Découvrir un nouveau spot de pêche : la méthode de Bastien Nicolay
Comment un compétiteur aborde un plan d'eau qu'il n'a jamais pêché ? Bastien Nicolay, guide en Estrémadure et finaliste du FC Fight sandre, détaille sa méthode : cartographie, élimination, prospection rapide puis lente, observation du fourrage et de la couleur de l'eau.
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Découvrir un nouveau spot de pêche, c’est la situation que tout le monde finit par rencontrer : un lac de vacances, une rivière après un déménagement, ou simplement ce plan d’eau à vingt minutes de chez vous que vous n’avez jamais pris le temps d’aller voir. On arrive, on lance ce qui marche d’habitude, et au bout de trois heures sans touche on se demande si le poisson existe vraiment. Les compétiteurs vivent ça à chaque étape, avec en plus un chrono et un classement. Ils ont donc dû mettre au point une méthode.
Dans cet épisode de La Grange de Tom Sawyer, Yann reçoit Bastien Nicolay, guide de pêche en Estrémadure et compétiteur black-bass et sandre, finaliste du FC Fight sandre et vainqueur de la Sonora Eurocup aux côtés de Mike Iaconelli. Bastien pêche en compétition depuis l’enfance, et sa préparation d’une compète sur une eau inconnue ressemble trait pour trait à ce que vous devriez faire sur un nouveau spot : lire la carte, procéder par élimination, prospecter vite, ralentir quand il faut et surtout observer.
La vidéo ci-dessus contient l’intégralité de l’échange. Cet article reprend sa méthode dans l’ordre, puis revient sur l’épisode précédent, le débriefing de sa finale du FC Fight, application concrète de ces principes sur un fleuve qu’il n’avait jamais pêché.
Avant de partir : la carte, la réglementation et un peu de bon sens
Pour Bastien, tout commence loin de l’eau. « La base de la base, c’est la cartographie », dit-il quand Yann lui demande par où il attaque un plan d’eau inconnu. Avant même d’ouvrir une carte, il se renseigne sur la réglementation locale et sur les espèces présentes : le document remis avec votre carte de pêche les liste généralement. Information gratuite, et déterminante, car on ne lit pas une carte de la même façon pour du sandre, du brochet ou du black-bass.
Viennent ensuite les cartes elles-mêmes, et Yann pose la question que tout le monde se pose : on regarde quoi, concrètement ? Bastien répond avec un exemple tiré de ses premiers voyages sur les lacs de barrage du nord de l’Espagne. En plein été, sur un grand lac à eau claire, il cherche les zones où le poisson trouve de l’oxygène et où le fourrage circule. Sur la carte, ça se traduit par les belles pointes bien exposées, situées à proximité des reculs (les bras et les fonds de baie) où les poissons ont passé le printemps pour se reproduire. Autrement dit, on cherche la première structure intéressante à côté des zones de reproduction.
Le principe vaut pour toutes les saisons : vous partez du comportement de l’espèce à la période où vous pêchez, et vous cherchez sur la carte les structures qui y répondent. Si vous abordez une retenue, l’article sur la façon d’aborder un lac de barrage complète bien cette lecture. Bastien ajoute une source souvent négligée : les vidéos. Il y a aujourd’hui des images de la plupart des grands milieux, et elles donnent « plein de petits paramètres à prendre en compte » sur la couleur de l’eau, le type de bordures ou le matériel utilisé par les locaux. Mais il est aussi très clair sur les limites de la préparation : « il n’y a pas de secret, il faut y aller et passer du temps au bord de l’eau ».
Lire un plan d’eau inconnu : procéder par élimination
Sur place, que ce soit en pré-fishing avant une compétition ou en loisir, Bastien applique une seule logique : l’élimination. Il ne cherche pas le bon poste, il élimine les mauvais. Concrètement, il teste différents types de substrats (cailloux, sable, vase), différents types de pentes (tombants raides, plages en pente douce), des zones exposées au plein soleil et des zones plus reculées, loin du lit de la rivière. Chaque secteur testé sans résultat est une information autant qu’une touche.
C’est l’image du puzzle qu’il utilise dans l’épisode : chaque touche, chaque poisson vu, chaque suivi est un indice. Pris isolément, un indice ne veut rien dire ; mis bout à bout, ils dessinent où les poissons sont placés, puis comment les faire mordre. Cela demande une discipline que les pêcheurs loisir ont rarement : retenir ce qui a été testé, et ne pas retourner trois fois sur le même tombant parce qu’il a « une bonne tête ».
