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Interview

Nelson, carpiste et rouleur de bouillettes : portrait d’un passionné de TikTok

Nelson pêche la carpe depuis ses 14 ans et roule ses bouillettes en direct sur TikTok devant des centaines de spectateurs. Portrait, méthode d'amorçage, choix des appâts et des hameçons : tout ce qu'il explique dans l'épisode.

14 min de lecture

Nelson est carpiste depuis l’adolescence, et il roule ses propres bouillettes depuis à peu près aussi longtemps. Sur TikTok, où il est connu sous le pseudo clubcarpe01, plusieurs centaines de personnes se connectent pour le regarder pétrir, extruder et sécher ses billes en direct. Pas de business derrière, pas de marque à son nom : un passionné qui explique ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et ce qu’il teste. Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, Yann, qui n’est pas carpiste, lui pose toutes les questions d’un néophyte, et les réponses valent pour n’importe qui s’intéresse à la pêche de la carpe et à la fabrication de bouillettes artisanales.

L’entretien a été enregistré pendant un live TikTok, avec le chat en embuscade, et il a été coupé en deux : cette première partie suit le parcours de Nelson et ses convictions sur l’amorçage, le choix des appâts et des hameçons. La seconde, consacrée à la recette et au roulage pas à pas, a donné lieu à un guide complet pour faire ses bouillettes soi-même. Ici, on s’intéresse à l’homme et à sa manière de pêcher, en complément de la vidéo ci-dessus.

Qui est Nelson, le carpiste qui roule ses billes en direct

Nelson a 48 ans au moment de l’enregistrement. Il pêche la carpe depuis ses 14 ans, et c’est aussi à cet âge qu’il a roulé ses premières bouillettes. La raison était simple : dans les magazines de l’époque, tout le monde pêchait à la bouillette, mais on n’en trouvait pas en magasin et, quand on en trouvait, elles coûtaient trop cher pour un collégien. Alors on faisait avec ce qu’on avait, et selon lui, c’était déjà « assez cool ».

Comme beaucoup, il a commencé par la pêche au coup, la tanche au ver de terre, initié par un oncle chasseur et pêcheur, puis par un copain de collège. Il raconte avec tendresse les fiches à collectionner des éditions Atlas, un classeur par type de pêche, qu’on attendait chaque semaine comme une source de savoir avant les VHS et bien avant YouTube. Puis le scénario classique : une casse sur un poisson trop gros, du matériel plus costaud, quelques carpes, et le basculement vers la batterie de cannes.

Il y a eu ensuite une pause de plusieurs années, le temps de construire une maison, et le retour, selon ses mots, « peut-être un peu plus fou qu’avant ». Il pêche aujourd’hui toute l’année, dans les petites rivières autour de chez lui, dans la même région qu’Hubert Lachize, qui a d’ailleurs débarqué dans le chat en cours de live.

Des pêches courtes, mais un amorçage qui dure des semaines

On imagine souvent le carpiste installé pour trois jours sous un biwy. Ce n’est pas le modèle de Nelson, et c’est l’un des passages les plus utiles de l’épisode. Faute de pouvoir partir sur de longues sessions, il fait des pêches rapides, souvent de quatre à six heures, rarement plus de 24 heures. Il lui arrive de pêcher une heure et demie et de repartir. Et parfois, cela fonctionne : il cite des sorties de moins de deux heures avec trois poissons.

Le secret n’en est pas un : tout se joue avant. Nelson se définit comme un amorceur, « un gros consommateur d’appâts » qui, dit-il en souriant, participe au grossissement du cheptel de sa région. Il entretient des zones pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, parfois en y pêchant, parfois sans y poser une canne. L’objectif est de conditionner les poissons d’un secteur à venir s’alimenter là, à considérer cette nourriture comme naturelle et l’endroit comme sûr. Cela implique de choisir des postes peu accessibles : si vous amorcez et que quelqu’un vient pêcher dessus toute la journée, la pression ruine le travail.

Lire une petite rivière comme un canal

Dans ses petites rivières, Nelson observe un comportement proche de celui des canaux : les carpes se déplacent d’un sens à l’autre, avec des heures de passage. Le but est de créer une petite zone où elles trouvent à manger. Elles mangent un jour, deux jours, trois jours, et le quatrième, « il y a autre chose que la bouillette qui les attend ». Avant cela, il faut sonder et gratter les fonds, parce qu’il veut des fonds propres. Et il reconnaît qu’il faut aussi un peu de chance.

