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Brochet

Débuter la pêche au big bait pour le brochet : la feuille de route d’Antoine Walter

Antoine Walter, dix ans de big bait du bord et en bateau, détaille le matériel d'entrée, les trois premiers leurres à acheter, la meilleure période, l'animation et les erreurs qui font abandonner. Une feuille de route complète pour lancer son premier leurre de 200 grammes.

12 min de lecture

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Débuter la pêche au big bait, c’est la question qui revient le plus sous les vidéos de brochet : quelle canne, quel moulinet, quelle tresse, quels leurres, et est-ce que lancer un leurre de 200 grammes a un sens dans l’étang du coin. Pour y répondre, Yann a invité Antoine Walter dans ce nouvel épisode de La Grange de Tom Sawyer. Antoine pêche le big bait depuis une dizaine d’années, du bord comme en bateau, en France comme aux Pays-Bas.

L’épisode (la vidéo ci-dessus) déroule une feuille de route pour celui qui n’a jamais lancé de gros leurre : matériel d’entrée, premiers leurres, période, spots, animation, ferrage et erreurs qui font abandonner. Cet article reprend tout ça dans l’ordre, avec le pourquoi derrière chaque conseil.

Pour les leurres cultes, voyez 10 big baits légendaires pour le brochet avec Lionel Laporte, et l’approche de Tom Morand dans pêcher le brochet au big bait. Ici, on reste sur l’angle du débutant.

C’est quoi, le big bait, aujourd’hui ?

Il y a dix ans, un leurre de 20 cm faisait figure de monstre ; aujourd’hui, on voit passer du 30 cm et du 300 grammes. Pour Antoine, la bascule se fait au poids : beaucoup lancent déjà du 80 grammes avec une canne brochet classique, mais dès qu’on passe les 100 à 120 grammes, on change de canne, de tresse, de montage. Yann place la limite autour de 20 cm, mais les deux se rejoignent : le big bait commence là où votre ensemble habituel ne suffit plus.

Swimbait, glidebait, giant bait ? Pour Antoine, ces catégories ne décrivent que des vibrations différentes, et il est inutile de posséder cinquante glides et cinquante swims tant que vous avez un leurre dont vous connaissez le signal. Pour creuser la différence, Tom Couchoud s’y attarde dans swimbait ou glidebait pour le brochet.

À qui ça s’adresse, et à quoi s’attendre

Le big bait s’adresse à ceux qui veulent faire des gros : un gros leurre fait se déplacer de loin des poissons qu’un leurre plus petit n’aurait jamais fait bouger. Un ami d’Antoine qui pêchait les mêmes spots au chatterbait sans jamais piquer de métré en a sorti dès le premier mois en passant sur un leurre de 30 à 35 cm. Soyez honnête sur le rythme : beaucoup de suivis, des journées entières sans rien, puis une matinée où tout s’allume, et une taille moyenne nettement plus haute. Et ça fonctionne en petit milieu, gravière ou canal, partout où il y a des gros poissons et personne pour leur proposer ce type de leurre.

Le matériel pour débuter la pêche au big bait

Bonne nouvelle : il ne faut pas un budget de 1 000 euros avant de commencer. Les marques proposent maintenant des cannes big bait d’entrée de gamme, et Yann cite un ensemble canne et moulinet qui tient sous les 200 euros.

La canne : longue, avec un grand talon

La canne doit surtout encaisser le poids du leurre, pas besoin d’y mettre une fortune. Le critère numéro un est la longueur : 2,10 ou 2,20 m, c’est trop court, il faut forcer le lancer et ça finit en douleurs. Antoine préfère 2,49 à 2,59 m avec un grand talon, pour faire levier et envoyer loin sans forcer, là où presque personne ne propose un gros leurre aux poissons.

Sur la puissance, une 100-300 g est l’entrée de gamme du big bait selon Antoine, la 200-600 g venant plus tard. Le conseil le plus utile de l’épisode : une canne se pêche dans sa plage centrale, pas à son maximum. Avec une 100-300, lancez du 200 à 250 g ; à 350 g, le blank absorbe toute l’énergie et le leurre ne part plus. Rigide ou souple ? Antoine est team rigide, quand Tom Couchoud aime les blanks souples : une canne rigide fait rentrer de gros hameçons sur un ferrage appuyé. Il pêche avec une Savage Gear SG6 en 200-600 g et, en 100-300, une Hearty Rise Meteor, deux cannes très rigides.

