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Brochet

Comment pêcher au jerkbait : la méthode de Pierre Monjarret

Pierre Monjarret, guide de pêche en Irlande, explique comment pêcher au jerkbait : choix du leurre, animation, pauses, canne, bas de ligne et coloris. Tout ce qu'il faut pour que votre Buster Jerk ou votre Guppie prenne enfin des brochets.

12 min de lecture

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Comment pêcher au jerkbait sans avoir l’impression de secouer un bout de plastique au hasard ? Beaucoup de pêcheurs de brochet ont un Buster Jerk dans la boîte, l’ont lancé trois fois et l’ont rangé pour toujours. Le leurre n’y est pour rien. C’est la canne, le rythme et quelques réflexes qui manquent.

Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, Yann reçoit Pierre Monjarret, guide de pêche professionnel en Irlande depuis une vingtaine d’années et membre de l’équipe CWC, la marque du Buster Jerk et du Guppie. Pierre met des clients au jerk tous les jours sur les loughs irlandais et a vu au sondeur live des choses qui ont changé sa façon d’animer. L’échange, enregistré en direct, va de la définition du jerkbait au ferrage, en passant par les coloris, les bas de ligne, les hameçons et la question qui fâche : faut-il faire des pauses ?

La vidéo ci-dessus dure plus d’une heure ; cet article en reprend l’essentiel, du choix du leurre à la remise à l’eau.

Comment pêcher au jerkbait : ce que c’est, et quand le sortir

Pierre pose la définition en une phrase : un jerkbait est un leurre dur, lesté à l’intérieur, sans bavette, qui part à droite puis à gauche à chaque coup de canne. C’est le pêcheur qui fabrique la nage, pas le leurre, et c’est toute la différence avec un shad ramené en linéaire.

Le Buster Jerk reste la référence qui a fait connaître la catégorie. Selon Pierre, un jerkbait se situe entre 10 et 25 cm, et au-dessus de 20 cm la nage devient difficile à contrôler : le format 10 à 20 cm est le passe-partout du brochet.

Jerk ou shad : une question d’activité

Pierre sort le jerk quand les brochets sont là mais ne s’alimentent pas vraiment : juste avant la fraie, juste après, et dès que les poissons sont « difficiles ». L’action erratique et les changements de direction servent à faire réagir un poisson qui n’a pas faim. Quand les brochets mordent franchement, il revient à un shad en linéaire, plus facile pour ses clients.

Il le dit sans détour : le jerk est pour lui le leurre le plus compliqué à animer. Dans son bateau, trois pêcheurs avec le même leurre n’ont jamais les mêmes résultats : celui qui prend est celui qui a le bon tempo et qui sait accélérer quand un poisson suit. En contrepartie, les touches au jerk sont parmi les plus violentes qui existent.

Buster Jerk, Guppie, Big Bandit : trois jerks, trois usages

Jerkbait Buster Jerk de 15 cm vu de profil, corps ovale sans bavette
Le Buster Jerk 15 cm, la référence historique du jerkbait à brochet

Le Buster Jerk 15 cm est le modèle par lequel tout le monde commence. Coulant, il nage assez haut dans la couche d’eau. Yann l’utilise surtout entre zéro et quatre mètres ; Pierre le pêche sans complexe dans huit à dix mètres. Le live lui a montré que le brochet posé au fond réagit à l’impact du leurre sur l’eau, et qu’un Buster évoluant à 1,50 m au-dessus d’un poisson calé dans 8 m suffit très souvent à le faire décoller. Cinq mètres d’eau, dit-il, c’est à peine la longueur de votre bateau.

Le Guppie Tail 13,5 cm est son coup de cœur depuis huit ans. Même nage droite-gauche, mais plus lourd, il descend vite et traîne une queue en virgule. Pierre le considère comme le jerkbait le plus polyvalent du marché parce qu’il pêche toutes les profondeurs. Si on ne lui laissait qu’un leurre pour voyager, ce serait celui-là : quand les poissons ne mangent pas, un Guppie finit toujours par déclencher quelque chose.

Leurre Guppie Tail de 13,5 cm avec sa queue en virgule, coloris brochet
Le Guppie Tail, le jerk que Pierre emporterait s’il ne devait en garder qu’un

Le Big Bandit 20 cm est le gros profil de la famille, que Pierre sortait quand les brochets étaient calés sur les brèmes ; la nage est moins serrée et l’écartement des triples fait perdre un peu plus de poissons.

