RJ Spinning : de TikTok au rod building, le parcours d’un passionné
Romain, alias RJ Spinning, quitte quinze ans de direction de magasin pour vivre du rod building. Portrait d'un tiktokeur pêche qui a choisi la passion plutôt que la sécurité.
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RJ Spinning, de son vrai prénom Romain, fait partie de ces pêcheurs que l’on croise d’abord sur un écran de téléphone. Quelques secondes de session dans le Marais poitevin, un montage de canne en direct, une blague entre deux lancers : son compte TikTok a fédéré quinze mille abonnés sans qu’il n’ait jamais cherché à en faire un métier. Et pourtant, à 39 ans, après quinze années à diriger des magasins de mode, il remet tout à plat pour vivre du rod building, autrement dit la fabrication de cannes à pêche sur mesure.
Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, enregistré en live sur TikTok, Yann reçoit Romain pour un long échange sur son parcours : la bascule de YouTube vers TikTok, ce qu’un pro staff fait réellement pour une marque, la naissance d’un projet de cannes de série, un brochet de 117 centimètres pris à 18 ans et un hameçon planté dans la main au milieu d’une chasse de bars. L’intégralité de la conversation est dans la vidéo ci-dessus ; voici ce qu’il faut en retenir.
Qui est RJ Spinning ?
Originaire de Seine-et-Marne, Romain vit depuis dix ans dans le Marais poitevin, un terrain de jeu à la densité de poissons plutôt confortable. Il s’y définit comme un pêcheur touche-à-tout : tout ce qui a la forme d’un poisson l’intéresse, selon sa propre formule.
La passion lui vient de son père, qui l’a emmené au bord de l’eau très jeune, et d’un oncle mordu chez ses grands-parents. Truite, canne au coup, carpe, puis une canne au vif posée à côté et les premiers black-bass vers 13 ou 14 ans. Une enfance partagée entre le foot du dimanche (son père était entraîneur, impossible d’y couper) et des vacances entières au bord de l’eau avec les copains.
Il gère deux comptes TikTok. Le premier, RJ Spinning, est consacré au lifestyle pêche. Le second, dédié au rod building, est celui sur lequel il mise pour son futur professionnel. Il est aussi pro staff depuis un an chez Rodhouse, l’entreprise bretonne fondée par Goulven Dolle, dont nous avions dressé le portrait.
De YouTube à TikTok : pourquoi il a changé de terrain
Comme beaucoup, Romain a commencé par YouTube. Pas pour devenir youtubeur, précise-t-il, mais pour garder une trace de ses sessions. Le problème est venu du temps : près de dix heures de montage sur certains formats longs, des prises de vue manquantes qui imposent une journée de plus au bord de l’eau. À force, on pense plus à travailler ses vidéos qu’à pêcher, et c’est l’essence même de la pêche qui s’évapore.
TikTok lui est apparu comme un outil plus spontané et nettement moins chronophage. Il ne ferme pas la porte au format long (il pourrait même faire l’inverse un jour et revenir sur YouTube), mais il se sent à sa place sur la plateforme courte.
Romain et Yann tombent d’accord : on ne consomme pas les deux plateformes au même moment. Le soir dans le canapé, on regarde une belle vidéo YouTube. Chez le médecin, on scrolle TikTok. En voiture, on écoute une interview. TikTok, selon Romain, c’est plus personnel : en un swipe, on entre dans l’univers de quelqu’un. YouTube, c’est de la télé.
Le live, l’arme que les autres réseaux n’ont pas
Le point qui revient le plus souvent, c’est la puissance du live. On ne peut pas tricher en direct : tenir une audience pendant des heures en restant soi-même demande une vraie capacité, là où un short refait quarante fois n’a rien de sincère. Romain cite Sombre, le tiktokeur qui l’a recommandé à Yann, et Zébri comme des créateurs capables d’emmener dans leur univers des gens qui ne pêchent même pas. C’est aussi sur ses lives de montage de canne qu’il reçoit le plus de demandes, ce qui explique en partie la suite de l’histoire.