Combien amorcer sans gaver les poissons

Si l’on met dix kilos par jour, les carpes n’auront plus faim le jour de la pêche. La réponse de Nelson tient en une règle : mieux vaut en mettre un peu moins, plusieurs fois. Un kilo par jour pendant une semaine pose moins de problèmes que six kilos d’un coup. Il faut estimer le cheptel du bief, même grossièrement, et rester cohérent en quantité comme en type d’appât. Sur un grand fleuve comme le Rhône, en revanche, les passages de poissons sont tels que tout sera nettoyé quoi qu’on mette.

TikTok, les lives de roulage et les partenaires

Nelson vient de la génération Facebook, celle des groupes de roulage où l’on partageait recettes et techniques. Ce qui l’a attiré sur TikTok, c’est la vidéo : plutôt que de répondre par écrit à une question sur une recette, il peut montrer une technique à des dizaines de personnes en même temps. Il insiste sur un point : ce qu’il raconte est sa manière de voir les choses, pas une vérité, et il dit apprendre tous les jours, y compris de son chat.

Sa page est technique, pas du divertissement. Pourtant, les lives de fabrication attirent beaucoup plus de monde que ses lives de pêche, avec des pics autour de 300 spectateurs pour environ 11 000 abonnés. Certains regardent pour le côté atelier et lui demandent au bout de dix minutes ce qu’il est en train de cuisiner. Il n’a jamais cherché à gonfler ses chiffres : il préfère des carpistes et des rouleurs qui s’intéressent vraiment à ce qu’il fait.

Refuser les bouillettes gratuites, accepter un kit à rouler

Côté partenaires, Nelson a d’abord été soutenu par un fabricant artisanal de plombs, et il explique que ce sont surtout des affinités : des gens qui aiment l’artisanal, la qualité et le fabriqué en France. Il a longtemps refusé tous les partenariats bouillettes. Un rouleur veut rouler ses propres appâts, et recevoir des cartons de billes toutes faites ne l’intéressait pas. La seule porte qu’il avait laissée ouverte, c’était un partenaire qui proposerait des produits de roulage.

C’est ce qui est arrivé avec sa marque partenaire, une société française dont deux membres de la team lui ont fait tester des kits à rouler. Le principe, tel qu’il le décrit : un sachet qui contient déjà les farines, les épices, les arômes, plus une fiole d’attractants liquides. Il reste à ajouter dix œufs par kilo et à rouler. Pour lui, cela lève un vrai frein : quand un carpiste veut se lancer, il doit concevoir une recette, commander plusieurs farines chez plusieurs fournisseurs, acheter un kilo de farine de thon quand il lui en faut 200 grammes. Le kit supprime tout cela, et les farines sèches se conservent longtemps. Il présente depuis les produits de roulage de la marque, tout en continuant à rouler lui-même.

Combien de carpistes roulent leurs appâts ? Nelson ne connaît pas de statistique, mais il estime qu’une grosse majorité achète des bouillettes toutes faites, peut-être 10 ou 20 % de rouleurs. Le roulage demande du temps, de la place pour faire sécher, et si vous aimez les billes qui sentent fort, la crevette ou le foie, il vaut mieux disposer d’un bout de garage. Il pense d’ailleurs qu’on roulait davantage dans les années 90 et 2000, quand les bouillettes du commerce étaient plus chères et plus rares.

Il décrit trois profils : celui qui commence à rouler pour des raisons financières, celui qui finira par acheter des appâts artisanaux après y avoir goûté, et celui qui roule par plaisir et par passion, son cas. Le parallèle avec les pêcheurs au leurre qui se lancent dans l’impression 3D de leurres est évident.

Vendre ses bouillettes « sous le manteau » ?

C’est la question qui revient le plus souvent dans ses lives. Nelson prévient que les bouillettes sont considérées comme de la nutrition animale et soumises à la réglementation correspondante. Vendre des appâts sans être déclaré, c’est du travail dissimulé, et l’acheteur n’a aucun recours en cas de problème. Il trouve surtout cela peu correct vis-à-vis des artisans qui sont dans les clous. Lui a tranché depuis longtemps : il a travaillé dans l’automobile, sa première passion, jusqu’à s’en dégoûter, et ne veut pas reproduire le schéma avec la carpe. Il observe d’ailleurs que beaucoup de rouleurs de garage devenus artisans ne pêchent presque plus. Ses copains en galère de billes viennent avec leur farine, et le dédommagement, c’est une côte de bœuf au bord de l’eau et une bouteille de blanc.

