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Carnassier

Pêche du chevesne au leurre du bord : la méthode complète de Baptiste Verger

Baptiste Verger, champion du monde de streetfishing, détaille la pêche du chevesne au leurre du bord : leurres par saison, approche à vue, montages de l'insecte et de la mûre, matériel. Une heure de terrain mise par écrit.

12 min de lecture

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La pêche du chevesne au leurre est la pêche de l’été par excellence : quand l’eau dépasse les 25 degrés et qu’il vaut mieux laisser le brochet tranquille, il reste ce poisson présent presque partout, combatif, qui se traque à vue, en short et vieilles baskets, avec une sacoche et deux boîtes. Le problème, c’est que le chevesne est aussi l’un des poissons les plus méfiants de nos rivières. Il voit clair, il vous voit arriver, et sur les parcours fréquentés il a appris ce que signifie un « ploc » dans l’eau.

Pour cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, Yann a invité Baptiste Verger, champion du monde de streetfishing et guide de pêche en Charente, qui traque le chevesne du bord avec ses clients et les ados de ses stages d’été. Il déroule tout : les leurres saison par saison, l’approche furtive, les postes, les montages de l’insecte et de la mûre, le matériel, et même la façon de retirer un triple planté dans un doigt. Cet article met la vidéo ci-dessus par écrit, avec le pourquoi de chaque conseil.

Pourquoi le chevesne est la pêche de l’été

En plein été, le brochet supporte mal la capture : même une prise accidentelle doit être manipulée dans l’eau et relâchée au plus vite. Le chevesne, lui, encaisse la chaleur, se nourrit en surface et vit dans presque toutes les rivières de France, y compris en pleine ville. Baptiste cite les quais de Paris, sans un arbre ni un roncier, où de très gros chevesnes se tiennent quand même.

Il en profite pour pousser un coup de gueule : voir des chevesnes de 50 cm, qui ont entre 15 et 20 ans, finir au bout d’un fireball à silure lui paraît une aberration. Ses stagiaires, eux, se régalent à les pêcher à vue et à les relâcher.

Pêche du chevesne au leurre : une chasse à vue avant tout

Pour Baptiste, le chevesne d’été est d’abord une pêche à vue, pour l’adrénaline du poisson qui monte, comparable à un bar sur un stickbait. Il lance très rarement sans avoir repéré un poisson, et cette pêche, parfaitement praticable du bord, est ce qui a construit sa force en compétition.

L’approche n’a pas de sens imposé. Ce qui compte, c’est de ne pas chercher à arriver tout de suite au bord de l’eau. Baptiste avance lentement, se décale de 20 ou 30 cm pour changer d’angle, et regarde d’abord le pied de berge : les poissons sont souvent calés là où le fond tombe. Il recule alors et fait un petit lancer en balancier pour poser le leurre à la limite de ce qu’il voit, sans se montrer. Deux accessoires sont obligatoires : des lunettes polarisantes et une casquette, qui coupe les rayons arrivant par le dessus. Et il faut accepter de passer dans les ronces et les orties, la « technique du sanglier » de son épisode sur la perche.

Les postes à chevesne, de Paris à la Charente

Pas de type de spot privilégié ni de vérité sur le substrat : la Vienne près de Limoges n’est que gravier, la Charente de Baptiste est faite de sable vaseux, et les chevesnes sont sur les deux. Cela dit, l’été, quand l’eau s’éclaircit et que les débits baissent, le poste clé est un arbre bien au-dessus de l’eau, avec de l’ombre dessous et si possible une rupture de courant. Les poissons s’y regroupent, même si l’on en croise aussi en maraude au soleil. Certains restent sous le même arbre ; d’autres bougent de 40 ou 50 m de berge d’un jour à l’autre.

Deux postes méritent une attention particulière. Les cerisiers et pruniers en bord de rivière d’abord : sous un prunier qui donne, dit Baptiste, il n’y a pas un chevesne de 25 ou 30 cm, uniquement des poissons de 40 à 50 cm et plus. Les seuils ensuite : en étiage, dès qu’il y a un brassage d’eau, il y a toujours des poissons calés dedans. Il les pêche au crankbait ou au micro jig en laissant dévaler le courant, avec en prime des perches et parfois un barbeau de presque 70 cm. Et à taille égale, le chevesne se défend très bien : un poisson de 40 à 45 cm sur une ligne fine prend de la ficelle en permanence.

