Garde de pêche : ce qu’on ne vous dit pas sur le métier, les contrôles et les amendes
David, garde de pêche bénévole, raconte sans filtre le métier : formation, pouvoirs réels, déroulé d'un contrôle, amendes, réciprocité des cartes et anecdotes musclées. De quoi pêcher sans boule au ventre.
Le garde de pêche est sans doute le personnage le plus fantasmé du bord de l’eau. On le croit armé, on le croit payé, on pense qu’il peut fouiller votre sac ou vous verbaliser pour une carte oubliée dans la voiture. Dans le doute, beaucoup pêchent avec une petite boule au ventre.
Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, Yann reçoit David, garde de pêche bénévole rattaché à une fédération départementale du Grand Est depuis six ou sept ans, qui, visage masqué, répond pendant plus d’une heure et demie aux questions du chat. Moniteur de cuisine auprès de personnes en situation de handicap dans la vie, il sort le soir et le week-end contrôler les lots dont il est commissionné, et il raconte le métier sans langue de bois.
Voici l’essentiel de la vidéo ci-dessus mis au propre. Avertissement : ce que dit David engage sa pratique et ses connaissances de garde bénévole. Pour le détail qui s’applique chez vous, le site de votre fédération départementale et votre AAPPMA restent la seule référence.
Qui est David, garde de pêche bénévole
David a commencé comme tout le monde : en râlant sur les réseaux sociaux. Jusqu’au jour où il a compris que râler ne faisait rien avancer. Il s’est investi dans plusieurs AAPPMA, et de fil en aiguille, une association cherchait un garde. Après un an sur une petite AAPPMA locale, il est devenu garde fédéral. Il insiste : en tant que bénévole, il a exactement les mêmes prérogatives et le même pouvoir de verbalisation qu’un garde salarié. Ce qui change, c’est le rythme. Pas de volume d’heures, pas de planning : un week-end d’ouverture peut représenter quinze à vingt heures de terrain avec le 4×4 de la fédération, et certaines semaines, rien du tout.
OFB, gardes fédéraux, gardes d’AAPPMA : qui fait quoi
Première confusion à lever : quand un pêcheur parle des « fédéraux armés », il pense en réalité à l’OFB, l’Office français de la biodiversité, la police de l’environnement. C’est un service de l’État, armé, compétent sur toutes les eaux libres du département.
Les gardes fédéraux et les gardes d’AAPPMA ne sont pas armés et ne peuvent intervenir que sur les lots pour lesquels ils sont commissionnés : ceux de leur association ou, pour un garde fédéral, les parcours de la fédération. Un garde ne peut donc pas contrôler quelqu’un qui pêche sur un tronçon privé dont le propriétaire a gardé le droit de pêche. Là, seule l’OFB est compétente.
Devenir garde-pêche : la formation et les conditions
Selon David, tout le monde peut devenir garde de pêche. La formation se passe en fédération sur deux samedis : un module juridique, qu’il qualifie lui-même d’un peu barbant, et un module terrain avec les procédures et une sortie de mise en situation. Court, mais le vrai apprentissage se fait ensuite, contrôle après contrôle. Une condition non négociable : le casier judiciaire doit être vierge, une enquête est menée avant la prestation de serment.
Ce qu’il n’y a pas, c’est une formation aux situations tendues. Pas de lacrymogène, pas d’arme : le préfet a dit non. Si David sent qu’une intervention peut dégénérer, il n’y va pas seul, ou il appelle le 17 comme n’importe quel citoyen. Il estime qu’entre 10 et 20 % de ses contrôles sont tendus, et qu’à chaque fois ou presque, gendarmerie ou police se sont déplacées. Armer les gardes ? Non franc : il craint que certains collègues au tempérament de cowboy montent au contact là où il faudrait reculer. Un bénévole ne met pas sa vie en danger pour une histoire de pêche.
Contrôle garde de pêche : comment ça se passe et ce que vous pouvez refuser
Un bon contrôle commence par un bonjour, dit David. Lui demande d’abord si ça mord. La carte vient après.
Les conditions pour qu’un contrôle soit valable
Selon David, un pêcheur peut refuser un contrôle dans ces cas :
- Vous devez être en action de pêche. Un pêcheur qui se promène au bord de l’eau avec une canne à la main ne peut pas être contrôlé.