Le X-Buster, le glide oublié

Pierre réhabilite aussi le X-Buster, un glidebait de la même marque qu’il avait sur la canne les trois quarts du temps il y a quinze ans sur le Lough Derg : on peut lui coller jusqu’à 15 g de plomb sans tuer la nage et le descendre dans 7 à 9 m. Pour distinguer ces deux familles, l’article swimbait ou glidebait complète son propos.

Animation du jerkbait pour le brochet : le mythe des pauses

C’est le cœur de l’épisode. Pierre n’a pas d’animation standard : il commence à sa vitesse de croisière, puis accélère ou ralentit. Comme il n’est jamais seul à bord, il fait pêcher un client lentement, un autre vite, et regarde ce qui répond.

Quand les poissons s’alimentent, les pauses fonctionnent : deux ou trois coups de canne, une vraie pause de deux à cinq secondes, surtout au Buster, et la touche à la reprise.

En hiver, alors que tout le monde répète qu’il faut pêcher lent en eau froide, Pierre a vu au live que la moindre pause faisait décrocher le poisson suiveur. Au printemps, dans trois mètres d’eau pleins de poissons blancs, seule une animation très agressive, sans aucune pause, déclenchait les attaques. Sur un poisson difficile, c’est la vitesse qui provoque la réaction : le brochet ne suit pas, vous accélérez, et il part du fond d’un coup.

Pourquoi les brochets attaquent au bateau

Ce n’est pas le bateau qui déclenche, c’est vous : en voyant le leurre arriver, vous changez inconsciemment de vitesse, et c’est cette rupture qui fait prendre. La leçon : ne soyez pas constant, variez les pauses et cassez le rythme tout au long de la récupération au lieu de le réserver aux derniers mètres.

Poissons suiveurs et spots sous pression

Les brochets suivent très bien un jerk, nez collé dessus, en reproduisant son droite-gauche jusqu’au bateau. Face à ces poissons, Pierre change de type de jerk, passe sur un Buster Swim Bait plus petit et plus facile, ou descend en taille vers du 12 ou 13 cm. Il essaie aussi l’inverse de ce qu’on attend d’un jerk : plus de secousses, juste des S lents en linéaire.

Sur les plans d’eau où tout le monde pêche au jerk, les brochets apprennent la musique. Pierre conseille alors un jerk silencieux, plus petit, ou ces leurres hollandais dont la nage change à chaque traction. Bruiteur ou silencieux, il refuse toute recette du type « calme plat égale silencieux, vent égale billes » : sur le terrain, c’est la pression de pêche qui décide.

Coloris de jerkbait : pourquoi Pierre a changé d’avis

Pierre a longtemps cru que seule l’animation comptait sur un leurre de réaction ; les résultats l’ont fait changer d’avis. En début de saison, quand l’eau est encore à 8 ou 10 degrés, le bleu chrome fait une différence énorme ; au-delà de 10 à 13 degrés, il prend encore mais beaucoup moins. Sur les eaux cristallines du nord de la Suède, un coloris cuivré type carpe a surclassé tout le reste.

Son exemple le plus parlant tient à une queue de Guppie. Il alterne dorée par temps ensoleillé et vert chartreuse par temps couvert. Un jour, à l’ancre sur une zone où ils ont pris plus de quarante poissons, le pêcheur en queue chartreuse piquait tous les brochets pendant que ses voisins en queue dorée ne faisaient que des suivis mous. Tout le monde est passé en chartreuse.

Yann nuance : neuf fois sur dix, la couleur n’est pas déterminante, mais la dixième fois elle fait mouche. Les deux tombent d’accord sur un point : un coloris doit plaire au pêcheur. Un leurre qu’on ne sort qu’en dernier recours ne prendra jamais rien : c’est le sort que Pierre réserve au fire tiger, qu’il trouve très moche tout en reconnaissant qu’il marche partout. Pour voir ces choix appliqués à l’hiver, la sélection des meilleurs leurres à brochet de janvier, construite avec Pierre, est un bon complément.

Attractants et hameçons UV : les deux sceptiques

Pierre ne met jamais d’attractant sur un jerk et pense que ça aurait plus de sens sur un leurre que les poissons suivent longuement, comme une souris. Quant aux triples UV, il y croit « pas du tout » et y voit un argument marketing, tout en admettant que deux hameçons orange sous un ventre blanc dessinent un contraste qui a du sens.

