinture et jamais dans le sac, pour retirer immédiatement un hameçon planté chez un voisin. Julien utilise une pince HPA, dont nous avons déjà parlé dans notre article sur les pinces HPA.

Pince à anneaux brisés HPA
La pince à anneaux brisés, à porter à la ceinture, en double

Consommables, chaussures et combat

Tresse neuve sur tous les moulinets, bobines de bas de ligne de 30 à 50 m, et par groupe de pêcheurs une bobine de tresse de 500 m pour dépanner. Les jigs sont ce que l’on perd le plus, à cause des tazars (wahoos) qui coupent tout à la descente : comptez une trentaine de jigs en diversifiant les grammages, et pas de bas de ligne acier, vous n’auriez presque plus de touches.

Pour les pieds, des chaussures de bateau à l’accroche sérieuse, car au lancer lourd on ferre à la verticale et si la tresse casse on part en arrière. Position de combat obligatoire, jambes écartées, centre de gravité bas. Le frein se règle fort : trois ou quatre tours de tresse autour de la main gantée, et on tire le plus fort possible. Le combat d’une GT ou d’une carpe rouge (le Varavara, qui revient se mettre au trou) se gagne dans les premières secondes.

Traîne et pêche à l’appât : les techniques que l’on sous-estime

Julien défend la traîne, souvent moquée, parce qu’elle prend des poissons inaccessibles autrement. À Nosy Be, du printemps à la fin de l’été, les espadons voiliers sont nombreux, visibles en surface. Les marins les pêchent au ventre de bonite, mais il existe plus simple : le kit sailfish de Williamson, une pochette de 150 g avec des birds (teasers de surface) et des leurres à jupe déjà montés, bleu et blanc, à traîner avec la canne de speed jigging.

Leurre de traîne à jupe Williamson High Speed Sailfish Catcher monté
Le leurre à jupe Williamson déjà monté, prêt à traîner derrière un bird

La pêche à l’appât est devenue une pêche d’opportunité pendant que vous jiggez : le marin monte une bonite morte entière sur câble et la laisse filer derrière le bateau, frein desserré. Elle est rarement attaquée, mais quand elle l’est, c’est gros : barracudas de plus de vingt kilos, gros tazars, parfois une GT, et avec de la chance un marlin noir, nombreux près de la côte mais rarement ciblés. On y touche aussi le requin silvertip et le mérou géant, à relâcher avec précaution.

Saisons, camps et séjour en famille à Nosy Be

La haute saison va d’octobre à avril. La saison des pluies, de décembre à février, est aussi celle des cyclones, mais le canal du Mozambique est relativement protégé. L’été austral, de juillet à septembre, est plus venteux l’après-midi, avec de belles matinées et moins de touristes. Le printemps est réputé pour les thons jaunes ; carangues, mérous, job fish et carpes rouges, c’est toute l’année.

Les camps cités sont tous multi-techniques. Au nord, l’archipel des Mitsio, à 1h30 ou 2h de bateau, abrite Tropical Fishing, une adresse sûre, d’où l’on part en catamaran vers le cap d’Ambre. En descendant au sud : le Naturalia Lodge, les îles Radama, puis le camp de Narinda, à cinq heures de speedboat. Plus au sud, Antsa Pêche s’atteint depuis Morondava. Nosy Be elle-même est idéale en famille : on part pêcher le matin, on revient déjeuner, les enfants à partir de dix ou douze ans peuvent suivre, et on mange très bien là-bas, sashimis de thon jaune compris.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Pour les chasses, sur la canne légère, Julien lance une petite cuiller lestée type Halco Twisty. Pour le lancer lourd, ses poppers de référence sont le Halco Roosta Pop 160 (16 cm, 78 g) pour démarrer en douceur, le Roosta Pop 195 (19,5 cm, 110 g) et le Rapala X-Rap Magnum Xplode 17 cm (145 g), réarmés de triples forts ou de simples inline. Sous la surface, le Tackle House Britt CBP 145 Sinking Works (14,5 cm, 98 g) est son stickbait coulant favori. Pour le jig, il cite le CB One Quick 200, les Orion et les River2Sea ; la description de la vidéo renvoie aussi vers le jig Sakura Locolong 150 g.

Côté accessoires, la pince à anneaux brisés HPA (16 cm) reste à la ceinture, avec une réserve d’anneaux brisés Decoy Sheavy, de 150 à 300 livres. Pour la traîne, le Williamson High Speed Sailfish Catcher (11,1 cm, 35 g, déjà monté) reprend la logique du kit sailfish. Moulinets : un 8000 sur la canne légère, un 14000 (Saltiga ou Stella) sur la canne à popper.

  • Canne chasses : 2,50 à 2,60 m, tresse 50 lb, bas de ligne 60 à 80 lb, moulinet 8000
  • Canne speed jigging : 1,60 à 1,80 m, 300 g max, tresse 65 à 80 lb, fluoro 100 à 130 lb, moulinet 10000
  • Canne slow jigging : casting, environ 7 pieds, tresse 50 lb, bas de ligne 60 à 80 lb
  • Canne popper : 2,30 à 2,50 m, 200 à 250 g, tresse 80 lb, fluoro 200 lb, moulinet 14000
  • Jigs : 150 à 300 g, 200 g en priorité, une trentaine au total

Questions fréquentes

Quelle est la meilleure période pour pêcher à Madagascar ?

Dans la région de Nosy Be, la haute saison va d’octobre à avril, avec des pluies possibles entre décembre et février. Le printemps est réputé pour les thons jaunes, l’été austral pour les espadons voiliers, et les carangues, mérous et job fish se prennent toute l’année. Même en juillet-août, les matinées sont souvent pêchables malgré le vent de l’après-midi.

Combien de cannes faut-il emporter pour un voyage de pêche à Madagascar ?

Julien Lajournade conseille au moins cinq cannes, une par technique : lancer léger pour les chasses, speed jigging, slow jigging, popper, et traîne ou appât. La pêche se fait presque exclusivement en bateau, donc le volume n’est pas un problème, et une canne cassée le premier jour ne doit pas condamner le séjour.

Quel matériel pour la carangue GT au popper à Nosy Be ?

Une canne de 2,30 à 2,50 m d’une puissance de 200 à 250 g, un moulinet 14000, une tresse de 80 livres et un bas de ligne fluorocarbone de 200 livres relié par un nœud PR ou FG. Les poppers font entre 100 et 160 g, jamais moins de 17 à 18 cm, montés sur anneau brisé avec des hameçons forts et sans agrafe.

Peut-on pêcher du bord à Madagascar ?

C’est possible mais compliqué : il faut aller sur les cailloux, et l’on se fait souvent casser. Plus de 98 % de la pêche se pratique en bateau, depuis les camps ou en expédition catamaran. Lancer un leurre depuis la plage en espérant du poisson relève du rêve, selon Julien.

Faut-il un bas de ligne acier pour les tazars ?

Non. Les tazars coupent effectivement les jigs à la descente, mais un bas de ligne acier supprime presque toutes les touches des autres espèces. On accepte de perdre quelques jigs, on change de poste si c’est trop fréquent, et on réserve le câble au montage de bonite morte.

Avant de boucler les valises

Madagascar est sans doute le meilleur endroit pour découvrir le slow jigging et prendre en une semaine des dizaines d’espèces que vous n’avez jamais vues. À condition d’arriver avec du matériel à la hauteur, des consommables en quantité, une pince à la ceinture et des ardillons écrasés.

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Le matériel cité dans l'épisode

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Voyages de pêche

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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