Pro staff : ce que ça veut dire vraiment
Romain est pro staff réseau chez Rodhouse, orienté TikTok et Facebook. Il tient à démonter l’image qu’on se fait de ce statut : ce n’est pas une dotation contre trois photos par-ci par-là. Être pro staff, selon lui, c’est adhérer à une marque, être disponible pour elle, tester les nouveautés, faire des retours, aider ceux qui se lancent dans le montage de cannes et assurer de la communication.
Un principe guide toutes ses collaborations : il ne parle que des produits auxquels il adhère. Il cite Bim Tackle, la marque de Matthias Lothy, dont il utilisait les leurres avant même d’intégrer Rodhouse et dont il fait la promotion gratuitement. Les collaborations arrivent par trois chemins : il démarche au culot, une marque le contacte, ou on le recommande. Il préfère refuser une collab plutôt que d’en faire une pour en faire une.
Sur le tarif, il est transparent : il fonctionne à la dotation, des produits contre de la vidéo et du live. Une grille tarifaire viendra avec sa future société. Quant à la monétisation TikTok, il parle de quelques dizaines d’euros et n’en attend rien.
Le rod building, ou comment on passe de consommateur à créateur
Romain observait le rod building de loin depuis près de cinq ans sans oser franchir le cap. Quand il l’a fait, il y a presque deux ans, il a découvert ce qu’il appelle un univers complètement dingue, devenu une passion parallèle à la pêche.
Le déclic parlera à beaucoup de pêcheurs. À chaque canne achetée dans le commerce, il trouvait quelque chose à redire : des anneaux plus luxueux, une poignée plus longue, du liège ou du carbone à la place de l’EVA, des ligatures rouges plutôt que dorées. Il manquait toujours un petit truc. Puisqu’il est possible de fabriquer sa propre canne, pourquoi ne pas avoir enfin un outil adapté à sa pêche et au look qu’on veut ?
Il en retient une philosophie claire. La canne parfaite n’existe pas dans l’absolu : elle est à l’image de celui qui la tient. En revanche, une bonne canne est conçue pour un, deux ou trois types de pêche maximum. Une canne polyvalente est une canne moyenne un peu partout ; pour l’excellence sur une technique, il faut une canne bien typée. Si vous hésitez entre plusieurs modèles, notre guide pour choisir sa canne à pêche détaille les critères qui comptent.
Ses deux cannes du moment
Sa canne préférée est montée sur un blank NFC, le DS 721 X-Ray, pensé pour le drop shot mais assez polyvalent pour ses pêches fines : petits leurres en Ned rig, en drop shot, en tête plombée ou en micro jig. C’est le blank dont il est tombé amoureux. La seconde, sur un blank Stackman 724, est ultra légère et très résonnante : il l’emmène pour le sandre, le jerk minnow ou le top water, en kayak comme du bord, avec un design qu’il a dessiné lui-même. C’est tout l’intérêt du sur-mesure.
Le projet : des cannes de série et une micro-entreprise
Romain développe deux cannes de série qu’il proposera d’abord à sa communauté TikTok, avant éventuellement de les ouvrir à tous. Il reste discret sur les détails, mais vise une présentation en début d’année. À côté, il proposera du sur-mesure pour ceux qui veulent une canne à leur image avec les meilleurs composants du marché.
Il se concentrera sur ce qu’il sait faire de mieux : les cannes carnassier pour les pêches françaises en eau douce, avec un peu de mer. Yann lui propose au passage une mise en relation avec Mathieu Cabar, spécialiste de la truite en lac, qui a développé des cannes très spécifiques pour la cuillère et que Romain cite parmi les pêcheurs qui l’inspirent.
La structure envisagée est une micro-entreprise réunissant rod building, réparation de cannes et réseaux sociaux. Et si ça ne marche pas ? Il cherchera un boulot à côté, ou repartira dans ce qu’il sait faire de mieux. Qui ne tente rien n’a rien.
Quinze ans dans la mode, puis le choix de la passion
À l’école, Romain se décrit comme flemmard : la moyenne partout sans ouvrir un cahier. Son père lui a dit de faire quelque chose de sa peau, mais côté pêche, seule la pisciculture semblait envisageable. Il a choisi la mode. Entré comme vendeur en alternance, il s’est pris au jeu : ce métier l’a aidé à sortir de sa coquille. De fil en aiguille, il est devenu directeur de magasin, poste occupé pendant près de quinze ans.