- Le garde doit porter un signe distinctif, ne serait-ce qu’une casquette avec le sigle. Un garde en tenue de pêcheur ordinaire ne peut pas vous contrôler.
- Le garde doit pouvoir présenter son arrêté préfectoral de commissionnement, qui précise les lots où il est habilité. S’il refuse, ou s’il est commissionné sur l’AAPPMA voisine, vous pouvez refuser.
Pièce d’identité, sac, glacière : ce qu’il peut demander
Le garde n’a pas le droit d’exiger une carte d’identité. En cas d’infraction, il demande une pièce permettant de justifier votre identité, nuance que David souligne. Si votre carte de pêche porte une photo, elle suffit. Sinon, il demande simplement la date de naissance : celui qui ne la connaît pas n’est probablement pas le titulaire.
Côté matériel, tout contenant peut être contrôlé : glacières, sacs, boîtes, coffres de bateau. Le garde compte les hameçons sur les leurres et vérifie les modes de pêche en période de fermeture. Mais, comme la police, il ne fouille pas lui-même : il vous demande d’ouvrir. Vous pouvez refuser, auquel cas il se réserve le droit d’appeler le 17. En sept ans, personne n’a jamais refusé d’ouvrir.
Contester une amende
Le procès-verbal part au procureur de la République, à la fédération et au président de l’AAPPMA. La fédération propose ensuite une transaction amiable. Selon David, on ne conteste pas auprès d’elle : on refuse la transaction, et l’affaire passe devant le juge. Démarche compliquée, à tenter surtout quand on ne reconnaît pas les faits.
Prévention ou répression : la philosophie de David
Pas de code de déontologie formel : David décrit une ligne personnelle, que tous les gardes ne partagent pas. Les récidivistes, il verbalise. Pour les autres, il fait preuve de discernement.
Le cas le plus parlant est celui du père qui pêche sans carte à côté de son gamin qui, lui, en a une. David ne verbalise pas : il explique au papa ce qu’il risque, et il repart. Même chose, plus surprenant, pour un père surpris en réserve avec de jeunes enfants. Sa raison : un gamin qui voit son père verbalisé par « la police de l’eau » risque d’être dégoûté pour longtemps, et les enfants sont l’avenir de la pêche. Il préfère de loin les voir avec une canne qu’avec une console.
À l’inverse, celui qui l’insulte voit tout le déroulé du contrôle consigné dans le PV, noms d’oiseaux compris, ce qui pèse ensuite sur le montant.
Tailles légales, no-kill, espèces nuisibles : les règles que les pêcheurs mélangent
Mesurer un poisson
Bouche fermée, de l’extrémité du bec à l’extrémité de la nageoire caudale ; bouche ouverte, on gagne jusqu’à deux centimètres sur un brochet. Pour ceux qui coupent la tête d’un poisson avant de le ranger dans la glacière : David considère qu’il ne faisait pas la maille, et là, pas de pardon.
Où trouver la bonne règle
Le premier réflexe, selon David, c’est le site de votre fédération départementale, pas celui de la fédération nationale. Chaque département a ses règles, fixées par arrêté préfectoral, avec en général un onglet dédié et une carte interactive des réserves. Les panneaux au bord de l’eau finissent dans la flotte en une journée : leur absence ne vous protège pas.
Point méconnu : selon David, un règlement intérieur d’AAPPMA n’a de valeur juridique que s’il s’appuie sur un arrêté préfectoral. Si une association affiche une maille à 70 cm pour le brochet alors que l’arrêté départemental dit 60, le pêcheur qui prélève à 60 n’est pas en infraction. Même raisonnement pour le no-kill : inscrit dans un arrêté, il s’impose ; « recommandé » ou purement associatif, il reste une recommandation.
Nuisibles, invasives et appâts interdits
David distingue les nuisibles (poisson-chat, perche-soleil, écrevisses américaines), dont le transport vivant est interdit, et les espèces exotiques envahissantes, dont la carpe amour. Sur ce sujet qui fâche, il explique que, selon la règle telle qu’il la comprend, un poisson pris en eau libre ne devrait pas être remis à l’eau. Mais il ne verbalise pas sur ce point : il informe. L’épisode avec Younes Gonzales sur son arrêt de la pêche à la carpe donne un autre angle sur le no-kill.
