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Brochet

Pêche du brochet au lac du Der et à la Forêt d’Orient : la boîte de Jean Martin

Jean Martin, guide de pêche sur les lacs d'Orient et du Der, vide sa boîte estivale brochet et grosses perches. Herbiers profonds, gestion de la vibration, bas de ligne discret et big baits : tout ce qu'il faut savoir avant de mettre la barque à l'eau.

13 min de lecture

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La pêche du brochet au lac du Der et au lac de la Forêt d’Orient fait rêver pas mal de pêcheurs de carnassiers : deux immenses plans d’eau de Champagne, des poissons métrés, des grosses perches. Mais quand on débarque avec sa barque sur ces « grandes bassines », le problème est concret : des herbiers jusque dans douze mètres d’eau, une eau limpide, des poissons sollicités.

Dans cet épisode « Ouvre-moi ta boîte » de La Grange de Tom Sawyer, Yann reçoit Jean Martin, moniteur guide de pêche sur le lac de la Forêt d’Orient et le lac du Der. Jean a vidé son coffre sur la table : la pêche profonde en souple sur les herbiers d’Orient, puis les grosses bouchées et les big baits sur le Der.

Plus qu’une liste de leurres, c’est une leçon de lecture de l’eau et de gestion de la vibration. La vidéo est ci-dessus, avec ses chapitres ; cet article en reprend les enseignements dans l’ordre. Si les perches vous intéressent davantage, l’épisode jumeau sur la pêche des grosses perches avec Jean Martin complète celui-ci.

Comprendre les lacs d’Orient et du Der avant de les pêcher

Les lacs de la Forêt d’Orient (Orient, Temple et Amance) et le lac du Der sont des réservoirs créés pour écrêter les crues en amont de Paris, dans une plaine agricole sans relief. Résultat : « c’est relativement plat », pas de cassures marquées comme dans un vrai lac de barrage. Nos conseils pour aborder un lac de barrage restent valables pour la méthode, mais la structure ici est tout autre.

Le vrai bouleversement, selon Jean, c’est l’arrivée des characées, une petite algue installée depuis une vingtaine d’années. Sur Orient, il y a « de la salade jusque dans 12 m d’eau », un tapis d’un mètre d’épaisseur qui a totalement modifié le comportement des brochets. Le gros de la pêche se fait désormais sur ce tapis profond ; seul Amance, non colonisé, garde des herbiers classiques qui s’arrêtent vers cinq ou six mètres.

Où se tiennent les brochets en été

Dans l’épisode, Jean explique que les poissons descendent avec la chaleur et la pousse de l’herbe : vers sept ou huit mètres en début de saison, puis jusqu’à douze. Posés sur l’herbe, ils y trouvent une température de confort, des écrevisses, du calme loin des bateaux, et ils y sont « moins facilement pêchables ». L’eau est très transparente : Jean a vu le fond dans dix mètres avec de bonnes polarisantes, ce qui conditionne toute la boîte. Les jours de canicule, on laisse les poissons tranquilles pour leur éviter un choc thermique.

Pêcher du bord : (presque) mission impossible

Mauvaise nouvelle pour les pêcheurs sans embarcation : les rives sont de la forêt immergée, une mangrove que Jean surnomme « le bayou champenois ». Il reste une digue sur Orient, une ou deux sur le Der, et le port du Der, qui ouvre entièrement plus tard dans la saison : « sûrement le meilleur spot de France » pour un gros poisson du bord, à condition d’accepter de pêcher toute la journée au même endroit. On retrouve cet esprit dans l’épisode sur les gros brochets du bord de Tom Couchoud. Pour tout le reste, c’est float tube ou bateau.

Orient : une pêche profonde, discrète et calée sur les alevins

Jean résume sa pêche estivale d’Orient en une phrase : un shad de 10 à 15 cm, fortement plombé, ramené « au ras de l’herbier le plus doucement possible ». Bête et méchant, dit-il, mais difficile à faire proprement sans habitude, et encore plus dans le vent. Il pêche surtout au live depuis trois saisons, mais cette pêche existait avant et reste faisable sans, en plombant un peu plus.

Le fil rouge, c’est la vibration : c’est elle qui fait la différence sur des poissons très sollicités. Second paramètre, la taille. Brochets et grosses perches d’Orient se nourrissent énormément des alevins de brochet de l’année ; Jean voit régulièrement des poissons de plus d’un mètre lui en recracher quatre, cinq, dix. Il augmente donc la taille de ses leurres au rythme de la croissance de ces alevins, et pas plus.