Les leurres à chevesne, saison par saison

Début de saison : micro jig et trailers

De l’ouverture du carnassier à la mi-juin, les chevesnes emmagasinent un maximum de nourriture avant la fraie. Pas ou peu d’insectes, pas de fruits, mais des écrevisses et beaucoup d’alevins. Baptiste les pêche avec de petits crankbaits de 3 à 5 cm, et surtout à gratter avec le combo qu’il avait déjà présenté pour la perche : un micro jig et un FishUp Tanta en 2,5 pouces, un incontournable toute l’année sur les zones où l’on sait que les poissons sont là sans les voir.

Le trailer change selon la présentation. Quand les poissons veulent quelque chose qui plane, il monte une Keitech Crazy Flapper en 2 pouces, dont les appendices freinent la descente, ou un Keitech Little Spider, qui gonfle la jupe du micro jig et ralentit encore la chute. Quand il faut pilonner le fond, le Tanta reprend du service.

Leurre souple annelé FishUp Tanta en 2,5 pouces, le trailer de micro jig cité dans l
Le Tanta 2,5 pouces, trailer de référence sur micro jig en début de saison et sur les seuils.

De la mi-juin à la fin juillet : les imitations d’insectes

Dès que l’eau a bien chauffé, les poissons s’alimentent juste sous la surface et Baptiste attaque les pêches à vue, avec des imitations d’insectes. Il préfère les insectes souples aux rigides comme le Sakura Notobug, pourtant connu et reconnu : sur les gros poissons, qui engament l’insecte en entier, le petit triple arrière ne prend parfois pas de chair et ressort du bec. Ses deux tailles sont le 1 pouce et le 1,3 pouce, en l’occurrence la Maybug de FishUp, son partenaire. Le Woodlouse d’Illex et l’Insecter de Reins, cité par Yann, sont d’autres options.

Imitation d
La Maybug en 1,3 pouce, l’une des deux tailles d’insectes utilisées par Baptiste.

Le montage se fait sur hameçon simple fin de fer : avec une canne et une ligne fines, un hameçon fort de fer fait couler l’insecte et pénètre moins bien la mâchoire. Beaucoup piquent l’hameçon à l’arrière du leurre pour ne pas percer la bulle d’air. Baptiste enfile l’insecte en entier, comme un leurre souple sur une tête plombée, hameçon qui ressort en bout : quand un poisson tatillon pince uniquement l’arrière, l’hameçon est déjà là. Un montage en tête fait couler la tête et ne laisse flotter que l’arrière. S’il finit par couler, il le presse et le regraisse avec un stick pour mouches sèches. Inutile d’ajouter un attractant : le chevesne ne garde pas le leurre assez longtemps en bouche pour analyser que c’est du plastique.

Le bruit à l’impact et la distance de lancer

Sur les milieux très pêchés, Baptiste privilégie le 1 pouce, plus discret à l’impact, et freine le leurre à l’arrivée pour limiter le « ploc ». Sur ces poissons éduqués, le bruit est parfois plus néfaste que bénéfique. Si après un ou deux lancers les poissons se sauvent, c’est l’approche qu’il faut changer : lancer bien en amont, laisser dériver, et faire vibrer l’insecte quand il entre dans le champ de vision du poisson, à 30 ou 50 cm de lui. Lancer sur la queue pour provoquer un réflexe ? Sur des poissons pêchés, ils foncent et disparaissent. En groupe, la concurrence rend les attaques franches ; seuls ou à deux, les chevesnes prennent le temps de regarder. L’épisode sur les spots surpêchés creuse exactement cette question.

La saison des mûres : les imitations de fruits

Quand arrivent les mûres et les sureaux, Baptiste bascule sur les imitations de fruits. Le chevesne se poste à l’affût sous les ronciers d’où tombent les baies, et une mûre souple imprégnée d’un attractant fruité devient redoutable jusqu’aux premières fraîcheurs. Le montage est le même que l’insecte, hameçon simple bien caché. La différence capitale est dans l’animation. L’insecte, Baptiste le fait vibrer avec le scion pour reproduire les ondes d’un papillon tombé à l’eau. Le fruit, il ne l’anime surtout pas : il le laisse couler très lentement, comme une baie qui tombe. « Je n’ai jamais vu une mûre remonter le courant », résume-t-il. La couleur suit le fruit présent dans l’arbre : rouge pour les cerises, noir pour les mûres.

Imitation de mûre en plastique souple FishUp pour la pêche du chevesne à vue
L’imitation de mûre, à laisser couler sans aucune animation.

