Pêcher un spot surpêché : comment prendre des poissons méfiants, avec Numa Marengo et Antoine Walter
Numa Marengo et Antoine Walter expliquent comment pêcher un spot surpêché : pourquoi un leurre s'use, comment penser pattern plutôt que leurre, et quels leurres discrets ou oubliés déclenchent des poissons méfiants. Deux épisodes croisés, du float tube au LiveScope.
Certains liens de cet article sont affiliés : si tu achètes via ces liens, Pesketaer touche une petite commission, sans surcoût pour toi. Ça participe à la vie des chaînes.
Pêcher un spot surpêché, c’est le quotidien de la plupart d’entre nous. Plan d’eau de région parisienne, lac du Der, Hollande à l’ouverture, petit port de la Manche : partout, les poissons ont vu passer les mêmes shads et les mêmes vibrations, et ils ont appris. Ils sont toujours là, mais ils ne se comportent plus comme dans les magazines. On change de leurre dix fois dans la journée sans rien comprendre, et on finit par croire que le lac est vide.
Pour comprendre ce qui se passe dans la tête d’un poisson méfiant et, surtout, comment le prendre quand même, Yann a passé près d’une heure et demie avec Numa Marengo, trente-cinq ans de pêche au leurre, ancien de l’industrie et auteur de plusieurs articles sur l’overfishing. Numa refuse de donner une liste de références miracles. Il explique pourquoi un leurre s’use, pourquoi il faut raisonner en pattern plutôt qu’en leurre, et livre trois patterns qui fonctionnent sur des poissons pressurés tous les jours.
Cet article reprend l’épisode de La Grange de Tom Sawyer (la vidéo ci-dessus), puis le croise avec un second épisode, plus court, enregistré avec Antoine Walter, pêcheur de brochets géants sur le lac de Madine et en Hollande, où plusieurs centaines de bateaux sortent le jour de l’ouverture. Deux générations, deux approches, une conclusion commune.
Qu’est-ce qu’un spot surpêché, vraiment ?
Dans l’épisode, Numa commence par poser le vocabulaire. Surpêche et overfishing peuvent vouloir dire deux choses : on a prélevé trop de poissons, ou on a trop pêché. Dans le second cas, les poissons sont toujours là, mais leur comportement a changé, et on sous-estime énormément leur capacité d’adaptation. Il raconte le confinement, pêché grâce à une dérogation : des poissons tranquilles depuis des semaines se comportaient enfin « comme dans les magazines », une pente, un herbier, un leurre qui plane, un métré. Tout ce qu’on vit sur les spots fréquentés est une version modifiée de ce comportement naturel. Yann ajoute un exemple breton : un plan d’eau où tout le monde dit qu’il n’y a plus de gros poissons, et où un pêcheur passé au poisson mort continue d’en prendre plein. Ils mangent autrement, c’est tout.
Conséquence qu’on oublie, selon Numa : la surpêche empêche les nouveaux pêcheurs d’apprendre. Pour progresser, il faut des touches dans un contexte où les poissons réagissent spontanément. Sur un plan d’eau à trois poissons par jour en moyenne, si votre ami en prend trois et vous zéro, le hasard suffit à expliquer l’écart et il n’y a rien à en tirer. Beaucoup de pêcheurs prennent aujourd’hui des poissons sans savoir pourquoi, et confondent un simple « j’ai fait différent des autres » avec un vrai pattern.
Pourquoi un leurre redoutable finit par s’user
C’est l’idée centrale de la première partie. Numa l’illustre avec les prop baits, ces leurres à hélice. Après une longue éclipse pendant laquelle l’industrie poussait les paddles, le modèle à hélice qu’il a relancé chez Savage Gear s’est vendu à un demi-million d’exemplaires : les brochets n’avaient plus vu passer une hélice en surface depuis des années. Puis le Whopper Plopper a pris le relais parce que sa sonorité, fruit d’années de tests, collait mieux à la biologie du poisson. Un leurre dont le son est juste dure bien plus longtemps.
