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Brochet

Pêcher en lac de barrage : comment aborder un lac inconnu et trouver les brochets, avec Lionel Laporte

Lionel Laporte explique comment aborder un lac de barrage qu'on ne connaît pas : préparation, lecture des pointes et des pentes douces, prospection avec ou sans live, thermocline et pics d'activité. La méthode complète pour trouver les brochets avant de chercher le bon leurre.

14 min de lecture

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Pêcher en lac de barrage quand on ne connaît pas le plan d’eau, c’est le casse-tête classique des vacances : un grand lac à dix minutes du gîte, beaucoup d’eau, et aucune idée de par quel bout l’attaquer. Du bord, en float tube ou en bateau équipé, la question reste la même : où sont les brochets, et comment les trouver vite ?

Dans la vidéo ci-dessus, Yann reçoit Lionel Laporte sur La Grange de Tom Sawyer. Pêcheur de big baits et habitué des lacs du Sud, Lionel a une méthode très simple pour aborder un lac qu’il découvre, et il la déroule ici dans deux configurations : celle du pêcheur équipé d’un sondeur live, et celle du pêcheur « old school » avec un 2D, un float tube ou simplement ses jambes.

Vous trouverez ci-dessous la préparation avant de partir, la lecture du lac sur place, les leurres pour prospecter, puis la thermocline et les pics d’activité. Si vous préparez une boîte pour un lac du Massif central, l’article consacré à la boîte de début de saison d’Arnaud Landrieu complète bien ce qui suit.

Préparer son arrivée sur un lac de barrage inconnu

La première réponse de Lionel fait sourire : « tu prends ta maison, tu la mets sur le bateau et tu vas pêcher ». Derrière la blague, l’idée est sérieuse : quand on ne connaît pas un lac, on emporte une sélection volontairement large, parce qu’on ne sait pas encore quel pattern va fonctionner le jour J. Des leurres shallow, des leurres plus plombés, des durs, des souples, et pour lui des Miuras : de quoi tester plusieurs couches d’eau et plusieurs vibrations sans être bloqué.

Cette sélection se prépare chez soi, cartes en main. Yann regarde la cartographie sur son smartphone pour savoir s’il va trouver cinq mètres d’eau ou vingt : ça change tout dans le choix des plombages. La bathymétrie se trouve dans le sondeur si vous pêchez en bateau, ou via une application mobile (Navionics, aujourd’hui chez Garmin via l’application Boating). Pour peu que le lac soit couvert, on repère déjà les ruisseaux noyés, les ruptures de pente et les zones profondes avant d’avoir mis un pied dans l’eau.

Gratter des infos : détaillant, groupes et vidéos

Est-ce que ça se fait de passer voir le détaillant du coin ? Pour Lionel, oui : deux ou trois infos valent mieux que rien, et acheter deux leurres sur place est une façon honnête de les demander. Mais il insiste surtout sur les réseaux : il existe des groupes Facebook dédiés à certains plans d’eau, et des vidéos YouTube sur la plupart des lacs connus. En les regardant, vous voyez à quoi ressemble le lac et quelles couleurs de leurres ressortent régulièrement. De l’information gratuite, à condition de fouiner.

Le conseil vraiment local, celui qui concerne le marnage ou les lâchers d’eau, ne se trouve que sur place : un lac dont le niveau bouge ne se pêche pas comme un lac stable, et seuls le détaillant ou les pêcheurs du coin savent ce que fait le niveau cette semaine-là.

Comment aborder un lac de barrage : lire les structures

Sur place, Lionel raisonne d’abord par la saison. En début de saison, les brochets sortent de fraie et les blancs s’apprêtent à frayer : on commence par les pentes douces et les herbiers. L’été, quand l’eau chauffe trop, les poissons quittent les fonds de baies pour se tenir à l’entrée, dans plus d’eau. Les fonds de baies ne sont pas mauvais en soi, c’est la température qui décide.

Ensuite viennent les structures. Un barrage, c’est une vallée noyée : sous l’eau, il y a d’anciens ruisseaux, des maisons, des arbres, des routes. Et toutes les pointes qui rentrent dans le lac sont, selon Lionel, « des super spots à brochet ». Le raisonnement est simple : une pointe que vous voyez sur la berge continue sous l’eau avec la même structure. Une berge en pente douce donne un fond en pente douce, une berge qui plonge donne un tombant. La rive vous raconte le fond, et c’est la façon la plus rapide de trouver des zones à essayer sans sondeur.

