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Interview

Tim Fish : de YouTube à agent de développement en fédération de pêche

Youtubeur pêche depuis l'âge de 12 ans, Tim Fish refuse d'en faire un métier et vise un poste d'agent de développement en fédération. Revenus, format brut, compétition, pêche au live et top 5 des leurres du bord : son parcours sans filtre.

9 min de lecture

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Tim Fish fait partie des pionniers du YouTube pêche français, et pourtant il refuse d’en faire un métier. Timéo, de son prénom, a 23 ans, vit à Blois et filme ses sessions de street fishing depuis l’âge de 12 ans. Certaines de ses vidéos dépassent les 300 000 vues, des marques le suivent, et il a choisi de viser un poste d’agent de développement en fédération de pêche plutôt que de vivre de sa chaîne.

C’est ce parcours à contre-courant qu’il raconte dans l’épisode ci-dessus, une interview d’une heure réalisée en direct sur TikTok par Yann pour La Grange de Tom Sawyer, à l’initiative de deux créateurs de la plateforme, Sombre et Pike Mike. Revenus dévoilés sans tabou, formation, format brut, compétition, pêche au live, top 5 des leurres du bord : Tim ne contourne aucune question.

Les débuts de Tim Fish : des minéraux aux premières perches

Avant la pêche, il y a eu les cailloux. Enfant, Tim avait envie de partager quelque chose sans savoir quoi, alors ses premières vidéos portaient sur les minéraux, les fossiles et les coquillages qu’il collectionnait. La bascule se fait le jour où il obtient le droit d’aller au bord de l’eau sans ses parents. Il filme alors ce qu’il peut : des sessions du bord, en ville, sans montage ni fil conducteur.

Son inspiration, il la cite sans hésiter : Manu Fishing, l’un des premiers youtubeurs pêche sur lesquels il est tombé, avec ses pêches du bord en Loire, sans quarante séquences, et des combats en ultra-léger qu’il trouvait incroyables. Dans la même veine, Raymanou Fishing. La passion elle-même, il la décrit comme instinctive : ses grands-pères l’ont emmené quelques fois vers 3 ou 4 ans, ses parents ne pêchaient pas, et c’est lui qui harcelait pour qu’on le conduise au bord de l’eau.

Vivre de YouTube ? Les chiffres sans filtre

C’est la question que tout le monde se pose et que peu de youtubeurs acceptent de traiter. Tim n’a « absolument aucun tabou » sur le sujet. Depuis qu’il a repris un rythme de publication, les vues YouTube lui rapportent environ 700 à 800 euros par mois. TikTok vient en complément, mais « ça ne rapporte pas grand-chose ». Il ajoute trois ou quatre partenariats mensuels, et l’ensemble lui fait, grosso modo, un SMIC. En y travaillant à plein temps, et de façon transitoire : il vient de terminer une formation, il s’est réinscrit dans un autre cursus, et sa chaîne paie l’intervalle.

Yann lui demande pourquoi il n’a pas creusé cette piste quand ses vidéos décollaient, en suivant la voie de chaînes très professionnalisées comme Bar d’écume. La réponse tient en une phrase : « Avant d’être youtubeur, je suis pêcheur, et ce qui me plaît dans la pêche, c’est pêcher. » Il ne se voit pas enchaîner des semaines de tournage puis de montage. Pas par mépris, il insiste, il n’a simplement ni cette envie ni cette patience. Quand il voit un poisson, « jamais de la vie » il s’empêche de le tenter pour faire un plan.

Devenir agent de développement en fédération de pêche

Le vrai projet, c’est la fédération. Le métier d’agent de développement, tel qu’il le décrit dans sa fédération départementale, comporte trois volets : l’animation, la garderie et la communication. Pendant son année en alternance, il a produit des TikTok et des posts Instagram pour la fédération : ses années de YouTube deviennent une compétence parmi d’autres.

Son parcours de formation n’a rien de linéaire. Deux ans de BTS GPN (gestion et protection de la nature), raté. Une formation de guide de pêche en Bretagne dans la foulée, et le BTS repassé en candidat libre la même année : les deux diplômes en poche. Il a ensuite ajouté un certificat de direction d’accueil collectif de mineurs, indispensable si une fédération veut organiser un camp de pêche avec hébergement, et utile pour rebondir vers l’animation si un jour il change de domaine. Ce qui l’attire, c’est la transmission réelle, au contact direct des pêcheurs. Le portrait de Jérémy Grandière, lui aussi en fédération, montre ce travail au quotidien.