À l’inverse, Numa estime qu’un leurre matraqué par plusieurs équipes perd son efficacité au bout d’environ dix-huit mois. Il cite le KickS hybride de Daiwa, avec lequel il prenait tellement de poissons qu’il s’était constitué une réserve, devenue inutile. Yann a vécu la même chose sur le bar du bord : deux ans à ne pêcher qu’un seul leurre souple en coloris ayu, puis plus rien du jour au lendemain. Les touches sont revenues avec un leurre blanc qu’il ne voulait même pas acheter, lancé en dernier recours : premier lancer, premier poisson, et toute la saison derrière. Il sent déjà ce second cycle s’essouffler.
Il y a des exceptions, comme le Divinator, qui « matche tellement bien avec la biologie du brochet » qu’il garde son efficacité, ou le Buster Jerk cité par Yann. Mais la faiblesse commune de nos leurres, c’est qu’ils fonctionnent parce qu’ils sont faciles à repérer, et c’est précisément ce qui permet aux poissons de comprendre qu’ils ne sont pas une proie. « Il n’y a pas de bon leurre en soi, il n’y a que des leurres dans des situations adéquates. »
Penser pattern plutôt que leurre
Selon Numa, le vrai problème des pêcheurs confrontés à des poissons méfiants, c’est qu’ils raisonnent en référence de leurre. Ils veulent savoir si le dernier modèle sorti est le meilleur du marché. La question utile est ailleurs : quel est le comportement des poissons à ce moment-là, et comment s’en rapprocher ? Exemple du black-bass fin mars : les écrevisses montent sur les bordures, donc football jig sur les cassures. Et il y a toujours quelqu’un pour lancer un spinnerbait « parce que les bass aiment bien les spinnerbaits ». Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas le moment.
L’anecdote de Ryusuke au Mexique résume tout. Journée catastrophique, zéro poisson pour tout le monde, et Ryusuke sort deux bass de cinq kilos avec le même spinnerbait que les autres, en lançant de moins en moins. Il avait repéré que les gros poissons touchés au lever du jour l’avaient été quand une souche se trouvait entre lui et le soleil, et il attendait que le bateau tourne pour que la lumière frappe les palettes dans le sens d’approche du poisson. Le spinnerbait reste un bon leurre, mais il ne dispense pas de comprendre ce qu’est un pattern.
Même logique sur le downsizing, que Numa préfère traduire par « redimensionner » par rapport aux proies du moment : à l’ouverture, le poisson fourrage peut être minuscule, et un shad de 7, 9, 12 ou 18 cm reste hors sujet. Il raconte ces black-bass fixés sur des libellules rouges qui prenaient n’importe quoi de rouge, et cette journée où une « frite » sans forme faisait les gros pendant qu’un petit shad faisait le nombre. Parfois, une nuance entre un violet et un vert décide de la journée.
La première question à se poser : que font les autres pêcheurs ?
Sur un spot pressuré, Numa explique qu’il ne suffit plus de se demander où sont les poissons et ce qu’ils font. Il faut se demander ce que font les autres pêcheurs. À Biscarrosse, les épaves d’hydravions au fond du lac étaient des postes à sandres évidents, et tout le monde pêchait les cockpits. David Dubreuil lui a conseillé de chercher les ailes, détachées à l’impact et posées un peu plus loin : à force d’être pris sur les cockpits, les poissons en avaient fait des zones de repos et allaient se nourrir sur les ailes, là où personne ne les cherchait.
Parfois, faire comme les autres est la bonne idée : s’ils sont là, c’est qu’ils prennent du poisson. Mais il faut aussi se demander comment se démarquer, selon la formule que Kevin Hernandez avait reprise de Numa : c’est en pêchant comme personne ne pêche qu’on prend les poissons que personne ne prend. Concrètement, cela passe par de petites choses. La vitesse de récupération : nous moulinons tous à la même cadence, donc le ratio du moulinet fait la différence, et Numa a pris les poissons devant Lionel Laporte uniquement parce que son combo avait un ratio différent. Le sens d’approche : si tout le monde dérive dans le sens du vent, prendre le poste à contresens surprend les poissons. Et l’éloignement : sur un plan d’eau francilien très pêché du bord, Numa a trouvé en float tube un herbier identique aux autres mais situé à 150 mètres de la berge, où les poissons s’étaient regroupés parce qu’on les y laissait tranquilles.