Il insiste aussi sur un bénéfice à long terme : plus vous pêchez de spots différents, plus vous savez vous adapter, et plus il devient facile de trouver la pêche n’importe où. C’est précisément ce que la compétition apporte, en vous envoyant sur des milieux que vous n’auriez jamais choisis. Pour ceux que ça intéresse, Adrien Aries détaille le fonctionnement des compétitions carnassiers FFPS, et Tanguy Marlin, qui a pris Bastien sous son aile quand il était gamin, livre ses propres stratégies de compétition.
Prospection rapide : le power fishing pour trouver les poissons
Une fois les zones sélectionnées sur la carte, il faut les pêcher. Et là, Bastien est catégorique : si la saison le permet (comprendre, si on n’est pas en plein hiver), il fait du power fishing. L’objectif est de battre le plus de terrain possible en pêchant vite, pour localiser des poissons avant de chercher à les comprendre. Ses leurres de prospection sont les leurres de réaction : le leurre de surface quand la température s’y prête, le crankbait, le spinnerbait, tout ce qui se lance loin, se ramène vite et déclenche des attaques réflexes.

Le raisonnement est simple : sur un spot inconnu, le temps est votre ressource la plus rare. Un crankbait ou un spinnerbait explore un tombant en quelques lancers, là où un souple pêché lentement vous immobilise sur trente mètres de berge. Les poissons actifs se manifestent, même par un simple suivi, et c’est tout ce qu’on demande à cette première phase. Comme le résume Yann, « tu déroules, tu déroules, tu déroules ».
Quand ça ne mord pas : inverser, ralentir, comprendre
C’est là que se joue la différence entre celui qui rentre bredouille et celui qui finit par trouver. La réponse de Bastien tient en un mot : l’inverse. Vous étiez dans une baie avec peu d’eau ? Allez dans beaucoup d’eau. Vous pêchiez l’ombre ? Allez au soleil. Un type de pente n’a rien donné ? Changez de pente. Et avant chaque changement, prenez trois secondes pour vous demander pourquoi ça n’a pas fonctionné, parce que c’est cette compréhension, pas le changement en lui-même, qui vous fera progresser.
Le deuxième levier concerne la vitesse. Dans l’épisode, Bastien décrit une situation que tout le monde a vécue : vous avez fait suivre plein de poissons en pêchant vite, mais vous n’avez pas pris une touche. L’information est précieuse, car elle vous dit que les poissons sont là et qu’ils sont intéressés, mais pas assez agressifs pour un leurre de réaction. Sa réponse : passer sur une pêche plus lente, en souple, avec des imitations d’écrevisses ou un leurre en weightless classique (un stickbait souple monté sans plomb, laissé couler sur le poste), et observer la réaction. Chaque touche devient alors un indice de plus, et peu à peu vous ajustez votre pêche vers ce qui déclenche réellement.

Observer le fourrage, les oiseaux et la couleur de l’eau
Un nouveau spot vous parle en permanence, à condition de regarder. Bastien conseille d’avoir toujours un œil sur ce qui entoure le poste. Des carcasses d’écrevisses sur les bordures ? Il y a de fortes chances que les carnassiers en mangent, ce qui oriente vers les imitations de crustacés pêchées au fond. Des bancs d’ablettes qui se tiennent sur un type de poste précis ? Les prédateurs ne sont probablement pas loin derrière. Les perches soleil, le poisson blanc, tout ce qu’on appelle le baitfish vous dit ce que mangent les poissons que vous cherchez, et donc ce qu’il faut leur présenter.
Yann fait le parallèle avec la pêche en mer, où tout le monde cherche les oiseaux, et Bastien confirme que la règle vaut en eau douce : les oiseaux piscivores ne sont jamais là pour rien. S’ils travaillent une zone, il se passe quelque chose dessous, et trop de pêcheurs d’eau douce l’ignorent.
Vient ensuite la couleur de l’eau, et Bastien donne une règle qu’il applique au black-bass mais qui, selon lui, vaut pour le sandre et les autres carnassiers. En eau claire, vous aurez plus de facilité à repérer les poissons à vue : une bonne paire de lunettes polarisantes devient alors votre premier outil de prospection, bien avant la canne. En eau très turbide, les poissons ont tendance à se coller aux bordures. Vous irez donc pêcher plus près du bord, parfois beaucoup plus près que ce que votre instinct vous suggère.