Ce que YouTube lui a apporté

Si YouTube n’est pas sa vocation, partager en est une : montrer ses sessions « un petit peu à l’arrache », ses compétitions, et surtout motiver des gens à prendre une carte de pêche. Sur le plan personnel, il va plus loin : sa chaîne est « l’une des meilleures choses » qui lui soit arrivé. Enfant, il manquait de confiance en lui, et il évoque des problèmes d’articulation, cinq ans d’orthophonie sans résultat. Parler devant une caméra, puis prendre le micro sur des salons, l’a forcé à travailler l’oral.

Brut jusqu’au bout : ni description, ni SEO

Yann a remarqué que certaines vidéos n’ont même pas de description. Tim confirme : comme il pêche avec la canne qu’il arrive à sortir de son coffre et change de moulinet à chaque sortie, détailler le matériel à chaque fois le fatiguait. Il sait que descriptions et tags jouent sur le référencement, il cite Constantin, de Bar d’écume, comme quelqu’un qui a compris très vite l’algorithme, mais lui n’a pas voulu s’embêter avec ça. Si demain ses vidéos ne font plus que 1 000 ou 2 000 vues, « en vrai, c’est pas grave ».

Street fishing, pain au lait et compétition

Le fil rouge de la chaîne, ce sont des pêches accessibles : pêche au ver, pêche au pain, street fishing du bord. Non pas par calcul, mais parce que c’étaient les seules pêches possibles pour un pêcheur sans embarcation, et les spectateurs peuvent reproduire la même chose chez eux. La fameuse vidéo au pain au lait l’illustre : les chevesnes boudaient les leurres, son ami sort son casse-croûte, une boulette part à l’eau, les chevesnes se jettent dessus, et la session se termine au pain. « Je n’ai pas ce problème d’ego de me dire qu’il faut absolument que je pêche avec des gros leurres. »

La compétition est arrivée il y a trois ou quatre ans. Il a aimé l’exigence : chercher l’ajustement qui permet de prendre des poissons difficiles. Au début, chaque épreuve impliquait un préfishing la veille ; aujourd’hui, les parcours de street fishing se répètent et, selon la saison et la pression de pêche, il sait où les poissons se replient. Sur le circuit officiel, il est plus réservé : il a participé une ou deux fois à des manches FFPS, mais il explique ne pas adhérer à la façon dont les championnats de France sont organisés, en précisant qu’il s’agit d’un avis strictement personnel qu’il préfère ne pas détailler.

Un silure de 2,40 m devant chez lui et un sandre dans un ruisseau

Son souvenir le plus fort est récent : un silure de 2,40 m pris du bord, au leurre, en pleine ville, devant le pont Jacques-Gabriel à Blois, face à chez lui. Pour un pêcheur du bord c’est le graal, et surtout c’est la manière dont il voulait faire un record : en street fishing, sur une zone surpêchée où les silures « ont bac + 10 ». Il y tient : la façon de prendre un poisson compte plus que le poisson. Ses deux plus gros brochets, 102 et 106 cm, viennent d’un plan d’eau privé, et ce ne sont pas ceux dont il est le plus fier. Il précise qu’il ne vise ni les pêcheurs au vif ni personne : une préférence, pas un jugement.

La vidéo qui représente le mieux sa chaîne est aussi la plus vue. Il pêchait de petites perches dans un ruisseau d’un mètre de large, avec un leurre d’à peine 1,5 pouce, et il tombe sur un sandre de 80 cm qu’il prend à vue, en ultra-léger, sur un nylon de 3 kg de résistance. Des milieux minuscules, un matériel léger, et de beaux poissons quand même : tout est là.

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Le chevesne, les ports et la pêche à vue

Son poisson préféré n’est pas le plus beau : le chevesne. Pas n’importe lequel, le chevesne suréduqué des spots très pêchés, qui, pour les gros sujets, a souvent 12 à 14 ans. Pour le prendre, il faut une approche presque parfaite, et un chevesne de 55 cm en street fishing sur un tel secteur est, selon lui, l’accomplissement du pêcheur urbain. Le guide sur la pêche du chevesne du bord détaille les approches qui fonctionnent.

Côté mer, il pêche une dizaine de fois par an, souvent à La Rochelle, et le street fishing le rattrape : il pêche le port. Les poissons y sont énormes et habitués au pain et aux restes de restaurant, à tel point qu’il a pris des bars au pain, dont son plus gros, 61 cm. Sa technique préférée, c’est justement la pêche à vue, en ultra-léger ou en light : « Je préfère faire une pêche à vue difficile qu’une pêche à l’aveugle facile. » C’est aussi le meilleur moyen de progresser, « un petit peu le LiveScope, mais naturel ».