Ce que les poissons ont appris des bruits
Dans un lac où Numa pêche en float tube l’hiver, les chasseurs passent au moteur thermique dans moins de 2,50 m d’eau, juste au-dessus des poissons, sans que les touches s’arrêtent. En revanche, dès qu’un bass boat descend son moteur électrique et met sa sonde à l’eau à 50 mètres, les poissons se calent : ils ne sont jamais capturés quand un thermique passe, mais ils associent la séquence électrique plus sonde au danger. Yann raconte l’inverse sur le bar en mer : son binôme refusait de pêcher le quai de la criée quand les chalutiers rentrent, dragues qui claquent et vase qui remonte. Un soir, seul, il s’est installé entre deux bateaux et a enchaîné les poissons : les bars attendaient ce bruit-là, qui annonce les poissons crevés à ramasser. C’est du conditionnement. Numa distingue les poissons éduqués, qui sont méfiants, des poissons sauvages, qui sont craintifs : une portière qui claque fait fuir les seconds, pas les premiers.
Les leurres qui marchent sur des poissons éduqués
Numa refuse de citer des références, mais il décrit des familles. Première observation : aucune proie ne vibre autant ni ne pousse autant d’eau qu’un gros paddle. En bassin de salon, un leurre au rolling exagéré se vend mieux, mais les poissons éduqués l’aiment moins, parce qu’un poisson nage droit. Il cite le Predator de Nays, dont seule la caudale travaille, et va plus loin : un des leurres les plus efficaces aujourd’hui est un shad à queue finesse, plombé tout droit, zéro vibration, parce qu’au moins cela ressemble à quelque chose de vivant.
Deuxième observation : la sonorité. Numa a tourné avec Sylvain Legendre, qui prenait une quantité de gros poissons avec un leurre imitant un rat, et le créateur comme le pêcheur sont formels : c’est le son qui fait tout. Même chose avec le Megabass Vision Oneten 110 sur le black-bass, « un son extraordinaire ». À l’opposé, la masse de leurres dans lesquels on a jeté trois billes de verre sans réflexion : le son est si mauvais qu’il faut vraiment que ça morde pour qu’un poisson y aille. D’où son retour vers les leurres silencieux, cranks Rapala en version silent, crankbaits Megabass en bois, Flat Shad de Patrick Sébile sur les sandres difficiles. Sa conclusion : « pensez moins avec votre vue et plus avec votre oreille ».
Troisième observation, historique : la verticale a marché parce qu’on ne touchait plus le fond, après des années de montures Drachkovitch qui labouraient. Aujourd’hui, après des années à pêcher les poissons par-dessous, Numa les voit remonter dans la couche d’eau, et les prises « quand j’ai repris le contact avec le fond » redeviennent fréquentes. Les techniques tournent ; c’est le fait d’être différent qui compte. Dernier détail : les rattles glissés dans les queues des leurres souples rassurent le pêcheur, mais sur les gros poissons et en fin de saison, il vaut mieux les enlever.
Trois patterns pour des poissons pressurés tous les jours
Numa avait préparé trois exemples, tous dans la même configuration : une zone en herbe assez grande pour une trentaine de bateaux, et des brochets qui voient des pêcheurs tous les jours.
Changer d’allure
Son ami Manu, qui galérait, est tombé sur un shad à palette d’environ 150 g alors qu’il y avait à peine 2,50 m d’eau. Pour ne pas faucarder le fond, il l’a ramené à toute vitesse. Il a « explosé » les brochets au milieu de dizaines de bateaux qui peinaient. Rien de magique : il allait simplement beaucoup plus vite que tout le monde.