Rappel utile pour les pêcheurs au vif : selon David, on ne peut pas utiliser comme vif un poisson soumis à une taille légale de capture, même s’il fait la taille, ni un nuisible (voir la réglementation de la pêche au vif). Le silure, lui, se pêche de jour en période de fermeture des carnassiers, aux appâts carnés ; son statut est discuté dans le silure est-il un nuisible ?
Cartes de pêche et réciprocité : enfin une explication claire
C’est le moment où le chat décroche, et David le sait. Pourtant la logique tient en quelques lignes. Votre carte comprend une cotisation à l’État qui vous donne le droit de pêcher sur tout le domaine public (fleuves, rivières domaniales, canaux), partout en France, mais à une seule ligne. Pour plusieurs lignes et pour les lots des associations, tout dépend d’où votre carte a été prise.
Les grands accords réciprocitaires (EHGO, URNE, CHI) permettent à une carte interfédérale de pêcher sur les lots des AAPPMA réciprocitaires des départements adhérents. Mais certains territoires restent à part : David cite l’Ardèche et la Lozère, la Savoie et la Haute-Savoie, et le Jura. Pour y pêcher hors domaine public, il faut une carte prise sur place. Et même dans votre département, une AAPPMA non réciprocitaire exige sa propre carte.
Sur la carte elle-même, un pictogramme résume tout : la carte de France avec un bouchon signale la réciprocité nationale, deux cercles la réciprocité départementale, un bouchon dans un cercle une carte valable uniquement sur l’AAPPMA d’achat. La carte découverte femme ouvre la réciprocité à une seule ligne, les cartes jeunes à plusieurs lignes.
Bonne nouvelle : David avoue ne pas verbaliser la pêche hors réciprocité, pourtant passible de 450 euros maximum, tant le système est illisible. Il explique et fait arrêter la pêche.
Carte oubliée à la maison ? Les gardes disposent d’une application qui lit le QR code et retrouve l’adhérent par nom, prénom et date de naissance. L’infraction pour non-présentation existe toujours, mais David la juge dépassée et refuse de l’appliquer.
Droit de passage, ponts, barrages, leurres toute l’année
Les réponses de David aux questions récurrentes du chat, toujours à vérifier localement :
- Droit de passage : sur les lots de pêche, une bande de 3,25 m depuis le bord de l’eau reste accessible au pêcheur. Un riverain qui a gardé son droit de pêche peut en revanche vous interdire l’accès, même sans panneau.
- Pêcher depuis un pont : autorisé par défaut, sauf arrêté préfectoral ou municipal, fréquent sur les axes dangereux.
- Barrages et seuils : une seule ligne sur les 50 premiers mètres en aval, pas de restriction en amont. Les écluses sont souvent classées en réserve, mais pas toutes.
- Leurres toute l’année : pas partout. Pendant la fermeture du brochet, certains départements tolèrent de petits leurres, d’autres interdisent tout leurre souple, teignes en plastique comprises. Un leurre autorisé dans le département voisin peut être un mode prohibé chez David, à 450 euros maximum.
Les amendes : classes, montants et cumul
Ce n’est ni le garde ni l’AAPPMA qui fixe le montant : c’est la fédération, dans la limite des maximums du code de l’environnement. Les infractions vont de la 1re à la 5e classe, au-delà c’est un délit. Les repères donnés par David :
- C1, jusqu’à 150 euros : non-présentation de la carte, par exemple.
- C3, jusqu’à 450 euros : la grande majorité des infractions (poisson hors taille, pêche en période de fermeture, mode prohibé, non-respect d’un arrêté, maintien en captivité d’une carpe).
- C4, jusqu’à 750 euros : pêche de nuit.
- Pêche sans carte : cumul d’une C2 et de deux C3, soit 1 050 euros maximum.
Les infractions se cumulent, et David a déjà dressé un PV à six infractions. Les plus fréquentes sur son secteur : la pêche sans carte et la pêche en dehors des heures autorisées. Quant aux infractions filmées et postées sur les réseaux, un garde ne peut rien faire a posteriori, mais l’OFB peut s’en saisir.