Le moulinet : du 300 ou du 400, et du solide

C’est la pièce qui prend le plus cher de l’ensemble : une bobine fermée trop tôt sur un leurre de 300 g se termine en salade de pignons sur un moulinet fragile. Il faut un casting de taille 300 sur une 100-300, 400 sur une 200-600, et les références qui ont fait leurs preuves sont toujours les mêmes : Shimano Tranx et Calcutta, Daiwa Ryoga (son préféré), Abu Garcia Beast, Okuma Komodo. Pour débuter, Yann a repéré le Shimano Cardiff, un profil rond un peu au-dessus de 100 euros, probablement le moulinet big bait le moins cher du marché. Le casting n’est pas négociable : au-delà de 150 g, la tresse retenue du doigt au lancer finit par couper.

Moulinet casting à profil rond Shimano Cardiff 301 A vu de côté
Le profil rond, apprécié par Antoine pour la prise en main au ferrage, existe aussi en version accessible.

Tresse et bas de ligne : là où l’on perd des leurres

Antoine pêche en tresse de 28 à 36 centièmes selon la canne ; le diamètre compte plus que le nombre de brins (il pêche depuis des années avec une Spiderwire de chez Berkley). Avec une grosse tresse, on satellise moins au lancer et, accroché, on redresse les hameçons avant de casser. Une tresse trop fine qui catapulte le leurre à la moindre perruque est l’erreur la plus coûteuse des débutants.

En bas de ligne, il trouve le titane cassant avec les gros leurres et pêche en fluoro de 1 ou 1,2 mm : un gros ferrage appuyé sur un leurre coffré coupe du 80 centièmes, et la touche en big bait a de bonnes chances d’être votre record. Notre guide pour choisir son bas de ligne brochet détaille les matières. Son montage type : une quarantaine de centimètres de fluoro 1,2 mm, un émerillon baril noué directement à la tresse (un nœud de raccord ferait un pâté), des sleeves sertis et une agrafe BFT gros modèle côté leurre. Comme on garde la moitié de la canne en bannière pour lancer loin, le bas de ligne ne passe jamais dans les anneaux.

Les accessoires non négociables

D’abord une grande épuisette, la première erreur de presque tout le monde : une épuisette où l’on rentre des 80 cm devient minuscule devant un 110, le leurre s’accroche dans le filet et le poisson se décroche dehors. Pour dimensionner la vôtre, voyez notre article pour bien choisir son épuisette.

Ensuite une grande pince long bec, Antoine utilise celle de HPA. Une tête de brochet peut faire 40 cm, et quand un gros leurre est coffré au fond, une pince courte vous oblige à mettre les mains dedans. Une pince à anneaux brisés complète le trio, car Antoine juge les hameçons d’origine trop petits et monte une taille au-dessus, en BKK, 3/0 à 5/0 maximum.

Les premiers leurres à acheter pour débuter

Antoine a passé trois ans avec quasiment deux références : le Line Thru Roach en 25 cm (et le 32 cm, lancé avec sa 200-600) et la Line Thru Trout en 30 cm. Le Roach est son leurre de bord par excellence ; la Trout lui donne de meilleurs résultats en rivière et partout où il peut y avoir des truites. Son plus gros brochet, 1,20 m, a été pris sur le Roach 32 en novembre, leurre à moitié hors de l’eau le long du bateau pendant qu’il discutait. Côté coloris, du naturel, le Bream en tête, et le Lemon Roach pour l’eau teintée.

Leurre souple Savage Gear 4D Line Thru Roach de 25 cm en coloris naturel
Le Roach 25 cm, le leurre avec lequel Antoine a passé près d’un an à pêcher 80 % du temps.

Deuxième incontournable : la souris Miuras Mouse, de préférence en version double. Antoine fait la moitié de ses poissons au Roach et à la Trout, l’autre moitié à la souris et aux shads. Pour tout savoir sur ce leurre, l’article pêcher le brochet à la souris Miuras fait le tour du sujet.

Leurre hybride CWC Miuras Mouse Big de 23 cm avec sa queue souple
La souris Miuras, l’incontournable des pêcheurs de gros brochets, selon Antoine.

Deux vibrations de shad, et c’est tout

Pour les shads, Antoine raisonne par signal plutôt que par référence : un Eastfield Wingman, qui produit un gros rolling, et un Ghost Lure, qui reste sur place et ne fait travailler que la queue. Ce sont les deux vibrations possibles d’un shad, et il faut avoir les deux, parce qu’il y a des jours où ils veulent l’une, l’autre, ou aucune. Yann complète avec ses Giant Pig Shad, Whitefish Shad et Wolfcreek Shad ; Antoine, lui, utilise peu de swimbaits durs, qu’il trouve plus sujets au décrochage.