Ne rien faire
L’autre extrême : abandonner son leurre au fond. On a tous vu un poisson se piquer sur un leurre posé pendant qu’on démêle. Numa en a fait une méthode de fin de saison : il anime, puis laisse poser deux ou trois minutes, comme à la carpe. Les gros brochets, très charognards, ne sont jamais pris comme ça, parce que la pêche au leurre est par définition dynamique. En Floride, un ami a sauvé une journée à zéro pour tout le lac en descendant un ver dans une trouée d’herbiers et en ne faisant rien pendant dix minutes.
Laisser les vagues animer
Quand il y a des vagues, Numa lance un shallow minnow ou un shallow crank, le ramène un peu pour interpeller les poissons, puis le laisse remonter en surface et n’y touche plus : ce sont les vagues qui font le travail. Il rappelle que certains leurres durs ont été conçus pour ça par leur créateur, à lancer dans le clapot sans mouliner.
Deux patterns bonus. Celui de Tanguy Marlin, qui pêche à l’ombre du bateau, où les brochets viennent se poster après avoir suivi. Et celui de l’overfishing extrême, observé chez Ryusuke lors d’une finale sur le lac de la Forêt d’Orient : quand les poissons considèrent tout ce qui passe plusieurs fois comme un danger, ils se prennent avec à peu près n’importe quoi, à condition de changer de leurre tous les trois lancers pour ne jamais repasser avec la même vibration.
L’approche d’Antoine Walter : ressortir les vieilleries sur des lacs matraqués
Le second épisode donne la parole à Antoine Walter, déjà reçu sur la chaîne pour parler de brochets géants et de leurres de 40 cm. Antoine pêche le lac de Madine et la Hollande, où l’ouverture se joue à plusieurs centaines de bateaux. Il pêche au LiveScope, mais prévient que ses stratégies, observées grâce à la technologie, s’appliquent telles quelles en linéaire du bord : le poisson réagit pareil, on le voit juste mieux.
Son point de départ est une expérience menée avec son père, avant le live. Pour trier les boîtes, ils ressortaient des leurres oubliés, ses « vieilleries », et les testaient en linéaire à l’ouverture. Constat immédiat : les leurres que plus personne ne mettait à l’eau prenaient le plus de poissons. Le Zalt, cette banane qui nage n’importe comment, le Salmo, le Buster, le triptyque obligatoire d’il y a quinze ans. Ou un petit Pafex Samat, leurre de mer à feuille d’aluminium et queue minuscule, son numéro un en sharp shooting sur Madine précisément parce qu’il ne pousse presque pas d’eau. À Madine, il en retire même la bille : les poissons y réagissent moins bien.
Sa théorie rejoint celle de Numa, formulée autrement. Un brochet pélagique voit passer quinze fois le même shad de 15 ou 18 cm, se fait attraper trois fois, et finit par associer cette vibration précise à un danger. D’où l’intérêt des leurres atypiques, anciens ou craftés, qu’on ne trouve pas chez tous les détaillants. Il salue au passage Arnaud Landrieu et son concours gagné à la cuillère ondulante : vibration atypique, leurre que personne n’utilise plus, résultat logique.
Antoine distingue vibration (ce qu’on sent dans la canne avec un chatterbait ou une queue de shad) et poussée d’eau (le volume déplacé, la traînée du leurre). Au live, il voit des poissons s’aplatir ou fuir selon la vibration, et sa journée consiste à trouver celle qui les fait lever la tête. Voir quatre-vingts brochets à l’écran et en prendre trois, c’est frustrant, mais ça apprend : le live n’a rien de facile.