Canne, tresse et bas de ligne pour pêcher au jerk

Canne casting BFT 92 SwimBuster posée sur fond blanc, talon court et porte-moulinet Fuji
La SwimBuster, la canne de la gamme BFT 92 pensée pour les jerks et les swimbaits

Avec une mauvaise canne, un jerk ne nage pas. Pierre reçoit régulièrement des messages de pêcheurs qui n’arrivent pas à faire nager un Guppie, et la réponse est presque toujours la canne, trop molle. Une canne souple fait ressort, elle absorbe le coup, le leurre réagit en décalé et vous n’êtes jamais dans le tempo. Il faut une action de pointe raide, pour que chaque mouvement du poignet fasse immédiatement partir le leurre de l’autre côté.

Pierre pêche avec la BFT 92 SwimBuster, un modèle de 7’9 d’environ 2,40 m, assez long pour lancer et assez raide pour animer quasiment tous les jerks. La légèreté compte autant que la raideur, et le moulinet doit récupérer vite pour reprendre le mou entre deux coups. Notre guide pour choisir une canne à brochet détaille les actions et les puissances.

Tresse : 36 à 40 centièmes, et le nombre de brins n’est pas le sujet

Pierre pêche en 36/100 et met ses clients en 40/100 : on ne pêche pas profond, on lance toute la journée avec de grands coups de canne, et il n’y a aucun intérêt à être fin. Quatre ou huit brins ? Avec de tels diamètres, Pierre n’a jamais eu de casse, ni avec l’une ni avec l’autre.

Bas de ligne : fluorocarbone épais ou titane, mais jamais fin

Un jerk se replie sur son bas de ligne à chaque coup de canne, et le brochet a bien plus de chances de le prendre en travers de la gueule que sur un leurre linéaire. Pierre pêche en fluorocarbone 117/100 et ne descend jamais sous 100/100 : en 90, sur un Guppie, vous vous ferez couper. Le titane fonctionne tout aussi bien, et l’argument de la discrétion ne tient pas : sur un leurre de 20 cm, le brochet ne regarde pas ce qu’il y a devant.

Côté connexions, il préfère les anneaux brisés aux agrafes, qui finissent par s’ouvrir quand on pêche en force. Le dossier sur le bas de ligne à brochet fait le tour de la question.

Hameçons : une taille au-dessus, et des anneaux brisés en plus

La plupart des jerks sont sous-armés en sortie de boîte. Pierre monte une taille au-dessus, et sur le Guppie il met un 3/0 en tête et un 2/0 à l’arrière.

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Lester un jerk et pêcher plus profond

Un Buster ne se leste pas comme un glide. Pierre donne deux solutions qui gardent la nage intacte : coller jusqu’à 5 ou 6 g sur le ventre, pas davantage, ou, plus astucieux, déplacer le poids sur le bas de ligne. Un bas de ligne en titane de 40 cm, 10 à 15 g de plomb fixés à son extrémité côté tresse, et le leurre nage normalement pendant que l’ensemble descend.

Pour pêcher au-dessus des herbiers quand il reste peu d’eau sous la surface, il part d’un Buster Shallow, presque flottant, et colle dessous une pastille de plomb adhésive de 2,5 g. Le leurre devient suspending : vous pouvez faire une pause complète, il reste au-dessus de l’herbier sans s’y poser.

Jerkbait Big Bandit de 20 cm en coloris perche, vu de profil
Le Big Bandit, le gros profil à sortir quand les brochets sont calés sur les brèmes

Ce que le sondeur live a appris à Pierre sur le jerk

Pierre n’utilise pas le live à la française, à chercher un poisson pour lui lancer sur la tête. Il pêche en dérive avec ses clients, assis à la console, et observe les leurres : profondeur, vitesse réelle, suivis. Exemple typique : un client persuadé que son leurre nage bien le ramène en fait sur place, et ne le croit que devant l’écran.

Pour un pêcheur du week-end, il vaut le coup à condition de ne pas pêcher la tête dans l’écran : à essayer de prendre les poissons qu’on voit, on en loupe la plupart. En hiver, sur des lacs immenses où les poissons sont dispersés, le Guppie en pleine eau avec le live devient une pêche à part : le poisson monte, vous faites des faux jerks sur place, et vous accélérez quand il se décide. Notre avis sur le LiveScope revient sur ce débat.