Pêcher gros sans se rééquiper

Pour ceux qui n’ont pas encore la canne, Yann signale les leurres de BIM Tackle, le Crazy Rabbit et le Chacha : autour de 30 cm mais légers, donc lançables avec un ensemble brochet classique, avec un déplacement d’eau atypique lié aux plumes. Nous avons détaillé le premier dans notre avis sur le Crazy Rabbit. Les leurres les plus faciles pour débuter restent le Roach et les gros shads, qu’on lance et qu’on ramène sans animation : hors swimbait dur et glide, dit Antoine, il n’y a rien de technique dans le big bait. Un shad souple demande juste de savoir le monter, en shallow : une vis dans la tête, une chaîne d’émerillons avec un triple, un lest au ventre.

Et non, les leurres chers ne sont pas meilleurs. Antoine conseille trois leurres pour démarrer, un shad qui fait du wobble, un shad qui fait du rolling, un Roach, en lesquels on a confiance parce qu’on va passer des heures à les lancer. Les leurres de crafteurs viennent plus tard, quand un spot a trop vu la même référence. La logique rejoint celle de la boîte de pêche petit budget de Yann.

Quand et où commencer

La meilleure période pour le poisson, pas pour le bonhomme, c’est le plein hiver, quand les brochets font leurs réserves et ne se déplacent plus pour rien : une grosse proie ramenée lentement prend tout son sens. Côté spot, la logique est brutale : un gros leurre sélectionne, donc s’il n’y a pas de gros poissons, vous n’en ferez pas. Il faut un milieu qui en produit et riche en nourriture ; de grosses tanches et brèmes mortes dans un étang ont suffi à Antoine pour y voir un potentiel. Les gravières qui prennent les crues sont excellentes, parce qu’elles reçoivent du poisson de rivière ; en rivière, cherchez l’hiver les retenues, remous et baies où les poissons rentrent. Du bord, ça marche, y compris en public ; Yann y a consacré un épisode entier, le brochet au big bait du bord.

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Animation, hauteur d’eau et figure 8

Deux facteurs résument l’animation : la vitesse et la hauteur d’eau. Antoine est de la team « je mouline lentement et je ne m’arrête jamais » : lancer le plus loin possible, rester régulier du début à la fin sans accélérer sur le demi-tour de manivelle, aucune pause sauf sur les glides et swimbaits durs qui le demandent. Sur la hauteur, la règle est de ne jamais passer sous le poisson, qui ne vous voit pas. Un big bait, c’est une grosse masse, un gros reflet et un gros déplacement d’eau : tous les signaux pour être capté de loin. Antoine passe donc très haut, à 3 m dans 6 m d’eau, et les poissons montent. En hiver, il ralentit encore, quitte à sous-plomber ; en été, il passe vite au-dessus des herbiers pour déclencher des attaques réflexes.

Le figure 8, enfin : Antoine le fait systématiquement en fin de récupération, canne plongée dans l’eau, en dessinant un huit devant le poisson qui suit. Ça ne coûte rien et ça lui a sauvé quelques poissons. Quand changer de leurre ? Quand vous en avez marre de le voir.

Le ferrage, le point le plus important

Avec des hameçons en 3/0 ou 4/0, ça ne rentre pas en tirant doucement : Antoine veut de l’amplitude et un envers rapide. Il pêche canne basse, avec un angle de 70 à 90 degrés entre la tresse et la canne, et ferre toujours du même côté en tournant le buste, le swipe des Américains, plutôt que canne en l’air, qui laisse une microseconde de fil détendu. Deuxième réglage : le frein, serré quasiment à fond et réadapté pendant le combat. Si le frein cède au ferrage, toute l’énergie part dedans et le poisson n’est pas piqué.

Les erreurs des débutants, et pourquoi ils abandonnent

La liste d’Antoine est courte : tresse trop fine, frein pas assez serré, bas de ligne trop léger, terminal tackle au rabais, et surtout abandonner trop tôt. La plupart des gens lâchent au bout de trois sorties sans poisson ; soit le spot n’était pas le bon, soit ils ne mangeaient pas ce jour-là. Yann ajoute l’erreur de la canne light « au cas où » : se réconforter avec un spinnerbait tue l’apprentissage. Antoine va plus loin : si vous ne prenez pas de plaisir à lancer gros, pêchez petit. On n’est pas meilleur parce qu’on pêche gros ; on pêche gros parce qu’on veut sélectionner.