Trois exemples concrets ressortent. Le Magic Swimmer souple de Sébile, monté en texan sans plomb dans les potamots de Madine, pêche à deux mètres en linéaire sans s’accrocher et sauve des journées à zéro. Le Fox Rage Replicant 27, auquel des pêcheurs hollandais retirent le plomb pour le monter en shallow et le passer au-dessus des herbiers d’un plateau d’un ou deux mètres, là où ce leurre n’est jamais passé. Et la nouveauté qui le surprend le plus au live : le Crazy Rabbit Junior de Bim Tackle, un leurre à poils dont la fréquence, la forme et la poussée d’eau ne ressemblent à rien de ce que les brochets connaissent, à ramener en linéaire avec quelques animations pour qu’il soit détecté de loin. Il parle du modèle mini ; Yann utilise le Shallow et en pense le plus grand bien.

Sur les postes, Antoine fait le même constat que Numa : à Madine, tout le monde va aux mêmes endroits, devant le port, sur les cassures à 6 m, autour des plateaux. Lui a changé de registre en pêchant les potamots en linéaire avec un Nays PRDTR de 3,5 pouces, sonde orientée vers le lancer pour voir les poissons monter et redescendre dans les herbiers. De beaux poissons sont sortis comme ça. Sa règle empirique : descendre en taille en sharp shooting, monter en taille en linéaire. Et quand un brochet de 90 ou 95 suit jusqu’au bateau, il le garde en verticale sous la coque pendant cinq minutes, jusqu’à ce qu’une accélération déclenche l’attaque.
Sur les couleurs, il admet ne pas en tenir compte en temps normal. Mais une journée sans touche à Madine a basculé avec un 3 pouces rouge vif, la seule référence qu’il avait dans cette taille : tout le monde pêche en naturel, perche ou gardon, et une couleur agressive que les poissons n’ont jamais vue les surprend. Numa dit la même chose avec une nuance : un coloris baroque peut sauver une journée, mais s’il ne correspond pas à ce que mangent les poissons, ça ne dure pas. Le récapitulatif d’Antoine pour les eaux pêchées tient en une phrase : shad et grub, mais silencieux et discrets. Le grub vibre bien moins qu’un shad, et il en a vu beaucoup sortir du lac du Der en compétition. Essayez un jerkbait sans billes, retirez-les des leurres qui en ont.
Ce que les deux approches ont en commun
Numa a trente-cinq ans de pêche au leurre, Antoine une vingtaine de moins, et le premier a abandonné les leurres que le second redécouvre dans les boîtes de son père. Numa le dit avec malice : on n’a pas eu tort de les abandonner, on avait trop pêché avec. Mais les poissons oublient, un hiver froid les rend plus naïfs au printemps, et la fermeture leur offre un repos. Au-delà, les deux pêcheurs convergent sur quatre points. Se rapprocher de ce que font les poissons et se différencier de ce que font les pêcheurs, les deux en même temps. Vibration et sonorité comptent plus que l’apparence : un leurre discret, à nage droite, sans billes, bat souvent un leurre spectaculaire. La taille se raisonne par rapport aux proies et à ce que lancent les autres, pas en absolu. Et les postes évidents sont devenus des zones de repos : cherchez les ailes de l’hydravion, l’herbier excentré, le potamot que personne ne pêche en linéaire.
Numa termine sur un point qui fera débat : les UV. Selon une étude que Yann cite, l’œil du brochet, de la perche ou du sandre ne capte pas les ultraviolets, contrairement à celui des cyprinidés. Si les coloris « UV » semblent marcher, c’est probablement parce que ces peintures contiennent du phosphorescent. Bon rappel : acheter des nouveautés pour surprendre les poissons est utile, mais si on s’arrête là, on finit juste par acheter sans cesse.
Le matériel utilisé dans les deux épisodes
Les leurres ci-dessous sont surtout ceux qu’Antoine Walter montre à la caméra. Une partie de ses vieilleries ne se fabrique plus : le Pafex Samat, le Zalt et le Magic Swimmer souple se chinent d’occasion.