Les pentes douces : les gros brochets sont décalés

À l’opposé du mur, là où la vallée remonte, le lac devient moins profond. Lionel est catégorique : les pentes douces sont d’excellents spots à brochet parce que ce sont d’abord des spots à poisson blanc. Là où il y a des brèmes et des carpes, les brochets ne sont jamais loin.

Le détail qui compte, c’est l’étagement. Les petits brochets se tiennent en bordure, et plus on recule vers le large, plus les brochets sont gros, souvent postés derrière les brèmes. La recette de Lionel sur les lacs autour de chez lui : le bateau entre 8 et 12 mètres d’eau, les lancers vers la berge, et le leurre qui tombe dans 6 mètres d’eau. C’est sur cette tranche que sortent les plus gros. Si vous enchaînez les petits en bordure, ne concluez pas qu’il n’y a que des petits : les gros sont probablement là, nettement décalés, et il faudra un plus gros leurre lancé plus au large pour les déclencher.

Le mur du barrage et ses marches

Le mur attire le regard avec sa profondeur. Lionel le considère comme un bon spot, mais plutôt sur les côtés que face au béton : les berges latérales forment des marches successives, et les brochets se tiennent dessus. On commence shallow, et sans touche on plombe de plus en plus. Sur une berge qui descend brutalement, il épouse le tombant avec un leurre plombé, pêche quasiment tout à la descente, puis termine par un linéaire très lent jusqu’au bateau. La méthode décrite dans l’article sur le brochet en linéaire s’applique très bien ici.

Le vent, la berge battue et les herbiers

S’il y a eu trois jours de vent fort avant votre sortie, Lionel regarde sa direction et va pêcher la berge battue. Le vent pousse les masses d’eau chaude de surface, et selon la saison cette berge au vent peut devenir très bonne. Dans tous les cas, « c’est toujours mieux de pêcher le brochet quand il y a du vent » : sur les herbiers, il fait bouger la végétation, donc les petits poissons, donc les carnassiers qui les surveillent. Réservez les jours venteux pour la pêche, en ciblant la berge exposée.

Avec ou sans live : deux façons de prospecter

La grande majorité des pêcheurs n’a ni bateau ni sondeur live, d’où les deux approches. Pour le débat de fond, voir LiveScope : révolution ou mort de la pêche ?

Avec un sondeur live

Un live porte à 50 ou 60 mètres, et on pourrait croire que Lionel déroule du kilomètre jusqu’à voir des poissons. Ce n’est pas le cas : il commence par la cartographie, repère les structures et pêche d’abord autour d’elles. La recherche de poissons décollés en pleine eau vient ensuite, au moment le plus chaud de la journée, quand beaucoup de poissons quittent le fond à partir de midi. Yann glisse le rappel qui va avec : par canicule, on laisse les poissons tranquilles et on va se baigner.

Mise en garde de Lionel : même au live, les poissons plaqués au fond sur certaines structures ne sont pas simples à voir. Celui qui ne pêche que ce qu’il voit suspendu passe à côté d’une partie de la pêche.

Avec un 2D, un float tube ou un pneumatique

Pneumatique, float tube ou kayak avec un 2D et une cartographie : d’abord la bordure, herbiers, pointes, tout ce qui structure la rive. C’est là qu’on commence à comprendre le positionnement des poissons. Sans touche, deux explications : vous n’avez pas trouvé le pattern, ou les poissons sont décalés dans plus d’eau. Vous repassez alors plus au large, puis, toujours sans touche, vous cherchez les structures en pleine eau ou les boules de blancs, plus difficiles à localiser au 2D mais pas impossibles.

Le message clé : au 2D, ne pas voir de poisson ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Les brochets plaqués au fond n’apparaissent pas forcément à l’écran, et un brochet actif posé dans 10 mètres d’eau montera chercher un leurre qui passe à 2 mètres sous la surface s’il est dans son champ de vision, parfois dès le premier lancer. Se dire « pas de blanc, donc rien » et passer son chemin est une erreur.

Du bord : les chasses du matin et la pêche shallow

Sans embarcation, le meilleur indice est visuel. Le matin, quand le lac est lisse, on repère les bancs de petits poissons qui crèvent la surface près de la berge et on pêche autour. Les brochets sont actifs à cette heure et viennent chasser ces boules à demi en surface : Lionel conseille de pêcher quasiment tout le temps shallow, un leurre qui évolue juste sous la boule déclenche. Yann fait le parallèle avec la mer, où l’on guette les oiseaux et les percées avant de lancer.