Vingt braconniers et une nuit à la belle étoile
L’anecdote la plus chaude de sa carrière se passe vers minuit. En voiture, il remarque des bouteilles flottant sur la rivière. Demi-tour : ce sont les flotteurs d’un filet tendu en travers du cours d’eau, une centaine de mètres, avec une barque pleine de filets à côté. Les pêcheurs, une vingtaine, sont d’abord très aimables, puis s’énervent quand ils comprennent que les cinq gardes ne lâcheront pas. Appel au 17, intervention du PSIG, contrôle terminé vers 4 h 30 du matin.
Côté pêcheur, il raconte une journée sur le Doron, en Haute-Maurienne, où son binôme et lui, grisés par les truites, sont montés trop haut pour redescendre avant la nuit : couverture de survie, barres de céréales, nuit en waders et sept heures de descente le lendemain.
LiveScope et braconnage : les convictions d’un garde
Un bon garde est-il un bon braconnier ? David a fait ses bêtises à quinze ans, il y a prescription. Il en retient une chose : pour être un bon garde, il faut penser comme les braconniers.
D’où sa méfiance envers le sonar en temps réel. Il ne demande pas son interdiction, mais il voit « le verre à moitié vide » : des nids de sandres repérés au mètre près, et une dérive qui, selon lui, finira par arriver entre de mauvaises mains. Déformation du métier, reconnaît-il. Le débat a aussi été posé dans LiveScope : révolution ou mort de la pêche ?
Enfin, un message qu’il répète : chaque pêcheur est une sentinelle. Garde d’AAPPMA, fédération, OFB, gendarmerie ou police municipale, appelez dès que vous constatez un braconnage ou une pollution. Si rien ne bouge, un courrier au procureur de la République redescend au service compétent. Ce n’est pas de la délation, c’est ce qui limite réellement le braconnage.
Ce qu’on retient
- Un garde bénévole a les mêmes pouvoirs qu’un salarié, mais seulement sur les lots où il est commissionné ; l’OFB est la seule police armée et compétente partout.
- Un contrôle suppose que vous soyez en action de pêche et que le garde porte un signe distinctif et puisse présenter son arrêté de commissionnement.
- Avant de pêcher dans un nouveau département, lisez les arrêtés préfectoraux sur le site de la fédération.
- La réciprocité se lit sur le pictogramme de votre carte ; hors accord, prenez une carte locale, sauf sur le domaine public à une ligne.
Questions fréquentes
Comment devenir garde de pêche ?
Selon David, il faut se rapprocher d’une AAPPMA ou de sa fédération départementale, qui organise la formation sur deux samedis (un module juridique, un module terrain), puis prêter serment après une enquête de moralité. Le casier judiciaire doit être vierge. Bénévole ou salarié, le garde a ensuite les mêmes pouvoirs de verbalisation sur les lots où il est commissionné.
Un garde de pêche peut-il fouiller mon sac ?
Il peut vous demander d’ouvrir vos contenants (sac, boîte, glacière, coffre de bateau) pour contrôler poissons, leurres et modes de pêche, mais il ne fouille pas lui-même. Vous pouvez refuser, auquel cas le garde peut faire appel aux forces de l’ordre. Dans la pratique, David n’a jamais rencontré de refus.
Peut-on refuser un contrôle de garde-pêche ?
D’après l’épisode, oui dans trois cas : si vous n’êtes pas en action de pêche, si le garde ne porte aucun signe distinctif, ou s’il ne peut pas présenter son arrêté préfectoral de commissionnement couvrant le lot où vous pêchez. En dehors de ces cas, refuser un contrôle n’a aucun intérêt et expose à une intervention de la gendarmerie.
Quelle amende pour pêche sans carte ?
David explique que pêcher sans carte cumule trois infractions (une de 2e classe et deux de 3e classe), pour un maximum théorique de 1 050 euros. Les montants réellement proposés par la fédération en transaction amiable sont en général bien inférieurs, mais ils dépendent des circonstances et de l’attitude du pêcheur lors du contrôle.
Que peut faire un garde de pêche contre une pollution ?
Rien directement : ses prérogatives s’arrêtent à la police de la pêche. Il signale à l’OFB, qui est compétente pour enquêter et sanctionner. Chaque pêcheur peut faire de même, et saisir le procureur de la République par courrier si les signalements restent sans suite.
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