Son avis sur la pêche au live

La question est arrivée du chat, et la réponse est nuancée. Ce n’est pas sa façon de pêcher, mais il a essayé, dont une sortie récente en sharpshooting, et il refuse de parler de triche. Interdire totalement le live serait selon lui liberticide, mais cette pêche implique des dérives et peut-être des effets écologiques. Il souhaiterait un encadrement plus strict, des zones où le live reste autorisé, et pourquoi pas des masses d’eau où il serait interdit, pour observer comment les milieux réagissent. En compétition, il imagine des catégories avec et sans live, parce que les compétitions brochet se résument désormais, selon lui, à 99 % de pêche au live. Le débat LiveScope, révolution ou mort de la pêche approfondit ces questions.

Le top 5 des leurres indispensables de Tim Fish pour pêcher du bord

Pas de classement, mais cinq familles qu’il juge indispensables pour le bord, le street fishing et la compétition. Le shad en fait partie, utile en fin de saison quand les alevins se regroupent, mais il l’utilise de moins en moins au profit des quatre autres.

Le micro jig, le leurre qui prend tout

Le leurre le plus utilisé en compétition : sur quinze binômes, dix en avaient un monté au départ. Perche, brochet, barbeau, bar, « tu peux absolument tout faire avec, à condition de savoir le manier ». On varie le grammage, la jupe et le trailer. Il cite les micro jigs Keitech, tête tungstène, jupe et hameçon, comme la référence qui marche. Son seul reproche : le prix, autour d’une dizaine d’euros l’unité. Perdre deux ou trois jigs par session dans un milieu encombré finit par coûter cher.

Rubber jig Keitech Mono Spin Jig de 2,6 g avec sa jupe fine et sa tête tungstène
Le micro jig, le leurre que Tim juge « cheaté » en compétition.

La micro écrevisse pour les poissons méfiants

Une imitation d’écrevisse de 1,2 pouce, minuscule, pour la pêche à vue sur des poissons éduqués, avec de très longues pauses. L’avantage sur un shad, c’est qu’elle pêche à plat : posée sur le fond, elle reste naturelle, alors qu’un shad immobile en travers n’a aucun sens pour un poisson. On peut donc la laisser 5 à 10 secondes sans bouger. Il la privilégie quand l’eau est froide, en début et en fin de saison, et nombre de brochets et de belles perches sont tombés sur ces miniatures.

Le jig métal pour les grands milieux

Quand il faut lancer loin, atteindre une pile de pont en Loire ou sur le Cher et déclencher l’agressivité, le jig métal est « sur-efficace ». Un leurre bourrin, à animer franchement, qui réveille les poissons, y compris le barbeau, pris par la bouche, à vue. Il le rapproche du plomb palette, ce bout de métal argenté qui tape le fond et fuse dans tous les sens.

Jig métallique Spro Cast
Un jig métal compact pour atteindre les piles de pont à longue distance.

Le micro ver finesse sur tête plombée argentée

Le cinquième est un petit ver en finesse, type Ringo, sur une micro tête plombée : le leurre « qui prend tout », y compris les brèmes et rotengles qu’il pêche à vue quand les perches boudent. Et il livre son combo fatal : la tête plombée à reflet argenté. Sur des pêches compliquées où les têtes ternes ne donnaient rien, passer sur une tête brillante a déclenché les poissons de façon flagrante. Yann fait le lien avec Tanguy Grandmougin, qui observe en nymphe que le brillant marche très fort en début de saison puis s’use. Tim en déduit qu’en pêche au leurre, très peu de gens utilisent volontairement des têtes brillantes, ce qui laisse l’effet intact pour l’instant.

Le matériel utilisé dans l’épisode

L’épisode ne porte pas sur le matériel, et Tim pêche, de son propre aveu, avec la canne qu’il arrive à sortir de son coffre. Trois références correspondent toutefois à ce qu’il montre. Pour le micro jig, le Keitech Mono Spin Jig 2,6 g est le modèle finesse à tête ronde en tungstène, jupe de 40 brins montée à la main, pensé pour la perche et les carnassiers qui chassent de petites proies. Le Keitech Guard Spin Jig 3,5 g ajoute une brosse anti-herbe pour les postes encombrés et vise la perche et le chevesne. Pour le jig métal, un Spro Cast’X en 7 ou 14 g couvre la pêche du bord sur les grands fleuves, avec une feuille holographique pour les reflets à la descente.