Et puis il a changé de direction. Le raisonnement est sans détour : à 39 ans, s’il y a quelque chose à faire, c’est maintenant. Mieux vaut essayer que d’arriver à 50 ans en se disant qu’on aurait pu faire mieux. Yann, qui s’est lui-même lancé à son compte, résume l’affaire avec une formule d’un ancien client : ce n’est pas mieux, ce ne sont pas les mêmes emmerdes.
Ce que TikTok lui a apporté
Ce que ces années de contenu lui ont apporté ? D’abord des amis. Ce qui l’anime, dans son ancien métier comme sur les réseaux, c’est le contact humain. La vidéo qui l’a le plus marqué le montre bien. Un jour, près de chez lui, un père est venu le voir avec son fils qui voulait le rencontrer depuis longtemps. Romain lui a donné quelques leurres qui fonctionnent sur le secteur, a pris sa canne pour lui montrer l’animation, a eu une touche et lui a passé la canne. Le gamin a sorti le poisson, en direct. Il avoue avoir été ému. Yann remet les chiffres en perspective : quinze mille abonnés, c’est une belle ville de province qui vous suit.
Regrets ? Aucun, parce qu’il n’a jamais rien fait sous la contrainte. Il assume de passer de la vidéo sérieuse à la déconnade, parce que c’est lui. Son conseil aux créateurs tient en une phrase : ne vous prenez pas la tête, faites ce que vous aimez, restez vous-mêmes.
Drama ou beau contenu ?
Yann a l’impression que sur TikTok, ce qui marche, c’est le clash. Romain n’est pas d’accord : selon lui, les plus belles vidéos font parfois dix fois plus de vues qu’un drama. Une prise de position génère de l’interaction, certes, mais c’est l’émotion, plus que le conflit, qui déclenche les commentaires.
Le pêcheur derrière le compte
Son poisson préféré est la perche, mais il pratique le grand chelem : brochet en début de saison, bar en attendant l’ouverture du black-bass, puis bass, perche, beaucoup de chevesne, et parfois la carpe au feeder. Sa pêche préférée, s’il ne devait en garder qu’une, serait le BFS (Bait Finesse System) : pour les sensations, et parce que sur les petits milieux le leurre reste plus longtemps dans l’eau, donc on a mécaniquement plus de chances de faire du poisson.
Côté records, il dit préférer vingt perches de 30 à cinquante sorties pour un poisson de 55. Mais il admet être bloqué depuis longtemps : brochet à 117 centimètres, perche à 53, black-bass à 54. Le brochet de 117, il l’a pris à 18 ans, au vif, sur la Seine, avec un caillou posé sur la ligne en guise de détecteur de touche parce que les péniches faisaient plonger son bouchon. Sous l’adrénaline, il a passé la canne à un ami d’enfance, qui a laissé le poisson filer dans les herbes. Il a récupéré la canne, sorti le poisson, et les deux se sont serrés dans les bras. Yann en tire une leçon : faire un métré trop tôt, c’est courir derrière toute sa vie.
Sa plus grande galère : au milieu d’une chasse de bars en bateau, un poisson qui se décroche, le leurre qui remonte et un hameçon planté dans la main. Son compagnon lui a laissé le choix entre l’enlever tout de suite ou les urgences. Il a serré les dents, pris la pince, et passé vingt minutes blanc comme un linge au fond du bateau.
Parmi les techniques qu’il aimerait apprendre, le surfcasting arrive en tête, d’autant qu’on peut monter ses propres cannes de surf. Plus il vieillit, plus la passion grandit.
Ses trois leurres pour la vie
Yann impose la règle : trois leurres jusqu’à la fin de ses jours. Le numéro un est le Jaguar 2.2 de Bim Tackle, un leurre à Ned rig qu’il qualifie de machine à faire du poisson, sous-estimé alors que la technique existe depuis les années 1980. Il prend avec du chevesne, de la perche, du black-bass et même du brochet ou du sandre. Notre guide du Ned rig explique comment la mettre en œuvre.

Le numéro deux est un grand classique, le One Up Shad de Sawamura, qu’il dit utiliser pour toutes ses pêches et qu’il assume comme un choix très classique.