Leurre souple Illex Nitro Shad 120, shad à forte vibration utilisé sur tête plombée pour le brochet
Le Nitro Shad 120 : le shad « qui agresse », pour les jours de vent sur Orient.

Le Nitro Shad 120, pour les jours de vent

Le premier leurre sorti n’est pas de la marque qui sponsorise Jean, et il assume : « je suis guide avant tout ». L’Illex Nitro Shad 120 est monté sur une tête plombée de 21 g, en coloris pétant pour « agresser » les poissons. C’est son shad des jours de vent : du rolling, de l’eau brassée, une vibration forte, qu’il calme au besoin avec une tête plombée classique plutôt que la tête dédiée.

Bas de ligne fluoro et hameçon simple : la discrétion avant tout

Un point que Jean juge aussi important que le leurre : ce qu’il y a au-dessus. Avec cette eau transparente, il a vu au live une grosse différence avec un bas de ligne de discrétion. Il en met désormais sur toutes ses cannes quand il pêche « fin et petit », jusqu’au 120 : un long bas de ligne en fluorocarbone et une pointe d’environ 70 centièmes. Pas plus fin : ses clients n’ont pas tous l’habitude de gérer un brochet de 80 ou 90 cm, et une coupe arrive vite. Voyez notre guide pour choisir son bas de ligne brochet.

Autre évolution : de moins en moins de triples voleurs. Les poissons semblent mieux prendre sur un simple seul, et le décrochage est bien plus rapide, ce qui compte en eau chaude ; un triple qui s’emmêle dans l’épuisette, « c’est une catastrophe pour toi, c’est une catastrophe pour lui ».

Réduire la vibration : Popeye 12, puis le tout petit shad

Quand les conditions se calment, Jean descend en vibration. Vient le Spro Iris Popeye 12 cm, un shad « rien d’exubérant », souvent en vert argenté qui rappelle les alevins. Il vibre un peu moins et passe plus discrètement au-dessus des poissons. Jean lui coupe parfois la tête derrière les yeux pour obtenir dix centimètres encore plus fins. Ce profil s’engame facilement et prend aussi les grosses perches ; à taille égale avec le Nitro, c’est celui qu’il préfère pour les cibler. Notre article sur la pêche de la perche en finesse détaille ces montages.

Dernière marche, pour les jours où les poissons sont « très très chiants » : un tout petit shad Spro, peu connu, à minuscule queue qui vibre à la moindre sollicitation, sans rolling. Il le pêche en 9 cm, parfois en 6,5 cm, et il flotte, un atout de plus pour la perche. Par pétole, Jean descend à 7 ou 10 g dans dix mètres d’eau : « tu as le temps de faire une partie de crapette » pendant la descente, mais la différence est réelle.

Le finesse sans paddle et le retour du grub

Quand il n’y a plus un brin de vent, Jean supprime le paddle et passe sur un Spro Iris V-Power, un finesse bon marché à la gomme tonique qui encaisse plusieurs brochets. Sur une canne « mixte », plus light, frein desserré, c’est le leurre qui attaque la perche croisée en chemin sans empêcher de prendre quelques brochets.

Et puis il y a le grub, que Jean détestait il y a encore deux ans et qu’il a redécouvert par hasard dans la boîte d’un client, un jour où rien ne mordait. Le Spro Iris Shocktail 200 fait une vibration relativement fine, se monte sur une simple tête plombée ou avec un petit triple arrière, et devient une excellente alternative quand les petits brochets ont grandi. Voyez notre article sur Adrien Hillion et son Shocktail. Leçon d’humilité au passage : perdu en guidage, Jean laisse parfois ses clients choisir le leurre, et un regard neuf l’a déjà sorti de sa pêche « complètement stéréotypée », jusqu’à un poisson de 1,12 m pris sur un leurre qu’il jugeait trop gros.

Les leurres durs d’Orient quand les poissons remontent

Jerkbait Illex Mag Squad 128, poisson nageur long utilisé en animation dans les herbiers de bordure
Le Mag Squad 128, un classique du jerk minnow que Jean fait pêcher en noir.