Sa marque de cœur, celle qu’il utilise au quotidien, est Crazy Fish, dont il parle sans intérêt commercial. Il travaille aussi avec River2Sea pour des vidéos brochet, et il a déjà collaboré avec Spro et Fish Explorer.

Ce qu’on retient du parcours de Tim Fish

Une chaîne pêche à plusieurs centaines de milliers de vues ne fait pas vivre, mais ne pas en dépendre protège la liberté de créer. Le métier d’agent de développement s’atteint par des formations concrètes (BTS GPN, guide de pêche, diplômes d’animation), où les réseaux sont un atout, pas une finalité. Sur l’eau, la compétition et la pêche à vue sont, selon lui, les deux accélérateurs de progression les plus puissants : des jeunes de 13 ou 14 ans passés par les compétitions ont progressé « à une vitesse monstrueuse ». Il cite Baptiste Verger, champion de France de street fishing, comme le compétiteur qui l’a le plus impressionné, au plomb palette et au micro jig. Et son message final : les réseaux ne sont pas la vraie vie, pêchez sans vous prendre la tête.

Il réfléchit enfin à relancer la Team Fish Cup, une compétition connectée gratuite et ouverte à tous qu’il avait créée il y a quelques années, avec environ 500 inscrits malgré une première édition tombée en pleine période de crues. Ce portrait s’inscrit dans une série consacrée aux créateurs de la pêche française : ceux d’Aminiakk, de Scarna Fishing et de Léana Fishing montrent d’autres manières de concilier caméra et bord de l’eau.

Questions fréquentes

Qui est Tim Fish ?

Tim Fish, Timéo de son prénom, est un youtubeur pêche français de 23 ans basé à Blois. Il publie depuis l’âge de 12 ans des vidéos brutes de street fishing, de pêche au pain et de compétitions, et il est aussi présent sur TikTok. Diplômé d’un BTS GPN et d’une formation de guide de pêche, il vise un poste d’agent de développement en fédération de pêche.

Combien gagne un youtubeur pêche ?

Dans l’épisode, Tim Fish indique que ses vues YouTube lui rapportent environ 700 à 800 euros par mois, TikTok très peu, et qu’il complète avec trois ou quatre partenariats mensuels pour atteindre à peu près un SMIC. Cela correspond à une chaîne établie depuis une dizaine d’années, avec certaines vidéos à plusieurs centaines de milliers de vues.

Comment devenir agent de développement dans une fédération de pêche ?

Le parcours de Tim passe par un BTS GPN (gestion et protection de la nature), une formation de guide de pêche et un certificat de direction d’accueil collectif de mineurs, avec une année d’alternance en fédération. Le poste couvre l’animation, la garderie et la communication. Renseignez-vous auprès de votre fédération départementale pour les offres et les prérequis exacts.

Quels leurres pour débuter le street fishing ?

Le top 5 de Tim Fish : un micro jig, une micro écrevisse de 1,2 pouce pour la pêche à vue, un petit shad de 1,5 à 2 pouces, un jig métal pour les longs lancers, et un micro ver finesse sur tête plombée, de préférence argentée. Avec ces cinq familles, il estime pouvoir aborder n’importe quelle situation du bord.

Qu’est-ce que la Team Fish Cup ?

C’est une compétition de pêche connectée créée par Tim Fish, gratuite et ouverte à tous les pêcheurs de France, avec des quotas et des mailles par espèce et des lots à gagner. La première édition avait rassemblé environ 500 inscrits. Tim réfléchit à une nouvelle édition, plus ambitieuse, avec des marques et d’autres créateurs.

Un pêcheur avant d’être youtubeur

Tim Fish incarne une autre voie que celle des chaînes ultra-produites : filmer ce qu’on vit, poster sans se soucier du référencement, et garder la pêche comme priorité absolue. Son parcours vers la fédération montre qu’on peut transformer des années de passion en métier de terrain, sans passer par la case influenceur.

Si vous aimez ce genre de portraits sans filtre, d’histoires de sandres pris dans un mètre d’eau et de bars au pain au lait, la newsletter Friture sur la Ligne arrive chaque jeudi soir dans votre boîte mail, avec les actualités et les coulisses de la pêche en France. Un seul e-mail par semaine, c’est moins que le nombre de leurres qu’un chevesne éduqué vous refusera en une session.

Le matériel cité dans l'épisode

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Technique

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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