Dernier conseil du bord : l’été, les poissons sont un peu plus loin de la rive, donc une spinning capable de lancer jusqu’à 100 ou 120 grammes fait gagner quelques mètres précieux. Pour Lionel ce sont de « petits » leurres ; pour la plupart d’entre nous c’est déjà du big bait, et l’article sur le brochet au big bait du bord explique justement comment gérer ces longs lancers.

La thermocline et le respect du poisson

Même au 2D, un détail renseigne énormément : la hauteur à laquelle se tiennent les boules de blancs. Si vous voyez beaucoup de poissons à 12 mètres, Lionel estime que les brochets se tiendront en général entre 10 et 14 mètres, autour de la thermocline. Dans ce cas, inutile de s’acharner sur les pentes douces en bordure : il faut pêcher des zones plus profondes, ou se décaler de la pente douce vers plus d’eau.

Yann résume la thermocline avec une image : des étages de millefeuille superposés mais séparés. En été, la couche de surface réagit au soleil et varie facilement de 3 ou 4 degrés. Dessous, une couche garde une température à peu près constante. Encore dessous, c’est franchement plus froid. Cette couche intermédiaire monte ou descend selon les mouvements d’eau et la chaleur, et les poissons peuvent changer d’étage d’un jour sur l’autre. Le travail du pêcheur consiste à retrouver cet étage, au sondeur ou en testant plusieurs hauteurs d’eau.

Conséquence éthique soulignée par Lionel : les brochets changent naturellement de couche d’eau, y compris très vite quand ils chassent, mais pendant le combat le stress monte, et quand la surface est très chaude l’écart de température devient fatal. C’est là qu’on fait de la casse. Par forte chaleur, la bonne décision reste parfois de ne pas pêcher.

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Quels leurres pour prospecter un lac de barrage

Si on l’emmène demain sur un lac inconnu, quel leurre Lionel sort en premier ? Réponse fidèle au personnage : des leurres entre 20 et 23 centimètres, un jointed ou une imitation de truite, en variant les couleurs. Trouver la couleur et la vibration qui déclenchent les attaques, même hors pic d’activité, c’est tout le travail, et ça passe par des essais, pas par un leurre miracle.

Sa méthode pour trouver cette couleur est très accessible : si la densité de brochets est correcte, commencez avec des leurres de 15 à 20 centimètres, vous prendrez vite des poissons avec une certaine couleur. Ensuite seulement, montez en taille en gardant cette couleur. C’est ce qui évite la journée blanche sur un lac inconnu.

Il rappelle aussi que les petits leurres font des gros poissons. En bordure, un jerkbait comme le Buster fait sortir régulièrement des poissons jusqu’à 80 centimètres. Et Yann cite Dustin Schöne, qui a pris en compétition en Hollande plusieurs brochets de plus de 120 centimètres au spinnerbait pendant que tout le monde lançait des leurres de 40 centimètres. Pour les gros, la logique de Lionel reste la même : plus gros leurre, lancé décalé de la bordure, dans plus d’eau.

Leurre articulé Gan Craft Jointed Claw 178 SS vu de profil
Le jointed de 17,8 cm, dans la tranche de taille que Lionel sort en premier pour prospecter.

Pics d’activité, dérives et changements de leurre

Si vous restez plusieurs jours sur le même lac et que vous avez des touches, notez l’heure. Il y a en général deux ou trois pics d’activité dans une journée, et le lendemain il faut être posté sur un bon spot à cette heure précise, pas en train de naviguer. Yann le fait remarquer : les pics d’activité reviennent sans cesse dans la bouche de Lionel, c’est un pilier de sa pêche.

Ensuite, il n’y a plus qu’à pêcher méthodiquement. Lionel multiplie les dérives sur une même zone : une le long de la bordure, une décalée, puis une encore décalée de 30 ou 50 mètres. Sur une longue dérive, de 500 mètres à un kilomètre, il change deux ou trois fois de leurre. Puis il recule et recommence. Il en rit lui-même : c’est tellement basique qu’il oublie de le dire, et c’est pourtant la base que tout le monde néglige.

Et la phrase qu’il répète tout l’épisode : « le but premier, c’est de trouver le positionnement des poissons, et après de les faire mordre ».

Le matériel utilisé dans l’épisode

L’épisode est une discussion de méthode, pas une revue de matériel, mais les familles de leurres citées se traduisent en références concrètes pour une boîte de prospection.