Le Mag Squad 128 et le plaidoyer pour le noir

L’Illex Mag Squad 128 est pour Jean un incontournable des jerk minnows, version longue du Squad Minnow, et il l’anime beaucoup : les touches à la pause, ou quand on tire un grand coup après un arrêt, sont « un vrai bonheur ». Comme on pêche dans les herbiers, même un poisson de 70 cm offre du combat en allant chercher les potamots.

Le coloris sorti de la boîte est entièrement noir, et Jean le défend avec passion. Dans une eau transparente sous ciel bleu, un leurre noir offre « un contraste qui est juste incroyable ». Les marques en proposent peu parce que les pêcheurs le trouvent « pas naturel » ; sa réponse : le Fire Tiger, un des coloris les plus vendus, ne l’est pas davantage. Le violet foncé joue dans la même catégorie.

Le BBZ 6 pouces et la bonne vitesse

Dernier leurre d’Orient, le swimbait Spro BBZ-1 en 6 pouces. Jean utilise très peu le 8 pouces : lancer 150 g toute la journée en spinning fatigue vite ses clients. Le 6 pouces sert à pêcher assez vite en linéaire au-dessus des herbiers de bordure, et il n’hésite pas à lui ajouter 20 g pour l’envoyer dans le profond. Sa tête désaxée lui donne une nage plus musclée qu’un swimbait inline très fin ; certains jours les poissons veulent l’un, d’autres jours l’autre, « il n’y a pas de vérité absolue ». Yann et Jean s’accordent : le BBZ demande la bonne vitesse de récupération. Notre dossier sur le swimbait pour le brochet fait le tour de cette famille.

Jean termine la boîte d’Orient par un Divinator, un classique plus automnal à ses yeux, qu’il pêche en linéaire tout simple.

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Pêche du brochet au lac du Der : place au gros et au big bait

Changement de décor. Le Der est une quinzaine de jours en avance sur Orient, et ses alevins sortent beaucoup plus vite : Jean décrit des murs d’alevins de huit mètres de haut, avec perches, gardons et brèmes autour, « un aquarium à ciel ouvert ». Sa théorie : avec une alimentation moins exclusive, les brochets du Der acceptent de prendre plus gros, et de plus en plus au fil de la saison. Là où Orient impose des leurres sages, le Der autorise la fantaisie.

Leurre hybride CWC Strike Pro Guppie Tail, tail bait pour la pêche du brochet en grand lac
Le Guppie, « indémodable » des grands lacs selon Jean Martin.

Le Guppie, l’indémodable

Le Guppie de CWC est le premier big bait sorti. Jean pêche au Junior en début de saison, puis passe au gros quand la saison avance ou qu’il y a du vent : le petit met du temps à descendre dans huit mètres et finit derrière le bateau avec la dérive. Il déteste plomber ses leurres, et sur le Guppie Junior il dit avoir vu « un rapport de touches à dix » entre plombé et non plombé, en concédant que c’était peut-être ce jour-là. Autre argument pour les durs : sans perruque, on les garde longtemps.

Swimbait jointé tête coupée et Replicant

À l’inverse, Jean sort un swimbait souple jointé auquel il est arrivé « beaucoup trop d’aventures ». Un indémodable des grands lacs malgré tout, qui déplace de l’eau et vibre fort, parfait pour les poissons suspendus ; la taille 18 cm, celle d’une perche de 20, se lance facilement et descend vite. Il apprécie le Fox Rage Jointed Replicant pour cette descente rapide et reprend un conseil de Sylvain Legendre : le Replicant se pêche vite, sinon on racle le fond en eau peu profonde. Notre guide technique du Replicant détaille tailles et montages.

Le Shocktail en grande taille et le crank profond

Dédicace à Adrien Hillion : le Shocktail en version 30 cm, qui a pris des poissons sur le Der les jours précédant l’enregistrement. Ce souple trapu se monte comme on veut, et passe de douze mètres sur Orient à huit sur le Der en quelques secondes, avec une vibration moyennement fine qui déclenche bien.

Très situationnel ensuite : un crankbait qui plonge réellement à quatre mètres, grosse bavette, sonorité discrète. Sur canne longue et tresse fine, il se catapulte à 50 ou 60 m et, canne basse, atteint cinq mètres et demi. Jean s’en sert pour intercepter les bancs de grosses perches qui longent les herbiers du Der sur un circuit régulier, un triple remplacé par un trailer pour imiter une chasse de petite perche. Pour les brochets, c’est plutôt un leurre de septembre, quand le niveau du Der a baissé.