Choisir sa bouillette : les convictions de Nelson

Yann se met dans la peau du débutant devant le rayon. Le conseil de Nelson est désarmant : prenez celle qui vous plaît. On a le réflexe de sentir les paquets alors que ce qui compte pour la carpe, c’est la composition et les farines, pas l’arôme. Mais l’arôme joue sur le pêcheur : sans confiance en votre bille, vous pêcherez moins bien. Le parallèle avec le leurre qu’on sort seulement quand tout le reste a échoué, et qui part donc avec un handicap, fait rire les deux interlocuteurs.

Sa formule mérite d’être retenue : une mauvaise bouillette au bon endroit prendra un poisson, une excellente bouillette n’importe où ne prendra rien. Même s’il passe des heures à concevoir les siennes, il estime que la bille représente environ 10 % de la réussite sur une pêche simple. Le paramètre ne devient technique que lorsqu’on travaille l’amorçage et l’accoutumance.

Mimétisme, complémentation ou concurrence alimentaire

C’est le cœur de sa réflexion. Il distingue trois approches dans la conception d’un appât. Le mimétisme : la rivière est pleine de moules, on fait une bouillette à la moule. Pour lui, c’est la moins bonne option, parce qu’une bille au ver de vase ne sera jamais aussi bonne qu’un vrai ver de vase et que la carpe continuera à manger les vrais. La complémentation : analyser ce qu’offre le bief et donner aux poissons ce qui leur manque. La concurrence alimentaire : proposer quelque chose qui les détourne de ce qu’elles mangent d’habitude.

Concrètement, dans un plan d’eau au fond vaseux, pauvre en nourriture naturelle et au cheptel important, il conseille un appât nutritif, carné et protéiné. Dans une rivière riche en corbicules et en dreissènes, quelque chose de plus végétal, apportant des fibres, peut donner de très bons résultats. Il précise que c’est une théorie personnelle, pas une vérité, et que l’inverse peut aussi marcher.

Tailles, saisons et légendes urbaines

Les diamètres vont de 6 à 8 millimètres, la taille d’un grain de maïs, jusqu’à 20, 25 ou 30 millimètres. On entend qu’il faut pêcher petit l’hiver et gros l’été, fruité en été et carné en hiver. Pour Nelson, ce sont des légendes urbaines : il a fait de très belles pêches hivernales avec de gros appâts, et on peut faire un carton en 24 millimètres en plein hiver. Là encore, pêchez avec ce qui vous met en confiance. Sur la composition, il regarde surtout le taux de protéines et de lipides, et évite les recettes trop huileuses en hiver parce que les lipides figent. Son approche rejoint plusieurs des dix conseils pour réussir ses bouillettes de carpe déjà publiés ici.

Hardies, wafters et pop-up : à quoi ça sert

Le rayon carpe permet, selon lui, de dépenser beaucoup d’argent, avec des produits plus ou moins utiles. Il résume les appâts d’eschage, ceux qu’on met sur le cheveu : les hardies, des billes blindées qui résistent plus longtemps aux écrevisses et aux poissons-chats ; les wafters ou balanced, des billes allégées qui restent posées au fond mais entrent plus vite dans la bouche quand la carpe aspire, ce qui améliore le piquage ; et les pop-up, flottantes, qu’il considère plutôt comme des leurres, en montage spinner ou en bonhomme de neige, pour créer quelque chose de visuel qui bouge dans le courant.

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Graines, maïs et sélectivité

Les graines marchent très bien et certains pêchent toute l’année avec. Nelson utilise un peu de tiger nuts, une graine autrefois très sélective mais qui, à force d’être distribuée, prend maintenant aussi des brèmes et des poissons-chats. Il cite le lupin comme un appât intéressant grâce à son gros diamètre. Mais la bouillette reste pour lui l’appât le plus sélectif. Le maïs ramasse tout, et si un banc de brèmes s’installe sur votre poste alors que votre canne a été déposée à 150 mètres en bateau pneumatique, vous êtes vite découragé. La sélectivité n’est pas du mépris pour les autres espèces : c’est la carpe qui est venue chercher. Le sujet du maïs pour la carpe est d’ailleurs traité à part sur le site.

Sur le maïs dur non cuit, question envoyée par SMS pendant le live, il botte en touche avec humour pour ne pas lancer de débat dans le chat. Sa position : mieux vaut tremper et cuire ses graines, avant tout pour l’attractivité. La cuisson a été recommandée à l’origine parce que des plans d’eau se retrouvaient envahis de plantes nées des graines crues. Quant au maïs qui gonflerait dans l’estomac et tuerait les carpes, il n’y croit pas : les péniches de maïs qui laissent des traînées jaunes dans la Saône n’ont jamais provoqué de mortalité constatée.