Crankbait et stickbait sur les zones de courant

Les leurres durs restent de sortie l’été, sur les courants. Au crankbait, l’incontournable est le Chubby d’Illex, avec sa petite sonorité aiguë. Au stickbait, Yann préférait le Sammy 85, Baptiste trouve le 65 supérieur sur la Charente, question de taille des proies : l’idéal est d’avoir deux ou trois tailles entre 50 et 90. La découverte de l’année, c’est le Debu Nyoro de Jackson en taille 60, qu’il utilisait déjà en mer pour le bar. Il se lance très loin parce qu’il est slow sinking et dense, sans bille, un avantage net sur des poissons éduqués. Baptiste l’anime en walking the dog à rythme normal et, quand un poisson suit ou rate, il ralentit pour laisser le leurre passer juste sous la surface. Son coloris favori est un marron légèrement brillant.

Sur ces zones, il se place en amont du poisson, posté face au courant, et fait passer le leurre au-dessus de sa tête : cela l’incite à monter bien plus qu’un leurre qui remonte vers lui. Sur les rivières à aspes, ce leurre ne devrait pas les laisser indifférents ; la masterclass de Tony Doury sur l’aspe du bord complète bien cet épisode.

Stickbait slow sinking Jackson Debu Nyoro en taille 60
Le Debu Nyoro 60, stickbait coulant lent et sans bille, la découverte de l’épisode.

Côté coloris : insectes foncés ou transparents plutôt que pleins, et sur le Tanta et les écrevisses des bases sombres, marron, noir, watermelon, green pumpkin, cola.

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Le matériel pour pêcher le chevesne du bord

Baptiste raisonne en « une canne, une technique », avec trois ensembles. Le poisson nageur, pour crankbait et stickbait : une canne M ou ML autour de 3-20 g, un moulinet 2500 et une tresse en PE 0,6 ou 0,8. Toujours une quatre brins du bord : elle foisonne moins, résiste mieux à l’abrasion, résonne davantage et ne lance pas moins loin qu’une huit brins, contrairement aux idées reçues.

L’ensemble à gratter, pour le micro jig : c’est là que son avis a changé. Lui qui ne jurait que par les cannes courtes à scion plein pêche désormais avec une 0,5-8 g de 2,20 à 2,30 m en deux brins, la Lati-Go Adaggio de Major Craft. Meilleur contrôle de ligne, un ressenti inattendu pour un scion creux, et une canne qui encaisse un micro jig de 3,5 ou 4,2 g avec un Tanta derrière. Dessus, un moulinet 2000 et une tresse quatre brins en PE 0,4. L’ensemble insecte, enfin : une canne plus courte, pour passer entre les branches, un moulinet 1000 ou 2000 et une tresse en PE 0,3 ou 0,4.

Bas de ligne et diamètres de fluorocarbone

Pourquoi un bas de ligne pour un poisson sans dents, provoque Yann ? Parce que le chevesne voit très clair, répond Baptiste. Du fluorocarbone, donc, pour la discrétion et la résistance à l’abrasion, même si le nylon flotterait mieux à l’insecte : 20 à 25 centièmes au poisson nageur, 16 à 18 centièmes à gratter, à l’insecte et au fruit. Il déconseille fermement le 14 centièmes : au premier rush, le poisson se tanque dans les branches et la ligne casse, laissant un chevesne avec un hameçon dans la gueule. Le guide pour choisir son fil de pêche pose les bases si vous hésitez.

Ardillons écrasés et triple dans le doigt

En stage, Baptiste écrase systématiquement les ardillons : avec des journées à 30 ou 40 chevesnes, il décroche dans l’eau, à la pince, et ne sort qu’un ou deux poissons pour une photo. Plus le temps hors de l’eau est long quand elle est chaude, plus c’est néfaste. Le chevesne est en plus un poisson glissant et fourbe, immobile puis secoué d’un coup.

D’où une digression très pratique, née d’un triple de Chubby planté dans le doigt du guide. La technique de la ficelle consiste à passer une tresse costaude autour de la courbure de l’hameçon planté, à appuyer sur l’œillet pour faire levier et dégager l’ardillon, puis à tirer d’un coup sec dans l’axe : la pointe ressort par où elle est entrée. Une seule réserve, transmise par un anesthésiste : si le moindre mouvement provoque une décharge électrique dans le bras, on ne touche à rien et on va à l’hôpital, comme Yann l’a fait deux fois avant de connaître l’astuce.