Le numéro trois lui demande une hésitation entre deux leurres Reins. Il finit par trancher pour le Kick Ringer, dans les petites tailles.

Et le meilleur leurre à brochet, question envoyée par Sombre pendant le live ? Il n’y en a pas, répond Romain : il y a des leurres différents selon la zone, la turbidité, la luminosité, la pression et l’envie du pêcheur. Son père lui disait que le meilleur leurre, c’est celui qui est dans l’eau. Et il a son propre dicton : on propose, ils choisissent.
Pêcher sur un pont, c’est interdit ?
Quand Yann lui demande une question à poser à David, garde-pêche invité de l’épisode suivant, Romain n’hésite pas : à chaque fois qu’il pêche au-dessus d’un pont, quelqu’un vient lui dire que c’est interdit. Il a appelé sa fédération et affirme que c’est faux, mais souhaite qu’un garde le dise publiquement. Le bon réflexe, dans tous les cas, reste de vérifier auprès de votre fédération ou de votre AAPPMA. La réponse de David est dans son épisode consacré au métier de garde-pêche.
Ce qu’on retient
Une canne polyvalente est une canne moyenne : pour l’excellence sur une technique, il faut un outil typé pour une, deux ou trois pêches maximum. Le rod building répond précisément à ce petit truc qui manque toujours sur une canne du commerce.
Le pro staffing n’est pas une dotation contre des photos, mais une relation de travail avec une marque, qui ne tient que si l’on adhère sincèrement aux produits. Romain préfère refuser une collab plutôt que d’en faire une par obligation.
Sur TikTok, la sincérité se mesure en live. Faites ce que vous aimez, publiez beaucoup, passez sur les lives des autres pour vous faire connaître. Le drama ne construit rien ; l’émotion, oui.
Il n’y a pas de meilleur leurre, seulement des leurres adaptés à un jour et à un endroit. Mais si vous ne deviez en garder qu’un, un petit leurre à Ned rig fait du poisson sur à peu près toutes les espèces. Et comme Baptiste Verger, que Romain cite comme une machine à faire du poisson, le montre à sa manière, la perche reste un formidable terrain d’apprentissage.
Questions fréquentes
Qui est RJ Spinning ?
RJ Spinning est le pseudonyme de Romain, un pêcheur de 39 ans installé dans le Marais poitevin et actif sur TikTok, où il partage ses sessions et ses montages de cannes. Pro staff Rodhouse, il développe un projet de cannes de série et de sur-mesure sous un second compte dédié au rod building.
Qu’est-ce que le rod building ?
Le rod building consiste à fabriquer soi-même une canne à pêche à partir d’un blank nu, en choisissant les anneaux, la poignée, le porte-moulinet et les ligatures. L’intérêt est d’obtenir une canne parfaitement adaptée à sa pêche et à ses goûts, avec des composants qu’on ne trouve pas forcément sur les modèles du commerce.
Pourquoi construire sa canne plutôt que l’acheter ?
Selon Romain, une canne du commerce laisse presque toujours un petit regret : anneaux, longueur de poignée, matériau, couleur des fils. Monter sa canne permet de régler chacun de ces détails et d’obtenir un outil typé pour une ou deux techniques précises, plutôt qu’un modèle polyvalent qui fait tout moyennement.
Que fait un pro staff pour une marque de pêche ?
Un pro staff adhère à une marque, teste ses nouveautés, fait des retours, aide les clients qui débutent et communique sur les réseaux. Dans le cas de Romain, la relation fonctionne à la dotation : des produits contre de la vidéo et du live, sans rémunération en argent.
Comment réussir sur TikTok quand on parle de pêche ?
Le conseil de Romain tient en quelques mots : faire ce qu’on aime, publier un maximum, faire beaucoup de lives et passer sur ceux des autres pour se faire connaître. Les gens viennent sur TikTok pour découvrir la personne derrière l’écran, donc rester soi-même compte plus que n’importe quelle recette.
Pour aller plus loin
Le parcours de Romain rappelle qu’on peut changer de vie à 39 ans sans tout brûler derrière soi. Ses deux comptes TikTok, @rjspinning et @rjroad, sont le meilleur endroit pour suivre la sortie de ses cannes de série.
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