Le Nays PRDTR 3.5 est le petit shad d’Antoine pour pêcher en linéaire les potamots de Madine, avec le Nays VNM dans la même taille. Un 8,9 cm pour 6 g, à nage droite avec juste la caudale qui travaille, exactement ce que Numa décrit comme un leurre pour brochets éduqués. Le Nays GHST Junior 35 en 3,5 pouces est son grub discret pour les eaux surpêchées, une vibration bien plus faible qu’un shad.
Le Bim Tackle Crazy Rabbit Junior (20 cm, 22 g à sec) est le modèle mini dont parle Antoine, jupe en poils et petite palette ventrale, à ramener entre 1 et 4 m. Yann pêche le Crazy Rabbit Shallow (29 cm, 33 g) ; le test du Crazy Rabbit publié sur le site détaille son usage.
Le Fox Rage Giant Replicant 27 (27 cm, 218 g) est le big bait que des pêcheurs hollandais passent en shallow en retirant le plomb interne ; notre guide technique du Replicant détaille les versions. Enfin, le Megabass Vision Oneten 110 est la référence que Numa cite comme exemple de sonorité réussie sur le black-bass.
Numa mentionne aussi, sans modèle précis, des cranks Rapala silencieux, le Flat Shad de Patrick Sébile, le Divinator, le Buster Jerk et le Whopper Plopper.
Questions fréquentes
Comment pêcher un spot surpêché du bord ?
En faisant l’inverse des autres pêcheurs. Changez de vitesse de récupération, prenez le poste dans l’autre sens, cherchez les zones éloignées des accès faciles, et sortez des leurres discrets, silencieux, à nage droite, ou des modèles oubliés que les poissons n’ont pas vus depuis des années. Antoine Walter rappelle que tout ce qu’il observe au LiveScope s’applique tel quel du bord.
Pourquoi les poissons deviennent-ils méfiants ?
Parce qu’ils apprennent. Selon Numa Marengo, un poisson pris plusieurs fois sur la même vibration ou le même poste finit par l’associer au danger : il cesse de s’alimenter sur ses postes habituels, remonte dans la couche d’eau, se cale dès qu’il reconnaît le bruit d’un moteur électrique ou d’une sonde. Les poissons éduqués sont méfiants, pas craintifs : ils ignorent les bruits qui ne leur ont jamais nui.
Combien de temps un leurre reste-t-il efficace sur un spot ?
Numa Marengo situe la limite autour de dix-huit mois quand plusieurs équipes l’utilisent intensivement sur le même plan d’eau. Les leurres dont la sonorité ou la nage collent à la biologie du poisson durent beaucoup plus longtemps. Ensuite, les poissons oublient : un hiver froid, une fermeture, et un leurre abandonné depuis des années peut redevenir redoutable.
Faut-il descendre en taille de leurre sur un spot pressuré ?
Pas systématiquement. Numa préfère parler de redimensionner par rapport aux proies présentes, qui peuvent être minuscules à l’ouverture. Antoine Walter descend en 3 ou 3,5 pouces en sharp shooting mais monte au contraire en taille en linéaire. L’important est de proposer autre chose que les shads de 15 à 18 cm que tout le monde lance.
Les leurres UV marchent-ils mieux sur les carnassiers ?
D’après l’étude citée dans l’épisode, l’œil du brochet, de la perche et du sandre ne capte pas les ultraviolets, à la différence des cyprinidés. L’efficacité constatée viendrait plutôt du phosphorescent contenu dans ces peintures. Yann et Numa prévoient d’y consacrer un article.
En résumé
Un spot surpêché n’est pas un spot vide. C’est un spot où les poissons ont appris, et où la démarcation devient le premier facteur de réussite. Numa Marengo vous demande de reporter l’attention du leurre vers le comportement des poissons et celui des autres pêcheurs ; Antoine Walter vous propose de fouiller les boîtes de votre père. Les deux ont raison.
Pour recevoir les coulisses des épisodes, les sorties produits et les prochains invités, inscrivez-vous à Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés. Un e-mail le jeudi soir, désinscription en un clic, et aucune vieillerie jetée sans avoir été testée.