Pour la phase de recherche de la couleur, dans la tranche 15 à 20 centimètres, un shad à paddle du type Pig Shad Small 15 cm ou Pig Shad Junior 20 cm fait le travail : il se plombe à volonté pour descendre le long des marches du mur ou tester la hauteur de la thermocline, et se passe en linéaire lent jusqu’au bateau. Le choix des familles de souples pour le brochet est détaillé dans l’article sur les six familles de leurres souples brochet.

Leurre souple Pig Shad Junior 20 cm à queue paddle
Un shad de 20 cm, le format idéal pour trouver la couleur du jour avant de monter en taille.

Pour la bordure et les chasses du matin, le jerkbait évoqué par Lionel se retrouve en version Buster II 12 cm, un leurre de 37 g qui évolue entre 0,5 et 1,5 m, parfait pour pêcher shallow au-dessus des herbiers ou d’une pointe qui rentre dans l’eau. La version 15 cm dont parle Lionel n’était pas disponible chez le marchand au moment d’écrire ces lignes.

Jerkbait Buster II 12 cm, coloris naturel
Le jerkbait shallow pour peigner la bordure et les boules de blancs du matin.

Pour monter en taille une fois la couleur trouvée, le jointed par excellence reste le Gan Craft Jointed Claw 178 SS : 17,8 cm, 57 g, coulant lent, exactement la tranche de taille que Lionel sort pour prospecter. Pesketaer lui a consacré un avis complet sur le Jointed Claw. Pour les Miuras cités par Lionel, l’article sur la pêche du brochet au Miuras dit tout.

Côté canne, retenez la remarque du bord : une spinning capable d’envoyer 100 à 120 g permet d’aller chercher les poissons décalés en été.

Pour prolonger avec le même invité, Lionel Laporte passe aussi en revue les dix big bait qui ont marqué la pêche du brochet en France, dont plusieurs trouvent naturellement leur place en lac de barrage.

Questions fréquentes

Où trouver les brochets dans un lac de barrage ?

Selon Lionel Laporte, d’abord autour des structures : pointes qui rentrent dans l’eau, arbres et ruisseaux noyés, herbiers de bordure, marches sur les côtés du mur. En début de saison, privilégiez les pentes douces et les herbiers ; en été, l’entrée des baies plutôt que leur fond, et les zones plus profondes autour de la thermocline. Les gros sont en général décalés de la bordure, dans plus d’eau.

Comment pêcher un lac de barrage du bord sans sondeur ?

Le matin, repérez les bancs de petits poissons qui percent la surface près de la berge et pêchez autour avec des leurres shallow. Ciblez les pointes et la berge battue par le vent des jours précédents. Une spinning qui lance 100 à 120 g vous aide à atteindre les poissons un peu décalés en été.

Quelle taille de leurre pour prospecter un lac inconnu ?

Lionel conseille de commencer entre 15 et 20 cm si la densité de brochets le permet, pour trouver rapidement la couleur qui fonctionne, puis de monter en taille, autour de 20 à 23 cm pour un jointed ou une imitation de truite, en gardant cette couleur. Les petits leurres font aussi des gros poissons, ne les négligez pas.

Qu’est-ce que la thermocline et pourquoi ça compte pour le brochet ?

C’est la couche d’eau intermédiaire dont la température reste à peu près stable, entre une surface qui chauffe au soleil et un fond beaucoup plus froid. Les brochets se tiennent souvent autour, par exemple entre 10 et 14 m quand les blancs sont à 12 m. Un changement brutal de couche pendant un combat, en eau très chaude, peut être fatal au poisson.

Faut-il pêcher le brochet quand il y a du vent ?

Oui. Le vent fait bouger les herbiers et les petits poissons qui y vivent, ce qui met les carnassiers en activité, et il pousse les masses d’eau de surface vers une berge. Pêchez la berge au vent, surtout après plusieurs jours de vent fort.

Pour aller plus loin

Aborder un lac de barrage n’a rien de sorcier dans l’ordre de Lionel : préparer la carte et les infos locales, lire la rive pour deviner le fond, dérouler la bordure puis se décaler, surveiller la hauteur des blancs et noter les heures de touches. Le reste, c’est des lancers. Pour recevoir chaque semaine ce genre de méthode, des interviews et un regard un peu décalé sur l’actualité halieutique, inscrivez-vous à Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés : un e-mail le jeudi soir, lu de préférence avant de préparer la boîte du week-end, et jamais pendant un pic d’activité.

Le matériel cité dans l'épisode

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Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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