Sa feuille de route : le premier mois, on s’équipe et on multiplie les tests de spots ; entre trois et six mois, les premiers poissons sont sortis et on diversifie ou on monte en taille ; au bout de six mois, on ne part plus qu’avec trois leurres. On sait pêcher en big bait quand on y prend plus de plaisir qu’avec les autres leurres. Pour les spots trop fréquentés, Antoine revient avec Numa Marengo dans pêcher les spots surpêchés.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Cannes : Savage Gear SG6 Monster 200-600 g (avec un Daiwa Ryoga 300) et Hearty Rise Meteor 100-300 g ; moulinet accessible : Shimano Cardiff 301 A, profil rond, ratio 5.8:1 ; tresse Spiderwire en 28 à 36 centièmes et fluorocarbone de 1 à 1,2 mm. Leurres : Savage Gear Line Thru Roach 25 cm (206 g) et 32 cm, Line Thru Trout 30 cm, Miuras Mouse Big 23 cm (95 g), Eastfield Wingman, Ghost Lure, Giant Pig Shad, Whitefish Shad, Wolfcreek Shad, Madness Balam, Rapala Peto, BIM Tackle Crazy Rabbit et Chacha. Accessoires : épuisette grand modèle CWC, pince long bec HPA, pince à anneaux brisés, hameçons BKK 3/0 à 5/0, trousses à leurres roulées HPA.

Questions fréquentes

Quelle canne pour débuter la pêche au big bait ?

Une canne casting longue, de 2,40 à 2,60 m, avec un grand talon, en puissance 100-300 g. C’est la plage qu’Antoine Walter considère comme l’entrée de gamme du big bait, et elle couvre déjà l’immense majorité des leurres utiles. Pêchez-la dans sa plage centrale, autour de 200 g, plutôt qu’à son maximum, sinon la canne absorbe le lancer et le leurre ne part plus.

Quel moulinet casting pour le big bait ?

Un casting de taille 300 pour une 100-300 g, un 400 pour une 200-600 g. La solidité prime, car c’est la pièce qui souffre le plus en cas d’erreur de lancer avec un leurre lourd. Les références classiques sont les Shimano Tranx et Calcutta, le Daiwa Ryoga, l’Abu Garcia Beast ou l’Okuma Komodo ; le Shimano Cardiff est l’option la plus abordable pour commencer.

Quelle tresse et quel bas de ligne pour pêcher le brochet au big bait ?

Une tresse de 28 à 36 centièmes, quatre ou huit brins indifféremment, pour ne pas catapulter les leurres et pouvoir redresser les hameçons en cas d’accroc. En bas de ligne, du fluorocarbone de 1 à 1,2 mm sur environ 40 cm : un 80 centièmes se fait couper par un gros leurre coffré lors d’un ferrage appuyé.

Peut-on pêcher au big bait du bord et dans un petit plan d’eau ?

Oui, à condition que le milieu produise des gros brochets et soit riche en nourriture. Gravières, canaux entre deux écluses, amortis connectés à une rivière conviennent très bien. La seule limite est la taille des poissons présents : un gros leurre sélectionne, il ne fera pas sortir des métrés d’un plan d’eau qui n’en a pas.

Quelle est la meilleure période pour commencer le big bait ?

Le plein hiver, novembre et décembre, quand l’eau refroidit et que les brochets cherchent de grosses proies pour un minimum de déplacement. Ramenez lentement, en régularité, et passez haut au-dessus des poissons pour qu’ils voient le leurre et montent dessus.

Pour conclure

Une canne longue qui lance sans forcer, un moulinet qui encaisse, une tresse et un bas de ligne surdimensionnés, trois leurres en lesquels vous avez confiance, un spot qui produit des gros, et la patience de ne pas abandonner avant que le premier arrive. Le reste, c’est lancer et ramener lentement, au-dessus du poisson.

Si ce genre d’épisode vous donne des courbatures d’avance, il y a plus doux : Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés, arrive le jeudi soir dans votre boîte mail, pèse zéro gramme et ne demande aucune canne 200-600 pour être ouverte. Gardez vos trapèzes pour les Roach.

Le matériel cité dans l'épisode

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Carnassier Leurre

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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