Et le silure ? Nelson n’a rien contre un de temps en temps : ce sont de beaux combats, et il rêve même d’un albinos en milieu sauvage. Mais quand on en empile cinq ou six en redéposant les cannes à chaque fois, il passe sur un amorçage plus épars.

Montage au cheveu et choix de l’hameçon

Pourquoi ne pas escher la bouillette directement sur l’hameçon, comme un ver au toc ? Parce que la carpe aspire et recrache. Avec un cheveu, ce bout de fil qui dépasse derrière l’hameçon, la bille entre, et quand elle ressort, l’hameçon vient se planter. Fixée dans la courbure, elle entrerait et sortirait sans accrocher. C’est de la mécanique de montage, et Nelson reconnaît que le sujet est encore plus vaste que celui des appâts. Il se décrit comme basique : quelque chose qui pique fort et qui tient bien.

Pour l’hameçon, taille, poids et force du fer s’adaptent au milieu. Dans un secteur encombré où il faudra brider le poisson pour l’empêcher d’atteindre un obstacle, il faut un fer costaud. Dans un petit étang sans aucun obstacle, on peut partir plus fin, plus discret, plus léger. Les tailles vont pour lui du 8 au 0/20 ; en petite rivière, où ses pêches sont souvent un peu fortes, il est principalement en 4, 2 et 1, avec une moyenne annuelle en taille 2. Et quand quelqu’un poste la photo d’un hameçon ouvert en le traitant de camelote, sa réponse est toujours la même : il n’était pas utilisé au bon endroit.

Ce qu’on retient

Premier enseignement : la réussite se construit avant la pêche. Un amorçage régulier, en petites quantités, sur un poste peu fréquenté, vaut mieux qu’un gros dépôt la veille. Deuxième : la bouillette pèse peu dans le résultat tant qu’on ne travaille pas l’accoutumance, et le bon poste compte davantage que la recette miracle. Troisième : raisonnez en complémentation ou en concurrence alimentaire plutôt qu’en imitation. Quatrième : confiance avant tout, dans l’arôme comme dans le diamètre, parce qu’un pêcheur qui doute pêche mal. Cinquième : l’hameçon se choisit selon les obstacles du milieu, pas selon une règle absolue. Pour une autre histoire de passionné qui fabrique lui-même, l’épisode avec RJ Spinning et le montage de cannes fait écho à celui-ci.

Questions fréquentes

Comment amorcer pour la carpe en petite rivière ?

Selon Nelson, il faut d’abord sonder et trouver un fond propre, à l’écart des postes trop accessibles, puis amorcer en petites quantités régulières pendant plusieurs jours. Les carpes de petite rivière se déplacent avec des heures de passage, comme en canal : l’idée est de créer un point d’alimentation qu’elles intègrent à leur circuit avant d’y pêcher.

Quelle taille de bouillette choisir en hiver ?

Il n’y a pas de règle pour Nelson, qui considère le « petit l’hiver, gros l’été » comme une légende urbaine. Il a fait de belles pêches hivernales avec de gros appâts. Choisissez le diamètre qui vous met en confiance et qui reste cohérent avec la taille de votre hameçon.

Faut-il cuire le maïs pour pêcher la carpe ?

Nelson conseille de bien tremper et de cuire les graines, surtout pour les rendre plus attractives. Il doute en revanche de la dangerosité du maïs cru pour les carpes, qu’il range parmi les idées reçues, tout en rappelant que la cuisson évite de voir germer les graines au bord des plans d’eau.

Peut-on vendre ses bouillettes maison ?

Pas sans être déclaré. Nelson rappelle que les bouillettes sont assimilées à de la nutrition animale et encadrées comme telle. Vendre « sous le manteau » relève du travail dissimulé et prive l’acheteur de tout recours. Pour les règles précises, renseignez-vous auprès des organismes compétents.

Quelle taille d’hameçon pour la carpe ?

Les tailles courantes vont du 8 jusqu’au 0/20 d’après Nelson. Lui pêche surtout en 4, 2 et 1 en petite rivière, parce que ses pêches sont engagées. Dans un étang sans obstacle, un hameçon plus fin et plus discret suffit ; dans un milieu encombré, il faut un fer qui tient le bridage.

Pour aller plus loin

Si l’approche de Nelson vous a donné envie de mettre les mains dans la farine, la deuxième partie de l’entretien détaille la recette et le roulage pas à pas. Et si vous préférez qu’on vous apporte les bonnes histoires de pêche sans avoir à pétrir quoi que ce soit, inscrivez-vous à Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés : un e-mail le jeudi soir, roulé à la main, sans œufs ni farine de thon, mais avec tout ce qu’il faut pour sentir bon le bord de l’eau.

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Carpe

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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