Le matériel utilisé dans l’épisode

À gratter, le duo de base est un micro jig comme le Keitech Guard Spin Jig en 3,5 g (tête tungstène, brosse anti-herbe, existe en 4,2 g) et le FishUp Tanta 2,5 pouces, ver annelé de 6,1 cm vendu par 8. En trailer planant, le Keitech Little Spider en 5,1 cm, ou la Crazy Flapper en 2 pouces.

Pour la pêche à vue, la FishUp Maybug en 1,3 pouce (3,2 cm, insecte souple flottant, par 5) est la taille principale, à compléter par le 1 pouce sur les poissons éduqués. Le Sakura Notobug 22 (2,2 cm, 1,4 g) reste la référence en insecte rigide, et le Gambit Woodlouse d’Illex l’autre insecte souple cité. Quand les mûres sont mûres, l’imitation de mûre FishUp (2,5 cm) prend le relais.

Côté leurres durs, l’Illex Chubby 38 (3,8 cm, 4 g) est le crankbait de début de saison et des courants, et le Jackson Debu Nyoro 60 (6 cm, slow sinking) le stickbait qui a tout plié. Le Lucky Craft Sammy 65 ou 85 reste une valeur sûre mais devient difficile à trouver.

  • Poisson nageur : canne M ou ML 3-20 g, moulinet 2500, tresse PE 0,6 à 0,8, fluoro 20 à 25 centièmes.
  • À gratter : Major Craft Lati-Go Adaggio LTGS-772L (0,5-8 g), moulinet 2000, tresse PE 0,4, fluoro 16 à 18 centièmes.
  • Insecte et fruit : canne courte, moulinet 1000 ou 2000, tresse PE 0,3 à 0,4, fluoro 16 à 18 centièmes, hameçons simples fins de fer.
  • Tresse Sunline Siglon PE x4 AMZ dans tous les diamètres, sacoche ceinture étanche HPA Infladry 5 L.

Pour la perche, qui partage beaucoup de ces techniques, les 10 secrets de Baptiste sur la perche et la méthode de la perche du bord en finesse sont les suites logiques.

Questions fréquentes

Quel leurre pour pêcher le chevesne ?

Cela dépend de la saison. De l’ouverture à la mi-juin, un micro jig avec un petit ver ou une écrevisse souple, et un petit crankbait de 3 à 5 cm. De la mi-juin à la fin juillet, une imitation d’insecte souple flottante de 1 à 1,3 pouce sur hameçon simple fin de fer. En fin d’été, une imitation de mûre laissée couler sans animation. Sur les zones de courant, un stickbait de 50 à 90 en walking the dog.

Comment pêcher le chevesne à vue du bord ?

Avancez lentement sans chercher à atteindre tout de suite le bord de l’eau, avec lunettes polarisantes et casquette, et regardez d’abord le pied de berge. Repérez le poisson avant de lancer, posez le leurre bien en amont, laissez dériver et commencez à faire vibrer l’insecte quand il arrive à 30 ou 50 cm du chevesne. Si les poissons fuient après un ou deux lancers, c’est votre approche qui est en cause, pas le leurre.

Quel diamètre de fluorocarbone pour le chevesne ?

Baptiste Verger utilise 20 à 25 centièmes au poisson nageur et 16 à 18 centièmes à l’insecte, au fruit et à gratter. Il déconseille le 14 centièmes : le poisson se tanque dans les branches au premier rush et la casse est fréquente. Le fluorocarbone s’impose face au nylon pour la discrétion et la résistance à l’abrasion, car le chevesne voit très clair.

Quelle est la meilleure période pour pêcher le chevesne au leurre ?

Le chevesne se prend toute l’année, mais la pêche à vue, la plus ludique, démarre quand l’eau a bien chauffé, vers la fin juin, et dure jusqu’aux premières fraîcheurs ou aux premiers coups d’eau de l’automne. C’est aussi la période où il vaut mieux laisser le brochet tranquille, ce qui fait du chevesne le poisson de l’été.

Faut-il animer une imitation de mûre ?

Non. Contrairement à l’insecte, que l’on fait vibrer avec le scion pour imiter un papillon tombé à l’eau, le fruit se lance et se laisse couler très lentement, sans aucune animation, pour reproduire une baie qui tombe naturellement de l’arbre. Une mûre qui remonte le courant n’existe pas, et les chevesnes le savent.

Pour aller plus loin

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Le matériel cité dans l'épisode

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Leurre Technique

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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