Les erreurs à éviter sur un spot que vous ne connaissez pas
Quand Yann lui demande les erreurs classiques, Bastien n’hésite pas : la première est d’arriver et de pêcher directement avec ce qu’on a l’habitude de faire dans sa gravière, alors que le grand lac ou la rivière de vacances n’a rien à voir. On applique les techniques qui marchent chez soi, ça ne fonctionne pas, et on se crispe. Cette crispation est la vraie erreur, car elle empêche de changer.
Sa recommandation tient en une phrase : rester ouvert. Vous prenez un panel de leurres large, vous commencez par une prospection rapide, vous passez à une prospection lente si ça ne marche pas, et vous n’hésitez pas à sortir de ce que vous connaissez pour essayer de nouvelles choses. Il reconnaît que c’est un sujet difficile à généraliser, parce que « chaque spot est différent », mais la méthode, elle, ne change pas. On retrouve d’ailleurs cette même idée d’adaptation dans les conseils de Numa Marengo et Antoine Walter pour pêcher un spot surpêché aux poissons méfiants, où la routine du pêcheur est encore plus pénalisante.
Il ajoute une dimension mentale qu’il tient de sa compétition avec Mike Iaconelli : transformer le stress en énergie positive. Rater un poisson, s’énerver, partir dans une spirale négative, c’est le meilleur moyen de « sortir de sa pêche ». Sur un nouveau spot où les premières heures sont souvent frustrantes, le mental compte autant que le leurre.
Pêche en compétition sandre : la méthode appliquée sur le Douro
L’épisode précédent de la chaîne, que vous pouvez regarder ci-dessous, est le meilleur exemple concret de tout ce qui précède. Bastien y débriefe sa finale du FC Fight sandre, disputée sur le Douro, un fleuve où il n’avait jamais mis les pieds, et pour un poisson qui n’est pas sa spécialité première.
La préparation d’abord. Bastien n’a eu que deux jours de repérage sur le fleuve, coincés entre une compétition black-bass de trois jours sur le lac voisin et le FC Fight lui-même. Il a glané « deux ou trois infos à droite à gauche », regardé les vidéos disponibles sur le secteur, et il est venu avec son coéquipier Benjamin, qui connaissait un peu les lieux. Les infos disaient une chose : pour faire les gros, il fallait pêcher gros. Il ne s’est donc pas embêté à pêcher petit. L’objectif de ces deux journées n’était pas de trouver le leurre magique mais de trouver le plus de zones possible tenant des poissons, pour avoir un spot dans chaque secteur tiré au sort.
Le pré-fishing a dépassé ses espoirs : des sandres de 80 cm plusieurs fois par jour, un 87, un 84 et un 92 qui a battu son record. De quoi fixer la stratégie : un quota de trois gros poissons, pêché en verticale, lourd et dans le courant, avec des têtes de 60 à 80 g, de gros leurres souples finesse montés en casting, de la tresse en 20 à 25 centièmes et un bas de ligne en 40 à 45 centièmes, sur des poissons tenus dans 10 à 12 mètres d’eau. Ses deux leurres n’ont pas changé : un gros shad souple sur grosse tête plombée et un jerk souple de 7 pouces, en coloris flashy comme le chartreuse, qui marchaient mieux dans une eau légèrement piquée. Tony Niedz, son adversaire en finale, détaille de son côté ses leurres à sandre en bateau.
Sur la verticale, Bastien donne un conseil valable sur tous les fleuves : tout est dans la vitesse de dérive. Il descendait le courant assez vite, avec un seul objectif, rester au plus près du fond en passant propre entre les blocs, les souches et les arbres. Les petits relâchés et les petites remontées font ensuite la différence, mais seulement si le passage de base est bon.
Côté stratégie, sa phase de poule illustre la gestion du temps sur manches courtes. Dans la « poule de la mort » avec Sylvain Legendre, Gaël Even et Rémi Seigler, pour des manches de trois heures, il a choisi une seule dérive dans laquelle il avait confiance et s’y est tenu : la rivière renouvelle ses poissons, et on perd vite du temps à naviguer derrière les autres. Un seul poisson le matin, puis les jolis poissons rentrent en début d’après-midi. À comparer avec la méthode de compétition de Sylvain Legendre, son adversaire direct ce jour-là.
Son regret de finaliste est, là encore, une leçon sur la découverte d’un spot : faute de temps, il n’a pas pu tester le live et le sharp shooting sur les gros poissons pendant le repérage, et il est resté sur sa verticale en finale alors que l’après-midi réclamait autre chose. Quand on n’a pas eu le temps d’explorer plusieurs techniques sur un nouveau spot, on reste prisonnier de la seule qu’on maîtrise.