Ferrez, vraiment

Dernier conseil, le plus court : ferrez fort. Pierre voit beaucoup de pêcheurs ne pas ferrer du tout au jerk. Un brochet prend un jerk en travers, sa gueule est dure, et il faut faire glisser le leurre pour que les pointes rentrent ; avec une canne molle, vous ne piquerez pas.

Il termine sur la gestion du poisson : avec du matériel costaud, le combat est court, le poisson est au bateau vite, décroché vite, relâché vite. Si vous rêvez des loughs irlandais, notre dossier sur un voyage de pêche au brochet en Irlande et l’article sur le Baffeur Jerk de Sakura, un autre jerk à billes à animer, prolongent la lecture.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Toute la pêche de Pierre tourne autour de deux leurres : le Buster Jerk 15 cm pour le haut de la couche d’eau, et le Guppie Tail 13,5 cm pour tout le reste, de la bordure à la pleine eau d’hiver. Il complète avec le Big Bandit 20 cm quand les brochets sont sur les brèmes, et descend en taille avec le Buster Swim Bait 13 cm ou un Buster II 12 cm sur les poissons éduqués.

La canne est la BFT 92 SwimBuster, et le reste du montage tient en une ligne : tresse 36 à 40/100, bas de ligne fluorocarbone 100/100 minimum ou titane, deux anneaux brisés, triples montés une taille au-dessus de l’origine.

  • Buster Jerk 15 cm : coulant, hameçons 1/0 d’origine
  • Guppie Tail 13,5 cm : 120 g hors queue
  • Big Bandit 20 cm : 98 g, 1 à 3 m
  • Buster Swim Bait 13 cm : 65 g, 1 à 3 m
  • Buster II 12 cm : 37 g, 0,5 à 1,5 m
  • BFT 92 SwimBuster : 7’9, 40 à 120 g

Questions fréquentes

Quelle canne pour pêcher au jerkbait ?

Une canne casting à action de pointe, raide, autour de 2,30 à 2,40 m, assez légère pour être animée toute la journée. Selon Pierre Monjarret, une canne trop souple fait ressort et le jerk nage en décalé. La puissance se choisit en fonction du poids des leurres, 40 à 120 g pour la plupart des jerks de 12 à 15 cm.

Comment animer un jerkbait pour le brochet ?

Par coups de canne secs et courts, en reprenant le mou au moulinet entre chaque coup. Quand les poissons s’alimentent, insérez de vraies pauses de deux à cinq secondes ; quand ils sont difficiles, c’est au contraire la vitesse qui déclenche. Variez le rythme en permanence plutôt que de répéter la même séquence.

Quel bas de ligne pour un jerkbait ?

Du fluorocarbone de 100/100 minimum ou un bas de ligne en titane. Le jerk se replie sur son bas de ligne à chaque coup de canne, et un fluorocarbone fin finit coupé ou emmêlé dans les triples. Un bas de ligne rigide améliore même la nage du leurre.

À quelle profondeur pêcher au Buster Jerk ?

Le Buster Jerk nage haut, mais cela ne l’empêche pas de pêcher dans 8 à 10 m d’eau. Pierre a constaté au sondeur que les brochets posés au fond montent sur un leurre qui évolue à 1,50 m sous la surface. Pour descendre un peu plus, lestez le bas de ligne en titane plutôt que le leurre.

Jerkbait silencieux ou bruiteur ?

Il n’y a pas de règle liée au vent ou au calme. Le critère qui compte est la pression de pêche : sur un spot où les brochets voient passer des jerks à billes tous les jours, un modèle silencieux, plus petit ou à nage irrégulière fait souvent la différence.

Et maintenant, à vous de jerker

Le jerkbait n’est pas un leurre difficile, c’est un leurre exigeant : la bonne canne, un bas de ligne costaud, des hameçons à la bonne taille, et la volonté de casser son rythme. Le reste, Pierre Monjarret vous le montre dans la vidéo. Si vous aimez ce genre de conseils qui ne tiennent pas dans une story de quinze secondes, la newsletter Friture sur la Ligne arrive chaque jeudi soir dans votre boîte mail, avec des pêcheurs passionnés, de la mauvaise foi assumée et zéro hameçon UV. Inscrivez-vous, ça pique moins qu’un 3/0 dans le pouce.

Le matériel cité dans l'épisode

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Leurre Technique

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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