Le KGB CS3, le leurre qui fait rire

Dernier objet, le plus intrigant : le montage KGB CS3, trois petits swimbaits assemblés pour imiter un banc en fuite. Pas un leurre miracle, dit Jean, mais « ça me fait taper des barres », et il le garde sur une canne d’appoint pour un beau poisson qui a refusé le leurre principal. Quatre ou cinq poissons à son actif, pas des milliers, mais sur des lacs aussi pressurisés, une bouchée jamais vue peut faire la différence en fin de saison. Il conseille de retirer un des trois triples.

Le matériel utilisé dans l’épisode

Pour Orient, des shads de 10 à 15 cm classés par vibration décroissante : Nitro Shad 120 sur tête plombée de 21 g dans le vent, Popeye 12 cm quand ça se calme, un tout petit shad flottant de 9 cm par pétole, puis le V-Power sans paddle et le grub Shocktail 200. Le tout sur un long bas de ligne fluorocarbone en pointe d’environ 70 centièmes, le plus souvent sur hameçon simple. Pour les bordures, le Mag Squad 128, idéalement en noir, et le BBZ-1 6 pouces.

Pour le Der, on monte en gabarit : le Guppie, un swimbait souple jointé en 18 à 20 cm, le Shocktail en 30 cm, un crank profond de quatre mètres pour les perches en banc, et le KGB CS3 comme joker. Jean rappelle que des équivalents existent chez d’autres marques : ce qui compte, c’est la logique taille et vibration, pas l’étiquette. Les fiches des leurres cités sont regroupées dans la liste du matériel sous la vidéo.

Questions fréquentes

Peut-on pêcher le brochet du bord au lac du Der ?

Très difficilement. Les rives du Der sont constituées de forêt immergée, et seuls quelques spots restent accessibles : une ou deux digues et le port, qui ouvre entièrement plus tard dans la saison. Le port est réputé pour sortir de très gros poissons du bord, mais sur des créneaux courts, et il faut accepter de pêcher toute la journée au même endroit. Pour le reste du lac, un float tube ou un bateau est indispensable.

À quelle profondeur pêcher le brochet au lac de la Forêt d’Orient en été ?

Selon Jean Martin, les brochets d’Orient se posent en été sur le tapis de characées, entre huit et douze mètres de fond. Ils descendent avec la chaleur et avec la pousse de l’herbe. La pêche type consiste à ramener un shad de 10 à 15 cm, bien plombé, au ras de l’herbier et le plus lentement possible.

Quel leurre pour le brochet au lac du Der ?

Le Der accepte des leurres bien plus gros qu’Orient, et de plus en plus au fil de l’été. Les classiques de Jean sont le Guppie, un swimbait souple jointé de 18 à 20 cm, le Shocktail en 30 cm et, en septembre, un crank profond. La logique reste la même qu’ailleurs : adapter la taille et la vibration à ce que mangent les poissons ce jour-là.

Faut-il un bas de ligne en fluorocarbone pour le brochet en eau claire ?

Jean n’y croyait pas avant de pêcher au live, et il en met aujourd’hui sur toutes ses cannes quand il pêche fin et petit. Dans l’eau très transparente d’Orient, il a constaté une vraie différence de touches avec un long bas de ligne de discrétion et une pointe d’environ 70 centièmes. Il déconseille de descendre plus fin si vous n’avez pas l’habitude de brider un brochet métré sur une tresse fine.

Un leurre noir, ça marche vraiment pour le brochet ?

Oui, et Jean Martin en est un fervent défenseur. Dans une eau claire sous un ciel bleu, le noir produit un contraste très fort que les poissons repèrent de loin. Ce coloris se vend peu parce qu’il paraît « pas naturel », mais le Fire Tiger ne l’est pas davantage et c’est l’un des plus vendus. Le violet foncé fonctionne sur le même principe.

Pour aller plus loin

La boîte de Jean Martin, c’est moins une liste de références qu’une méthode : lire le lac, comprendre ce que mangent les poissons, puis régler taille et vibration au cran près. Pour vivre ça sur l’eau, Jean guide sur les deux lacs via son site martin-pecheur.com.

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Le matériel cité dans l'épisode

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Carnassier Leurre

Par yann

Yann Nabusset pêche depuis toujours, des rivières normandes aux destinations lointaines. Il anime Tous des Tom Sawyer, le podcast qui raconte la pêche française par ceux qui la font.

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