Le matériel utilisé dans l’épisode
Cet épisode est une conversation de méthode plus qu’un déballage de boîte, et Bastien cite des familles de leurres plutôt que des références précises. Pour la phase de prospection rapide, il parle de leurres de surface, de crankbaits et de spinnerbaits. Un crankbait de type Strike King Pro Model 4S couvre les pentes et les cailloux, un spinnerbait double willow passe dans les herbiers et les bois noyés, et par eau chaude un stickbait de surface comme le Bowstick Knocker est son leurre préféré, celui qu’il garderait s’il ne devait en garder qu’un.

Pour ralentir quand les poissons suivent sans mordre, il passe sur des imitations d’écrevisses en souple pêchées au fond, ou sur un stickbait souple type Senko en weightless, ce leurre sans plomb qui coule lentement. Bastien raconte d’ailleurs qu’enfant, dans les gravières bordelaises, un simple grub de la même marque suffisait à faire se battre les black-bass.
Enfin, pour la lecture de l’eau claire, il insiste sur une bonne paire de lunettes polarisantes : un outil de repérage plus qu’un accessoire de confort. Les leurres souples de sa finale du FC Fight (un gros shad et un jerk souple de 7 pouces d’une marque de grande surface de sport, dont une référence n’était pas encore commercialisée au moment de l’enregistrement) n’ont pas de fiche chez notre partenaire et ne sont donc pas liés ici.
Questions fréquentes
Comment trouver un bon spot de pêche près de chez soi ?
Commencez par la réglementation et la liste des espèces fournie avec votre carte de pêche, puis étudiez les cartes du plan d’eau en cherchant les structures qui correspondent au comportement de l’espèce à la saison où vous pêchez : pointes exposées proches des zones de fraie en été, par exemple. Regardez ensuite les vidéos disponibles sur le secteur. Et selon Bastien Nicolay, il n’y a ensuite pas de secret : il faut y aller et y passer du temps.
Quel leurre utiliser pour prospecter un nouveau plan d’eau ?
En bonne saison, les leurres de réaction : crankbait, spinnerbait et leurres de surface. Ils permettent de battre un maximum de terrain rapidement et de localiser les poissons actifs. Si vous enregistrez des suivis sans touche, ralentissez avec un leurre souple, une imitation d’écrevisse ou un stickbait souple en weightless.
Comment lire un plan d’eau que l’on ne connaît pas ?
Procédez par élimination : testez différents substrats, différentes pentes, des zones exposées et des zones reculées, et considérez chaque touche ou chaque poisson vu comme une pièce du puzzle. Observez le fourrage (ablettes, écrevisses, perches soleil), les oiseaux piscivores et la couleur de l’eau. En eau turbide, rapprochez-vous des bordures ; en eau claire, pêchez à vue avec des lunettes polarisantes.
Comment se préparer à une compétition de pêche au sandre sur une eau inconnue ?
Le pré-fishing de Bastien sur le Douro résume la démarche : collecter des infos locales, viser gros si le milieu le permet, et consacrer les jours de repérage à trouver le plus de zones possible tenant des poissons plutôt qu’à faire tourner les leurres. Pensez aussi à tester plusieurs techniques (verticale, live, sharp shooting) pour ne pas être enfermé dans une seule le jour de la finale.
Faut-il changer de technique quand ça ne mord pas sur un nouveau spot ?
Oui, et plutôt radicalement. Bastien conseille d’aller à l’inverse de ce qui vient d’échouer : peu d’eau contre beaucoup d’eau, ombre contre soleil, pêche rapide contre pêche lente. L’erreur la plus fréquente est de s’obstiner avec ce qui fonctionne chez soi et de se crisper quand ça ne marche pas.
Conclusion
Découvrir un nouveau spot de pêche n’a rien d’une loterie. La méthode de Bastien Nicolay tient en quatre temps : préparer sur la carte, éliminer sur l’eau, prospecter vite puis ralentir, et observer tout ce qui bouge. Elle l’a mené en finale du FC Fight sur un fleuve qu’il découvrait, et elle vous servira autant sur le lac de vos vacances que sur cette retenue que vous boudez depuis des années. Si vous avez envie de continuer à apprendre des meilleurs sans vous lever de votre canapé, inscrivez-vous à Friture sur la Ligne, la newsletter des pêcheurs passionnés : un seul e-mail, le jeudi soir, et aucune obligation de pêcher en casting avec des petites mains de huit ans.
